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Full text of "Franciscus, esques a capite galeato, 1753-1814, un initié des société secrètes supérieures : portraits et documents inédits : nombreuses reproductions en photogravures"

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1753*1814 



Portrait et Documents inédits 
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3, rue de Solférino, 3 



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PREFACE 



V auteur du livre que nous présentons au public a 
écrit cette phrase : 

« Une longue et sérieuse et impartiale étude, faite sur 
plusieurs milliers de documents originaux, nous a convaincu 
que toute l'organisation maçonnique est fondée sur la fraude, 
la tromperie, la fourberie, en un mot sur le mensonge élevé 
à la hauteur d'une institution. » 

La Franc-Maçonnerie est admirablement peinte en 
ces quelques mots. 

Les (( documents originaux » dont il y est question 
sont de la plus grande importance. Ils émanent de l'un 
des hauts initiés qui s'adonnèrent aux besognes souter- 
raines dans les années qui précédèrent la Révolution et. 
ensuite, pendant le Premier Empire. C'est la correspon- 
dance qu'entretint ce personnage qualifié du monde oc- 
culte avec d'autres habitués des Sociétés secrètes con- 
nus comme ayant exercé une grande influence dans 
les Loges maçonniques. 

M. Benjamin Fabre ne désigne ce haut initié que par 
son prénom : Francisais, François, et par le surnom 
sous lequel il était connu dans certains cercles occultes': 
Eques a capite galeato, le chevalier à la tête casquée. 
Son nom -véritable est celui d'une vieille et noble fa- 
mille dont les descendants existent encore. Et c'est 



1 



VIII 



pourquoi l'auteur auquel ees documents ont été remis 
pour qu'ils servent à l'instruction de nos contempo- 
rains et pour que soit ainsi réparé, dans la mesure du 
possible, le mal fait jadis, considère que ce n'est pas à 
lui à prononcer ce nom. S'il le faisait, il n'ajouterait 
du reste rien à la valeur de sa démonstration. Et c'est 
pourquoi, ayant eu moi-même un grand nombre de 
ces pièces authentiques entre les mains, j'imite sa ré- 
serve, eu remerciant. sans les nommer. ceux qui donnent 
une si grande preuve de la haute compréhension qu'ils 
ont de leurs devoirs civiques. Il existe certainement 
dans plus d'une famille des archives qui permettraient 
de jeter enfin une pleine lumière sur la Franc-Maçon- 
nerie, de montrer les liens qui l'unissent aux autres 
Sociétés secrètes et de faire comprendre par toute l'é- 
lite de la nation l'espèce particulière de dangers aux- 
quels les peuples modernes sont exposés. Les familles 
nobles ont été les premières à se laisser prendre au piège 
maçonnique. Il appartient à leurs représentants ac- 
tuels de réparer cette faute souvent inconsciente en 
fournissant aux générations d'aujourd'hui les rensei- 
gnements qui peuvent les aider à échapper aux consé- 
quences créées. Les services qu'ils rendraient ainsi se- 
raient certainement précieux. Ou ne saurait douter en 
effet que les Puissances occultes ne prennent toutes 
les mesures possibles pour faire disparaître des archi- 
ves publiques tout ce que les chercheurs y trouveraient 
eu documents vraiment révélateurs sur le mécanisme 
des Sociétés secrètes. C'est pourquoi nous devons être 
d'autant plus reconnaissants aux hommes de grand 
cœur et de haute intelligence qui veulent bien ouvrir 

aux spécialistes le trésor de leurs archives familiales. 






1 



— IX 



L'origine des pièces publiées par l'auteur est, à elle 
seule, une raison suffisante pour que s'y intéressent les 
anti-maçons érudits et même les simples curieux. En 
voici une seconde qui devra solliciter plus encore l'at- 
tention des uns et des autres; c'est qu'un grand nombre 

de ces documents datent de l'époque du Premier Em- 

t 
pire. 

Quoi ! Au moment où Napoléon le Grand tenait la 
France courbée sous sa puissante volonté, se peut-il que 
tout un monde s'agitât secrètement sans qu'il s'en aper- 
çût ? On s'imaginait que l'Empereur tenait les Loges 
— c'est-à-dire toute la Maçonnerie, pensc-t-on — par 
le seul fait qu'un si grand nombre de ses officiers en 
faisaient partie. Est-ce donc là une erreur? Napoléon, 
en dépit d'un génie servi par une volonté si vigoureuse, 
était-il donc trompé ? Il l'était en effet. L'Initiation à 
laquelle avaient été admis les compagnons d'armes de 
cet Empereur qui croyait être seul maître eu France, 
n'était qu'une fausse initiation, celle qui est réservée 
aux maçons de trois, cinq et sept ans. Bien plus ! la 
lecture de quelques-unes des lettres reçues par Eques 
a capite galeato ou écrites par lui, prouve que l'un des 
principaux collaborateurs de l'Empereur, l'archiclian- 
celier Cambacércs, était eu rapports fréquents avec ce 
monde occulte supérieur à celui des Loges. Servait-il 
deux pensées à la fois, celle du maître visible et celle 
des maîtres invisibles f Ou bien n'en servait-il qu'une ? 
Et alors laquelle des deux trahissait-il ? Rien n'obligeait 
les membres de ce monde occulte supérieur à entretenir 
des rapports avec Cambacérès. S'ils le faisaient, mal- 
gré la situation qu'il occupait, c'est ou bien qu'ils 
avaient les preuves de son dévouement à leur cause. 



X 



ou bien qu'ils considéraient que le plus sûr moyen de 
jouer de ce haut personnage et de tromper l'Empereur 
était de faire figure de subordonnés. Cela seul nous 
permet de mesurer l'erreur où tombent certains défen- 
seurs de la cause catholique et conservatrice lorsqu'ils 
s'imaginent qu'ils auraient chance de vaincre leurs ad- 
versaires eu retournant contre eux la méthode de la 
Société secrète. Il leur arriverait ce qui est arrivé à 
Napoléon. Celui-ci était franc-maçon, ainsi que le prou- 
vent certains des documents de M. Benjamin Fabre. 
Il croyait tenir les Sociétés secrètes sous sa dépendance. 
Il avait le pouvoir ; il était initié ; il s'appelait Xapo- 
léon; et c'est lui qui était tenu, sans qu'il pût s'en 
douter! 

Il s'imaginait vraiment avoir domestiqué les forces 
occultes et il représentait la Révolution couronnée... 
Cela n'empêche pas qu'il faut compter parmi les raisons 
de sa chute l'action d'une certaine partie de la Franc- 
Maçonnerie supérieure dont il ignorait peut-être jus- 
qu'à l'existence, bien qu'il eût été aidé par elle au début 
de sa prodigieuse carrière. C'est là une leçon d'une sin- 
gulière portée, que les catholiques et les hommes poli- 
tiques de droite qui sont partisans de l'emploi de la 
Société secrète ne sauraient trop in éditer. 

Bien d'autres enseignements peu-vent résulter pour 
nous de l'étude attentive des documents qui so)it livrés 
au public par M. Benjamin Fabre. 

Tout d'abord, ils prouvent clairement que nous nous 
exposons à nous tromper gravement, si nous nous obs- 
tinons à n'envisager l'organisme maçonnique que dans 
les quelques grades où l'on s'est complu à le regarder 
jusqu'ici. L'ensemble de ces grades ne forme pas un 






1 



— XI — 

tout complet. Il est seulement l'une des parties d'un 
autre ensemble beaucoup plus vaste. Nous sommes donc 
condamnés à ne jamais le bien comprendre, si nous ne 
le considérons qu'en lui-même, si nous l'isolons de ce 
à quoi il est attaché et dont il dépend comme la main 
est attachée au corps et dépend de lui. 

Le lecteur pourra se rendre pleinement compte de 
cette vérité en constatant que les chefs du Grand Orient 
de France, sous le Premier Empire, témoignaient les 
plus respectueux égards à des initiés dont ils ne pou- 
vaient déchiffrer les brevets, parce qu'ils n'en possé- 
daient pas la clef. Ces chefs du Grand Orient savaient 
donc qu'il existait des sphères occultes supérieures à 
celles dans lesquelles ils avaient accès. 

D'autre part, en étudiant certaines parties de la cor- 
respondance cTEques a capite galeato, on a l'impression 
très nette que tous ces initiés supérieurs cherchaient à 
se surprendre les uns les autres, à s'en conter, à se faire 
accepter pour ce qu'Us n'étaient peut-être pas. C'est 
assez pour nous faire comprendre que nous ne devons 
pas donner à l'expression « Pouvoir occulte » le sens 
absolu que veulent y voir quelques-uns, peut-être tout 
simplement pour la déconsidérer en en exagérant la si- 
gnification. 

Lorsque je publiai en 1908 et 1909 mes deux ou- 
vrages: Le Pouvoir occulte contre la France et L,a 
Conjuration juive contre le monde chrétien, j'avais 
pour but de prouver qu'il est possible à un pouvoir de 
s'exercer dans l'ordre politique, moral ou religieux, 
tout en demeurant invisible et je voulais montrer que 
l'organisme maçonnique permettait précisément le 



— XII 



fonctionnement d'un pareil Pouvoir. On commença a 
résister à cette idée à laquelle j'avais pourtant préparé 
un sort en lançant, dés 1902, une brochure intitulée : 
Le Pouvoir occulte, qui fut répandue à un nombre con- 
sidérable d'exemplaires. 

En fait, cette notion du Pouvoir Occulte ouvrait une 
brèche dans l'édifice de fausses apparences sous les- 
quelles sont cachés les vrais secrets maçonniques. Elle 
devait donc être combattue par l'ennemi inconnu au- 
quel je m'en prenais. Mais elle ne pouvait l'être que 
sourdement et par des moyens tortueux. Puisque 
ennemi se refuse à se montrer, à dire son nom, il est 
en effet réduit à ne pouvoir agir qu'indirectement et 
par le moyen « d'influences individuelles soigneuse- 
ment couvertes. » Pour contrebalancer l'effet de ma 
brochure, ces (( influences » firent circuler l'idée qu'un 
Pouvoir, quel qu'il fût, ne pouvait s'imposer sans don- 
ner d'ordres; qu'en donnant des ordres, il se manifes- 
tait forcément; qu'il cessait par là même d'être occulte 
et qu'en conséquence, l'expression « Pouvoir occulte » 
était un non sois. 

Il fallait une démonstration pour prouver que ce qui 
nous semblait impossible et ce qui l'était, en effet, dans 
l'ordre ordinaire des choses, pouvait devenir possible, 
grâce à un mécanisme imaginé et combiné tout spécia- 
lement dans ce but. C'est en vue de cette démonstration 
que furent écrits nies livres. Je montrai que le méca- 
nisme nécessaire au fonctionnement d'un Pouvoir oc- 
culte existait et que c'était celui des Sociétés secrètes 
superposées comme le sont les Sociétés maçonniques; 
que, d'autre part, l'œuvre accomplie par ces dernières 
depuis deux siècles, ne pouvait s'expliquer, si l'on u'ad- 






... 



— XIII — 

mettait un plan concerté par des chefs im/isibles; et, en 
troisième lieu, que les procédés employés dans les mi- 
lieux maçonniques, étaient précisément ceux qui cor- 
respondaient aux deux données du problème: l'œuvre 
accomplie, et l'incognito gardé jusqu'ici par ceux qui 
sont parvenus à la réaliser. 

Après cette démonstration, et grâce aux travaux de 
tous les antimaçons depuis plus d'un siècle, l'antima- 
çonnisme était désormais en possession de trois données 
importantes qui étaient comme autant de positions pri- 
ses sur l'ennemi: i° la connaissance de l'œuvre accom- 
plie par celui-ci; 2° la connaissance du mécanisme des 
Sociétés tantôt superposées, tantôt enchevêtrées de ma- 
nière à tromper le public et les initiés eux-mêmes ; 3 la 
connaissance des procédés si bien en rapport avec l'œu- 
vre et le mécanisme. J'aboutissais ainsi à la conclu- 
sion qu'un Pouvoir occulte existe. J'allais même plus 
loin, puisque je le désignais en dénonçant la Puissance 
juive avec, pour collaboratrice, la Puissance protestante. 

Mais j'indiquais eu même temps que ce Pouvoir oc- 
culte, évidemment très puissant parce qu'il n'avait guère 
trouvé de résistance en raison de son invisibilité, ne pou- 
vait cependant agir qu'avec une extrême lenteur, en 
raison du mécanisme et des procédés auxquels il était 
obligé d'avoir recours et qu'en outre, en raison de ce 
mécanisme et de ces procédés, il était fatalement destiné 
à se heurter à des résistances rencontrées par lui au sein 
même de l'organisation des Sociétés secrètes, telle qu'il 
l'avait conçue. 

Le livre que M. Benjamin Fabre offre au public jette 
des lumières abondantes sur ce côté de la question. Il 



— xrv 



nous montre que dans le monde occulte connue dans 
le monde visible, des passions et des intérêts individuels 
ou collectifs, peuvent se trouver en opposition avec le 
Pouvoir occulte initiateur et aboutir à la création d'au- 
tres Pouvoirs occultes pouvant un jour lutter contre lui. 

Il est vraiment curieux de voir à quel point certains 
hauts initiés dont il est question dans ce volume, cher- 
chent à pénétrer les secrets des organisations occultes 
qu'ils ignorent, tandis que d'autres s'efforcent au con- 
traire de faire prévaloir ce qu'ils appellent leur rit. Ce 
serait incompréhensible si Von admettait qu'il n'y a 
qu'une seule tête au sommet de la mystérieuse cons- 
truction. Il y en avait évidemment plusieurs à l'épo- 
que dont il s'agit et il y avait aussi, manifestement, des 
tronçons d'organisations éparses qui, désasscmblées, 
comme les Loges pendant la formidable tempête rê 
lutionnaire qu'elles avaient préparée '_, cherchaient à se 
rejoindre, mais en tâtonnant, parce qu'elles dépendaient 
sans s'en douter, les unes du Pouvoir occulte initiateur, 
les autres des Pouvoirs occultes nés du fonctionnement 
même du mécanisme secret. Ceci demande quelque ex- 
plication. 

Que la Puissance juive soit, en dernière analyse, res- 
ponsable de l'introduction de la Société secrète dans le 
monde chrétien, qu'elle ait rêvé et préparé cette intro- 
duction, tout en la faisant exécuter par des intermé- 
diaires, aucun doute ne peut subsister sur cette ques- 
tion. Un pareil système correspond trop bien aux apti- 
tudes du peuple juif, èi son caractère, à sa situation, ù 
ses rancunes jamais assouvies et au contraire toujours 
provoquées, ne serait-ce qu'en raison de sa situation 
jnême. Et d'ailleurs, ce peuple juif est le seul qui ait 






— XV 



suivi le Christianisme, depuis ses débuts jusqu'à nos 
jours; le seul qui se soit attaché à lui comme notre om- 
bre s'attache à notre corps ; le seul par conséquent qui 
ait pu inspirer la création de ces Sociétés secrètes que 
l'on aperçoit derrière toutes les hérésies au moment de 
la gestation de celles-ci ; Sociétés secrètes constituées 
sur le type si particulier que nous retrouvons dans la 
Franc-Maçonnerie, c'est-à-dire par groupements super- 
posés de manière à ce que les supérieurs se recrutent 
da}is les inférieurs, grâce aux suggestions préparatoires 
qu'ils peuvent jeter dans ceux-ci, sans que les sugges- 
tionnés puissent s'apercevoir de l'opération. 

Mais précisément parce que l'invisibilité était de ri- 
gueur pour la Puissance juive initiatrice, l'action des 
« influences individuelles {ou collectives) soigneuse- 
ment couvertes y> fut toujours indispensable. Indispen- 
sable fut aussi chez les intermédiaires représentant ces 
« influences )) la conviction qu'ils travaillaient pour 
■eux-mêmes, et non pour d'autres. 

De ces Jicccssités qui s'imposaient à la Puissance pré- 
tendant au rôle de Pouvoir occulte, devait naître inévi- 
tablement, en de certaines circonstances, des oppositions 
d'intérêts entre elle et les intermédiaires qu'elle sugges- 
tionnait sans se laisser apercevoir. 

Ces considérations peuvent )ious aider à comprendre 
ce qui dut se passer sous le Premier Empire. 

Des forces occultes avaient été organisées avant la 
Révolution, d'un côté, par la Puissance initiatrice juive 
et, d'autre part, par la Puissance protestante qui s'ima- 
cjinait n'agir que pour son compte personnel. Ces forces 
occultes, après avoir été dirigées et lancées, furent lâ- 
chées et abandonnées à elles-mêmes pendant la tour- 



M 



XVI 



moi te révolutionnaire, parce qu'il était impossible qu'il 
en fût autrement. Piqueurs protestants et chasseurs 
juifs savaient d'ailleurs bien que le gibier étranglé par 
leurs meutes le serait à leur profit. Mais une fois l'hal- 
lali terminé, il fallut ressaisir les meutes. Protestants 
anglais, protestants allemands, Juifs de tous les pa\s, 
durent s'y employer, chacuus pour leur compte. Ceux 
des grands chefs de groupes qui avaient travaillé à la 
préparation de la Révolution d'une façon plus ou 
moins consciente et qui avaient survécu tandis que les 
principaux acteurs avaient péri, durent aussi essayer de 
reconstruire, peut-être au profit de passions ou d'inté- 
rêts purement personnels, des groupements analogues à 
ceux qu'ils avaient fait manœuvrer quinze ans plus tôt. 
Ils désirèrent jouir de nouveau des honneurs et des 
titres si ronflants qui leur avaient été décernés dans le 
monde occulte, disloqué tout connue l'autre dans la 
terrible tempête, et pour cela, ils s'appliquèrent à le réor- 
ganiser. De la, sans doute, le rassemblement de plusieurs 
des hauts initiés d'avant 1789 que nous retrouvons dans 
la correspondance de Franciscus, Eques a capite ga- 
lcato. De là leur physionomie si étrange et cette attitude 
de gens qui, appartenant au même monde, mais ayant 
pénétré dans des arcanes plus ou moins profondes, se 
regardent avec autant d'apparente considération que de 
défiance et semblent -vouloir constituer des Pouvoirs 
occultes qu'une haine commune peut rassembler, mais 
qu'éloignent des intérêts divergents. 

Tandis que Barrucl et Crctiueau-Joly nous ont mon- 
tré ces impressionnantes concentrations de puissance 
occulte, le premier dans l'Illuminisme de JVcishaupt et 
le second dans la Haute-Vente, M. Benjamin Fabre 



XVII — 



nous fait toucher du doigt, par la correspondance si 
précieuse qu'il met sous nos yeux, une anarchie passagère, 
dans les hautes sphères occultes. Il semble que les Puis- 
sances secrètes se soient blessées elles-mêmes en ébran- 
lant connue elles l'ont fait les bases de l'ordre social. 
Il n'en pouvait être autrement. Xe voyons-nous pas, 
dans l'un des documents qui nous ont été fournis par 
Crétineau-Ioly, que les membres de la Haute-Vente re- 
doutaient pour eux-mêmes les conséquences des cata- 
clysmes qu'ils préparaient f... 

Le livre de M. Benjamin Fabre vient donc combler 
une lacune entre les <x Mémoires pour servir à l'histoire 
du Jacobinisme )) de Barruel et « l'Eglise Romaine en 
face de la Révolution », de Crétineau-Ioly. On s ima- 
ginait qu'entre l'Illuminisme et la Haute-Vente, il n'y 
avait eu dans le monde occulte, après la mise en som- 
meil des Loges pendant la période révolutionnaire, que 
la Franc-Maçonnerie militaire du Premier Empire. Les 
documents que nous apporte l'auteur de Franciscus, 
Eques a capite galeato, nous font assister à l'effort 
fait par les membres des arrière-Loges, les uns sug- 
gestionnés, les autres agissant probablement pour leur 
propre intérêt, en vue d'une réorganisation des groupe- 
ments secrets supérieurs. On s'imaginait aussi qu'entre 
Weishaupt et la Haute-Vente, il ne pouvait exister au- 
cun lien. Or, nous apercevons, à la lecture de quelques- 
uns des documents de M. Benjamin Fabre, que Weis- 
haupt avait tout au moins voix consultative dans les 
groupes secrets supérieurs sous l'Empire. Faisait-il 
partie de ces « Supérieurs Majeurs » dont l'existence 
est confessée, particulièrement dans une lettre de d'Har- 
mensen à Eques?... 



XVIII — 



Si les documents de M. Benjamin Fabrc sont pré- 
cieux à consulter pour démêler Vhisfoire secrète dit 
Premier Empire, combien ils sont révélateurs aussi en 
ce qui concerne la période de préparation maçonnique 
de la Révolution française! Depuis Barruel, personne 
n'a rien publié, des archives des Sociétés secrètes anté- 
rieures à 1789. qui soit comparable aux fiches remises 
par le F. \ Savalettc de Langes à Eques a capite ga- 
leato, fin 1781,, en vue du Couvent de JVilhelmsbad. 

Bst-cc en Allemagne, après le Couvent, que Eques a 
été en contact avec des « Supérieurs Majeurs » ? 
Mystère. En tout cas, il lutte d'astuce avec ses frères 
pour s'imposer à eux. 

Leur est-il vraiment supérieur ? Cela ne nous est 
pas absolument prouvé. Mais ce qui est indiscutable- 
ment démontré, c'est l'avantage que l'atmosphère de la 
Société secrète assure à la fourberie. Combien la 
deviendrait insupportable, si un tel régime finissait par 
y prévaloir! Tout est bon (( pour les bêtes », pour <( les 
buses », c'est-à-dire pour les frères des Loges blanches 
ou bleues, dit Eques, tout, sauf le fin mot. la 

Il nous prévient, à propos d'un travail rédigé pour 
les hauts initiés: 



« Qu'on a dû s'attacher à n'y compromettre aucun des se- 
crets qui sont de Y essence de l'Art Royal. C'est dans cette 
vue que les phrases les plus clairement énoncées, les plus 
scientifiques en apparence, ne veulent à peu près rien dire, 
tandis que les Frères instruits retrouveront peut-être les do- 
cuments les plus curieux, toute la u Rit primitif, 

dans les expressions les plus simples, les plus insignifia 
et jusque dans les locutions les plus défeetue:. 






— XIX — 

Le Philosophe inconnu, Saint-Martin, chef des Ma- 
çons juddisants de Lyon, écrivait de son côté: 

« Quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est 
encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour 
la voir dans son éclat; et le petit nombre de ceux qui sont 
dépositaires des vérités que j'annonce, est voué à la prudence 
et à la discrétion, par les engagements les plus formels. 
Aussi, me suis-je permis d'user de beaucoup de réserve dans 
cet écrit, et de m'y envelopper souvent d'un voile, que les 
yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, 
d'autant que j"y parle quelquefois de tout autre chose que 
de ce dont je parais traiter. » 

Quel bel idéal de vie sociale-, si un tel système se 
généralisait! 

On sait que les membres de la Haute-Vente nourris- 
saient ï espoir de faire un jour un Pape (( selon leurs 
besoins ». M. Benjamin Pabre nous met entre les mains 
la preuve que ce rêve était caressé aussi par les hauts 
initiés de 1809, puisqu'il produit une lettre du P. . \ Py- 
ton à Eques, dans laquelle on peut lire ce passage: 

« Nous venons d'établir à Naples un Suprême Conseil 
du 33 e degré et un Grand Consistoire. Ils doivent s'installer 
au moment où je vous en parle, et le Rit Ancien accepté va 
se promener dans les Etats. Vous voyez qu'il prospère. Je 
ne désespère pas de faire maç. \ le Saint- Père, car j'ai envoyé 
des instructions dogmatiques à Rome, et un 33 e degré qui 
y est dans le moment, en espère beaucoup. » 

Nos hauts maçons ne doutent de rien, on le voit. 
Mais aussi, pourquoi douteraient-ils, alors qu'ils ne 
reculent devant aucune perfidie ? N' 'est-elle pas prodi- 
gieuse à ce point de vue, cette lettre par laquelle Eques 
demande au F. \ d' Aigre feuille d'insister auprès d'un 






— XX 



certain abbé d'Alès. èx-vicaire général d'un diocèse et 
en même temps haut initié, afin que celui-ci veuille bien 
préparer un rapport dans le but de tromper les catholi- 
ques sur les bulles lancées par les Souverains Pontifes 

contre la Franc-Maçonnerie. 

« Ceux de mes frères, écrit « Eques a capite galeato », 
qui sont allés en Espagne ou ont lu ces ouvrages (où sont 
citées et commentées les bulles), ne veulent plus entendre 
parler de la Loge et de la Maçonnerie. Si donc tous les 
hommes timorés, qui, au bout du compte, sont pourtant les 
plus honnêtes gens, nous quittent, serons-nous bien flattés, 
vous et moi, de n'être en société qu'avec ceux qui n'ont ni 
foi ni loif » 






De tels documents n'offrent pas seulement un inté- 
rêt historique. Ils sont d'une utilité essentielle au point 
de vue de la lutte que les catholiques français ont à sou- 
tenir s'ils ne veulent pas voir le Catholicisme chassé de 
leur pays. Et c'est par là que l'ouvrage de M. Benjamin 
Fabre présente un intérêt de premier ordre. 

La France est en pleine guerre religieuse, comme au 
seizième siècle. La seule différence entre les deux épo- 
ques consiste en ce qu'il y a quatre siècles, catholiques 
et protestants se battaient à coups d'arquebuse, tandis 
que. depuis cent soixante ans. la guerre faite au Catho- 
licisme est conduite sous le couvert des Sociétés secrètes 
et c'est ce qui crée le vrai danger de la situation. Les 
assaillants anticatholiques ont imaginé de constituer des 
'dations dans lesquelles ils préparent leurs attaques 
sans que le public s'en aperçoive. Ils attirent pourtant 
ces catholiques dans ces associations et cela semble, au 
premier abord, incompréhensible. Car, s'ils ouvrent 



XXI 



leurs groupements } maçonniques ou autres, aux Catho- 
liques, comment peut-on dire qu'ils se cachent de 

ceux-ci /... 

Il faut savoir comment les choses se passent pour 
comprendre la fourberie de la manœuvre ainsi opérée. 

Les Sociétés secrètes anti-catholiques comprennent, 
en effet, des compartiments différents et les catholi- 
ques ne sont attirés que dans ceux de ces comparti- 
ments où l'on se garde de manifester aucun anti-ca- 
tholicisme. On leur ferme soigneusement la porte des 
autres dont ils ignorent jusqu'à l'existence. Ils servent 
ainsi à protéger leurs hypocrites ennemis; car, s'il 
arrive que quelqu'un accuse les Sociétés secrètes de pré- 
parer la ruine du Catholicisme, les initiateurs de cette 
infâme guerre occulte ont une réponse toute prête: 
(( Ceux qui nous suspectent sont fous, disent-ils. 
Nos Sociétés secrètes ne sont nullement anticatholiques. 
La preuve, c'est que Messieurs X, Y, Z, braves gens, 
hommes d'ordre, voire même catholiques connus comme 
tels, en font partie. » Et le public qui ne sait pas, le 
public qui ne peut juger que sur les apparences, est 
convaincu que les accusateurs des Sociétés secrètes en 
général, et de la Franc-Maçonnerie en particulier, sont 
des menteurs ou des hallucinés. Le même esprit de four- 
berie caractérise toutes les autres manœuvres opérées 
dans les Sociétés secrètes. La conséquoice d'un pareil 
état de choses, c'est que le Catholicisme est enveloppé 
silencieusement et de telle manière que le jour où un 
assaut lui est donné sur un point quelconque, la ba- 
taille est perdue d'avance pour lui. C'est ainsi qu'il a 
été chassé de tant de positions eu France depuis an 
siècle et demi. 






Nous sommes arrivés à une heure excessivement 
grave pour lui. Il s'agit, en effet, de savoir si les catho- 
liques français vont continuer de se laisser duper com- 
me ils l'ont fait jusqu'ici. 

Pour qu'ils puissent échapper aux pièges qui leur 
sont journellement tendus, il faut qu'ils soient rensei- 
gnés sur l'espèce de guerre qui leur est faite. Là est 
la première des conditions pour qu'ils puissent vaincre 
A ce point de vue comme au point de vue historique, 
l'ouvrage de M. Benjamin Fabre, fortement pensé et 
supérieurement conduit, doit prendre place à côté de 
ceux de Barruel et de Crétineau-Joly. C'est le plus 
bel éloge qu'on en puisse faire. 



Copin-Albancelli. 






LE RIT PRIMITIF 



■h 



LE RIT PRIMITIF 



Xous publions, en les accompagnant de commentaires 
destinés à les éclairer, des documents précieux pour l'his- 
toire. Les lecteurs, bien informés, verront avec plaisir 
que la plupart de ces pièces sont inédites. Un grave motif 
nous a déterminé à livrer nos recherches au public : nous 
sommes convaincu que l'on ne saurait assez étudier la 
Secte Maçonnique, aujourd*hui maîtresse du monde et 
partout triomphante. Son insolente puissance tient, sous 
un joug de fer, les peuples et les rois. Nous pourrions 
même dire qu'il n'y a plus de peuples, ni de rois. Il n'y 
a plus qu'elle. Que savons-nous d'elle ? — Au fond, peu 
de chose. Xous connaissons ses rituels, ses anciens mots 
de passe, ses innombrables symboles, ses cérémonies 
bouffonnes ou infâmes ; mais de ses origines, presque 
rien, du moins avec quelque certitude. Durant plusieurs 
siècles, les profanes ont ignoré son but, son vrai but, le 
but que les Hauts Initiés rappellent sans cesse, mais 
avec mystère. Il s'est enfin rencontré un homme d'une 
rare perspicacité, M. Copin Albancelli, qui, s'appuyant 



2 LE RIT PRIMITIF 

sur Barruel et Deschamps, et ajoutant ses démonstra- 
tions à leurs observations, nous a dévoilé les desseins 
de la Secte. Sa puissante logique nous a montré et nous 
a fait toucher du doigt le Pouvoir Occulte qui est l'âme 
de la Maçonnerie Universelle. Les études profondes de 
ce maître, les conférences qu'il multiplie dans toutes les 
grandes villes, sans se lasser, ont forcé enfin l'attention. 

Les historiens, les penseurs, les hommes politiques, les 
vrais Français, tous ceux qui voient avec désespoir notre 
patrie se consumer lentement, d'un mal étrange et mys- 
térieux, ont enfin ouvert et prêté l'oreille. Il fut un temps 
où, pour notre malheur, on regardait comme un illu- 
miné, et, si j'ose dire, comme un fou, tout homme qui 
prononçait le seul nom de Maçon, de Société secrète, de 
Pouvoir occulte. C'est la Secte elle-même qui nous avait 
fait cette mentalité. Dieu merci ! ces temps ne sont plus. 
Puissions-nous ne plus les revoir ! 

On ne saurait aimer ce que l'on ne connaît pas ; et 
donc, on ne peut haïr, d'une haine éternelle et sainte, le 
mal dont l'existence même n'est pas soupçonnée. Or, le 
mal, le grand mal des temps modernes, c'est la Société 
secrète, tant de fois condamnée par les Papes. Que la 
France, si elle veut guérir et revivre, et rentrer dans sa 
tradition séculaire, apprenne à la connaître. Heureux de 
l'y aider, pour notre faible part, nous apportons, aux 
fortes études des maîtres, cette contribution. 

Nous laisserons le plus souvent les documents parler. 
Les figures se dresseront, comme d'elles-mêmes, devant 
nous. Nous considérerons, non sans stupeur, les grands 
ancêtres de nos modernes maçons, tels qu'ils se sont 
peints eux-mêmes ou tels que les ont crayonnés leurs 
frères et leurs amis. 






1 



CHAPITRE PREMIER 

L'Eques a Capite Galeato, 
sa famille, ses grades. 



Nos documents ont appartenu à l'un des Maçons des 
sphères supérieures, au xvui e siècle. Nous le désigne- 
rons sous le nom caractéristique d'Equcs a Capite Ga- 
leato, qu'il portait dans le régime de la Stricte Obser- 
vance. Le lecteur chercherait en vain son nom profane 
dans l'œuvre de Michelet ou de Taine, dans l'histoire 
de Thiers ou d'Henri Martin. 

Taine paraît avoir tout ignoré de sa vie, de son rôle. 
Deux ou trois auteurs, qui ont écrit des ouvrages spé- 
ciaux sur les Sociétés Secrètes, lui consacrent à peine 
quelques lignes. Barruel, Clavel et Deschamps passent à 
côté de lui, sans même soupçonner son autorité, sa prodi- 
gieuse activité et sa présence dans les conseils des Hauts 
Initiés. Il fut l'un des membres les plus actifs des princi- 
paux Couvents, dont les résolutions hâtèrent l'effroyable 
catastrophe qui fit crouler un monde. Il fut l'ami des 
Talleyrand, des Mirabeau, des Dietrich, des Bode, sur- 
tout du chef des Philalcthes :Savalctte de Langes,Garde 



' 



TK RIT PRIMITIF 



du Trésor Royal. Il fut plus que leur ami. Sa correspon- 
dance nous le montre leur conseiller et, parfois même, 
leur directeur. La Société Secrète reconnut et ne cessa 
d'aimer en lui un adepte digne d'être proposé comme un 
modèle : un ouvrier acharné à son labeur ; un initié 
circonspect, discret, ennemi du bruit, fuyant la lumière, 
travaillant dans l'ombre et le mystère, mais avant tout 
désintéressé. Il ne rechercha les grades de tous les Régi- 
mes et de tous les Rites connus à son époque, et ne les 
obtint, que pour rendre à la Maçonnerie de plus grands 
services. Il n'ambitionna point les honneurs. Très atta- 
ché aux domaines considérables que ses pères lui avait 
légués, âpre et tenace à en défendre, contre de nombreux 
envieux, les malheureux restes que la Révolution lui en 
avait laissés, il ne songea point à se prévaloir de ses 
Hauts Grades maçonniques, ni à rappeler les quarante 
années consacrées par lui au Grand Œuvre, ni à mettre 
en avant son influence, qui fut grande, pour se pousser 
aux premiers rangs et s'enrichir. Tandis que Tatteyrand, 
Touché, Cambacérès, Fontanes ; son cousin, Charles 
d'Aigre feuille, les Ségur, Rœttiers de Montaleau — ses 
anciens amis du Régime des Philalèthes et de la Loge des 
Amis-Réunis — et d'autres venus plus tard, et qu'il avait 
éclairés — trônaient à Paris ou dans toutes les cours de 
l'Europe, il se contentait, héros modeste; d'occuper un 
siège au conseil municipal d'une ville du Midi. 

Nous n'imprimerons point son nom véritable, consi- 
dérant cette discrétion comme un égard dû à ceux par 
qui les documents publiés ci-après nous sont venus en- 
tre les mains, d'une manière toute providentielle. 

UHques a Capite Galeato était issu d'une très an- 
cienne et très noble famille de Bretagne, venue en 
France, dit-on, à la suite de la reine Anne, fille du duc 
François II, et femme ùt Charles VIII, puis de Louis 
XII. Ses aïeux avaient vaillamment guerroyé dans les 
armées du roi. L'un d'entre eux, Messire Charles / er , 
reçut, à Cérisoles, vingt-sept blessures. Le fils de Charles 



m 



LE RIT .PRIMITIF 5 

I er , noble René P 1 ', en reçut vingt-huit, en combattant 
contre quatre, racontent les chroniqueurs. 

A l'exemple de ses aïeux, lui-même avait embrassé la 
carrière des armes. Dans Je tableau du Régime qu'il avait 
fondé, il rappelle, à la suite de son nom, ses principaux 
titres : « Le marquis de C... d'A... {né en 1753), cheva- 
« lier de Malte, colonel de chasseurs au service de 
« Mai/te, ex-maître du Grand-Orient, conseiller 
« d'honneur du Directoire Ecossais de Septimanie, 
« et son député au Convent de Lyon en 1778 ; repré- 
« sentant de la 3 e Province de la Stricte-Obser- 
« vance au Convent général de Wilhelmsbad, en 
« 1782; de la 12 e Classe des Amis-Réunis de Paris ; 
« commissaire aux Archives du Régime des Philalè- 
« thés ; membre du Convent de Paris en 1785, etc. » 

La Franc-Maçonnerie lui prit le meilleur de son 
temps. Son père, le Vicomte de C... d'A..., chef de divi- 
sion des canonniers garde-côtes, et l'un de ses oncles y 
avaient été affiliés. Le Vicomte avait connu « quelques 
(( maçons Allemands, avec lesquels il avait toujours en- 
(( tretenu des relations. Il avait fait leur connaissance 
« autrefois, lorsque ayant été blessé et fait prisonnier 
(( au siege de Prague, il leur avait été recommandé par 
« son frère qui, depuis, fut tué d'un boulet de canon, au 
« combat de Rosbach. » 

Quant à lui, ses maîtres l'avaient affilié, à Malte, dès 
sa jeunesse. Il avait fallu, pour l'introduire dans les 
Loges, demander pour lui, aux Supérieurs, la dispense 
d'âge. Ses progrès furent rapides. Il devint bientôt l'un 
des adeptes les plus zélés, et fut rangé parmi les plus 
intelligents. En 1779, les Chefs lui donnent mission 
d'écrire une prétendue histoire de la Franc- Maçonnerie, 
qui est imprimée à Xi mes et te des colporteurs vendent 
en Allemagne, dans les foires de Leipsick et de Franc- 
fort. Il se reposait ainsi, dans le silence de l'étude, des 
rudes travaux du Convent des Gaules, qui s'était assem- 
blé, l'année précédente, à Lyon, et dont il avait suivi les 



6 LE RIT PRIMITIF 

séances du 14 novembre 465 au 29 novembre 465 (ère 
nouvelle). Il a pu y entrevoir un homme, alors jeune, 
brillant, actif, comme lui, mais appelé à de bien autres 
destinées : l'illustre Joseph de Maistrc. 

Alors déjà, YBques a Capite Galeato compte parmi les 
plus hauts dignitaires : il est grand inquisiteur, visiteur 
général du Premier, Second et Troisième Temple ; ma- 
çon illustré des quatre-vingt-un grades du Rite Fran- 
çais et des Grades de la Stricte Observance. Il y a 
plus. Nous avons relevé, dans sa correspondance, un pas- 
sage d'une lettre qu'il écrivit, le 23 janvier 1807, à son 
cousin Charles d'Aigre feuille, 33 e degré du Grand- 
Orient de France : « Je vous envoie, sur-le-champ, une 
(( empreinte pour vous et le frère Pyron, d'un sceau 
« d'ordre que j'ai depuis l'année 1774 {l'Bques avait 
« alors environ vingt et un ans), où je fus investi d'un 
« grade maçonnique fort merveilleux, époque où j'étais 
(( certainement du très petit nombre, et où, tout aussi 
(( certainement, personne n'avait imaginé, soit dit entre 
a nous, tous ces grades, qualifications et prétentions, 
« plus mirlifiquES les unes que les autres, que l'on fait 
(( sonner aujourd'hui. Transeat. Au reste, mon sceau ne 
(( saurait être taxé de plagiat ; du moins, il y a plus de 
(( trente ans que j'en ai scellé des titres qui sont entre 
« les mains des diverses Loges, avec lesquelles, je n'ai, 
(( depuis nombre d'années, aucun rapport. » 

Au sujet du fameux sceau, il écrivait le 20 avril de 
cette même année 1807, au frère Pyron, représentant 
à Paris du Grand-Orient d'Italie : (( Sans autre- 
(( ir.enl i:i' expliquer sur la nature de mes lumières, rela- 
« iivement à divers Régimes, que je respecte, je dois 
'( d celai er que mon sceau, ou caractéristique, et les con- 
(i naissances quelconques, que je puis avoir des deux 
(( montants, dont vous jugez qu'ils ne me sont poini 
(( étrangers, me sont advenus d'un Rit que je ne dois 
a jamais nommer, et qui n'a d'ailleurs rien à démêler 
« avec le Rit Primitif, Réformé. Rectifié, et autres 






IvE RIT PRIMITIF 7 

<( auxquels je m'honore de tenir par quelque endroit. » 
Mais, enfin, quel était donc ce sceau mystérieux ? — 
Le marquis, Bques a Capite Galeato, nous l'apprend lui- 
même dans une lettre, écrite à son cher cousin, le Très 
Illustre frère d'Aigre feuille : 

« Mon sceau ressemble, par tant d'attributs, à celui qui ter- 
« mine la planche du Très-Illustre Frère Pyron, que si j'avais 
« tardé à l'envoyer, l'on aurait pu, sans me faire injure, soup- 
« çonner que je l'avais calqué, ce qu'il n'est pas possible 
« d'admettre, à raison de la rapidité de mon envoi. Au reste, 
« le mien se rapproche, peut-être plus que le sien, de celui 
« qu'on attribuait, autrefois du moins, à un grade chevaleres- 
« que, dont on prétendait légèrement, un peu légèrement, que 
« le roi de Prusse, Frédéric II, était le chef. Mon sceau, dans 
« les lettres initiales, etc., porte confusément : Liberté de 
« Passage. — Ncc plus ultra. — Obiit, sed Re sur g et. » 

Les lettres initiales sont : « L. N. O. P. S. U. R. )) 
qu'il faut lire comme suit : (( L. P. : Liberté de pas- 
sage. — N. P. U. : Nec plus ultra. — O. S. R. : Obiit 
sed resurget ». Quant au sceau lui-même, c'était celui de 
Commandeur ad vitam. Le marquis avait, quoique fort 
jeune, obtenu ce grade, après le grand Frédéric et le 
frère de Grassc-Tilly. 

Voilà bien des titres, (( très saints et très sublimes )) — ■ 
pour emprunter les propres expressions du marquis — 
posés sur la tête d'un jeune homme de vingt-et-un ans. 

Après avoir pris part aux travaux, menés à bonne fin 
par le Convent des Gaules, YBques a Capite Galeato fit, 
pour les intérêts de la Maçonnerie, un voyage en Espa- 
gne et visita Madrid. A l'aller et au retour, il s'arrêta 
quelques jours dans sa ville natale, édifia ses concitoyens 
par sa piété, revit sa famille et goûta le bonheur imprévu 
de trouver ses cinq frères — que les hasards et les néces- 
sités de la vie avaient dispersés — réunis autour du 
Vicomte, leur père. 



CHAPITRE II 



Une loge en famille. — Le Rit Primitif. 
Une esquisse d'architecture maçonnique. 



Le jeune chevalier de Malte voulut profiter de cette 
rencontre qu'il déclare, quelque part, providentielle, 
pour réaliser un projet étrange, qui le hantait depuis 
son séjour auprès des frères de Lyon. L'audacieux 
adepte avait rêvé de fonder un Régime Maçonnique nou- 
veau, uniquement composé d'initiés très sûrs, ou de 
Grands-Officiers des divers Etablissements Maçonni- 
ques, alors existants, et de l'abriter dans l'enceinte 
même du foyer paternel. Dans l'histoire manuscrite de 
son Rit, il renvoie tout l'honneur de cette création à son 
père, Messire François VII Anne de C... d'A... Exem- 
ple assurément rare, peut-être même unique dans les 



10 



LE RIT PRIMITIF 



Fastes de la Maçonnerie : le chef de cette noble et illus- 
tre famille aurait conçu et réalisé l'extraordinaire des- 
sein de fonder une Loge, dont lui-même et ses six fils 
seraient les premiers membres, une Loge en famille, qui, 
au besoin, se suffirait en quelque sorte à elle-même, en 
attendant qu'elle pût devenir comme un centre de rallie- 
ment pour les vrais, les purs, les plus fidèles adeptes de 
la Secte. 

Mais des preuves, aussi nombreuses que solides et 
convaincantes, nous autorisent à reporter la gloire de 
cette œuvre au fils aîné de cette famille, au frère A Ca- 
pite Galeato. Rituels, insignes, emblèmes, instructions, 
cahiers historiques : tout a gardé son empreinte per- 
sonnelle. Quelques jours lui suffirent pour décider tous 
les siens. Même en supposant que quelques-uns de ses 
frères aient été déjà gagnés aux idées et aux pratiques 
maçonniques, on ne saurait, en présence d'un tel résul- 
tat, dénier au prosélytisme du marquis une ardeur; à 
l'ascendant, qu'il exerçait, une puissance ; à son zèle une 
activité ; à sa parole une force de conviction, qui légi- 
timaient la respectueuse admiration avec laquelle les 
chefs du Grand-Orient, initiés inférieurs, accueillirent 
ses communications. 



« Ce fut, écrit-il. le 19° jour du mois d'avril, de l'année 1780. 
« jour à jamais mémorable pour la Révérende Loge, qu'il fut 
« procédé solennellement à l'inauguration de la Très Révé- 
« rende Loge de Saint-Jean... Première Loge des Frcc and 
a Acceptée Musons du Rit Primitif, en France, et de tous les 
« Ateliers. Collèges, Chapitres y annexés, dans les trois 
» Classes, et toutes les Sections du Rit Primitif, selon les 
« rites et les formes d'usage. » 



En l'année 1790, le marquis fondateur traça et fit im- 
primer, dans le but de propager parmi les plus hauts 
initiés la connaissance de son Régime, ce que. dans le 






IvE RIT PRIMITIF II 

bizarre jargon maçonnique, on appelle une planche d'ar- 
chitecture. C'est, en quelques pages, l'explication histo- 
rique, scientifique, symbolique, hermétique, des divers 
grades auxquels les adeptes du Rit Primitif pouvaient 
aspirer, et le résumé — mais en termes voilés — des 
sublimes connaissances qu'un véritable ami de la vérité 
pouvait acquérir dans les trois classes. 

Il nous serait absolument impossible de donner une 
idée de ce genre, inconnu dans notre littérature fran- 
çaise, et si opposé à notre génie national, avant tout 
amoureux de lumière et de clarté. Les mots, les phrases., 
les périodes, les figures n'ont, le plus souvent, aucun 
sens littéral raisonnable. Les termes pompeux, magni- 
fiques abondent et produisent l'effet d'oripeaux dont un 
homme, au maintien grave et à la démarche solennelle, 
s'affublerait pour se déguiser, un jour de mardi-gras. 
Une note, insérée en tête de cette esquisse, nous prévient 
d'ailleurs, non sans quelque franchise, 



« qu'on a dû s'attacher à ne compromettre aucun des secrets 
« qui sont de l'essence de l'Art Royal. C'est (Tans cette vue 
« que les phrases, les plus clairement énoncées, les plus scien- 
« tifiques en apparence, ne veulent à peu près rien dire, tandis 
« que les Frères instruits retrouveront peut-être les docu- 
« ments les plus curieux, toute la pensée du Rit Primitif, dans 
« les expressions les plus simples, les plus insignifiantes, et 
« jusque dans les locutions les plus défectueuses. » 



La Libre-Pensée n'aurait ni assez de railleries, ni assez 
de sarcasmes, si un écrivain catholique, sous le prétexte 
de ne point divulguer les dogmes et les mystères, se per- 
mettait de telles libertés avec la grammaire, la langue et 
le bon sens. Elle dénoncerait au monde ce fanatisme 
étroit, qui déforme les cerveaux et voile les intelligences. 
Elle réclamerait au nom de l'art, ou, plus simplement, au 
nom du bon goût. 



12 LE RIT PRIMI IF 

Le style et la manière du marquis ne sont pas un acci- 
dent isolé : ils sont dans les usages et dans la tradition 
de la Maçonnerie. Il suffit, pour en être convaincu, de 
parcourir quelques discours prononcés dans les Loges et 
les Couvents, ou de lire — quand on a le rare bonheur 
d'en découvrir quelques-unes — les pièces de la corres- 
pondance échangée entre les Hauts Initiés. Le livre 
de Saint-Martin, intitulé Des Erreurs et de la Vérité, 
nous paraît être le chef-d'œuvre, fort admiré du reste, 
de ce genre, incompatible avec notre génie français. Le 
Philosophe inconnu, le chef des Maçons Judaïsants 
de Lyon, a pris, d'ailleurs, les mêmes précautions que 
notre Bques a Capite Galeato. 



« C'est pour avoir oublié, écrivait Saint-Martin, les prin- 
« cipes dont je traite, que toutes les erreurs dévorent la terre, 
« et que les hommes ont embrassé une variété universelle de 
« dogmes et de systèmes... Cependant, quoique la lumière soit 
« faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous 
a les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat ; et 
« le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités 
« que j'annonce, est vouée à la prudence et à la discrétion, par 
« les engagements les plus formels. Aussi, me suis-je permis 
« d'user de beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m'y enve- 
« lopper souvent d'un voile, que les yeux les moins ordi- 
« naires ne pourront pas toujours percer, d'autant que j'y 
« parle quelquefois de tout autre chose que de ce dont je 
« parais traiter. » 



UEqucs a Capite Galeato, qui avait été quelque temps 
à. l'école de Claude de Saint-Martin, écrit — mais avec 
moins de perfection — dans la manière de son maître. 
Pour que chacun puisse, par quelques exemples, se faire 
une idée de ce style, éminemment maçonnique, nous 
citerons queques fragments de cette Esquisse d'Archi- 
tecture, (( tracée » par le marquis. Comme tous les fon- 



nHnHM^K^BEBHB 



LE RIT PRIMITIF 13 

dateurs des Régimes Maçonniques, si nombreux au 
XVIII e siècle, I'Eques a Capite Galeato a voulu donner 
au sien l'antiquité la plus vénérable et la plus reculée. 
Il parle, en ternies émus, des Anciens Frères du Rit Pri- 
mitif — lesquels n'ont jamais existé — attendu que ce 
Rit eut pour père, entre 1785 et 1789, un chevalier qui 
avait à peine atteint l'âge de trente ans. En faisant 
l'éloge de ces illustres et sages ancêtres, c'est de lui- 
même, et de son père et de ses frères, qu'il entend parler. 
Il écrit : 



« Liés l'un à l'autre par une confiance réciproque, et par 
« un zèle à toute épreuve, pour les progrès de l'Art-Royal, ils 
« ont saisi toutes les circonstances heureuses, qui les ont mis 
« en mesure d'explorer les ateliers les plus illustres du monde 
« connu. Ées principaux Orients de France, d'Angleterre, 
« d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie ; ceux de la côte de Syrie 
« et des établissements Européens dans les deux Indes, ont 
« été visités par quelques-uns de ces Frères. On les a admis 
« avec urbanité dans les ateliers peu connus, qui existent en 
« Chypre, en Hollande, en Suède, dans la partie occidentale 
« de l'Ecosse, et dans les cercles mystérieux tracés au pied 
« des montagnes bleues. A une grande distance des sources 
« contestées du Nil, père des eaux, ils ont vu de très près le 
<( prétendu Grand-Cophte, enseveli sous son grand voile noir. 
« Près des bords couronnés de laurier, ils ont pénétré dans la 
« Crypte auguste où P. R. R. présente aux regards et à la 
« réflexion des mortels étonnés, les trois clefs, en faisceau. 
« qui lui ont été confiées. Enfin, non loin des rives fortunées 
« du fleuve des délices, existe à jamais pour eux l'Orient de 
« tous les Orients de la terre, berceau originel de l'institut 
« fondamental et primitif de toute Franche-Maçonnerie... 

« Quoi qu'il en soit, il est certain que les Frères anciens du 
« Rit Primitif n'ont rien négligé pour pénétrer dans le dédale 
« des connaissances dites maçonniques. Mais quelque succès 
« qu'ils aient eu dans leurs recherches, ils auraient savouré 
« avec peu de douceur les fruits qu'ils ont recueillis, si, pour 
« prix de leurs soins, de leurs travaux, de leurs sacrifices, 



14 



LE RIT PRIMITIF 



(( ils n'avaient pas acquis le droit, ou plutôt, contracté le 
a devoir de sauver leurs fils, leurs neveux, leurs parents, leurs 
« amis, du danger où ils étaient exposés de parcourir la même 
« route d'une manière tout aussi pénible, tout aussi dispen- 
« dieuse, et, peut-être, sans parvenir jamais aux mêmes résul- 
« tats. 

« C'est pourquoi les Frères anciens n'ont pas dû hésiter à 
« professer d'un franc courage, que l'ordre ou société des 
a Francs-Maçons du Rit Primitif avoue et reconnaît pour 
« base de sa réunion et de sa propagation, l'esprit de socia- 
« bilité, exprimé par l'adage: Homo sum; nihil humani a me 
a alienum puto; qui tend à faire de tous les hommes un peuple 
(( de frères ; et pour seconde base, l'esprit d'humanité et de 
« secours mutuel, qui découle du même principe, et revendique 
u le même adage pour son expression... » 



Un peu plus loin, l'auteur expose l'économie du Rit 
Primitif, a cultivé » dans sa Loge de Saint- Jean : sa 
division en Trois Classes, en Dix Degrés — ses quatre 
sublimes Chapitres. 

Après avoir traité de la première classe, composée de 
sept degrés ou échelons de connaissances; de la seconde 
classe qui ne comprend que deux échelons, il s'attache à 
faire connaître, admirer et révérer la troisième classe, 
la plus élevée, la plus mystérieuse de son Rit. 



<f La troisième grande division, composée d'un seul échelon, 
« le dizième et le complément de tout le système, indique la. 
n haute importance ce son objet, par le caractère même de son 
a titre En effet, c'est là le Modeste Chapitre des Disciples 
« du Grand-Rosaire, amateurs de la Vérité, Frères Rose- 
ut Croix de la Table du Banquet des Sages, Mages, Théoso- 
« phes. On sent que toute définition, toute analyse serait dépla- 
ce cée ; le titre en dit assez: Oui habet aures audiendi. audiat. 
« Ce serait en vain qu'on en dirait davantage aux autres. 

« Probablement on ne commettra point la méprise de ne voir, 



LE RIT PRIMITIF 



i; 



« dans ce mode d'enregistrement, que trois classes, ou que 

« dix degrés, pour conclure de là que les Régimes ou Rit s, 

« qui comptent les classes, grades ou degrés, par douzaines. 

« ont donc des connaissances fort supérieures à celles des 

« Frères du Rit Primitif. 

« Les Maçons instruits et observateurs discerneront très 
« bien, que les titres des classes ou degrés ne sont pas des 
« désignations de tel ou tel grade, mais qu'ils sont des déno- 
« minations de collections qu'il suffirait de dérouler, autant 
« qu'elles en sont susceptibles, pour en faire jaillir un nombre 
« presque infini de grades intéressants. 

« Ils ne méconnaîtront point le motif du choix préfixe de dix 
« degrés, puisqu'ils n'ignorent point que le nombre philoso- 
« phique 10 est le tableau des merveilles de l'univers ; que 
« le premier dénaire générateur enveloppe le germe plasti- 
<( que de tous ses multiples sans exception ; que si, en coho- 
« bant tous les zéros dont l'imagination humaine peut conce- 
u voir la série, le résultat définitif les réunit tous dans un 
« seul zéro, second nombre du dénaire, on peut aussi, par 
« l'acte inverse, en développant et dédoublant à l'infini cet 
« unique zéro, le prototype, la matrice et le véhicule de tous 
« les zéros possibles, rétablir dans toute son étendue, et même 
« au delà, la file sans fin de ooo ooo ooo qui avait été le 
« sujet de la première opération : et ceci leur sert d'exem- 
« pie ou d'explication du système successif, et à volonté de 
« concentration ou de déroulement des cahiers maçonniques 
a que le Rit Primitif a joints aux deux bases primordiales 
« de la Fraxche-Maçoxxerie. 

<( D'ailleurs, tous les Maçons remarqueront' sans doute, que, 
« en outre des six premiers degrés, dont les collections sont 
« très nombreuses, le Premier Chapitre de Rose-Croix pos- 
« sède les connaissances qui, dans quelques Régimes, fixent 
« le culte maçonnique, et la vénération d'une foule de respec- 
« tables Frères. 

« Le Secoxd Chapitre de Rose-Croix est dépositaire de 
« documents historiques très curieux par leur espèce, leur 
« rapprochement et leur variété. 

« Le Troisième Chapitre de Rose-Croix s'occupe de toutes 
« les cor^aissances maçonniques, physiques et philosophiques, 



i6 



LE RIT PRIMITIF 



« dont les produits peuvent influer sur le bonheur et le bien- 
ce être matériel et moral de l'homme temporel. 

« L,e Quatrième et dernier Chapitre des Frères-Rose-Croix 
ce du Grand-Rosaire fait son étude assidue de connaissan- 
ce ces particulières d'ontologie, de psychologie, de pneumato- 
cc logie ; en un mot, de toutes les parties des sciences que l'on 
ce nomme occultes ou secrètes, parce que, au-dessus de la por- 
cc tée de la multitude, elles sont même étrangères au vulgaire 
ce des gens instruits; leur objet spécial étant la réhabilitation 
ee et réintégration de i/homme INTELLECTUEL, dans son rang 
ce et ses droits primitifs. 

ce II n'y a donc pas lieu de douter que les Maçons d'un cer- 
ce tain ordre concevront à merveille la fertilité de ce système 
ce d'instruction, et que tous les grades maçonniques possibles, 
ce faits ou à faire, sont censés lui appartenir ; puisqu'ils 
ce doivent nécessairement et naturellement s'encadrer dans 
ce quelqu'une de ses subdivisions. En effet, l'échelle dénaire 
ce élémentaire d'investigations du Rit Primitif présente, dans 
ce ses formes, un nombre presque indéterminé d'échelons ou 
ce degrés d'étude, dont la classification permet de les contrac- 
ce ter à volonté, ou de les dérouler presque à l'infini, 
ce sans en déranger la série, et dont la coordination 
ce magnifique invite d'en adopter un à chacun des jours 
ce de l'année solaire; d'en réserver de plus marquants 
ce pour le jour intercalaire du système Gelaluddaulé-Melicxa; 
ce quelques autres pour la grande période dyonisienne et les 
ce autres grands cycles du temps, sans perdre jamais de vue 
ee qu'il restera toujours un échelon ineffable à monter en ce 
ce jour auguste et solennel, où la matière ayant fini son temps, 
ce et l'homme terminé son épreuve, les deux seront ébranlés, 
ee la mer franchira ses limites, les planètes se froisseront 
ce dans une conjonction désordonnée, les éléments, brouillés 
ce et confondus, rentreront pour toujours dans la nuit du 
ce cahos. la parole de celui ql*i est retentira encore une 
« fois dans les voûtes incommensurables de l'abîme, et l'uni- 
e< vers temporel, consumé par un déluge de feu. s'évanouira 
« dans le sein de I'immensité. » 



Pour le fond ces déclamations pleines d'enflure, n'ont 









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LE RIT PRIMITIF 



rien de bien extraordinaire. Elles n'ont pas même le mé- 
rite d'être originales. Le marquis rappelle, à mots cou- 
verts, quelques dogmes, empruntés au système Kabbalis- 
tique du Juif don Martinez de Pasquaus, arrangé par 
■d'Hauterive, Savalette de Langes, Duchanteau et Saint- 
Martin. Quant à la forme, nous avons ici un horrible 
pastiche de Saint-Martin, déjà nommé, de quelques frag- 
ments écrits par un vieux fol, le colonel polonais de 
Thoux de Salverte, et de plusieurs versets d'une épitre 
de l'Apôtre saint Pierre ; le tout est largement assai- 
sonné d'humeur gasconne. 

Quoi qu'il en soit, le Très Illustre frère Pyron, souve- 
rain grand inspecteur général du Grand-Orient de 
France, et l'un des fondateurs du Grand- Orient d'Italie, 
écrivait à l'auteur, dans les premières années de l'Em- 
pire : 

« J'ai donné la plus grande attention au dernier paragra- 
phe de la page 46 (l'un de ceux que nous avons cités), et je 
n oublierai jamais que c'est à vous, Très Illustre Frère, que je 
dois d'avoir monté l'échelon de la troisième Division, dont la 
science fut souvent mon étude particulière... La notion géné- 
rale qui, pour tout autre, pouvait être une science occulte, m'a 
fait recueillir, avec respect, votre précepte: « Qui aurcs habet 
audiendi, audiat. » 

Un des maçons les plus savants, le plus savant, peut- 
être, à cette époque, de l'Europe et du Nouveau-Monde, 
le Très Illustre Frère Bacon de la Chevalerie, à peu près 
à la même date, écrivait au marquis : 

« L'exemplaire (esquisse d'architecture du Rit Primitif) qui 
est dans nos mains, était destiné au cher frère de Bondy, qui 
•se trouvait absent... Je me suis enfin déterminé à garder le 
trésor que je possédais. Je l'ai médité plusieurs fois et j'y suis 
toujours revenu avec plaisir. J'ai vu que dans les développe- 
ments graduels que produit cet écrit, il ne laisse rien à désirer 
au Maçon instruit, et néanmoins ne compromet point les mys- 









LE RIT PRIMITIF 10/ 

tères les plus graves et les plus importants. J'en ai porté cer- 
tains traits sur mes lèvres avec respect. J'ai vu, enfin, avec 
délices, dominer dans ce précieux ouvrage, le principe vulgaire. 
et sacré de l'amour des hommes, duquel dérive la bienfaisance 
obligatoire, en faveur de l'humanité, en général, et de la fra- 
ternité, particulièrement J'attache un prix infini à ce dis- 
cours... Il n'a pas peu contribué à corroborer mon zèle maçon- 
nique, auquel on porte de vigoureuses atteintes. Mais il entre 
du contrepoids dans la balance. Je le sens. » 

Le marquis ne se laissait pas enivrer par ces louanges. 
Nous dirons bientôt l'opinion qu'il professait au sujet 
de tous les RitSj de tous les Régimes, de tous les buts 
apparents de la Maçonnerie. Tout bas, et comme sub 
rosâj il convenait — et cet aveu ne lui coûtait pas beau- 
coup — qu'en soi son Rit Primitif, selon le mot de son 
cousin, le Très Illustre Frère d'Aigrefeuille, « était 
moins que rien )). Volontiers, car il n'était pas dupe de 
son propre enthousiasme, il eût appliqué à son œuvre le 
mot du fabuliste : 

De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien. 

Mais, comme il savait à fond son Esquisse, il eût pu, 
tout aussi bien, s'appliquer à lui-même le mot d'un an- 
cien: Timeo hominem unius libri. Son œuvre était tout 
entière dans sa tête. Il en citait ou en débitait les mysté- 
rieuses tirades, dans ses lettres, dans ses discours. Il 
constate, maintes fois, — avec un plaisir non dissimulé 
et sans cesse renouvelé — que ses étranges élucubrations 
obtiennent toujours le succès le plus vif. 

A cette Esquisse d'architecture maçonnique est 
annexée une pièce importante : le Tableau de la Loge 
Saint-Jean, c'est-à-dire, la liste des adeptes qui la com- 
posent. Ce Tableau est divisé en deux parties : dans la 
première sont inscrits les noms des membres Fondateurs 
de la Loge, et du Rit qu'elle abrite ; dans la seconde, 
sont rangés, par ordre d'ancienneté, les membres initiés 
directement ou associés à ce Régime. 









/ 



CHAPITRE III 



Composition de la Révérende Loge. 



Voici les noms et les qualités des Membres Fonda- 
teurs : 

Sous le n° i : Le vicomte de C... d'A..., chevalier de 
Saint-Louis, chef de division des canonniers garde- 
côtes..., conservateur du Régime. C'est le père. 

Sous le n° 2 : Le marquis de C... d' A..., chevalier de 
Malte, colonel de chasseurs au service de Malte... Le 
vrai fondateur. C'est notre Eques a Capite Galeato, 
l'aîné de la famille. 

Sous le n° 3 : le chevalier Marie-Paul de C... d'A... 
major en Amérique... 

Sous le n° 4 : Le baron Paul-Serge- Anne de C... 
d'A..., chevalier de Malte, capitaine d'infanterie au régi- 
ment d'Anjou, fondateur de plusieurs Loges du Rit 
Français, de la 12 e classe des Amis-Rénnis de Paris ; 
convoqué au Convent de Paris, en 1785. 

Sous le n° 5 : Noble François VII, René de C... 



22 



LE RIT PRIMITIF 



d'A..., ancien page du Grand-Maître de Malte, prêtre 
gradué, chanoine de la cathédrale de... 

Sous le n° 6: Noble François VIII, Guillaume de C... 
d'A..., chevalier de Malte, lieutenant des vaisseaux du 
Roi, fondateur et membre de Loges de divers Régimes. 

Sous le n° 7 : Le chevalier Gabriel de C... d'A..., che- 
valier de Malte, sous-lieutenant d'infanterie au régiment 
d'Anjou. 




En tête des brevets, délivrés par la Révérende Loge, 
était représentée une couronne de myrthe, ornée de sept 
grenades ; au-dessus, un ruban portait la devise : (( Co- 
roiiam ne vellito ». Or, un des adeptes les plus chers à 
la secte, le jeune chevalier suédois à'Harmensen, était 
venu chercher à Paris un asile, sous le Premier Empire. 
Le Grand-Orient accueillit le jeune adepte avec une 
faveur marquée. h'Eques a Capite Galcato était, à cette 
époque, en lutte ouverte avec cette grande Autorité Ma- 
çonnique, dont l'ambition et la tyrannie prétendaient 
absorber tous les autres Régimes. La discussion demeu- 
rait courtoise, quoique très vive. D'ailleurs, le Grand- 
Orient finit par s'incliner et reconnut qu'il avait trouvé 



LE RIT PRIMITIF 23 

son maître. Quelques incidents de cette querelle mirent 
en relation le redoutable fondateur du Rit Primitif et 
le jeune chevalier suédois. Leur correspondance com- 
poserait un curieux chapitre de l'histoire de la Haute- 
Maçonnerie au commencement du xix e siècle. Le mar- 
quis conçut pour ce jeune adepte, déjà reçu dans les plus 
hauts grades, la sympathie la plus vive, et une estime 
voisine de l'admiration. Il lui ouvrit les bras et l'admit 
dans son Rit. D'Harmensen lui ayant demandé quelques 
éclaircissements sur la signification du timbre qui ornait 
son diplôme, le marquis répondit, le 22 novembre 1806 : 

« Le timbre qui décore le haut de votre brevet est le timbre 
« général de toutes les planches émanées de la Révérende Loge 
« du Rit Primitif. Votre O. P. H. jeté presque impercepti- 
u blement entre les lignes, et comme un trait de plume insi- 
« gnifiant, ne m'est point échappé. Permettez-moi de vous 
« dire que c'est sans doute comme pontife zodiacal que, pre- 
« nant intérêt à la couronne, vous voudriez qu'elle fût escor- 
« tée de la constellation que vous nommez guitare, et que nous 
« appelons lyre. Notre Rit n'est ni ophique, ni orphique, et 
« notre couronne n'est point celle d'Ariadne; le nombre des 
« étoiles de la couronne boréale, différent de celui des gre- 
« nades, qui décorent la nôtre, démontre cette vérité. 

« En un mot, notre couronne n'est point du tout scienti- 
« fïque ; elle est purement sentimentale : le myrthe et les gre- 
« nades ont de tout temps été l'emblème de l'union sociale et 
« fraternelle des membres de l'Ordre, ou de ceux d'une Loge ; 
« et le nombre de Sept, en outre de ce qu'il est en soi maçon- 
« nique, se réfère spécialement à mon respectable père et ses 
« six fils, premiers fondateurs de la Loge, et formant ainsi 
« une Loge juste et parfaite, bien intéressante aux yeux de 
« tous les maçons sensibles. Croyez, Très Cher Frère, que je 
« vous rends la justice de croire qu'elle le sera aux vôtres, et 
.« que, désormais, vous estimerez notre couronne autant que 
« si elle était environnée de toutes les lyres et de tous les 
« serpents de l'univers. » 

Parmi les membres, initiés directement par la Loge, ou 



24 



LK RIT PRIMITIF 



affiliés et associés à son Régime, nous relevons les noms 
suivants : 

Sous le n° 15 : L'abbé Léonard, prêtre conducher de 
la Primaliale. Initié le 22 février 1781. 

Sous le n° 17 : L'abbé de Vernon, prêtre, chanoine de 
la Primatiale. 

Sous le n° 23 : Savalette de Langes, garde du Trésor 
Royal, né à Tours, résidant à Paris ; Grand-Officier 
d'honneur au Grand-Orient de France; fondateur des 
Amis-Réunis de Paris ; instituteur et commissaire aux 
archives du Régime des Philalcthes ; membre du Con- 
vent de Paris, en 1785. 

Sous le n° 24 : Le comte d'Aguilar, capitaine de cava- 
lerie au régiment de Royal-Pologne, né et domicilié à 
Perpignan. Associé le 22 juin 1783. 

Sous le n° 25 : Le docteuc Giraud, médecin consul- 
tant du roi de Sardaigne, né à Pignerol, domicilié à 
Turin. Associé le 18 décembre 1785. 

Sous le n° 2y : Taillepied de Bondi, receveur-général 
des finances, né et domicilié à Paris. Associé le 17 décem- 
bre 1785 ; de la xn e classe des Amis-Réunis de Paris, et 
commissaire aux Archives du Régime des Phtlalèthes ; 
membre du Convent de Paris, 1785. 

Sous le n° 28 : Dutrousset d'Héricourt, président au 
Parlement de Paris. Associé le 18 décembre 1785 ; de la 
xn e classe des Amis-Réunis de Paris, commissaire aux 
Archives des Philalèthes ; membre du Convent de Pa- 
ris, 1785. 

Sous le n° 29 : Mesmer, inventeur de la doctrine du 
magnétisme universel, et du magnétisme animal. Né à 
Zell, en Suabe (sic), résidant à Paris. Associé le 18 dé- 
cembre 1785. 

Sous le n° 32 : Le comte de Szapary, chambellan de 
l'Empereur, né à Podhragy, domicilié à Presbourg. en 
Hongrie. Associé le 18 décembre 1785; représentant de 
la 7 e province de la Stricte Observance au Convent géné- 
ral de Wilhelmsbad, 1782. 






LE RIT PRIMITIF 



25 



Sous le n° 33 : Le marquis de Lezay-Marncsia, cheva- 
lier de Saint-Louis et de Saint-Georges, né à Metz, do- 
micilié au château de Saint-Julien, en Franche-Comté. 
Associé le ly décembre 1785. 

Sous le n° 34 : Roi in de la Farge, de l'Académie de 
marine, né à Metz, domicilié à Brest. Associé le 18 dé* 
cembre 1785. 

Sous le n° 35 : Le comte de Ros, chevalier de Malte, 
capitaine chef d'escadron de dragons au régiment du 
Roi, né et domicilié à Perpignan. Associé le 23 avril 
1786. Fondateur et Ex-Maître de la Révérende Loge du 
Rit Français, la Sociabilité, Orient de Perpignan. 

Sous le n° 44. Le chevalier Jacques de Çagar, cheva- 
lier de Malte, lieutenant d'infanterie au régiment de 
Malte, né à Perpignan, résidant à Malte. Associé le 
5 avril 1789. 

Désormais, l'histoire de YEqucs se confond avec celle 
des Régimes dont il fut ou le fondateur ou l'un des chefs. 
Dans les tableaux fort variés qui vont se succéder sous 
ses yeux, le lecteur apercevra, souvent au premier plan, . 
quelquefois au second, d'autres fois encore, perdu clans 
un coin, et comme enveloppé d'ombre, l'Eques a Capite 
■Galcato. Mais pour que nous puissions mieux compren- 
dre son œuvre, et mieux en mesurer la portée, il nous 
faut connaître le fond même de sa pensée et pénétrer son 
âme; il nous faut démêler les intentions, connaître les 
principes de cet émule des Grands-Maçons du XVIII e 
siècle. 



) 



CHAPITRE IV 
Portrait de VEques a Capite Galeato. 

Au physique, le marquis se peint lui-même. De « taille 
courte, trapue et lourde », il jouit d'une santé robuste. 
Il est d'une activité prodigieuse. Il peut franchir d'énor- 
mes distances à marches forcées ; tenir conseil au dé- 
botté; travailler, écrire, suivre les négociations les plus 
longues, les plus épineuses ; passer de la salle, où il cons- 
pire, dans les lieux de plaisir où se réunit la plus bril- 
lante compagnie, sans en éprouver de fatigue. Il a l'es- 
prit orné, le goût cultivé, l'imagination peu vive, mais la 
mémoire très fidèle. Vif, emporté, violent même, il sait 
dominer ses passions et maîtriser son bouillant carac- 
tère, lorsque la colère et l'impatience pourraient com- 
promettre ses entreprises. Il a dans les idées une clarté 
merveilleuse. Il est souple, tenace, rancunier. Dès l'âge 
de vingt ans, il sait juger les hommes, les servir et se 
servir d'eux. Il est ami sûr, généreux, discret. Ne lui 
parlez ni Maçonnerie, ni Régimes maçonniques, ni Scien- 
ces occultes : vous le trouverez franc, loyal, juste, hon- 
nête homme, dans la belle acception du mot. Bon époux, 



- 



■ 



28 



LE RIT PRIMITIF 



bon père, mais sans tendresse ; fort attaché à ses frères, 
mais plus encore par les liens de la maçonnerie que par 
ceux de la famille. Il est débarrassé de toute ambition, 
sauf d'une espèce d'ambition particulière : celle de con- 
naître tous les Régimes maçonniques, d'en posséder tous 
les grades, de servir la Société occulte, de faire aboutir 

le GRAND ŒUVRE. 

Est-il spiritualiste, positiviste, matérialiste, pyrrho- 
nièn, épicurien, stoïcien ? Est-il catholique, calviniste, 
luthérien, boudhiste, judaïsant, kabbaliste, mage, théo- 
sophe, astrologue ? — Il est tout cela, et il n'est rien de 
tout cela. Il est maçon, et c'est assez. La Maçonnerie est 
sa religion, son église, sa patrie, sa famille, sa vie même. 
Il ne respire, il ne vit que pour elle. La Société secrète 
.l'a pris tout entier. 

La France expirante, blessée à mort par la Révolu- 
tion, ne lui arrache pas un cri de pitié. Il n'est pas citoyen 
français ; il est le citoyen de l'univers. Les hommes, 
qu'il se flatte souvent d'aimer, sont faits pour la Maçon- 
nerie, et la Maçonnerie est trop auguste, trop sainte, pour 
être faite pour les hommes. Le mortel, qui* parcourt, ici- 
bas, sa carrière temporelle, n'est maintenant qu'un 
instrument pour hâter le règne de la Maçonnerie univer- 
selle : plus tard, encore, il ne sera qu'un instrument, 
pour maintenir la domination de la Maçonnerie. Que 
l'homme ne songe pas à se plaindre : s'il est fait pour la 
Maçonnerie, la Maçonnerie est faite pour assurer le 
bonheur et la régénération de l'homme temporel. 

Il n'y a point de peuples, séparés par des frontières. 
Si la nature physique a élevé des frontières, si l'igno- 
rance, les intérêts, les préjugés les ont fait adopter, il 
faut abattre ces frontières. S'il y a des peuples, des natio- 
nalités, des races, il faut les rapprocher, les mêler, pour 
qu'il n'y ait plus que des frères. Il écrit, vers 1785 : 



« L~n bien réel, et que, peut-être, l'on n'avait pas prévu, 
« mais qui. certainement est résulté de l'Institut Maçonni- 



LE RIT PRIMITIF 29 

« que, c'est qu'ayant occasionné le rapprochement des indi- 
« vidus et des nations, il a merveilleusement concouru à 
« propager les lumières et la raison, et à affaiblir les haines, 
« les préventions, les préjugés qui divisaient les hommes et 
« les peuples. » (Texte résumé d'après YEqucs. Voir le texte 
complet, p. 143.) 

Devançant cette ère bienheureuse, où tous les peuples 
ne formeront plus qu'un seul peuple, il n'y a plus pour 
lui ni France, ni Allemagne, ni Espagne; il écrit : la 
france, l'allemagne, l'espagne. Il supprime tout ce qu'il 
v a de propre dans ces dénominations, en attendant que 
le progrès maçonnique les anéantisse. U parle de cette 
Révolution formidable, qui a été le plus grand événement 
des temps modernes, comme d'un bouleversement cosmi- 
que, contre lequel les hommes ne peuvent absolument 
rien, et dont ils n'ont pas le droit de se plaindre. Voici 
un extrait des Annales de sa Révérende Loge, la pre- 
mière du Rit Primitif, en France, écrites par lui-même. 
Nous avons copié le texte dans le Livre d'Or du Régime: 

« ANNEES 1787- 1788- 1789. 

« L,es années suivantes (ces trois années), s'écoulèrent 
« doucement, sans événements dignes de remarque. Il ne faut 
« cependant point passer sous silence que la Révérende Loge, 
« rendant hommage à ' l'administration éclairée et sage de 
« l'hospice de mendicité de cette ville, en vertu d'une décision 
« du Vénérable Conseil du I er avril 1789, fît délivrer la somme 
« de 120 francs (cent vingt), au Révérend Frère N° 8, pour 
« la remettre, au nom de la Révérende Loge, à l'Hospice de la 
« Caisse de mendicité et en retirer un reçu. 

« Les Frères continuèrent de goûter ainsi, en paix et sans 
« fracas, tout l'agrément de leur réunion, faisant de temps 
« en temps, d'heureuses acquisitions, toujours assorties au 
« module de la composition primitive de la Révérende Loge. 

« ANNEES 1790-1791. 
« Quelque innocent et paisible que fût l'objet des nos As- 



3Q 



LE RIT PRIMITIF 



•« semblées, l'explosion délétère de cette Révolution sans exem- 
« pie dont nous nous prescrirons de ne dire que ce qui sera 
« indispensable pour la liaison et l'intelligence du discours, la 
u Révolution vint altérer la sécurité franche, qui donnait un 
« attrait de plus à la réunion des frères. Les séances devin- 
ce rent moins fréquentes, moins nombreuses ; les épanchements 
« mutuels de l'amitié ne se firent plus avec la même effusion. 
•« Enfin, en dépit de la parenté, de l'habitude, de l'estime et 
« de la confiance réciproques, l'esprit et l'expression de la fra- 
« ternité étaient comme comprimés par des mains invisibles; 
« les frères se rapprochèrent donc moins souvent, et avec une 
«. sorte de réserve. 

AXXEE 1792. 

« Mais lorsque dans la nuit du 5 au 6 août 1792, on fut par- 

« venu par d'audacieuses effractions, dont les Frères senti- 

«. rent très bien qu'ils ne devaient faire entendre aucune 

« plainte, l'en fut parvenu à enlever le Titre Constitutif, les 

« principaux registres, portefeuilles, cartons, etc., de la Révé- 

« rende Loge, il fut dès lors bien décidément reconnu que la 

« plus grande circonspection devenait nécessaire ; que, sans 

« doute, on n'avait enlevé nos livres et nos papiers que pour 

« y chercher des torts à nous imputer, pour nous perdre, et 

« que comme on n'y pouvait rien trouver de répréhensible, 

« l'on ne manquerait pas d'épier nos réunions pour les quali- 

« fier de conciliabules, ou de quelque autre dénomination 

« odieuse, qu'il fallait donc se plier, de bonne grâce, aux cir- 

«. constances. 

« En conséquence, il fut résolu : i° De supprimer les As- 
« semblées générales ; 2 de ne plus faire d'admission ; 3 de 
« ne faire les travaux que par petits pelotons, variant, d'une 
« assemblée à l'autre, et l'assortiment des frères et le lieu de 
a leur séance ; 4 de ne rétablir ni archives, ni registres, de 
« ne procéder aux élections et aux promotions que de vive 
<( voix, en retenant des notes insignifiantes et fort rapides 
« pour conserver le souvenir des faits essentiels: 5 de ne per- 
ce dre jamais de vue la nécessité indispensable, où nous nous 
« trouvions, de prendre toujours les précautions les plus mi- 
<( nutieuses. 

« C'est ainsi que les Révérends Frères ont traversé pénible- 






LE RIT PRIMITIF 31 

« ment, mais sans faire tout à fait naufrage, les époques les 
« plus orageuses. C'est ainsi peut-être, que, par habitude, au- 
« tant que par découragement, ils auraient continué de jouir 
« d'une existence douce et peu marquante, et que la Révérende 
« Loge, sans éprouver ni trouble, ni secousse, se serait enfin. 
« laissé couler dans le vague du néant, lorsqu'au mois d'avril 
'< 1805, elle eut connaissance de l'union solennelle qui s'étaif 
« opérée entre le Grand-Orient de France et le Rit Ecossais 
« Ancien Accepté, à l'occasion de laquelle le Grand-Orient de 
« France déclare qu'il s'unit à tous les Frères, de quelque Rite 
« qu'ils soient. » 

On éprouve, en lisant ces lignes, une tristesse poi- 
gnante. Je ne sais quel sentiment pénible étreint le cœur 
et met des larmes clans les yeux. Eh ! quoi ! h'Eques a 
Capite Galeato fait le récit de ces convulsions effrayan- 
tes, en choisissant ses mots ! Les gens de bien partout 
traqués ; les sanctuaires profanés ; les ministres d'une 
Eglise, qui avait civilisé le monde, réduits à se cacher on 
à s'exiler, ou condamnés à périr ; un glorieux régime 
qui s'évanouit, tandis que la luxure et le brigandage 
triomphent ; la société française, qui expire ; la patrie, 
qui agonise : aucune de ces grandes images d'un passé 
qui s'effondre, ne lui arrache un cri de douleur, une 
parole de regret ! 

Le gentilhomme maçon ne plaint ni le roi à qui son 
ami Savalette de Langes l'a plusieurs fois présenté, ce roi 
si faible, mais si bon, dont l'imprévoyance et la faiblesse 
lui ont rendu si facile son œuvre de démolition maçonni- 
que, ni cette charmante princesse de Lamballc qu'il avait 
introduite plusieurs fois dans la Loge des Amis-Rénnis, 
ni ces infortunés Girondins, qu'il avait initiés aux mys- 
tères de Y Art Royal, ni cette noblesse vaillante, géné- 
reuse, gaie, crédule dont il fait partie, ni sa famille, qu'il 
aime pourtant, et que l'affreuse tempête a dispersée. 

Non, il ne se plaint de rien, et il ne plaint personne. 
Tandis qu'un monde s'écroule, l'Annaliste enregistre,, 
pour que ses frères, tard venus dans le Régime, ne 



3 2 



LE RIT PRIMITIF 



l'ignorent pas, que la Révérende Loge a fait à l'Hospice 
de la caisse de mendicité de sa ville, le don princier de 
120 francs (cent vingt), dont le Frère w°8a retiré un 
reçu. Tandis que ses frères cadets fuient au delà des 
frontières, la destinée lui permet encore de faire d'heu- 
reuses acquisitions, toujours assorties au module de la 
composition primitive de la Révérende Loge. Il lui con- 
vient de se présenter en victime de l'explosion délétère. 
Mais si l'Annaliste ment, il ment dans l'intérêt de sa 
cause. Il ment pour tromper ses vénérables Frères, pour 
berner le Grand-Orient, pour éviter de produire l'Acte 
Constitutif de son Régime. Il était trop fin, trop avisé, 
trop prudent, pour laisser ses précieuses archives à la 
merci d'un coup de main. Et sa Loge, d'ailleurs, ne fut 
jamais envahie, ou ne fut envahie que par des compli- 
ces. Après la Révolution, ses papiers étaient dans l'or- 
dre le plus admirable. Nous les avons trouvés minutieu- 
sement rangés et catalogués, et dans un état parfait de 
conservation, après ces audacieuses effractions, dont 
il se proclame la victime muette et résignée. 

Nous l'avons accusé de mensonge. L'imputation est 
grave; l'expression elle-même pourrait à quelques-uns 
paraître violente et peu parlementaire. Mais, il faut en 
prendre son parti et dire avec Boileau : 

J'appelle un chat un chat, et Rollet, un fripon. 

Une longue et sérieuse et impartiale étude, faite 
.sur plusieurs milliers de documents originaux, nous a 
•convaincu que toute l'organisation maçonnique est fon- 
dée sur la fraude, la tromperie, la fourberie, en un mot 
.sur le mensonge élevé à la hauteur d'une institution. 
De cette assertion qui, d'ailleurs, n'est pas nouvelle, 
mais que les panégyristes patentés et les historiens offi- 
ciels des Loges ont toujours ardemment contestée, 
nous fournirons, dans la suite de ce travail, des preuves 
nombreuses. Quant au marquis, il est juste de lui 
reconnaître, et nous l'avons fait, une nature rude, 



LE RIT PRIMITIF 33 

franche, impérieuse. Mais, en lui, le maçon est con- 
stamment obligé de voiler sa pensée, de s'envelopper de 
nuages. Pour l'avoir pratiqué dès sa jeunesse, il est 
passé maître dans l'art d'employer des formules vagues, 
quelquefois pompeuses, toujours obscures, qui parais- 
sent tout dire, et ne disent rien ou visent à faire enten- 
dre le contraire de ce qui est affirmé. Ecrit-il aux adep- 
tes des grades inférieurs ; compose-t-il, à leur usage, 
quelque instruction sur l'origine, l'existence ou le vrai 
but de la Maçonnerie ; on peut tenir pour certain que 
YEques a Capite Galeato trompera ses crédules disci- 
ples. Il a pour principe courant que tout est bon (( pour 
les bêtes » ou (( les buses » ; — c'est-à-dire, pour les 
Frères des Loges blanches ou bleues — tout, sauf le 
fin mot, la vérité. Il trompera de même les frères des 
plus hauts grades qui ne sont pas, malgré leurs titres 
éclatants et leurs pompeuses décorations, de vrais initiés. 
Le lecteur désirerait, sans doute, pouvoir juger par 
lui-même, d'après quelques exemples. Les exemples 
abondent. 






" 



I 



CHAPITRE V 



Ruses et Fourberies. 

UEques aux prises avec le Grand-Orient. 

Les " Actes Constitutifs " 



Le marquis ne cessait de répéter, par écrit et de vive 
voix, aux apprentis, aux compagnons, aux maîtres 
mêmes de sa Loge Blanche, ou Loge d'initiation, que la 
Franc-Maçonnerie est une coterie ou société de bien- 
faisance, entièrement dévouée à la Religion Catholi- 
que et Romaine; fort attachée à ses dogmes sublimes, 
révélés par un Dieu, à son culte plein de magnificence ; 
ardente à pratiquer et à faire aimer sa morale incon- 
nue des sages de l'Antiquité. Il déplore que la cour de 
Rome ait condamné cette association, si digne d'inté- 
rêt, sans même la connaître. Il a la ferme confiance 
que les Papes, revenus de leurs préventions — que 
l'ignorance peut seule expliquer — casseront leur sen- 
tence d'anathème et donneront à la Maçonnerie, leur 
plus puissante auxiliaire, sa place dans l'Eglise. Il 
annonce — toute modestie mise à part — que cette 



36 



LE RIT PRIMITIF 



place sera la première. Ailleurs, quelques imprudents, 
quelques malintentionnés, dans le but de compromettre 
une institution si sainte, ont peut-être — il ne sait — 
justifié les sévérités de Rome. Mais il se flatte que tous 
les Evêques et tous les inquisiteurs de la terre, rassem- 
blés pour fouiller ses archives, pour examiner ses rituels 
et ses cahiers d'instruction, n'y trouveront rien, abso- 
lument rien, qui ne soit de la plus pure orthodoxie. En 
effet, ses cahiers, ses instructions, ses discours écrits 
ne sont que des homélies sur l'amour des hommes, sur 
la bienfaisance, sur la sublimité de la Science — cen- 
tons de l'Ecriture — pots-pourris laborieusement com- 
posés à l'aide de citations empruntées au Nouveau Tes- 
tament et, plus particulièrement, aux Epitres de saint 
Paul. 

Mais déroulons une admirable pièce dont l'authenti- 
cité ne souffre aucun doute. Elle est demeurée pendant 
plus de cent ans enfermée dans un modeste cylindre en 
fer blanc. Une note manuscrite, où nous avons reconnu 
l'écriture du fils cadet de YBques a Capite Galeato, 
était roulée autour du vénérable parchemin ; nous la 
reproduisons : 



« La Pièce maçonnique sur parchemin, qui est dans le 
u cylindre de fer blanc, est extrêmement curieuse. J'engage 
a mon héritier à' ne pas s'en défaire facilement. Elle intrigua 
« beaucoup, dans le temps, les Officiers du Grand-Orient, 
« mais ils furent obligés de baisser leur pavillon. On trouve- 
« rait à cet égard, chez mon neveu François, une correspon- 
« dance intéressante entre mon père et les Officiers du Grand 
« Orient. On y trouverait également le tableau, au moyen du- 
ce quel on peut déchiffrer les deux pièces chiffrées. Ce tableau 
« est une combinaison des lettres de l'alphabet, établies verti- 
« calement et horizontalement, dans le genre de la table de 
« multiplication. Et dans la case à laquelle on arrive en fai- 
« sant cadrer la première lettre avec celle d'un mot connu des 
« initiés on trouve une lettre ou un nombre que l'on écrit. 






LE RIT PRIMITIF 37 

<c Si l'on trouvait ce tableau à N..., je crois que pour la pre- 

1 

« mière colonne, le mot est Cœli enarrant gloriam Dei, et, 
« pour la seconde : Corpus quod, etc. » 

Nous avons eu le bonheur de retrouver cette corres- 
pondance. Ces documents précieux nous permettront 
de sonder en ce chapitre d'étonnantes profondeurs de 
de ruse et de fourberie. 

Nous savons, pour l'avoir lu dans un extrait des 
Annales, rédigées par YEques lui-même pour le Livre 
d'Or de son Régime, « qu'au mois d'avril 1805, la 
Révérende Loge, Première en France du Rit Primitif \ 
eut connaissance de l'union qui s'était opérée entre le 
Grand-Orient de France et le Rit Ecossais, Ancien- 
Accepté, à l'occasion de laquelle le Grand-Orient de 
France déclare qu'il s'unit à tous les Frères de quelque 
Rit qu'ils soient ». 

Cette union avait été imposée aux Sociétés Secrètes 
par l'Empereur. 

L'Empereur, qui avait appris à connaître la redouta- 
ble influence de la Maçonnerie, voulait mettre la main 
sur la Secte, comme il l'avait mise sur tout ce qui pou- 
vait, en France, gêner ses vues ambitieuses et son pou- 
voir absolu. L'union s'était faite, au profit du Grand- 
Orient. 

Pour n'être point signalé au terrible Maître qu'adu- 
lait la France et devant qui tremblait l'Europe entière, 
comme un maçon schismatique, comme un rebelle et 
un conspirateur, dès le 28 avril 1805 l'Eques a Capite 
Galcato adressa deux lettres individuelles, l'une au 
Révérend Frère Bacon de la Chevalerie, Grand-Offi- 
cier d'Honneur honoraire au Grand-Orient de France, 
l'autre au Très-Révérend Frère de Montaleau, Repré- 
sentant particulier du Grand-Maître au Grand-Orient 
de France ; l'un et l'autre ayant coopéré à l'union du 
Rit Français avec le Rit Ecossais Ancien- Accepté. Il 



38 



LE RIT PRIMITIF 



réclamait les bons offices du premier, (( en qualité cle 
collègue dans le Rit de la Stricte Observance, et à 
d'autres titres encore plus intéressants )) ; il faisait valoir 
auprès du second la qualité (( de membres da Rit des 
PhilalètheSj qui les rapprochait ». Il joignit à sa dépê- 
che une « planche » rédigée au nom de la Révérende 
Loge du Rit Primitif, « coarctant » l'offre de frater- 
niser et de recevoir des lettres d'agrégation au Grand- 
Orient. Le paquet renfermait en outre le tableau des 
Frères Fondateurs de la Révérende Loge. 

Ce premier envoi resta sans réponse. Le marquis en 
fit un second, par duplicata du premier, vers la fin de 
juin de cette même année 1805. 

En présence de toute demande de cette nature, les 
Règlements du Grand-Orient étaient formels. Ses Sta- 
tuts n'étaient pas encore imprimés ; ils ne le furent 
que l'année suivante ; mais ils étaient déjà rédigés, 
approuvés, et avaient force de loi. On lit à la Section 
III, qui a pour titre : (( De l'admission des Rites, des 
Demandes en Constitutions et Lettres Capitnlaires. » 

Article I 

a Les ateliers pratiquant un Rite non encore reconnu par le 
« Grand-Orient, qui solliciteront leur agrégation ou l'admis- 
« sion de leur Rit, adresseront au Grand-Orient une délibéra- 
« tion ad hoc, dans les formes prescrites par l'Article 1 de 
« la Section IV du présent Chapitre. 



Article II 

Ils y joindront l'original ou une copie authentique de leurs 
titres, et les instructions relatives au but et à la moralité du 
Rite. 

Article III 

Le tout sera envoyé au Grand-Directoire qui nommera une 
Commission de trois membres, au plus, pour examiner secrète- 
ment les instructions, et, sur son rapport, donnera son avis 



le; rit primitif 39 

au Grand-Orient, qui prononcera l'admission ou le rejet de la 
demande. 

Au mois de février 1806, YEques reçut du Grand- 
Orient, par l'intermédiaire du Représentant particu- 
lier du Grand-Maître, le Très Illustre Frère Rœttiers 
de M ont aie au > une réponse conforme aux Articles ci- 
dessus. On demandait à YEques (( une communication 
des Actes Constitutifs de son Régime ». Mais ces piè- 
ces, connues des seuls Hauts-Supérieurs, étaient et 
devaient toujours demeurer secrètes. UEques répondit 
qu'il ne pouvait rien envoyer, puisqu'il ne possédait 
rien. Des perturbateurs ayant envahi le siège de la Loge 
et les Archives du Régime, et, par d'audacieuses effrac- 
tions, ayant enlevé et fait disparaître les Actes Consti- 
tutifs, le Livre d'Or, les rituels et les cahiers d'instruc- 
tions, les Frères n'avaient aucun document à pré- 
senter. 

Ces réponses, faites avec une sorte de bonhomie 
naïve, convainquirent les Officiers du Grand-Orient 
de France que le Chef du Rit Primitif n'était qu'un 
petit gentilhomme de province, un mince personnage, 
avec qui l'on pouvait se permettre certaines libertés. 

C'est ainsi que le Grand-Orient, trouvant (( fort 
jolie » cette appellation de (( Rit Primitif », qu'il igno- 
rait et que la correspondance du marquis lui avait révé- 
lée, crut bon de s'en emparer pour la substituer à celle 
de son propre Régime, désigné jusqu'alors sous le titre, 
d'ailleurs très inexact, de Rit Français. 

Une note curieuse, inscrite dans le calendrier du 
Grand-Orient, pour l'année 1806, mit YEques a Capite 
Galeato sur la voie. Cette note, que l'on retrouve à la 
page I/5 de cet opuscule, portait : « Nota : Il existe à 
l'Orient de Paris, un Chapitre Métropolitain du Rit Pri- 
mitif, dont les travaux remontent au 21 mars 5721 
(1721), et confirmé par le Grand-Orient, à la date du 



40 



LE RIT PRIMITIF 



vingt-neuvième jour du onzième mois 5787 (,1787; ; 
lequel Chapitre est composé de 7 Chapitres fondateurs 
et de plusieurs frères, chevaliers de la même vallée. » 

A la découverte de ces lignes, YEqucs non moins sur- 
pris qu'intéressé, s'assura que dans le Calendrier de 
1805, imprimé en mars, c'est-à-dire avant les premiè- 
res ouvertures, faites par lui au Grand-Orient de 
France, le 28 avril 1805, et à la page 175, la note por- 
tait : (( // y a t à Paris, un Chapitre Métropolitain dont 
les travaux remontent à l'année S 2 / 1 U7 2I J- H csi 
composé de sept Chapitres fondateurs et de plusieurs 
frères de /'Orient de Paris. » 

h'Eques a C a pi te Galeato avait partout des amis et 
des affiliés. Il en comptait plusieurs parmi les Grands- 
Officiers du Grand-Orient de Paris. Une enquête, rapi- 
dement menée,, lui permit d'apprendre que l'on avait 
changé les cuivres des brefs, au Grand-Orient de 
France, pour y insérer les mots de Rit Primitif, et que 
quelques frères du Rit Français avaient même reçu 
récemment des brefs expédiés au Grand Chapitre 
Général du Grand-Orient de France, avec cette qualifi- 
cation. L'auteur de ce pieux larcin maçonnique n'était 
autre que le Très Illustre Frère Rœttiers de Montaleau. 
Représentant particulier du Grand Maître (1). 

En même temps qu'il spoliait le marquis. Rœttiers de 
Montaleau, s J appuyant encore une fois sur les Articles 
de la Section IIP des Statuts, le mettait en demeure 
d'envoyer au Grand-Directoire les Actes Constitutifs 
du Régime et les cahiers d'instruction. h'Eques se crut 
en droit de douter de la délicatesse de son correspon- 
dant et crut comprendre qu'après avoir dépouillé son 
Régime du titre qu'il avait porté jusqu'alors, le Grand- 
Orient brûlait d'envie de posséder les Constitutions et 



1 1 » Nous donnons ci-contre la hn d'une des lettres du F. \ de 
Montaleau à YEques. 




. 



4-' 



I.K RIT PRIMITIF 



les instructions secret es du Rit Primitif, pour enrichir 
de ces dépouilles le fameux Chapitre Métropolitain. 

Mais ni les Grands-Officiers du Grand-Directoire, les 
TJwry, les d'Aigre feuille, les Bacon de la Chevalerie, 
les Pajotj les de Beaumont, les D. Poissy, les de Joly, 
les Dubin, les Rœttiers de M ont al eau, ni le Grand- 
Orient tout entier n'était capable de lutter avec un 
tel vétéran de la Maçonnerie, avec un Maître qui, depuis 
plus de trente ans avait été initié à tous les secrets de la 
Secte. Le fondateur du Rit Primitif s'appliquait à lui- 
même, non sans un sentiment de fierté, qu'il trouvait 
légitime, le vers du poète : 

Nourri dans le sérail j'en connais les détours. 

Il fit partir pour Paris une dépêche <( très minutée ». 
Il racontait d'abord au Très Illustre Frère de Mon- 
taleau l'histoire des origines du Rit professé par sa 
Très Révérende Loge. Son récit est assez bien imaginé 
pour ne pas. blesser la vraisemblance. Tout y est com- 
biné pour tromper le Grand-Orient sur les origines d'un 
Régime que ses Grands-Officiers ne pouvaient et ne 
devaient jamais connaître. Voici le résumé très fidèle de 
cette histoire imaginée par YEques : 

Son père, le vicomte C... d' A..., chevalier de l'Ordre 
royal et militaire de Saint-Louis, commandant de divi- 
sion des canonniers garde-côtes, vit se réunir autour 
de lui ses nombreux enfants, dont la plupart servaient 
dans diverses armes, et qui, tous, étaient devenus ma- 
çons. Cette réunion, aussi singulière qu'heureuse, 
réchauffa son zèle, et lui inspira l'idée d'organiser une 
Loge en famille. Il informa de ses vues quelques 
Maçons allemands de qualité, avec lesquels il avait tou- 
jours entretenu des relations. Il avait fait leur connais- 
sance autrefois, lorsque, ayant été blessé et fait pri- 
sonnier au siège de Prague, il leur avait été recom- 
mandé par son frère qui. depuis, fut tué d'un boulet 



/ 



LE RIT PRIMITIF 43 

de canon, à la tête des grenadiers de Piémont, au com- 
bat de Rosbach. Ces Frères, qui avaient conservé pour 
lui une estime et une amitié très distinguées, détermi- 
nés par ces .sentiments, lui offrirent de l'adjoindre avec 
sa Loge à un Rit « peu connu », quoiqu'il fût (( ré- 
pandu un peu partout », et « où l'on s'attachait plus au 
choix qu'au nombre de ses membres ».. Ils lui donnèrent 
un aperçu des obligations et des avantages, ainsi que 
les principales formes à remplir, pour parvenir à la 
réunion de la Loge au Rit. 

(( Les Frères n'hésitèrent pas un moment à adopter 
« un Rit, où chaque Loge, si elle le veut, possède et 
(( propage l'ensemble et la totalité des connaissances 
(( qui constituent le Rit ; où la Franc-Maçonnerie rap- 
« prochée des principes Primitifs de son institution 
« est : i° un délassement honnête autant qu'agréable ; 
((2° une association bienfaisante; 3 une occasion de 
(( perfectionnement moral, de ses membres, tant à rai- 
« son de leur fréquentation réciproque, qu'à raison de 
« la régularité des formes et d'emploi des outils sym- 
(( boliques et expressifs qui servent à leurs études et 
(( à leurs méditations ; où 4 , à l'exception du premier 
« hommage, versé à l'occasion du Titre constitutif, et 
(( une quotité très légère, très rare, et volontaire, pour 
(( les frais de chancellerie, l'ensemble et Ta totalité des 
« perceptions métalliques restent à l'usage et à la 
« disposition de chaque Loge; où, enfin, l'influence pa- 
• (( ternelle et douce, et presque inaperçue de l'Ordre, 
(( ne se fait presque jamais sentir que par des marques 
(( de bienveillance. 

(( Tout ayant été éclairci, préparé, convenu d'avance, 
(( entre les Chefs du Rit, d'une part, et le Frère vi- 
(( comte de C... d'A..., au nom de la Loge, de l'autre, 
(( l'élection et l'installation provisoire des dignitaires 
(( et officiers de la Loge eurent lieu le 27 novembre 
(( 1779. Un mois après, la demande, requête, ou sup- 
(( plique, fut signée et expédiée séance tenante, le 2j 



44 



LE RIT PRIMITIF 



(( décembre de la même année 1779. On rédigea et on 

« arrêta le tableau, avec le Numéro attribué à chaque 

« frère. Le mémoire dogmatique, qui avait été com- 

« posé à loisir, par des commissaires, au nom de la 

« Loge, fut approuvé et signé. 

(( Toutes les pièces furent adressées aux Chefs, par 
(( voies qu'ils avaient indiquées au Frère N. i°, (le 
<( père du marquis) ; et, en attendant les titres et do- 
(( cuments du Rit, la Log'e se réunit, de temps en temps, 
(( suivant les formes les plus simples et les plus géné- 
(( ralement pratiquées. 

« Dans le courant du mois de mars de l'année 1780, 
<( la Révérende Loge eut avis qu'un commissaire vien- 
« drait incessamment lui remettre les titres et procéder 
« à son installation. En effet, ce commissaire ne tarda 
« pas à se présenter; après quelques jours, pendant les- 
« quels il reçut des Frères de la Loge l'accueil frater- 
(( nel et agréable qui lui était dû à tous égards, et 
(( qu'il employa aussi à conférer avec eux sur toutes 
(( les parties du Rit Primitif. Ce fut le dix-neuvième 
« jour du mois d'Avril 1780, jour à jamais mémora- 
« bie pour la Révérende Loge, Première Loge de 
« l'Orient des Frce and Acceptée Masons du Rit Pri- 
(( mitif, en France, et de tous les Ateliers, Collèges, 
« Chapitres, selon les rites et les formes d'usage... 
(( Ayant confié au Révérend Frère Numéro I, en sa 
« qualité de .Conservateur, le Titre Constitutif, les Ri- 
« tuels, et autres documents, il clôtura l'acte d'inau- 
« guration, à la satisfaction générale. Il n'accorda que 
(( peu de jours aux invitations empressées des Frères 
« et les laissa pénétrés des plus justes sentiments de 
(( l'estime. » 

Après avoir fait l'historique de la Fondation de la 
Vénérable et Sublime Lor/e, dont il était présentement 
le Conservateur, VBques a Capite Galeato répétait, une 
fois encore, qu'il ne pouvait rien transmettre au Grand- 






TE RIT PRIMITIF 45 

Orient de France, « les Archives du Régime ayant été 
anéanties dans une affreuse nuit du mois d'août de 
l'année 1792 ». 

Le marquis procédant par interrogations et de la ma- 
nière la plus habile, rappelait au Très Illustre Frère de 
Montaleau, qui paraissait les avoir profondément ou- 
bliées, quelques-unes de ses hautes qualités maçonni- 
ques. C'est ainsi qu'il lui demandait s'il n'était pas ce 
même Frère de Montaleau qu'il avait jadis connu, 
avant la Révolution, à la xn e Classe des Amis-Réunis 
de Paris, et qu'il avait convoqué, en vertu de pouvoirs 
extraordinaires, au Grand Couvent de 1785 (1). 

Enfin, faisant allusion à la dénomination de Rit Pri- 
mitif, dont le Grand Orient de France prétendait spo- 
lier la Révérende Loge, Première, il concluait fine- 
ment : 

« Que quelque Maçon, peu délicat, en possession d'intriguer 
« clans les bureaux du Grand-Orient de France, avait trouvé 
« p'quante et remarquable la dénomination de son Rit; qu'elle 
« lui avait paru fort bonne à mettre à rencontre des préten- 
<( tions que l'espèce de renaissance qu'éprouve la Maçonnerie 
« en France, fait comme jaillir de toutes parts, et sous toutes 
« sortes de dénominations; que, surtout, il avait regardé 
« comme insignifiant et facile à dépouiller de sa dénomination 
« caractéristique, un Etablissement dont l'existence était pro- 
« blématique, sous certains rapports, et dont le petit nombre 
« de membres apparents ne s'exprimait qu'avec modération 
« et urbanité; que les Chefs du Grand-Orient de France, dis- 
« traits et occupés de mille affaires qui se succèdent sans 
« interruption, ne prendraient probablement pas garde à ce 
« petit tour de souplesse, pour ne pas dire mieux, et qu'en fin 
•« de cause, sans doute, ils feraient grâce aux moyens, en fa- 
ce veur de l'avantage qui devait en résulter pour le Rit factice 
« du Grand-Orient de France. » 



(1) Nous reproduisons ci-contre le brouillon d'une des lettres 
de VBques à Montaleau. 



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LE RIT PRIMITIF 47 

Le ton de cette longue dépêche, je ne sais quel mé- 
lange d'urbanité, de bonhomie, d'emportement contenu, 
de fierté dans l'accent, d'autorité dans l'expression, 
d'allusions voilées pour les profanes, mais suffi- 
samment claires pour des initiés, déconcertèrent le 
Représentant particulier du Grand Maître. 

Le Frère Bacon de la Chevalerie et plusieurs autres 
officiers du Grand Orient de France, notamment Py- 
ron, l'un des fondateurs du Grand Orient d'Italie, 
Charles d'Aigre feuille, cousin de YEques a Capite Ga~ 
leato, Thory, l'aîné, grand trésorier de YOrdre Ecos- 
sais Philosophique, le Frère d'Alès, ci-devant comte de 
Vienne et vicaire-général de Bayeux, s'interposèrent, 
convinrent que le Très-Illustre Frère de Montaleau 
avait commis une faute grave en tentant de spolier un 
Régime vénérable de sa dénomination caractéristique, 
et promirent de faire disparaître le titre de Rit Pri- 
mitif des cuivres du Grand Orient. Mais tous, d'une 
seule voix, suppliaient le marquis de faire parvenir au 
plus tôt les pièces originales des Actes constitutifs de 
sa Loge et de ses Chapitres, ou à leur défaut un ré- 
sumé, un sommaire quelconque des instructions sym- 
boliques , un aperçu des connaissances et des Sciences 
particulières à son Rit. Ces correspondants lui révé- 
laient que cette affaire commençait à s'ébruiter dans les 
Loges de la Capitale et que, tôt ou tard, le Grand-Maî- 
tre Cambacérès et YEmpereur en seraient instruits. 

La mise en demeure était formelle. Pour se dérober 
à ces instances, YEques a Capite Galeato ne pouvait 
prétendre qu'il ignorait absolument tout d'un Régime 
dont il était, depuis 1780, l'un des membres fondateurs 
et, depuis 1792, le Conservateur titulaire. 

Avec beaucoup d'habileté, le marquis répliqua : qu'il 
ne pouvait rien envoyer, attendu que lui-même et les 
frères de sa Révérende Loge n'étaient que les déposi- 
taires de secrets et de hautes connaissances, dont les 
Constituteurs du Régime étaient les véritables posses- 



mm 



4 8 



LE RIT PRIMITIF 



seurs. Quels étaient ces Constituteurs ? Il était sur ce 
point dans l'ignorance la plus absolue. Son père, le 
premier Conservateur de la Loge et de ses quatre Cha- 
pitres, avait seul correspondu avec eux. Seul il avait 
leurs noms et possédait leurs adresses. Seul il eût pu 
les retrouver peut-être, après les bouleversements sans 
exemple dont la France, l'Europe, l'Ancien et le Nou- 
veau Monde avaient été le théâtre. Mais son père 
n'était plus. Il avait emporté son secret dans la tombe. 
Quant à lui-même, élu comme Conservateur, il avait 
parcouru plusieurs contrées à la recherche des Supé- 
rieurs inconnus : vaines démarches, inutiles tentatives, 
infructueux efforts. De supérieurs, de constituteurs, 
nulle trace. Ce projet de réunion auquel le Grand-Di- 
rectoire mettait, comme à plaisir, tant d'obstacles, au- 
rait peut-être (si, enfin, il pouvait aboutir), ce résultat 
inespéré, grâce à l'immense publicité dont disposait 
ce puissant Etablissement Maçonnique, de signaler 
cette Loge, depuis si longtemps orpheline, ou plutôt 
cette fille inébranlablement fidèle, laissée par ses Pères 
dans le plus affreux abandon. 

D'ailleurs ni lui-même, ni ses Collègues de la Loge et 
des Chapitres n'étaient en France les seuls survivants 
de ce Régime. Le Grand Orient de France en comp- 
tait plusieurs dans son sein. Rien n'empêchait qu'on les 
interrogeât. Ils répondraient, si, toutefois, le serment 
de discrétion leur permettait de parler. 

Des membres du Grand Directoire avaient autrefois 
fait partie du Régime à jamais fameux des Philalè- 
thes. Si leur mémoire était fidèle, ils pourraient se sou- 
venir qu'entre les années 1 784-1 785, les deux Régi- 
mes, celui des Philalcthes et celui du Rit Primitif \ 
s'étaient unis, comme visant au même but, par un so- 
lennel Concordat, longuement et mûrement discuté de 
part et d'autre. 

Oue demandait le Conservateur de la Révérende 



m 



LE RIT PRIMITIF 49 

Loge ? L'affiliation au Grand Orient de France et la 
faculté de correspondre. Qu'exigeait ce corps Maçon- 
nique ? Que l'impétrant se soumît aux Règlements. 
Mais au-dessus, bien au-dessus, à une distance infinie 
des Statuts arrêtés et promulgués par une Autorité 
déléguée, si puissante fût-elle, un véritable adepte pou- 
vait et devait placer les Lois fondamentales et les deux 
Articles de la Charte Maçonnique, qui peuvent se for- 
muler ainsi : 

I er Article : Nulle puissance au monde n'a LE 
pouvoir de délivrer un adepte de son serment 
de discrétion; 

2 e Article : Ce n'est jamais aux sujets que l'on 

PEUT DEMANDER DES SECRETS, DES INSTRUCTIONS, DES 
.CONNAISSANCES, 'MAIS A L'AUTORITÉ LÉGITIME QUI 

\ 4 

LES EN A CONSTITUÉS LES FIDÈLES DÉPOSITAIRES (i). 

Les Grands-Officiers, chargés de cette affaire par le 
Grand-Directoire, convinrent entre eux qu'ils avaient 
trouvé leur maître. Ne sachant plus que répliquer, ils 
résolurent d'en référer à une Assemblée plénière des 
Grands-Officiers. L'affaire fut présentée le 27 juillet 
1806. Le Très-Illustre frère Thory s'était chargé de 
soutenir et de faire triompher la thèse du mystérieux 
Bques a Capite Galeato. Les débats furent passionnés. 

La plupart des officiers, fiers de leurs titres, de 
leurs décorations, de leurs bijoux, de leurs éblouissants 
costumes, s'imaginaient naïvement être devenus de 
sublimes mages, de puissants potentats. Créatures de 
l'Empereur, ils étaient persuadés que le culte bruyant, 
triomphant, exclusif du héros devait être le but, le 
vrai, l'unique but des Maçons régénérés. Les assem- 
blées en Loges, les réunions en Chapitres, les Fêtes de 



(1) Voir à ce sujet l'opinion de Thory ci-après. — et les 
lettres de l'Eques et d'Harmensen à la fin du volume. 



50 LE RIT PRIMITIF 

Y Ordre étaient, à leurs yeux, uniquement destinées à 
réchauffer le zèle des adorateurs de ce nouveau Dieu. 
De la Maçonnerie, de ses lois fondamentales, de ses 
traditions, de ses sublimes doctrines, de ses deux mon- 
tants,, ils ne savaient rien ou à peu près. 

Il suffisait aux vaillants maréchaux, aux brillants 
généraux, aux pétulants colonels, au comte Cyrus de 
Valence, au comte Serrurier, au Très Illustre et Révé- 
rend Rouyer, Trésorier de la neuvième cohorte de la 
Légion d'honneur, général de brigade, au Très Illustre 
comte de Ségur, Grand-Maître des cérémonies de Sa 
Majesté Impériale et Royale, au Très Illustre Merle 
de la Gorce, général de brigade, au Très Illustre Frère 
Général comte d'Harville, au Très Illustre et très in- 
trépide général de Lassalle, au maréchal Masséna, au 
sénateur Beurnonville, au préfet de police Dubois, au 
président du Tribunat Fabre de V Aude, au conseiller 
d'Etat Joubert, il suffisait, dis-je, à ces Très Illustres, 
Très Révérends et non moins Sublimes Maçons, de 
posséder un court résumé de leurs rituels, de faire 
correctement les gestes et attouchements hiératiques, 
et d'exécuter avec ensemble, dans les banquets, les bat- 
teries et les salves d'allégresse. Ce dernier art, acces- 
sible à ces valeureux capitaines et à ces manœuvriers 
consommés, était fort apprécié : (( La santé du Séré- 
«.nissime Grand-Maître, écrivait en cette même année 
(( 1806, le Secrétaire-Général du Grand Orient, G. de 
« Beaumont, a été portée avec l'enthousiasme que pro- 
« duit toujours sa présence; mais le vénérable frère 
« Pajot aîné, premier surveillant, semole s'être sur- 
« passé par la fermeté du commandement, et tous les 
« Frères, par F ensemble et la précision de leurs feux. )) 

Ces merveilleuses connaissances maçonniques étaient, 
on l'avouera sans peine, tout à fait insuffisantes pour 
discuter la thèse, habile et subtile, de YBques a Capite 
Galeato, l'un des plus purs et des plus savants initiés 
de cette époque, et le frère Thory pouvait lui écrire ces 



LE RIT PRIMITIF 



51 



lignes attristées : « 77 est certain qu'il n'existe peut- 
être pas vingt-cinq maçons parmi les deux cent mille 
qui couvrent aujourd'hui le sol de la France. » 

Et donc les débats furent orageux et confus. Enfin, 
le même frère Thory réclama la parole, il émit son 
opinion en ces termes : 

« La discussion qui vient de s'engager, les observations 
« lumineusecs des membres du Grand-Directoire des Rits, 
« l'importance de l'objet qui nous occupe, tout me fait un 
« devoir de prendre aussi la parole dans cette circonstance. 

« Une loge du Rit Primitif se présente au Grand-Orient de 
« France et demande son agrégation au Centre commun des 
« lumières maçonniques. Je pense que le Grand-Orient doit 
« l'accueillir avec distinction et lui accorder l'objet de ses 
« désirs. 

« La Loge... en sollicitant cette faveur, a répondu à l'appel 
« solennel que le Grand-Orient a fait à tous les Rits, comme 
« à tous les cultes maçonniques; vous apercevrez dans cette 
« démarche des Maçons qui rendent justice à la philosophie, 
« à l'esprit de tolérance du Grand Orient de France, et qui 
« professant un Rit secret, inconnu à la plupart d'entre nous, 
« offrent de confondre leurs lumières et leurs affections. 

« Je répondrai à quelques-unes des objections qui ont été 
« faites, et je crois pouvoir vous démontrer que cette réu- 
« nion entre dans les intérêts du Grand-Orient. 

« On a dit dans la discussion : Quel est le Rit ? quelles en 
« sont les bases, les principes ? Quels grades professent-ils ? 
« Leurs cahiers sont-il au Grand-Orient ? 

« Remarquez bien, mes Frères, que ce n'est point le corps 
« constituant du Rit Primitif qui se présente à vous. C'est un 
« atelier, c'est un chapitre constitué qui vous dit : Vous ap- 
« pelez à vous tous les Rits ? Nous nous empressons de nous 
« rendre sous vos bannières. 

« Dans cette circonstance, les Frères de la Loge du Rit Pri- 
« mitif peuvent-ils, doivent-ils vous donner connaissance de 
« leur doctrine ? Non, sans doute, ils n'en sont que déposi- 
« taires : le dogme appartient à leurs maîtres; eux seuls peu- 
ce vent en unir le Rit au Grand-Orient. 



^^fl 



52 



LE RIT PRIMITIF 



« Quant àses bases et à ses principes, il ne nous est pas 
« permis sur ce point de les interroger, il nous suffit de con- 
« naître la composition du Chapitre impétrant, et, sous ce 
<c rapport le Grand-Directoire n'a rien à désirer. 

« Une famille Illustre, d'anciens magistrats, de braves mi- 
<( litaires, d'hommes intègres, enfin, forme, à elle seule, la 
« Loge et le Chapitre... Mais, a-t-on dit, ce Chapitre est cora- 
a posé de la seule famille des C... d'A..., tous frères ou pa- 
rt rents. Le Grand-Orient ne peut connaître des lumières, qui 
« sont une espèce d'hérédité pour les membres d'une même 
« famille... Eh bien ! ce qui vous paraîtra une singularité, je 
« le regarde, moi, comme un acte de prudence, malheureuse- 
« ment trop rare en Maçonnerie. Je n'examine pas si tous 
« les membres impétrants portant le nom de C... d'A... Il me 
« paraît évident que les Frères ont voulu conserver le secret de 
« leurs grades, en se réduisant à un très petit nombre ; il est 
« évident que ces grades ne sont point de nature à devenir 
<( l'apanage de la multitude et que, bien différents de tous les 
« autres, connus, copiés, imprimés, ceux des impétrants ont 
x( le mérite peu commun de n'avoir point encore été divul- 
« gués. 

« Au surplus, je n'ai point l'honneur d'appartenir à ce Rit, 
« mais je puis assurer au Grand Directoire des Rits, que plu- 
« sieurs membres du Grand-Orient de France appartiennent 
« à son Association; qu'il en existait un en atelier (sic) à 
« Paris, avant la Révolution, sons le titre d'Amis Réunis, pré- 
a sidé par le frère Savalette de Sange (sic) ; enfin, que par la 
«. correspondance que j'ai encore maintenant avec un des 
« Chefs les plus distingués du Rit Primitif, je suis convaincu 
« que le but et les travaux particuliers de la Loge et du Cha- 
« pitre du Rit Primitif, tendent à la perfection des mœurs et, 
« peut-être, à des connaissances particulières auxquelles il 
« n'est pas permis à tous les hommes d'atteindre. 

« Il est temps, mes Frères, de sortir du cercle des petites 
« vues et des petits intérêts de rivalité; il faut que le Grand- 
« Orient soit Grand, en effet ; il faut qu'il soit convaincu 
« qu'il apprécie la démarche éclatante de ces Frères; il faut 
« qu'il soit convaincu qu'il ne sera vraiment fort, j'ose dire 
« vraiment digne de la protection du gouvernement que lors- 
-<( qu'il aura su tout appeler à lui, et que les talents et l'es- 



le; rit primitif 53 

« prit de tolérance de ses officiers auront enfin employé tous 
« leurs moyens pour faire flotter dans cette enceinte les éten- 
« dards de tous les Rits. 

« J'appuie de tout mon pouvoir la demande des Frères du 
« Rit Primitif, je conclus à ce que la correspondance du 
« Grand-Orient lui soit accordée; à ce que, conformément 
« au traité d'union de tous les Rits, le titre qui l'établit, ou 
a une copie certifiée par les membres du Chapitre soit visée 
« par le Grand-Directoire des Rits, et que cet Atelier de 
« Hauts Grades soit porté sur les états du Grand-Orient, 
« comme un Chapitre régulier, avec la date de son établisse- 
« ment et la dénomination de Chapitre de Rit Primitif. » 



Ainsi, le Frère Thory avait appuyé la thèse de YEques 
a Capite Galcato sur tous les points, sauf sur un seul : 
le non-envoi des Patentes Constitutives. La tournure 
qu'avaient prise les débats lui avait fait comprendre 
que le Grand Directoire n'admettrait jamais une pa- 
reille exception en faveur d'une Loge ou d'un Régime 
quelconque. N'était-ce pas assez que les Grands-Offi- 
ciers consentissent à n'exiger ni les cahiers du Rit, ni 
un sommaire des instructions ? 

Le Conseil, faisant siennes les conclusions de Thory, 
arrêta : 

(( Le Directoire verra avec plaisir l'aggrégation du 
Rit Primitif; mais il ajourne la demande jusqu'à ce 
que la copie promise, du Titre Constitutif lui ait été 
transmise. Il nomme commissaires, à l'objet de lui en 
faire un rapport, les Frères de Montaleau, Pajot et 
Thory. » 

Malgré sa prodigieuse habileté, YEques a Capite Ga- 
leato se trouvait réduit à l'alternative cruelle ou de 
refuser la représentation du Titre Constitutif, ou de 
voir sa demande de réunion définitivement repoussée. 

Les Grands-Officiers du Grand Orient ne doutaient 
pas qu'il se résoudrait enfin à prendre le premier parti. 
Ses amis eux-mêmes soupçonnaient quelque piège. Son 



54 



LE RIT PRIMITIF 



attitude avait fait croire que le Titre existait réelle- 
ment, mais qu'il était, probablement, peu en règle, et 
ne résisterait pas à la critique sévère qu'on lui pré- 
parait. 

En attendant, YBqucs a Capite Galeato 



« crut s'apercevoir, écrit-il dans les Annales de son Ré~ 
« gime, qu'on lui avait lancé un Frère très instruit, très ac- 
« tif, et très fin, dans la vue de le scruter. Ht comme ce Frère, 
« très jeune encore, avait beaucoup voyagé, et été initié 
« partout aux mystères les plus secrets, qu'en conséquence 
« de ses lumières rares, on l'avait accueilli à bras ouverts 
« dans les Loges les plus merveilleuses de la Capitale et dans 
« les établissements scientifiques les plus prétentieux, on ne 
« douta point qu'il ne fût très en mesure d'apprécier les lu- 
« mières et les titres de la Révérende Première Loge, et de 
« fixer le degré de considération qu'on devait accorder aux 
« uns et aux autres. » 



Faisant donc une prompte volte-face, il écrivit à son 
cousin Charles d'Aigre feuille, qu'il avait une bonne 
nouvelle à lui annoncer. Par le plus grand des hasards, 
ou, pour mieux dire, j( par une providentielle rencon- 
tre », les Actes Constitutifs, que l'on pouvait croire à 
jamais perdus, venaient d'être retrouvés. 

UBques faisait complaisamment le récit de cette 
bienheureuse trouvaille. Toute l'histoire, qu'on va lire, 
n'est d'ailleurs que pure invention. 



« La même, nuit où l'on arrêta les chanoines de Saint- Just 
« et autres prêtres, un particulier se portant sur le rempart 
« de derrière les Cordeliers, avec sa lanterne, selon la cou- 
rt tume de tous les jours, avait trouvé au pied de la monti- 
« cule, du côté du marin, un paquet enveloppé dans une pièce 
« d'étoffe. S'étant hâté de satisfaire au premier but de sa pro~ j 
« menade, il avait emporté le paquet en question chez lui. 
« L'ayant déployé, il y avait vu plusieurs grands livres dont 






LE RIT PRIMITIF 55 

<( un snrdoré, un tuyau en fer blanc renfermant un parche- 
« min écrit, beaucoup de papiers. Il pensa tout de suite que 
« cela appartenait au Chapitre, et il cherchait dans sa tête 
« comment il devait s'y prendre pour le lui rendre. Mais la 
« peur l'ayant saisi, il avait cru prudent de bien cacher sa 
« trouvaille, et de n'en faire confidence à qui que ce fût, jus- 
<( qu'à ce qu'il n'y eût plus rien à craindre. Les années s'étaient 
« ainsi succédées l'une à l'autre, et il ne songeait presque plus 
« à son aventure, lorsqu'il avait entendu par hasard, dans un 
« cabaret, deux hommes qui s'entretenaient des recherches 
<c que les Francs-Maçons faisaient pour retrouver des regis- 
« très et papiers qu'on leur avait pris, dans les premières 
« années de la Révolution. Présumant alors que le paquet 
« trouvé pouvait être ce qu'on cherchait, et connaissant la 
<( probité et la générosité de ces Messieurs, il s'était hasardé 
« à leur faire part de ces faits. 

« Il fut unanimement déterminé par les Membres de la 
« Révérende Première Loge que les Révérends Frères Conser- 
« vateurs et Grand Trésorier traiteraient définitivement et 
« selon qu'il leur paraîtrait bonêtre (sic) avec l'individu. 

« Vingt-quatre heures après cette mission, les Révérends 
« Frères se hâtèrent d'informer le Vénérable Conseil qu'im- 
« médiatement au sortir de la séance de la veille, ils s'étaient 
« ménagé une entrevue avec le profane... que réduisant leur 
« conférence à ce qu'il y a d'essentiel, il suffisait de dire qu'il 
« espérait premièrement de leur bonté qu'ils jureraient (il se 
« contenta de leur parole d'honneur) de ne le nommer ni 
« donner à connaître dans aucun temps, ni à qui que ce soit : 
« 2° de lui payer tout de suite, avant d'enlever le paquet, cin- 
« quante louis d'or, si le paquet leur appartient ; 3 s'il n'est 
« pas à eux, de lui dire avec vérité à qui il appartient, sans 
« en rien dire eux-mêmes aux personnes que cela pourra 
« regarder. 

« Le tout ainsi respectivement arrêté et convenu, le parti- 
ce culier, après avoir été chez lui, pour éloigner son monde, 
« vint reprendre les Révérends-Frères, et les conduisit dans 
« son petit jardin, où, au pied d'un figuier touffu, quelques 
« coups de bêche suffirent pour exhumer nos infortunées 
« dépouilles. La vue de divers registres, du prétendu livre sur- 
et doré, qui n'est autre chose que le Livre d'Or, et surtout du 



m> 



56 



LE RIT PRIMITIF 



« cylindre du Titre Constitutif, ne laissa pas le temps aux 
« Frères de douter de leur droit de revendication sur ces 
« objets. 

« Fidèles avec raison à la convention, ils payèrent les cin- 
« quante louis ; et le particulier porta le paquet chez eux, 
a enveloppé dans un de ses draps de lit, attendu que la pre- 
a mière enveloppe était entièrement pourrie et tombée en 
« loques. » 



h'Eques a Capite Galeato finissait en assurant son 
cousin que le Grand-Orient pourrait enfin examiner les 
Patentes authentiques de la Révérende Première Loge. 

Mais le marquis ne se pressa point de les envoyer. 

Sa correspondance avec ce jeune adepte, le Cheva- 
lier (ÏHarmcnsen, que le Grand Orient venait de lui 
opposer, avait promptement tourné à l'aigre. Le Véné- 
rable Conseil de la Révérende Loge du Rit Primitif 
avait reconnu (( qu'il fallait jouer, comme on dit, jeu 
serré ». 

En tacticien expérimenté, YEqncs avait dressé un 
plan de campagne contre le Grand Orient, ses officiers.. 
et ses auxiliaires venus de Suède, d'Allemagne ou d'ail- 
leurs. 

Lui-même va nous en développer les grandes lignes. 
A l'exemple de César, dans ses Commentaires, il parle 
de lui-même à la troisième personne : 



« Pour bien saisir tout le mérite de son travail (écrit-il dans 
« les Annales de son Régime), il faudrait réunir une foule de 
a petits détails, trop fugitifs pour être enregistrés ; il fau- 
« cirait surtout lire l'ensemble de la correspondance. Il suffit 
(( de dire ici que son art consista : 1° à témoigner aux princi- 
« paux interlocuteurs, que la plupart des Frères fatigués et 
« dégoûtés des lenteurs et des difficultés qu'on leur avait fait 
« éprouver, ne mettaient plus d'intérêt à l'aggrégation ; que 
« néanmoins on enverrait incessamment les Copies des Titres, 
« par égard pour eux, en ce qu'il serait inconvenant qu'une 



LE RIT PRIMITIF 57 

« négociation entamée par des députés aussi distingués, res- 
« tât indécise, et sans résultat ; 2° à improviser, comme 
« d'abondance, par une autre dépêche, toutes les plus fortes 
« objections qu'il était possible de faire contre les titres, de 
« manière à enchérir sur l'idée défavorable qu'il paraissait 
« qu'on avait à Paris; et, annonçant toujours l'envoi des 
« titres comme très prochain ; 3 à débattre et résoudre 
« quelque temps après, et comme en se ravisant, toutes ces 
« objections d'une manière aussi rapide que négligée, mais 
« cependant par des solutions tellement imprévues et tran- 
« chantes que l'on trouverait ridicule d'y répliquer ; 4 enfin, 
« à envoyer immédiatement, par le courrier suivant, les 
« Copies, tant réclamées, tant attendues ; les livrant, comme 
« de guerre lasse, sans observation, sans préambule, disant : 
« Bcce ; examines, juges ; pousses ou renvoyés » ; ajoutant : 
« Xous n'avons plus d'explications, interprétations, rensei- 
« gnements quelconques à donner. Nous comptons donc sur 
« votre zèle, pour faire décider l'affaire in statu quo. » Au 
« Post-Scriptum, il est dit : Il peut s'être glissé quelque 
« méprise dans les passages d?s langues étrangères que nous 
« ne possédons pas, et dans les colonnes secrètes que nous 
« entendons tout aussi peu. » 

1 

L'exécution de ce plan, si merveilleusement étudié, 
valut à YBques a .Capitc Galeato le triomphe le plus 
éclatant. 



« La marche de la Révérende Première Loge, ajoute-t-il, 
<( avait été calculée avec tant de mesure et de justesse, que les 
« divers personnages, qui devaient prendre connaissance des 
« Titres, chacun avec des dispositions particulières quant à 
« l'accueil qu'on leur ferait, tous également imbus de l'idée 
« qu'ils étaient ou défectueux, ou insignifiants, à leur aspect, 
« restèrent Tous muets d'admiration, ou de surprise. De 
« toutes parts, l'étonnement était sans bornes, et les plus 
« instruits, surtout, ambitionnèrent d'être affiliés à un éta- 
« blissement aperçu sous des formes aussi extraordinaires, 
« aussi inattendues. De sorte que désormais la décision de 
« l'affiliation ne fut susceptible d'aucune objection. » 



^8 



LE RIT PRIMITIF 



En étudiant la volumineuse correspondance du mar- 
quis, nous avons pu nous convaincre que ces dernières 
lignes écrites par lui, dans les Annales, ne contiennent 
pas un seul mot d'exagération. 

Le 4 septembre, son cousin, le Très Illustre Frère 
6! Aigre feuille lui mandait, dans une lettre confiden- 
tielle : 



« Lorsque je vous ai écrit que votre Titre Constitutif ne 
me paraissait pas être le Pérou, j'étais loin de penser qu'il 
fût tel qu'il se trouve. Malgré mes faibles lumières, et sans 
avoir recours aux sublimes connaissances du Frère d'Harmen- 
sen, ni lui faire des questions auxquelles il n'aurait peut-être 
pas voulu répondre, je n'ai pas balancé à penser qu'il émanait 
de la meilleure source, et de l'autorité la plus légitime ; qu'il 
ne pouvait sous aucun rapport être contesté et qu'il serait 
adopté avec empressement par le Directoire des Rits près le 
Grand-Orient. » 






Mais la lettre la plus étonnante est celle qu'écrivit, à 
la même date, le Très Illustre Frère à'Harmensen, ce 
jeune adepte suédois qui avait visité les ateliers les plus- 
mystérieux de l'Europe et, sans doute, servait d'inter- 
médiaire entre les hauts Maçons des pays du Xord et 
ceux du Midi. En prenant fait et cause pour le Grand 
Orient de France, il ne s'était pas douté qu'il allait atta- 
quer l'un des hauts Initiés les plus respectés de la 
Maçonnerie Internationale. Comme les bouillants 
héros de l'Antique Grèce, il s'était exposé au déplo- 
rable malheur de blesser un dieu de l'Olympe, caché 
sous l'armure d'un simple guerrier. L'aspect du Titre 
Constitutif lui dessilla les yeux. Comme tous les Offi- 
ciers du Grand Orient à qui on l'avait montré, il avait 
dû se déclarer impuissant à le déchiffrer. Les deux co- 
lonnes de hiéroglyphes, dressées à droite et à gauche du 
texte des Patentes écrit en clair, aussi bien pour lui que 
pour les plus habiles, étaient restées muettes. Mais tel 



LE RIT PRIMITIF 59 

•et tel mot, tel et tel chiffre, tel et tel symbole, l'avaient 
comme terrassé de surprise, de stupeur et d'admira- 
tion. 

Pour réparer le mal que, dans son ignorance, il avait 
pu causer à l'un de ses Chefs, il prit le parti de lui 
écrire comme une longue confession. Et donc, il dé- 
couvrit à YEqi*t's les machinations ourdies contre la 
Rc:\'rcvde Première Loge, les conseils qu'il avait lui- 
même donnés et les mesures hostiles qu il avait pro- 
posées. Il suppliait son Très Illustre et Très Vénérable 
Supérieur de lui pardonner tous ses torts et de les ou- 
blier. Le chevalier d'Harmensen finissait en conjurant 
le Sublime Conservateur de l'affilier à son Régime. 

h'Eques a Capite Galeato daigna se montrer satisfait 
de ces explications complètes et de ces humbles ex- 
cuses. Il gourmanda doucement le jeune adepte et lui 
donna quelques conseils de prudence. Pour mieux prou- 
ver que son cœur ne gardait aucune amertume, il se 
hâta d'expédier un diplôme d'agrégation. Le Très Il- 
lustre Frère d'Harmensen, devenu Souverain Prince 
•de la Table d'Hérodon, chevalier de la Table-Ronde 
du roi Arthur, membre du Sublime et Magnifique Cha- 
pitre de la Confraternité Rose et Or, des Rose-Croix 
de la Table d'Emeraude, du T. S. T. P. et T. S. Her- 
mès Trismégiste, disciple du Modeste Chapitre du 
Grand Rosaire, Amateur de la Vérité, Frère Rose- 
Croix de la Table du Banquet des Sages, Mages, Théo- 
sophes, le Très Illustre Frère, disons-nous, répondit à 
son initiateur par une longue lettre de remerciements 
écrite sur le ton lyrique. Cet homme du Nord, ce diplo- 
mate si fin, si froid, si réservé, devient aussi exubérant 
«qu'un Méridional de Toulouse ou de Marseille. Voici les 
passages les plus saillants de cette longue dépêche, (i), 



(i) Le texte intégral est reproduit à la fin du présent ouvrage. 



6o LE RIT PRIMITIF 

Le lecteur saura lui-même eu souligner l'importance. 






Paris, ce 4 septembre r8o6. 

Le Frère d'Harmensen au Très-Dévoué, Très Révérend, 
Très Illustre Frère de C... 

« Lorsque l'on s'est servi d'expressions tortes pour expri- 
« mer un désir ardent, il est pénible de n'en point trouver 
a qui suffisent aux sentiments de gratitude et de reconnais- 
« sance que l'on ressent ; il est doublement malheureux de 
« ne pouvoir les peindre, lorsqu'on les éprouve avec ardeur. 
« En comblant la mesure, en m'accordant plus que je ne 
« demandais, vous avez usé de votre puissance de bonté, vous 
« avez voulu suivre l'exemple du Grand Eternel, qui nous 
« dispense plus de biens que nous ne méritons, afin de nous 
a mettre à même d'être plus tôt digne de ceux qu'il nous 
« réserve. Depuis longtemps, je m'empressai» de vous chérir, 
« de vous honorer, Très Digne Frère. Mais aujourd'hui, il me 
« faut joindre à ces sentiments ceux de la gratitude; ils ne 
« gâteront rien, j'espère, à ce qui était... Quand (le duc de 
« Sudermanie) m'aurait donné, de sa propre main, un Bref, 
« portant tout ce qu'il aurait voulu y mettre de chimérique et 
« d'admirable, une seule ligne de votre précieux et à jamais 
a cher diplôme d'aggrégation à la R. Première Loge du Rit 
« Primitif, m'aurait mieux servi, et, surtout, plus honoré. . 
« Qu'il me scit permis, à cette occasion, Très Sublime et Très 
« Digne Frère, de vous dire une vérité, que je n'aurais jamais 
<( pu connaître, et découvrir, sans l'envoi de la Copie de votre 
« Titre d'Installation; tant il est vrai que, de loin, et par 
« écrit, il est difficile de se bien approfondir, surtout lorsque 
« la sagesse dicte une juste retenue envers des personnes que 
« l'on ne connaît pas assez, et vous étiez dans ce cas vis-à-vis 
« de moi, non point que vos lumières ne l'emportent de beau- 
ce coup sur les miennes, puisque je me fais gloire de vous 
« rendre foi et hommage, mais encore pour le peu que je 
« sais, ne l'aurais-je pas dit. 

« D'abord, mon Très Digne Frère, votre Révérende Pre- 
« mière Loge est la seule, en France, régulièrement consti- 
(( tuée. Marseille, Strasbourg, et autres, ne seront probable- 



LE RIT PRIMITIF 6l 

a ment que de bien petites-filles, alors que vous serez grand'- 
« mère. Il est même étonnant pour moi d'avoir vu un pareil 
« titre, qui réunit toute la puissance constitutive, tandis que 
« les autres n'ont reçu l'existence que d'une émanation dont le 
« droit est trop petit pour régulariser rien. 

« Mon Maître (i) en a été frappé et m'a dit: J'en ai vu plu- 
« sieurs en France, mais jamais d'aussi entier. Au surplus 
« cette perle va être enfouie (au G. -Orient) dans un fumier, 
« et vous savez comme moi que les pourceaux qui se vautrent 
« sur le fumier ne sont point des lapidaires, et que par consé- 
« quent la perle sera plus en sûreté que ne le serait un crottin 
« de cheval. 

« Par conséquent aussi, la faveur que vous m'avez accor- 
« dée est si précieuse et si importante que je ne saurais assez 
« vous en remercier. 

« ... Au surplus, accablé d'affaires civiles, je n'ai que le 
« temps de griffonner cet informe brouillon maçonnique ; mes 
« idées affaiblies par la fièvre et distraites par des intérêts 
« majeurs et pressants ne sont pas trop concordantes, ni en 
« ordre. Pardonnez-moi donc ce difforme imbroglio. 

« Je le ferme, cependant, avant de le remettre au frère d'Ai- 
a grefeuille, car, depuis que j'ai vu ce Titre Constitutif et que 
« j'ai résolu de vous en dire mon avis, je n'ai pas cru et ne 
« crois pas pouvoir lui laisser parcourir ce bavardage, tout 
« insignifiant qu'il est, et cela pour m'épargner des questions 
« auxquelles je ne puis, ni ne dois répondre, malgré ma sin- 
« cère et véritable amitié pour lui, dont les fruits me sont si 
« précieux, puisque c'est à lui que je dois vos bontés et 
« votre connaissance. 

« Veuillez bien aussi me répondre sous couvert, parce que 
« probablement je serai parti et qu'alors c'est le seul moyen 
« de ne pas laisser courir à vos pensées les chances que, par- 
« fois, la négligence pardonnable d'un instant peut occa- 
« sionner. 

« A vous à jamais, et à jamais éternelle gratitude. 

« D'HarmensEn. » 



(i) Son « Maître » ? Qui ? Encore un Supérieur inconnu. 
(N. de l'A.). 



02 



LE RIT PRIMITIF 



Le Grand Orient était enfin en possession d'une co- 
pie de ce fameux Titre Constitutif. Cette pièce rare 
était pour tous le sujet de l'admiration la plus vive. 
Mais la majorité des Grands-Officiers exigeait que les 
deux colonnes de signes conventionnels, placées à droite 
et à gauche, fussent déchiffrées. C'était le conseil donné 
par le célèbre Weishanpt, consulté par les Officiers du 
Grand Orient (i). L'Equcs a Capitc Galcato répondit à 
cette prétention, en reproduisant le fond et même la 
forme des dépêches qu'il avait expédiées à son cousin 
d'Aigrefeuille : 

« Il'est très probable, expliquait le marquis, que le premier 
Conservateur de la Révérende Première Loge, qui avait reçu 
immédiatement les Titres Constitutifs des mains du Commis- 
saire installateur, et qui, seul, entretenait la correspondance, 
avait sur tout ce qui concerne le Rit, une infinité de données ; 
elles sont perdues pour la Révérende Loge Primitive, parce 
que ce frère est mort dans les temps orageux, et où la plupart 
des membres étaient dispersés. Soit qu'il eût brûlé les papiers, 
soit, ce qui est plus vraisemblable, que l'on ait spolié, soit en 
partie l'un et l'autre, nous n'avons rien trouvé. 

Je ne dois pas négliger de vous dire que le commissaire 
installateur que nous avons vu dans le temps, n'a pas signé 
d'un nom de guerre, mais du nom de Pen, étant parent du 
fameux législateur de la Pensylvanie. Il était par conséquent 
Anglais de naissance, ou du moins d'origine. Mais quoi qu'il 
parlât très bien le français, un petit accent peu sensible pouvait 
facilement le faire prendre pour un Allemand, d'autant plus 
qu'il parlait souvent des villes d'Allemagne, et jamais de 
l'Angleterre. Du reste, il était très poli, très doux, très 
instruit : en un mot, tel que je me figure que serait le Frère 
d'Harmensen, dans les mêmes circonstances. 

Quant aux deux colonnes de caractères, l'une en chiffres, et 



(i) Voir à la fin du présent livre les extraits de la correspondance 
•du F.". Pyron, pages 362 à 367. 



LE RIT PRIMITIF 65 

l'autre en lettres sans suite, qui sont peut-être un fait exprès 
insignifiant, destiné à embarrasser les curieux, j'ai avancé cela 
un peu légèrement, et je ne dois faire aucune difficulté de vous 
dire, comme on nous l'a donné, que ces colonnes servent à cer- 
tains grands-officiers à se reconnaître entre eux, lorsqu'ils 
se rencontrent à portée d'une de nos Loges, attendu qu'ils 
ne portent d'ailleurs aucun certificat, ni indice de leur qua- 
lité. Demandez à tous les Frères de la Révérende Première 
Loge, l'un après l'autre, le comment ou le pourquoi ; fouil- 
lez-les plutôt, car ils n'en savent rien. Voilà mes contes, ou 
plutôt ne les voilà pas..., car depuis longtemps, l'incendie en a 
fait justice. » 



Le Grand Orient de France s'inclina. Les lettres 
d'agrégation furent expédiées sur parchemin. Elles 
portaient la signature de Cambacérès, Grand-Maître,. 
de Rœttiers de Montalcau, Représentant particulier du 
Grand-Maître } de Bacon de la Chevalerie, grand-offi- 
cier d'honneur honoraire, du marquis <ï Aigre feuille y 
grand-officier d'honneur. 

Ainsi le Grand Orient, trompé par l'habile Bques a 
Capitc Galeato, n'a jamais pu percer le mystère de ces 
fameux Actes Constitutifs. Plus heureux que lui, nous 
pourrons en parcourir le texte sans la moindre diffi- 
culté. Nous laisserons au lecteur lui-même le soin de 
décider si la doctrine de ce chef maçonnique était,, 
comme il s'en vantait lui-même très haut, conforme à 
la plus pure orthodoxie catholique. 

Les Actes Cojistitutifs sont écrits sur une feuille de 
parchemin large de 54 centimètres sur une hauteur de 
34 centimètres et demi. Cette feuille est divisée en trois 
parties ou colonnes. La colonne du milieu, près de deux 
fois et demie plus large que les colonnes latérales, a. 
été réservée aux Patentes qui sont rédigées en clair. 
Elle est surmontée du Timbre de la Révérende Pre- 
mière Loge et de ses quatre sublimes Chapitres. Dans 
un cercle, est représenté un écu sur lequel est gravé le 



6 4 



LE RIT PRIMITIF 



triangle radieux accompagné du tétragramme sacré. 
Au-dessous de l'écu, séparé par une ligne horizontale, 
le chiffre mystérieux du Régime, M IV 16. Au-dessus 
du bouclier ou de l'écu, sur un ruban qui flotte, on lit 
les lettres suivantes: I.P. I.PR. O.PH. 

Le titre général des Actes Constitutifs est composé 
de cinq lignes distribuées comme suit : La première 
ligne prend toute la largeur de la colonne centrale et 
domine le timbre. Les quatre autres lignes encadrent 
■ce timbre, qui les partage également par le milieu. Voici 
le texte : 

« Sous l'espérance de la protection des Souverains respec- 
te tifs, et sous les auspices de la Tolérance expresse, ou tacite 
« des Magistrats locaux, Au Nom des Supérieurs généraux, 
« majeurs et mineurs de l'O. des Free and accepted Masons du 
« Rit Primitif, F. de la Lance d'Or, des M. P. et par la bien- 
« veillance de nos FF. généraux et majeurs, le premier d'entre 
« les mineurs, du premier cercle de la première province du 
« Saint Ordre et Rit Primitif. » 

Immédiatement au-dessous du Timbre, on peut lire 
ensuite : 



« A Tous qui verront les présentes, Salut, 

« Ubi enim sunt duo vel très congregati in nomine meo ibi sum 

« in medio eorum. Vu la demande harmonique et régulière, 

« qui nous a été présentée au nom des frères, qui composent, 

« subsperati, la juste et parfaite Loge de Saint-Jean, à 

« l'Orient de N..., au royaume de France, ladite demande, en 

c date du 27 e jour du mois de décembre dernier, vu le tableau 

« de ladite Loge, et vu le mémoire dont il y a lieu d'augurer 

« la concordance de cette Loge avec celles de notre Rit et 

« Régime, qui embrassent tous les rayons du grand cercle, 

« depuis la circonférence jusqu'au centre. Voulant traiter favo- 

« rablement lesdits frères dans leurs vues louables, usant quant 

« à ce, de notre puissance et autorité maçonnique, nous créons, 

< érigeons, constituons, et, en conséquence, nous avons créé, 



LE RIT PRIMITIF 65 

« érigé et constitué à présent et pour toujours, à l'Orient de 

« N..., France, la Première Loge de Saint-Jean, réunie sous 

« le Rit Primitif audit pays de France, pour, par ladite Loge, 

« porter désormais la dénomination et titre distinctif des P..., 

« et prendre rang entre les Loges du Rit Primitif, notamment 

« en ce qui concerne les deux bases fondamentales et primi- 

« tives, qui sont reconnues, avouées et professées, comme 

« constitutives de l'essence de l'Ordre et Rit Primitif. 

« A ces causes, il sera incessamment pourvu, par un corn- 

« missaire par nous délégué à l'inauguration de la Loge des 

« P. Orient de N... et à l'installation définitive de ses Offi- 

« ciers. 

« Et, pour dispenser cette Loge des P. et les Frères, qui la 
« composent, de l'encombrement indéfini de chartes et diplô- 
<( mes, il est raisonnable, juste, et nous ordonnons que les pré- 
ce sentes lettres patentes leur tiennent lieu de tous autres 
« actes et titres d'autorisation que puisse être, notamment des 
c Lettres de constitution des grades de Entered prentica, feilow- 
« craft and Master-Mason de la Grande-Loge de Londres, ou 
a de la Grande et Parfaite Loge d'Ecosse ; de titres capitu- 
« laires des Hauts-Grades, y compris, les Maître-Parfait, 
« Ecossais, Chevalier d'Orient, C. S. P. D. R. C. (Chevalier 
« Souverain Prince de Rose Croix), et leurs analogues, les- 
« dits Titres datés de l'Orient de l'Univers et autres lieux res- 
« pectifs, enfin des diplômes capitulaires de R. G. de la T. R. 
« (Rose-Croix de la Table Ronde), de R. G. de la T. d'E. (Rose- 
« Croix de la Table d'Emeraude), et de R. 4- du G. R.s.r. 
« (Rose-Croix du Grand-Rosaire), émanés immédiatement ez 
« chancelleries des Chefs d'Ordre de ces Chapitres. 

« Nous entendons de même que les présentes opèrent en rem- 

« placement, un remplacement pareil, quant aux titres et diplô- 

« mes spéciaux des degrés et réunions d'Adoption, de Philan- 

« thropie et de Musique, invitant et en tant que de besoin, 

« priant les chefs et les membres des Rits et Régimes Maçon- 

« niques, qui veulent bien favoriser le Rit Primitif de leur 

« correspondance fraternelle, d'avoir pour agréables les dis- 

« positions ci-dessus, et en conséquence d'accueillir nos 

« Frères, en raison des degrés auxquels ils auront été admis ; 

« leur offrant notre bienveillance fraternelle et toute récipro- 

« cité. Nous ne négligerons pas de rappeler à nos Frères que 



66 



TE RIT PRIMITIF 



« toute puissance établie vient de Dieu ; que, conséquemment, 
« ils sont sans qualité, pour s'ériger en juges des volontés de 
« ceux à qui l'exercice de la puissance est déféré ; et, s'il arri- 
« vait, ce qu'à Dieu ne plaise, que les dépositaires de l'autorité 
« voulussent prohiber les assemblées et réunions de Maçons 
« du Rit Primitif, nous enjoignons à nos Frères d'obéir, sans 
« hésiter et sans murmurer : Aux grands jours, il leur sera 
« tenu compte de leur adhésion passive, et même de leur 
« silence. En attendant, ils cultiveront, individuellement, en 
« paix et sans trouble, les deux bases fondamentales et primi- 
« tives, comme font les profanes bien nés. 

« Ainsi prononcé et expédié ; scellé du sceau de l'Ordre, signé 
« par nous, et contresigné par le Chancelier : A. l'O. (l'Orient) 
« concentré de tous les O. (Orients) concentriques du p. c. d. I. 
« p. p. (Premier Chapitre de la Première Province) de l'O. 
« (l'Ordre) des Free and Accepted Masons, Rit Primitif, par 
« les 20° (degrés) et plus de longitude, et les 40 (degrés) et 
« plus de latitude septentrionale: dat. ap. Heb. primit. (dat. 

apud Hebraeos primitiv.), le soleil étant dans le quatrième 
« degré du signe du Bélier, le seizième jour du mois Ve Adar, 
« l'an 5540 de l'Ere Hébraïque, le 23 mars 1780 de l'Ere 
« chrétienne. » 

« Le Chevalier de la LANCE D'OR. 
<* Le Chevalier de la CUIRASSE D'OR. 



« Le Chevalier PEN, G. O. (Grand-Officier) de l'Ordre des 
« Free and Accepted Masons du Rit Primitif, à tous les Frères 
« présents et à venir : Salut. Savoir faisons que, en vertu de 
« la commission qui nous a été conférée par son E. Monsei- 
« gneur le Chevalier de la Lance d'Or, chef des Supérieurs 
« Mineurs du présent cercle Maçonnique, et en développe- 
« ment de nos instructions, Nous avons procédé aujourd'hui, 
« 19 avril 1750, après-midi, à l'inauguration de la Révérende 
« Log^ de Saint-Jean, surnommée des P. Orienl de N..., et à 
« l'installation définitive de ses officiers, selon les us et cou- 
« tûmes du Rit, et, successivement de degré en degré, nous 
« avons inauguré de même les divers Chapitres, atteliers, sec- 
ce tions, réunions, et installé les dignitaires et officiers res- 
« pectifs. 

« Après quoi le F. Conservateur de la Révérende Première 



wr 



68 



LE RIT PRIMITIF 



« Loge, ayant préalablement prononcé en nos mains l'engage- 

« ment en tel cas requis, Nous avons remis et confié à sa garde 

« et vigilance, le Titre Constitutif de la Révérende Loge des P. 

« et des Chapitres y annexés, après avoir fait coucher au dos 

« dudit Titre, notre présente lettre d'attache que nous avons 

« signée de notre seing p. a., et fait contresigner par ledit 

« Conservateur. 

« A l'Orient des Ph. de N.... les jours, mois et an que dessus. 

« Le Chevalier PEN, Commissaire. 

« Le Vicomte de C. d'A., Conservateur. » 



Tel est le texte de ces fameuses Pa toi tes qui frap- 
pèrent de surprise et d'admiration les membres les plus 
remarquables du Grand Orient. Xous avons dit que ce 
texte est flanqué, à droite et à gauche, de deux colon- 
nes, de caractères hiéroglyphiques, selon l'expression 
du marquis lui-même. 

La colonne, qui s'offre à notre gauche, présente des 
lettres disposées de la manière qui suit : ExiflmrumA. 
etc.. En tête de cette colonne qui compte trente-quatre 
lignes, est écrite, en beaux caractères grecs, la célèbre 
maxime de Pythagore : FvuiOi txsauTo» (Connais-toi toi- 
même). Voici le texte authentiquement déchiffré par 
YBques a Capite Galeato : 



« Chercheur, homme de désir, Amateur de la Vérité, quelle 
« est ton inconséquence ! Tu veux soumettre à tes recher- 
« ches, à tes procédés analytiques, tous les règnes, toutes les 
« familles, tous les individus de la nature, et ils sont hors de 
« toi, et tu ignores toi-même [sic] . qui la touches par tant de 
« points ! 

« Tu t'élances d'un vol téméraire, pour fouiller dans le laby- 
« rinthe immense des cieux, et tu ne vois pas immédiatement 
« devant toi la fosse prête à t'engloutir î Tu veux savoir, tu 
« veux connaître tout ce qui est au delà de la couche légère 
« d'atmosphère qui t'environne, et tu ne sais pas encore ce 
« que c'est que ton corps, ton âme, ton esprit, d'où tu viens, 



■■ 



le; rit primitif 



6 9 



« qui tu es, où tu vas ! Non in depravatis, sed in iis qui bene 
c secundum Naluram se agunt, de Hominum naturâ conside- 
« randum est. » 

« Etudie essentiellement Dieu, médite secondairement sur toi- 
« même, contemple et apprécie tes vrais rapports avec l'Etre 
« des Etres, et toutes les merveilles de l'Univers visible et 
« Invisible se dévoileront sans effort aux yeux de ton intelli- 
« gence, pour rendre hommage, honneur, et gloire Immuable 
« de toutes choses. Cœli ennarrant gloriam Dei. » 

Enfin, la colonne de droite est formée d'une série de 
chiffres: 6j y j/, 86, çô, 25, etc.. En tête deux mots 
hébreux, empruntés au Livre des Psaumes, sont écrits 
en caractères carrés et sans points voyelles ; ils signifient : 

(( Vous êtes des dieux. » 

Voici la traduction en clair de cette colonne de droite, 
telle que nous l'avons trouvée dans les archives de la 
Révérende Loge. (Le fac-similé est à la p. 70.) 

« Pur souffle de l'Eternel, embarrassé dans des organes heté- 
c rogènes à ta nature primitive, égaré de ta voie par l'usage 
c erroné de ta volonté, fournis avec résignation la carrière tem- 
« porelle qu'il t'est donné de parcourir ; subis sans murmurer 
« ton épreuve expiatoire. Mais ne perds jamais de vue ton 
« origine céleste : Corpus quod corrumpitur aggravât animam. 
« Prête une oreille attentive aux conseils salutaires qui ne 
« t'abandonnent jamais ! 

« Image et Lieutenant de l'Eternel dans ce vaste univers, 
« manifeste en tout temps, autant qu'il est en toi, par tes 
« œuvres et par tes paroles, que tu es l'instrument et l'Or- 
ly gane de la divinité, jusqu'à ce qu'ayant accompli ta loi tem- 
« porelle, rétabli dans ta voie première et tes droits Priml- 
« tifs, tu puisses de nouveau te dire Fils de Dieu, purifié, pur 
« et parfait, et te confondre sans obstacle dans le sein ineffa- 
« ble d'où tu es émané. » 



Ici, quelques mots allemands, probablement mal 
écrits, dont YBqucs a donné cette traduction : 



* 



, W,,- i: 




,K/0 ^n.^J-^ u j^ n y occupe. ^aftynod^Arù Xc*~c<xx**y 



y^s^ojeSï/ -s**** 1 ***/ ** 




/J><XJ±C4fi*AexM-ï (/ 



^T^ff 



<jdJZo LM aJ 



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&-e\jixa—X*>7V o 














âjérX ^ 




,r 






^<=u^&t^ px^Jg^foji, //hJxxjuLfr* 

^ < **J^ t ^/ J^^^ 1 ^^^ ^^^TiJOVtVQjMJUL- 







EE RIT PRIMITIF 71 

« Dieu est esprit, et ceux qui le prient doivent l'in- 
« roquer en esprit et en vérité. » 

Xous trouvons dans ces phrases mystérieuses, qui 
i voudraient atteindre à la majesté du style de Bossuet, 
mais ne sont qu'amphigouriques et creuses, un écho à 
peine adouci de la doctrine émanatiste et kabbalistique 
du Juif don Martine: de Pasqualis. Ce titre consti- 
tutif n'est ni Allemand, ni Anglais, ni Français d'ori- 
gine. Il vient directement de l'occultisme judaïque. 
Comme tous les Titres Constitutifs des hauts 
| Régimes fondés sur ee conseie et avec e'appui 
d'un Pouvoir qui se dérobe à nos recherches, celui-ci 
È n'est qu'un faux. Il est antidaté. Ce n'est pas en 1780 
, que YBques a Capite Galeato rédigea cette pièce vrai- 
ment extraordinaire, mais entre 1785 et 1789, c'est- 
à-dire, après le Grand Convent de Paris dont Sava- 
lettc de Langes fut l'âme, et lui-même l'organisateur le 
plus actif. Ce Chevalier de la Lance d'Or, c'est lui; ce 
Chevalier de la Cuirasse d'Or, c'est encore lui. Ce com- 
'missaire Pen, attendu impatiemment par la famille du 
vicomte de C... d'A.. pour la constituer en juste et par- 
faite Loge, n'est pas, comme YBques nous l'affirme, 
un adepte d'origine anglaise. Ce prétendu parent du lé- 
gislateur de la Pensylvanie, ce jeune homme au carac- 
tère plein de douceur, aux manières affables et polies, 
x'est lui, toujours lui. Si le jeune Commissaire s'expri- 
mait fort bien en français avec un léger accent alle- 
mand, s'il parlait beaucoup plus des villes d'Allemagne 
que des villes d'Angleterre, quoi d'étonnant ? En 1780, 
notre jeune officier était en garnison à Strasbourg, de- 
puis quelques années, et faisait de fréquents voyages 
dans les pays du Nord, pour les intérêts de la Secte. Ce 
nom de Pen dont il signait comme Commissaire des 
Très Illustres Chevaliers de la Lance d'Or et de la 
Cuirasse d'Or, n'est pas un pseudonyme. UBqnes a 
Capite Galeato s'est uniquement contenté de reprendre 



7- 



LE RIT PRIMITIF 



la première syllabe, ou la première moitié du nom bre- 
ton qu'avaient porté jadis ses ancêtres,, avant de venir 
en France à la suite de leur compatriote, la reine Anne. 
Cet épisode dont nous nous sommes plu à raconter 
les moindres incidents, parce que tous les détails sont 
caractéristiques, n'éclaire-t-il pas d'une vive lumière 
l'âme complexe de VBques a Capitc Galcato ? Voilà un 
des plus hauts, un des plus conscients Initiés de la Secte 
antichrétienne, qui multiplie ses protestations d'invio- 
lable fidélité à l'Eglise, à sa divine constitution, à ses 
dogmes, à ses lois, à sa moralité, et le Régime dont 
il est le fondateur et le Grand-Maître, professe l'éma- 
natisme, le panthéisme et la Kabbale. Voilà un allié du 
Grand Orient, qui. à tous moments, proclame sa fran- 
chise, sa bonne foi, son absolu dévouement, et qui ne 
lui écrit pas une page, une seule page, où nous ne puis- 
sions relever, par un patient contrôle, plusieurs men- 
songes formels, longuement étudiés et savamment pré- 
sentés. Pourquoi toutes ces hypocrisies? Qui a pu si 
complètement transformer en maître fourbe un loyal 
ofhcier français et en judaïsant Kabbaliste un descen- 
dant d'illustres preux catholiques? C'est ce qui va être 
examiné maintenant. 









CHAPITRE VI 

L'Eques a Capite Galeato, 

le F.*. Marquis Savalette de Langes, 
et... Falc " Chef de tous les Juifs " 



Ici nous touchons peut-être à l'arcane des arcanes. En 
effet, les documents d'un intérêt passionnant que nous 
possédons, nous incitent avec force à cette conclusion : 
Ce serait d'un Juif — du mystérieux Falc — que 
YBqucs a Capite Galeato tiendrait et ses pouvoirs 
suréminents et ses Titres Constitutifs qui rendirent 
« muets d'admiration et de surprise » les plus « Illus- 
tres » Frères du Grand-Orient. Sans doute virent-ils en 
lui un des chefs, un de ces Supérieurs Inconnus qui se 
cachent derrière de si épaisses ténèbres. 

Comment pourrait-on nier l'existence de Puissances 
oceultes superposées aux Puissances maçonniques or- 
dinaires, quand on touche du doigt les manuscrits 
secrets où apparaît le nom du Juif que nous venons 
de dire et qui, entre 1770 et 1790, passait pour être 
(( le chef de tous les Juifs » ! Dans la série d'ouvrages 
qui, s'il plaît à Dieu, suivront le présent livre, nous 
étudierons en détail cette question : Qui fut le suprême 



'4 



TE RIT PRIMITIF 



initiateur de l'Eques ? Le Juif Falc ou d'autres ? Mais 
en attendant, notre étude actuelle serait incomplète à 
nos yeux, si nous ne soulevions pas dès aujourd'hui 
un coin du voile qui enveloppe le Juif Falc « Chef de 
tous les Juifs. » 

On a vu plus haut (p. 5). qu'en 1782 YEqucs fut 
(( Représentant de la 3 e Province de la Stricte Obser- 
u vance au Couvent général de YYilhemsbad ». C'est 
pour guider YEqucs dans le voyage qu'il lit en Alle- 
magne, lors du Couvent de \Yilhemsbad et des grandes 
réunions maçonniques qui se tinrent à Francfort à la 
même époque, que lui furent confiées certaines fiches 
secrètes. Ces fiches — dont nous n'avons pas besoin de 
souligner l'importance — sont de la main d'un des plus 
dangereux conspirateurs du xvin e siècle, le F. \ mar- 
quis S a-cal et te de Langes qui manifesta de prime abord 
à YEqucs l'amitié la plus vive, sans doute parce qu'il lui 
savait les rares qualités nécessaires à un adepte appelé 
à pénétrer dans les plus hautes sphères des Sociétés 
secrètes. 

Voici le foc si mile intégral de ces fiches — écrites à 
la fin de 17S1 — avec leur texte imprimé en regard, 
pour que la lecture en soit plus facile. Xous mettons 
en capitales ce qui a trait au Juif FALC, et à certains 
personnages qui paraissent avoir joué un rôle analogue 
au sien. 






REPRODUCTION INTÉGRALE 

EN PHOTOGRAVURES 
ET EN CARACTÈRES D'IMPRIMERIE 



DU 



CAHIER DE FICHES MANUSCRITES 



REMIS PAR 



LE F.\ MARQUIS SAVALETTE DE LANGES 



L'EQUES A CAP1TE GALEATO 

à la veille 
du Couvent de Wilhelmsbad 



ht 



7 6 



LE RIT PRIMITIF 



Pour le f. '. Marquis de C... 



La manière singulière dont s'est formée, liée et resserrée 
notre connaissance, mon cher ami, m'étonne moins encore 
que l'extrême confiance que vous m'avez presque subitement 
inspiré. Malgré la vive impulsion qui m'y forçait pour ainsi 
dire, je suis trop franc pour ne pas convenir, au moment où 
vous me quittez, que c'est malgré moi que je m'y suis livré, 
tant elle est contraire au plan de réserve que je m'étais promis 
de suivre. Ma crainte n'est pas que vous en abusiez; je ne puis 
à ce point m'être trompé sur votre compte. Mais elle peut me 
faire tort dans votre esprit, et j'en serais sincèrement fâché ; 
cependant l'objet qui m'anime occupe tellement toutes les 
facultés de mon âme, que je n'aurai pas de regret au tort que 
j'aurai pu me faire,, si je n'en ai pas fait au succès des Vues 
qui, dans ce moment réunies à mon impétuosité naturelle, à 
ma confiance dans mes semblables, dont rien n'a pu me cor- 
riger, peuvent seules justifier la promptitude, l'abondance 
avec laquelle je vous ai depuis huit jours accablé de commu- 
nications de tout genre : si vous ne voyez dans ma conduite 
avec vous, que de l'imprudence, vous me jugez mal ; mais si 
vous en profitez pour vous et pour moi, comme je l'espère, je 
m'en console. Dans toutes les suppositions possibles, je n'ai 
regret à rien et je recommencerais encore si j'avais à le faire. 
Vous avez assez d'esprit et de sens froid pour faire un usage 
prudent de tout ce que je vous ai dit, fait lire et écrit. Vous 
devez penser que je n'ai pu prévoir toutes les conséquences, 
ni prévenir tous les inconvénients de communications aussi 
variées et faites a\ec autant de précipitation. Vous en ferez 
usage plus à loisir que je ne les ai rassemblées, je m'en rap- 
porte à votre prudence. 

A un peu d'orgueil près. Tiéman est absolument tel 
que je le peins à son article, mais ce que je n'ai pu 
vous dire et ce qu'il faut que vous sachiez, c'est qu'il 
a beaucoup d'analogies avec Saint-Martin 






(f7(jicu(±p t JAlanxjuû Becs 

& to^n<x**£ Stuxudî&uz- Dvut-fe^fëùicez lie*. -et-uUi&vLZe 
VurCvz umMxn littiuxi- u<un* elle*' camaa / %u'*Ztfuu& tuxriu* &cumsi^ 

h*U>!Zj£. vuultfue. '[uuuac tuufidAiinc c/u.( imu uru*rvt ijvui/ etutl* 
Oite/e Uu4 Viy ffiiuL. Uwii>u&~tjuj eciu&uu/ du uwtaj^Lct^tn^^nnuxM-^ 
UdLcfultOtéî c/iuz ceci- tuiduta Hun ' c(uQ-J* ha'u laii Lun* lâuTeMsi^ 
eiHuufîui'i*. ctM^Auu ^e 2&l&u>e tf^-J* i&'-etaiï'Jjunua Se kutna—. 

H»'<$vi fruruuje Uu/ tnrÇïë, cotujjtë: . vuuû eZte petct* vue pW^Covt^lujX^ 
Uiffàï. glajiW -er feu uwusit UtuJk^^ujexMS-féuluz cc^ouôtuct- ( vfyohycu 
ki'cauiua. crtcufn*2- t&lcctuBuf ùrutùù i^^ûjuiÂfiET fie Uuru euuc c/ uct£. 
ft'ctiotcd uud &QJL&M i&t~ cuCtvït- ty olc jeLuflJiti Ptt uc&Jcuicl U'j-eu'eu-tu. 

jJUifiûi- CUcUUlX4- &d(S€uJZl QuS SctUtt LSL UUrU4J2uJ-~Q&XA4UJÈJ O. 1M.trkL— 

Licu^tkolxlci naXû^teMjB. cl h*u uru/rcuuje. niAtfïÂUQfe»^ d-ounL 14l&x*- 

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^cucà uut, évu&iulfe couct uvn*J CfUjeS^ l 'puifU^Cuxc vmet hcè futfe* 
Uu*I tAuit* iS fous eicjjurftïits Lnrucr inrusi -€/ uvuv Hcca coumujz- J*l — — 

U eu ifutuihu ic2u QfJ IfzuriictuxujUJt/un^ eMxtrus- Uaaunru cuje-jca t*. 

Q^ttrujrccjc/HjeiQ isvu* eu {hJrfctït Cote ■ct^^trvet-. tnru4 &&.*& p-tcU&s c^ujllq 
i4**vuA*&4A+eu/L B-^ OnusiAuuAA \ctxXurtu cuUaj C/ttn<jG-es Jz./~JtuJ2Je» Cc&e*. — 



78 



LE RIT PRIMITIF 



et Willermoz. Son style dans ses lettres, depuis qu'il a vu 
Willermoz, vous l'annonce assez. Je vous recommande d'ou- 
blier avec lui que je vous ai confié sa vision, ses lettres et 
celles de Willermoz sur la vision. Je vous en ai parlé vague- 
ment, mais sans prononcer même le mot de vision, mais seu- 
lement en vous conseillant de tâcher de vous faire conter 
un trait intéressant par lui, qui vous confirmerait dans l'opi- 
nion où vous êtes de la possibilité des communications des 
esprits. Sur les lettres, (dites seulement) que je vous en ai 
montré des fragments. 

Mais à cela près, c'est un excellent homme et dont vous 
serez content. 

Pour le baron (i), sur les lettres, comme avec Tieman, il 
faut un peu le chauffer et lui donner avec précaution des 
preuves que vous avez eu ma confiance entière. Elle excitera 
la sienne. Il est inutile de vous dire de n'apprendre à per- 
sonne en combien peu de temps. 

Je joins quelques noms sur lesquels je n'ai point de rensei- 
gnements ou que je ne crois pas nécessaire durant ce moment. 
Us seront sans ordre et tels qu'ils me viendront. Si vous 
relisez quelquefois ceci, souvenez-vous que de bonne foi mon 
cœur, malgré ma raison, m'a plus porté que les circonstances 
à l'excès d'ouverture que j'ai eu vis-à-vis de vous, et quel- 
qu'imprudent qu'il ait été, je n'en ai d'honneur ni regrets ni 
inquiétude. 



(i) De Gleichen, probablement. (N. de l'A.) 



Ca'iruntt LruxLu_jz.v4J&£cï~ït4jU*i VtiudL - iJUnnyuc****- 4td&ux. L*. — 

ùtrUcuiLù: &Q4 -CtmvuvLUA*, ' <**Junc4 &€< -exjsuJ* . %xo Lqa*. — - 
[&tuZi ytuLjjc^- cnmiJZu Cet uutuXÏjl <9er fuufaùeut . 

lxx&. CcrUCëUC". 

Jjinuf L& vCtruru. -iMArXG^/LeZitct Ccrucut cu>e* h &icceu± cl Tcûct 

ffl&tw-e* ({vut mnu. taxi *Uc iuzcXvuJlïiuju^ jeutc&vie- -e/6€_ 

%&/wu4 CfLu/ijuu tunuJtr UiArÛA-uitcM J~c u ut istruU^L*- 

Ot uurUAJZuJb. Ut IVUrvU UtuA VïJU U CJ< y u ( Ut Vux (A-UeJun+r- 

i&< Cc'TjtxftciiuuLu Ce [feuLçs ÛLnuAeyi&Jï* Cf ux^ feùu -Gcl 
VU curû cX^Lrvtoi JCj^tfUjiMju tuUrtu^CttJ^uu £/ *«4~-t£c~~~ 



u^. 



8o 



LE RIT PRIMITIF 



En tête de cette page, sont des signes que nous rem- 
plaçons dans le texte imprimé, par le sens qu'ils expri- 
ment. Les signes indiquent les « Choens )) (ou Cohens] 
du F. \ juif Martinès de Pasqually et du F. \ de Saint- 
Martin, c'est-à-dire les Martinistes ; les (( Directoires » 
(de la Stricte Observance) ; les (( Théosophes )) ; les 
« Hermétiques », et enfin l'imbécile (( Maçonnerie or- 
dinaire », tout aussi imbécile alors qu'aujourd'hui. 

De Grainville, Rose Croix, Officier d'infanterie. Est à 
Lyon ou en Dauphiné. 

Champoléon — id. — Je ne sais où. 



Comte de Luzienan 



id. 



à Paris. Xe s'en mêle plus. 



Abbé Fournier. A Bordeaux. Il est chargé de l'éducation 
du fils de Pasqualis. 

Abbé Bulet, Rose Croix. A chaviré depuis et travaillé 
dans la magie. Il était aumônier du régiment de Foix (i). 

Léman, ELEVE DE FALC, depuis avec le chevalier de 
Luxembourg. 

Bauer un des témoins des apparitions de Schraepfer. Est 
en Angleterre. Bon allemand mais sans aucunes lettres. 

Zuirleim à Westlard, un des écoliers de Schraepfer. 

Eccleff, suédois, maître de Zinnendorf. C'est Scherer de 
Strasbourg qui peut en donner des renseignements. 

YVeiler était un des assistans du baron de Hund. C'est lui 
qui a fondé les Directoires de Lyon et de Bordeaux. 

Schemeteau, tenant du schisme de Zinnendorf. dont il a 
tâché de fonder une loge à Paris, qui est tombée. Officier au 
service de Prusse. 

Baron de Triest, autre tenant de Zinnendorff. Il est le 
chambellan d'un prince de Limbourg qui est à Paris, perdu de 
dettes et de débauches. 



(i) Dont Saint-Martin était Lieutenant-Colonel (N. de l'A.) 



(eum*f. &ÙUH £c fu/c Jefruti a*su fc C^t " £& lu4f Ctoc&My . 

, 

'fiUuca LtZt/iiL . vint a/ùB4xce€44j9— uuxcu leuci ccuxx*uc<j Ic/cïu 

< 

MClf* UueJvu 'Utccotb ifif f ttuceicthn/ < <^t^~lc{cÊ^c^<. 

*afcïtu^/i>u^(^ n Coffrons yu/e^Gnufa . 



82 



LE RIT PRIMITIF 



Notice de noms de ff. •. instruits 
dans différents genres 

Bauer allemand (i). 

BEYERLÉ 

Cons 01 ' au parlement de Nancy. Chef des Loges rectifiées 
■de Lorraine. Il a la réputation d'un maçon instruit et zélé. 
Un des Amis-Réunis xn c degré qui a eu quelques conversa- 
tions avec lui le soupçonne d'avoir adopté pour but l'alchi- 
mie, surtout la médecine spagirique. Il a quelques relations 
avec l'ami de Langes (2), mais peu suivies jusques à ce mo- 
ment. 

BIRGEM 

Il est de Westlard (c'est-à-dire Wetzlar), ou du moins il y 
.a longtemps habité. Son nom seul nous est connu. C'est un 
des trois élèves du Rose Croix Srhcder, collègue de Waken- 
felds. C'est le Prince Frédéric de Hesse-Darmstadt qui a 
donné son nom. 

Brooks, Caerni, Abbé Bidet, Bodleyenne à Oxford (1). 

CAGLIOSTRO 

Yovez le cahier d'Instructions. 

PRINCE DE CAROLATH 

Ce jeune seigneur prussien dans son voyage en france 
a été porté dans l'intérieur des Directoires. Il a rencontré 
les chefs de Montpellier, ceux de Lyon et même il a par là 
lié connaissance avec les membres des Cohens qui avoient 
assez intéressé M. d'Hauterive pour lui pour qu'il l'ait adressé 
à St-Martin. Ce dernier l'a trouvé trop jeune pour se livrer. 
D'ailleurs il n'aime pas à s'ouvrir avec des sujets qu'il 

Castillan de Berlin et Castillon de Montpellier. Champo- 
léon (1). 



(1) Noms ajoutés par l'Eques. (N. de l'A.) 

(2) Savalette de Langes parle de lui-même à la y pers 
<N. de l'A.) 






i<ct*~ 



"fltrUis^ fie purrmt £tpp. fajîiïuti 

lect && V&€-yM*iAS~ cru oh* touJUt* cl y Ce Ù^i^èuZyj hj*lri£^ 
Ou tusu* Ce^U mm* etfurU4v*± Ct4,(tc<4. S^é* fcuïu &c&o+~<j~ c^u. 

zU-ù. P. ftZtl&vciM #e Ctzlc* - 2) aS2sU**ùi£- #u* 'c^thnmu. 









(^Zouc^l &e OusiJttttï 



£ etë~ LnntT&tUuL Lûdtsu&u/ face (EP via i&uunrfôT l&* ûù^frr 

uàu tutâtelu* £(4/ '• [tetulâù^ invu/ tu* visu* cp* cl ' tu*, 
'tfùlu ce ff tiucn<tu4. UcQevuLuri'a faru4te~'tbsy]j&u^cnrz£+' l&- 



8 4 



LE RIT PRIMITIF 



ne peut suivre. Cette liaison a eu peu de suite. Il avoit 
entendu parler de l'ami de Langes, car l'ayant rencontré dar.s 
une loge, il a fait toutes les avances et a mis le plus grar.d 
empressement à lier connoissance. Sa candeur, son zèle et 
surtout la pureté de ses principes moraux et de la nature 
de ses désirs en fait de connoissances maçonniques ont inté- 
ressé ce dernier qui lui a communiqué plusieurs choses inté- 
ressantes. S'il est au Convent, les députés peuvent compter 
qu'il sera favorable aux Amis-Réunis dont il a pris la meil- 
leure idée. 

Dournay. Egglcff, suédois (i). 



Docteur FALC, en Angleterre. 

Ce docteur FALC est connu de beaucoup d'allemands. 
C'est un homme à tous égards très extraordinaire. Les uns 
le croient LE CHEF DE TOUS LES JUIFS et attribuent 
à des projets purement politiques tout le merveilleux et le 
singulier de sa conduite et de sa vie. Il en est question 
d'une manière très singulière et comme d'un Rose Croix (2) 
dans les mémoires du chevalier de Rampsow. Il a eu des 
aventures avec le maréchal de Richelieu, grand chercheur 
de pierre philosophale. Il a eu avec le prince (de Rohan) 
Guéménée et le chevalier de Luxembourg une histoire singu- 
lière relative à Louis XV dont il a prédit la mort. Il est pres- 
que inabordable. Dans toutes les sectes de savans en sciences 
secrètes, il passe pour un homme supérieur. Il est à présent 
en Angleterre. Le baron de Gleichen en peut donner de bons 
renseignements. Tâcher d'en obtenir de nouveaux à Franc- 
fort. 



Florence 



Abbé Foumicr (1) 



(1) Noms ajoutés par l'Eques. (N. de Y\.\ 

(2) Ceci cadre bien avec les affinités juives de la Rose- 
Croix. (N. de l'A.) 



9 eût H^duÂÂ. Je Le* S^u^uc euïrfuc^&e^ctszj^toTjit&tte* et** 

/ ' ' ' s 

^oujLrjLy . — ■ yo< • * y x/ 



le {hn£zû*s feue eU^ccm^t44. Stç^frettuztnufj ^u^ceu^ccu^h c&d — 

UU kcrHtfUJ^ C4^~ttïïcJ &UUAéS> PtCé e*C$Ûccn<h /C4t« £«-_ l& tt+ta Oz— 

^k oit ?&€■ A utufrtxMJlr. Ua *n &e< cc*jtuZIua^4 Uc*e< U~ tù .£e. 

karcc4*4 &**■ lutteur Isuft^tH U Lrtt&cyw+ts t4c± éuntmui lufs&vi&eKs- 
âiruicujr QeCrvui ri&ujjztu uq ut*/*<Jt. ^tuHu^r £etc cr&eûus &€. — ■— 

/^^^OJ_ " /t y fi" 



dilj* 



iLUU^jT 



J 



86 



LE RIT PRIMITIF 



DUCHANTEAU 

Prévenu comme vous l'êtes sur cet homme, votre opinion 
doit être décidée sur son compte. Il est convaincu d'avoir 
des vices les plus bas et les plus honteux. Quant à moi, je 
lui verrois ressusciter un mort, qu'il ne seroit pas mon pro- 
phète. Il faut faire parler sur son compte Salzmann (i). 
Si vous voyez Gleichen, lui dire ce que j'en pense mais 
l'assurer qu'à son retour à Paris, il trouvera son histoire 
dans le plus grand détail, et que je ne le perds pas de vue ; 
qu'au surplus il est devenu tout Théosophe. 

FRÉDERICSTEIX 

C'est un château dépendant du comte de Neuvied que des 
maçons la plupart négocians et banquiers ont acheté dans 
l'intention, disent-ils, d'y établir une république maçonne. 
La loge qui a fait cet établissement avoit pour titre la 
Vraie Espérance. Mais le prospectus de l'établissement étoit 
accompagné de deux prospectus fiscaux, l'un d'une caisse 
de viduité, l'autre d'une banque de fortune dont les bénéfices 
en apparence très modérés dévoient fournir aux premiers frais 
de l'établissement. Cette loge avoit pour député un baron 
de Staal qui a pris en arrivant deux adjoints inutiles à nom- 
mer, mais qui n'ont pas augmenté son crédit, et je crois que 
faute de souscripteurs, les députés du moins le baron ont 
disparu de Paris et même on prétend qu'il y a laissé des 
dettes. Comme le baron depuis longtemps ami du f. \ de 
Chaumont, secrétaire du duc de Chartres, avoit engagé ce f. \ 
à le protéger auprès de ce prince auquel on avoit présenté le 
diplôme de protection du comte de Xeuvied en faveur de 
la Société de Frédericstein et même une lettre de ce souverain 
directement adressée au prince, ce dernier avoit aveuglement 
signé ce que lui avoit présenté Chaumont. secrétaire 

mandements maçonniques. Ils cnt fait imprimer le tout 



(i) C'était l'un des principaux Lieutenants de Willermoz. 
(N. de l'A.) 



* 



fie fiôuy /su*f**££ fiiettn r fu44ÏM~e <*"k~ ** ^ 

Puuc Gvuc^ux tefrJZu*^ <W tes fr^u&fîau eu ayyiJi&M** tcëT 

U&e O uvult Lnnur $*fruXk ufrun^i Uu £» ** » * &tjfcmff*** •» 
uuÀ tu ct>YU4Stujt~ Sex**f> <t4>iiri4A,tï tAUttcl* £c u*n<4ét<v §<u^cj yu* u otct~ 
fnn uu4j u^autci Un<. esie+HA- e/Z£ €**n« y^c fouUc &* fa&t e»<frtJz***- 

ffittÂÙJ yu'Utftt iuUœ $>& £efs&7 . couu**e (* (*****< &<fnw ùnyuusy* 
tutu du(j.&è etuuautnJ- hztrz&tcu zxl th< <?Uc &e ctujtxjtct i/vuô Luul- 
noitrfaaJl cunnt ^Ulut^lc 1* /Z~ née L/iïïE&Ci/ a+ifniA &e 1* incéu* e*£±- 

1*G*«njLD e*t(uôëâ</ 9e luUyœfe £<2 fije/l&uclXjzÙA el iujuujB U4±*&& 
<te<&Mnc*&i4uu &m&ifefj, £> ff f- <r f>? e-Utc eut isucccc Ce &eJUotex/ <ljnrit~ 
Vaa c^aice, ùtt'*<stn uueljezxtïr cltet*ciu,\rïtjt- LetJLofaxJu 
ut&uxV <€ucté*U4'*4U4 U* iruf- /ouf mua* tue*/ CtJxÂtt 




et- U 



A. 



88 



LE RIT PRIMITIF 



et 'en ont distribué des exemplaires avec assez de profusion, 
mais malgré le diplôme du comte de Xeuvied, le visa même 
de la recommandation du duc de Chartres, le G. - . O. \ a 
refusé net son approbation et même a fait imprimer son 
refus, et l'a adressé à toutes les loges de sa correspondance. 

Si dans ses courses le f. \ de C approchoit de Fréde- 

ricstein et qu'il pût aller voir sur les lieux ce que c'est au 
vrai que cet établissement, il obligeroit les Amis-Réunis 
12 e degré de lui en adresser des renseignements. 

Frôlich (i). 

BARON DE GLEICHEX 

Ce digne f. \ est membre de la Société des Amis-Réunis 
12 e degré, et a été reçu par St-Martin dans les Cohens, dans 
les premiers grades. Il est curieux, érudit et instruit. Il a 
toujours témoigné de la confiance et de l'amitié au f . \ de 
Langes. C'est de tous les correspondants étrangers de la 
Société des Amis-Réunis 12 e degré celui dont elle a le plus 

à se louer. Le f. \ marquis de C a pu juger, par les 

parties de ses correspondances que le f. \ de Langes lui a 
pu communiquer, de son zèle et de ses lumières. Son domi- 
cile paroît fixé maintenant à Ratisbonne. Il est douteux qu'il 
aille à Francfort parce qu'il n'est pas des Directoires (Stricte 
Observance) et n'a pas voulu prendre de nouveaux engage- 
ments. Il est en liaison intime avec JFcctcr et YVakenfeldt. 
Voyez leurs articles. IL COXXOIT FALC, le prince de 
X assa u Usingen. C'est en un mot un de nos amis le plus 
instruit. Il est froid, peu communicatif, mais quand il con- 
çoit et qu'il aime, il devient tout autre. Avant son départ 
de Paris, il paraissoit plus occupé d'Hermétique et de pana- 
cée que de spirituel, mais il a changé, du moins à en juger 
par sa correspondance. Il a des renseignements aussi sur les 
Rose Croix autres que ceux (du rite des) Cohens (2). 



(1) Nom ajouté par l'Eques. (X. de l'A.) 

121 Voir la note (2) a l'article du Juif Falc. Il est une fois de 
plus manifeste que, pour Savalette, il y a de grandes affinités entre 
le Juif, la Rose-Croix et les Cohens ou Martinistes. (N. de l'A.» 



y 



jUtUtftM Ce ih LfùrHéJ^ thi Cxruit£~ c9c irU2.turve.a- te.-<si4cx. r AJJ?itJLc U*-~ ■ 

<lXUAji4AVUMA4J)-u£uru cru, chex &e ctutrifitcû l& H U £XZ~>. clszjçXcU^ 'y. * ■ 
fou turyurifutun* -SJ(~u<X2u4je m^tau^ itufjuiujzv i*Ji^'2^t<i4 . ei-ï c* — - 

qukt irut" ulcev tsvus W /e* Lunuf m cpuje c-eu*~xtu^crveu H/uc C£ ^~ 



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tuuxXïu âruuff. SKT âruxUÂAt isueui+t.*** attvte* U &*t~ cusu&tuf 
du^ut- eA— vuasÇÛiW Xnru crClj&usuZëxur Uau~hu<nu4 ù&ûun oiut — 
OeCuwuAiciUA et fe^t'uiuiùk Cut^ *\ jb*J'ff fff f t/ c&il &e4tnû Ùu 
CcviJUjj%m&ucL4,\ &$L*ALeL.çsiJL &C J\ x, ûR, œ/ux thn<t clic /t La. 
JJLu et Le Cjjujw (&/;* PU ** Se & ce «ju e ïccv*<s irtaJ Uu 
fsiofOJzx fret*-*- ôayt^cjjtn^âtauje^ <f(e^e ù- fl\ tQe^uctyLts uu ci h r%< - 

eu Llc a. PûU^u. fcKc- Lru4r c&.u u aA. I4*ecl Lnc* &<. *Jf *A~ u.'c4~ plu*- 
innUcL jsu^ïie, $c uxru<>ezvuAf> JxuuUAALeu^exu^. ■ U-ect-e^ UuUamm- 

jAuruuuAt pâle U Lrz«i<e £e l<Ut4Uuc VUtuf*^. t'<ut eu cm» cam^- 
uu £e uunt ccuma L&ljUvi tu+CïuJr, U&dfund /***. urtu*umUu*L 

tMuù* Uuuufr UunuUnt ef~ cju vl <U<m^ U &&SI£mC faut- UutïÂ. 
Cur&ut- lou. c9eprun£- /2-e vusuj <A LTUSHn Hitit' uiunrtcuÂ>e t^€ ri 



ço 



LE RIT PRIMITIF 



GARNÏR 

J'ignore si cet homme étoit maçon. Il étoit curé catholi- 
que en Souabe. Je n'ai sur lui que des renseignements très 
imparfaits. Il attiroit il y a quelques années les yeux de l'Al- 
lemagne par des guérisons miraculeuses qu'il opéroit par des 
prières, des exorcismes et l'imposition des mains. Il seroit bon 
d'avoir sur lui des renseignements plus précis, s'il est possible 
de s'en procurer. 

Grattnann (i). 



PRINCE LOUIS HÉRÉDITAIRE D HARMSTAD 

Ce f . \ est aussi membre de (la société des) Amis Réunis 
12 e degré et dans les charges des Directoires. Il a travaillé 
dans sa jeunesse avec UN JUIF QU'IL CROIT ELEVE 
DE FALC. Il prétend même avoir opéré (2), mais il a tout 
à fait abandonné cette partie. Il croit aux esprits bons et 
mauvais et même aux esprits des morts. Il a témoigné beau- 
coup d'amitié au f. \ de Langes. Il est moins instruit et 
moins zélé que le baron de Gleichen, mais il est honnête, 
aimable. S'il est au Convent, sûrement il sera pour (la soc. 
des) Amis Réunis 12 e degré. Il a fait des promesses à (la 
soc. des) Amis Réunis 12 e degré, notamment d'un Robert 
Fludd (3), mais j'ai peur que Duchanteau, dans son dernier 
voyage d'Allemagne, ne l'ait rengagé dans ses filets dont je 
l'avois sorti, car il a rapporté d'Allemagne ce livre et plu- 
sieurs autres qu'il nous avoit promis, et depuis ce temps 
nous n'avons pas entendu parler de lui. Cela paroit d'autant 
plus apparent que nous ignorons où s'est passé le voyage de 
Duchanteau, et que le comte de Schoenbourg qui étoit son 
protecteur connoît beaucoup le prince louis. C'est une chose 
intéressante à éclaircir. 



(1) Nom ajouté par l'Eques. (X. de l'A.) 

(2) Terme consacré pour désigner les opérations magiques des 
Martinistes Kabbalistes. (X. de l'A.) 

(3) Célèbre Rose-Croix anglais du 17 e siècle. (N. de l'A.) 



C uS-yuu^. 






fouubhtJisiutbe J-& i* 'ga Uurùû tj/Luz &<u 'Tj^ul^c^^tjcujuJZMJt fus 

â*e< putcLi d U l&4<sit-6vi4, ïïeunxvir Uw (ta &Gt -IGutxu'i&a&luAt**-- 

g uz/ïma*i*i. 

V ., /viuj ^le&z ih'fxu'tt. o 1 ytartu*UïuJ 

•fr via. OvucfttUla iktuu&Ue Zctt+ceLLa. c\uA4lM*>*&z& e*t&uLt— 
Ln+WL <*cul/ Uu ÙjkJ- u-fUcf £c(rU4Lâ[ruAu& ùcUùx LswUôl «V cjunt-cuuf, 

&JSlUi CrtruS C/- HUxuxf^cLé Cl" UaJUUM Ct4X*f GtlTutT &€* i-UtnÙ~ 

du Uu<un'ai^e (te*icLi*>uf> &LU4AAZÛÏ cctc^;. <%e£cM*Y*s ci &* -v*"™** — 

J^EHR, Uc^'a**- S^-cyunujzMje* u. J±**$ \_ v^rCcvut^uj^xcr- Ou**— 

(iunni Unù-ett*, UuJUtf^vUZ ^cUù^^u£L _x» Ccm* cl uiuXau^ 

f-*" *4*X&tt£i*4 fsunlxw &&ltU. t*Uc^ iMcnvlr Ocuxàûétr trUu ê^dOffil^id 
l(UJ2. U4TU4 ty£urv4n<4 OU. j'*U~ lsu{U C& tnstfCtAf^ 3 cUùZltctxjtf l*-€ tXc 



ta 



9 2 



LE RIT PRIMITIF 



FREDERICK PRINCE DE HESSE 
DARMSTAT 

Second frère du premier. Il est aussi membre de (la Soc. 
des) Amis Réunis 12' degré. Le £.-. de Langes l'a même 
connu le premier à l'occasion de Duchanteau et c'est par 
lui qu'il a fait ensuite connoissance avec l'aîné. Les cir- 
constances ent décidé son admission dans (la soc. des) Amis 
Réunis 12 e degré que sa jeunesse et la légèreté de son 
caractère auroient éloigné d'abord. Il a témoigné le plus 
grand zèle. Nous lui devons même plusieurs ouvrages alle- 
mands qu'il a donnés à la bibliothèque et qui sont très inté- 
ressants. Mais ensuite il a paru totalement nous avoir ou- 
bliés. L'ami de Langes a même lieu de soupçonner que ce 
Jeune homme a parlé plus que légèrement du régime parti- 
culier de (la soc. des) Amis Réunis 12" degré, mais il n'en 
est pas assez instruit pour en avoir abusé. Si le marquis 

de C le rencontre, il nous fera plaisir de l'observer et 

de nous rendre compte de ses dispositions. Il était, lors de 
son passage à Paris, mal noté dans les Directoires à cause 
de quelques étourderies, mais plutôt des enfances (sic) que 
des torts graves. 



CHRÉTIEN, PRINCE DE HESSE DARMSTAT 

Nous ne connoissons ce dernier que de réputation. Il est 
comme ses deux frères dans les Directoires. Tous les deux 
m'ont fait l'éloge de sa douceur, de ses ma - de son 
esprit, surtout l'aîné qui l'aime tendrement. Il faudroit savoir 
de lui ce que les deux autres lui auront dit de (la soc. des) 
Amis Réunis 12° degré, et s'ils ont revu Duchanteau. 



I 

fitWMH IMJZiMJt iStullGufcl VUSVU*tjrH uA-*MA~U4Cih £j " U U &TUU** 

tctuCvblurÙu/ax CiêéiA4 U>u4~ M** J PU€é'leSU4us<r fUM^T ^*<lux^U 
Uuuwu* ~f sr fc<t8<HAtt / ~ -U^Ui Ucnsu/ iSi*lr(ou 1 CHU* fie^UCuj&d u. 

//-e&^A icnu Ae Un± irujùtpe. u : Lric>>u -frutS turfu $&auI £Cc*~ 

Cvuu*jl£*4 &tu*f fwuz* Sou* ko, Sr* fruste** &&u*f 
luw%C> &eMu cm^j^ U* &*ay? uufut ùm ' ac+'u'uS- *\£ J^ AzllR 



94 



LE RIT PRIMITIF 



d'heckh (le professeur) 

Ce maçon a été l'élève de Srepher (V. son article) et c'est 
.celui qui passe pour le plus instruit. Il est professeur à l'uni- 
versité de Leipsick. Je n'ai su son nom que par le f. \ Otto 
qui est secrétaire de l'envoyé de Saxe en France et qui lui- 
même étoit un des élèves de Srepher. 

Hcscltinc, Hohcnlohc, Hotchan, Kings Chapcl (i) 



KCERNER (DOCTEUR) 

Ce jeune homme est de Leipsick. Il voyageoit cet hiver 
.avec un jeune prince allemand, le comte de Schoenbourg. 
{V. son article). Il arrivoit de Suisse où il avoit beaucoup 
vu les ff. '. Lawater dont l'un est un des correspondants du 
f . \ de Langes. Il lui fut adressé : débuta par la plus entière 
et la plus vive confiance. Il avoit quelques principes analo- 
gues à (Cohens) et venoit d'être reçu à Zurich dans l'inté- 
rieur des (Directoires). Il visita les travaux de (Amis- 
Réunis) dans les 8 premières classes et le f. \ de Langes 
l'ayant pris en amitié, l'avoit déjà présenté comme un cor- 
respondant intéressant peur Leipsick où (Amis-Réunis) n'en 
avoit point. Le oomte ayant rencontré le f. ■ Duchanteau, 
le fit connaître à son ami Koerner qui, malgré tout ce que 
(Amis-Réunis 12 e degré) ont pu lui dire de ce faux prophète, 
s'y est tellement livré qu'il a tout quitté pour lui, l'a conduit 
en rentrant à Zurich pour éclairer Lawater et est parti de 
•ce pays persuadé du moins en apparence, que cet homme lui 
avoit donné la vérité. Nous n'avons plus entendu, parler de 
lui, mais à le juger par sa conduite à Paris, c'est un fou. 

KUKUMUR OU CUCUMUR 

Nous n'avons pas encore sur cet homme des renseignements 
l)ien clairs. Il a joué quelque temps un rôle brillant dans la 



(1 Noms ajoutés par l'Eques. (N. de l'A.) 



L 



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'use* eu* %tU4*M-* fju'**A uliQ«Atmt>~ie- <*su<Z*£^ff>li*chttUrtruJiy. 
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96 



LE RIT PRIMITIF 



maçonnerie allemande et prétendoit avoir obtenu dans un 
voyage fait par lui dans l'Italie pour cet objet un des rensei- 
gnements qui existent en Allemagne des connoissances par- 
ticulières et qui lui donnoit le moyen d'opérer des choses 
extraordinaires. Mais il paroît par le récit de ncs corres- 
pondants qu'après avoir beaucoup excité l'attention, rassem- 
blé beaucoup de disciples, les effets n'ont pas répondu aux 
paroles, et il a perdu son crédit. Il est à présent ou mort 
ou au moins ignoré. L'on dit pourtant qu'il a de l'esprit, 
qu'il ne manque point de connoissances. Tâchez de savoir 
au juste son histoire et ce qu'il est devenu. 



LAWATER (LE DOCTEUR) 

Ce f. •. est à la tête des maçons de (Directoires) de Suisse 
ou tout au moins de Zurich. Il est ardent pour les connois- 
sances et connu pour son zèle. Il est probable qu'il sera au 
Convent. La liaison avec (Amis-Réunis 12 e degré) n'a jamais 
existé que par lettre et il ne peut connoître son régime que 
par ouï dire. Il est entré, du moins le f. \ de Langes a lieu 
de le soupçonner, dans (Cohens). Cependant il est possible 
que les indices qu'il en a trouvés dans sa correspondance 
viennent des cahiers (des Directoires) du Convent de Lyon. 
Koerner et Duchanteau, dans leur voyage, avoient un peu 
détourné ce f. \ du f. \ de Langes, mais Tiéman depuis a 
tout reparé, comme le prouvent des lettres postérieures 
du f. \ Lawater. Son frère le Théologien n'est pas 
maçon. Du moins il ne s'avoue pas pour tel : mais il 
est naturellement philalèthe. Il est célèbre par un 



««T^^r^ *»^ rùzu //VU4/ t ^^ SJ -e a S 

CtuUé ' ('*&IkZt*m 7x*4a24u£&^ 6*eu*un*c> &^t>itC*irOn Ce* *$~éZT 
gA C*J^vyi&l£6*2-~îf*' 1tL*r*JTiJH' fatsouxsi*** 'Ufitu/iM-s kTn^&iJt — 
ÙVUumiUK&i*** . Xut&u~s &eAu*nrus Cet*. /UaXîi Un* ft+iMrï~L* ■- 

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Uyiv%us&c*f- &€* 



/xnt&w&usu* pi€ A Cc<AJtytt£c^\ lvu.ft&u.lt Qtue*r&yuL<~ u eu 



MAA— 



9 8 



LE RIT PRIMITIF 



ouvrage immense sur la physionomique et par des écrits 
polémiques sur les miracles de Garner et les apparitions de 
Srepher. 

Léman, DISCIPLE DE FALC. — Cte de Luzignan (i). 



lioi, de napeEs 

Il seroit possible que ce célèbre deffenseur des maçons 
de Naples, toujours exilé de sa patrie, et qui a, je crois, 
acquis des loges aux Directoires en Italie, fut député par 
elles au Couvent. Il est membre honoraire des Amis-Réunis, 
mais il n'en connoît rien par delà la (cinquième classe des 
Amis-Réunis). Il a de l'esprit, des connoissances temporelles, 
mais il est vif, ardent, enthousiaste, Italien au superlatif. 
Il faut avec lui se tenir en garde. Mais on en pourroit tirer 
un précis historique de la révolution, de Naples qui nous 
manque et des renseignements sur la maçonnerie en Italie. 



Lcwenhœck (i). 






LEUWENSTEIN (BARON DE) 

Ancien colonel au service de Wurtemberg dont il porte- 
la croix militaire, il est dans l'intérieur de (Directoires).! 
Mais je crois qu'il y a été reçu comme le prince de Carlath 
avec lequel il voyageoit. Le f. \ de Langes n'a pas pu le 
juger parce qu'il est peu communicatif. C'est un homme qui 
a été subjugué par des malheurs et des revers de fortune 
de tout genre qui l'ont même accablé et presque absorbé. 
Il a la ferme persuasion du rapport des êtres intermé- 
diaires avec les hommes, et croit surtout que ses 
songes lui sont donnés pour le prévenir sur des événe- 
mens intéressans. Il en a conté réellement des plus 



(i) Noms ajoutés par l'Eques. (N. de l'A.) 



^ 






''M^OL^f 



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A. 1 (fi* tWyt 

UeU- nd&uJbu U*nAArvu*'i-*r £Lc* s*L K. tA*^it cJ t* '* **- 
^ouHuJioU'euiÙr facUcui ctu,U€+*s*6uJtf. U fcutT A*n*. ici* 

U***- Lnt/VL**4i+ '<Â-cJh~jy&K, Co%o*4mjuuvU vuJUf . c hc/ U*l* ùuAtAU** 
~i(uê%*L£. fr&TvuJr Càj&i < KM-' lf<** (ir»*f~ fUAAUJt. Clcou£/Cl*1 -*v£~ 

*4Le< Uca UruU- PirvutA* /-nsu*s£& / A/iG*»-eu*v (ma/ &Cct 'Vtn^,- 




IOO LE RIT PRIMITIF 

singuliers par leur rapport avec ce qui lui est arrivé. Du 
reste il est doux, honnête, et de très bonnes mœurs, ayant 
de la piété, ne désirant que la tranquillité physique et spiri- 
tuelle pour se livrer tranquillement aux esprits dont il se 
croit entouré pour obtenir par leur communication toutes 
les vérités utiles à son bonheur temporel et spirituel. 

Cte de Manteufel (i) 

MOSSEDER (DOCTEUR) 

Voyez son article dans les Instructions. 
Mietau (i). 

NASSAU USINGEN (PRINCE DE) 

Ce prince habite le château de Briberich. Mais j'ignore 
où est ce château. Je sais seulement qu'il n'est pas loin de 
Strasbourg. Nous ne connoissons de lui que sa correspon- 
dance que vou avez vue. Le baron de Gleichen a mandé 
qu'il étoit lié très intimement avec Wakenfeld : nouvelles 
présomptions que les Rose Croix de Westlard ont la plus 
grande analogie avec les (Cohens). Il seroit fort intéressant 
de connoître où il en est et ce qu'il sait. Il jouit d'ailleurs 
à tous égards de la meilleure réputation. La mission du 

f. \ m ls de C , s'il voyoit ce prince, seroit de reconnoître 

s'il est réellement plus avancé dans les connoissances spiri- 
tuelles que le f. \ de Langes, et s'il y a des rapports réels 
entre (les Cohens), son affaire et celle de Westlard. 



(i) Noms ajoutés par l'Eques. (N. de l'A.) 






Q»U-U 4JtOuÀ4- tUZOûnjt 'jjxm* trfrCïïU-' ^ru+rCt***^ — 

— ■ • -~~~~~~~ 



/ru. 



ÙfAA- 



**- *** **■ étude** Je Uni* LJuUjttujsMjh- cf*vl u e</ uui uni, 
£ pvUt4 Ovusui . vunu. Hx cvu*unU*u* && Ceci tfK-fU* 

V*lJtiyv*l&U*LLC Cf(A*Wl*1 CUM* 1A4UUK Ce fauter» P^ Cce/c^LÉ^ 
te inutu •* </«c /: fit " tOe cJ 1'U insusxJ- Cjï- fJisKwus 

1*4 e*k4i<si Htuccoé Uri ff vUu&lut t/^ù fc fld. (aujfJttX , çj~i Uy 



102 



LL RIT PRIMITIF 



OTTO 

Il est secrétaire de l'envoyé de Saxe. C'est une très nou- 
velle connoissance. Il étoit témoin oculaire des apparitions 
de Srepher. Son nom n'est icy que pour en parler à ses col- 
lègues ,et prendre en Saxe, si le f. \ de C y va, des 

renseignemens sur lui. De même à Leipsick où demeure le 
professeur D'Heckh, dont il est intime ami. 

-V. de Rosskampf Riga (i). 

DE ROSCHAMPH 

Conseiller privé de M. le i" r Bourgmestre à Heilbrioui (i). 

Je ne sais ni qui il est ni où il habite. Il est membre de 
(Directoires). Son nom de chev. est ab équité vehicolo (?). 
J'ai son nom et sen surnom par le prince frederich de Hesse 
Darmstat. Il est un des élèves de Shereder, le maître de 
Westlard (c.à.d. : Wetzlar). 

Savalete, Salsmann (i). 

SRHEPHER 

Célèbre par ses prestiges, apparitions, etc., et par sa fin 
tragique dans un jardih près Leipsick. Il y a un livre en 
deux volumes écrit en allemand sur lui, plus un ouvrage 
d'un docteur sur lui et sur les miracles de Garner. 

Xous en savons assez pour n'avoir pas besoin d'en faire 
plus longue mention. 

SHEREDDER 

Autre chef non moins fameux que l'on confond souvent 
avec l'autre quoique très différent. Il est mort jeune. Il 
étoit le maître de plusieurs maçons que l'on croit Rose Croix. 
Le principal de ses élèves est Wakenfeld. Sa science, à 
en juger par ce qu e nous en pouvons connoître a du 



(i) De la main de l'Eques. (N. de l'A.) 






jutTudZ CUAU- 






Uotouru* yu^Ci, hrUA44Jt, ItJZ&VU^U &£ LuUct êhcnu^tÙCT t>l 




ouo*U&— CD f 

Zj&€u*S> xnr^Mlu^ -txSi>JL^*i^ cesO-tZAtuiMS} lu*/ IMJ ■ %fU*si pVi* crut/ld^Ac 
l€ti fît* Vt tfiui Un*U<*-& VuM^^Zioxi. . 



JhÀAUfnU &~ç bu esLuxst itf— \V:iÙ{qu. fictive , l^lu'cu^. c* — 



104 



L£ RIT PRIMITIF 



rapport avec (les Cohens). Il avoit eu pour maître UN 
VIEILLARD DE SOUABE dont Wakenfeld a conté l'his- 
toire au F. \ Tiéman. Il est mort très jeune surtout pour un 
sage et sa. mémoire est honorée non seulement de ses élèves 
mais même de tous ceux dont il étoit connu. Les princes 
d'Harmstat le connoissoient ainsi que ses élèves qu'ils appel- 
lent les Rose Croix de YVestlard. 

schérer 

Maître de langues et je crois interprète à Strasbourg. 
Il a beaucoup voyagé dans le nord et se prétend très savant 
en maçonnerie. Il tient au schisme de Zinnendorf. Il est 
fondateur à Strasbourg de la Loge d'Isis dont est membre 
le docteur Wurtz qui maintenant est à Paris chargé des 
pouvoirs de la Loge d'Isis pour l'affilier à quelque loge 
de Paris. Xous avons plus d'une raison de le croire un 
charlatan, mais s'il pouvoit nous donner de bons mémoires 
sur les loges de Suède, il ne seroit point à négliger. 

Comte Schœnbourg, Comte de Sehmetau (i). 

S pence Schuing (?). 

STAAL (BARON DE) 

V. \ frederiestein. C'étoit l'agent de cette loge et le dé- 
puté. Grand charlatan mais trop facile à connoître. Très 
ignorant en maçonnerie mais fort savant dans la science 
des nombres en fait de calculs d'intérêts et de loterie ; en 
tout homme à projets. 

Stamph (i). 



ii) De la main de l'Eques. (X. de l'A). 



fit Ccr*cut<z ^vHrllh^Ue^Atih CcustufSte~ ï fiu^4^xxi<^/^, 

fi€ ÎâU <&ÙU>>€s î*Uiù U4&U4J2- &e Cêu* tJZ&<£> £un/^if 

ÏH<ûttM- &e/tiU4âUJ*s c*-2ê.ot*Î4 HU&tfJxe/ir & tfuli {nn*ri£J . 
Uu(jxuccouA*si*f%rC*tAijé <heu*At(m. tt<fy&~<rf-^ yz&tïZtJ fïït l&df€u±t~- 
tot U^±**suj&Iaj* U tti*r Cut fei*Jl4Uj*. fi± ^i 944U£M&Ulf<: 
UQit-psu&coŒcur ce tÙUnCtwzAS &4 C3 DÏJaU. fitn<jt6<jr- 

CfUt/cfiuL EJ fiopunù. Hoka itvmti Âfùu ^u^^'Ut/t**^***- 
fie Ginn tuejuiHitu (**r IZjS*. tujzAe. Uhj£1&ua4- itujU- 

1/* ptefitAÂcitxzïu cjzIôù- tuuxiiU- £ec&ÛX CD -e/ dL 
fc Uf4xrhcu&~&t tttuxvujtfM t**€*4 fëc U*<rau4f-&£u±i 

fic/v&tÔU tu£nZ?~ lwt*UUr*lpU&*4 *' 



r r- 



IOÔ LE RIT PRIMITIF 

STEUBEN (BARON DE) 

Officier autrefois dans les trouppes du roy de prusse, 
maintenant officier général au service des Insurgens. Il étoit 
dans la (Stricte Observance) du temps du baron de Hunt et 
a même été prieur d'une province en allemagne, mais il 
avoit cessé de s'en occuper parce qu'on lui avoit promis 
une pension de 3000 1. qui n'est pas venue. Il a donné les 
premiers renseignements de la (Stricte Observance) au 
f. •. de Langes ou plutôt a confirmé ceux qu'il avoit tiré de 
pétersbourg. Il n'est pas en Europe et plus longue notice 
sur son compte seroit absolument inutile. 

Touzai du Chantcau (1). 

DE TOUX DE SALVERTES 

C'est un savant français autrefois maître de loge du bon 
pasteur tenant à l'ancienne grande loge de france et a été 
toujours mystique cabalistique et hermétique. C'est lui qui 
a été le I er maître de Duchanteau. Il y a dans la baze de 
son sistème des ressemblance avec (Cohens). Il est depuis 
longtemps à Varsovie où il a je ne sais comment, obtenu 
le rang de colonel et vivote des secours de quelques seigneurs 
maçons, à peu près comme faisait Bauchesne à Paris. Quand 
Cagliostro fut en Pologne, il étoit, dit-on, à la mort et ce 
savant spagyrique l'a ressuscité. Il entretient ses disciples 
de l'espérance d'un grand événement qui va toujours arri- 
ver mais jamais n'arrive. Son style ressemble beaucoup à 
celui d'Ezéchiel et de l'Apocalpyse. Il passe en Pologne 
pour un vieux fou, mais il a quelques disciples qui ont 
confiance en lui. Je le crois un fou fort gueux et un peu 
fripon, mais il a dans ses idées, dans sa manière de voir et 
dans son style des choses singulières. 



(1) X'om ajouté par l'Eques. (N. de l'A.) 



m 



<ryiUA*r U44.{Ccfci; frcu±U Les tUn*frpe, th^ 1<n/ Je truUU 

defnt &CU4U tu *£* Ju Lztufsi f^ic (tuavh Se UinJh-efiuAUj&tuM-^ 
tôt yueuv Q uuj*- irunrutÂ* C*± ccÙJRUttufo*- vu-ct&f' d uvrrt coXc*- 

fit i CU tr&ciJse+s LruSVlA-XfU^liru. Lui t**nrlt ÉSUrUus <<UA* Lh*aM*A* 

CUnrU ÙJU fa i^C&h+ùvuAy (Âu^t frUcj&tM CxzA+rtjG. 4££fttUJL hnuy«_ 
(urCu. Uw Urw cwuytE~ UUcit" ù&Lr(u4UQtit~~ lUuttUt . 

(Ad nu luircuLÎ- /uut^cjui ctufU ftù iUCetfU Ae CU âu-tnn^. 
eÙTCJui*nu? lUtUi ftcA uctruJlt UT^ujC -CT~ li&Uuati aux. C*x4^~ 

ùu eftu c* tXà Cz t*? tAÂtùXCt fie jfrn tlutuL^tu tX</u &tcu4Â^l** — - 

luuAfWïun te VunUrvii l*< MeJ^ux Uû* toUuccocct- 0&C&uù>. £- 
Utuo te urùncxU UiAwti Pec Uuvw 9e cfut/yu* ^Ww^ 
iuatvu* CopetcfFx, uruuxM. fia lAt- AcuetÂM^ae c^punL tfecueâ- 
Caju^bmfaï fifr eu LstrÛAoucÊ. U elc\t &U tn*. ccZu. êUdU" **~ '*-*- 

A^/ &<JJ€/Uuuj£ &UU. ttUutP JZ4M*uC>U4 9*<r~(fU* lM*Umfi/Hu CeWuse*^ 

Uuui pauculi ^Wt^ U* fôù teMe/«6& Ox*uauujj ^teJuA.' 

9-e/)tAlud e.i fie lu<vvcccLj>U tÀfruUc eu Lntùnui^iu mitta^cua 
Hsuty p£ iM£c<i Utfutlquti thheytu ^u*^nU-tdt^Ut4Ut.-e^(^ 

k<*$eÀt (kicui tu {Kjtti«Aiu &^<sua* cLthuu fou ptitc ^tc^e^ù^- 



n 



I08 TE RIT PRIMITIF 

TIÉMAN 

Il est saxon, âgé d'environ 38 ans. Il voyage depuis 5 ans 
comme ami et tuteur d'un jeune seigneur livonien de la 
plus haute espérance et qui est un des (plus) aimables et 
singuliers jeunes hommes que je connaisse. Il aime tendre- 
ment son mentor et chacun dans son genre est vraiment 
aimable. 

Tiéman a éprouvé des chose» singulières et intéressantes 
dans le genre dont s'occupe (Amis Réunis 12 e degré). Il a 
d'ailleurs un zèle ardent mais pur et éclairé. C'est un de 
nos meilleurs correspondants et un de ceux sur lesquels 
(Amis Réunis 12 e degré) a le plus de raison de compter. 
Il a reçu les mêmes instructions ou à peu près que le f. \ 

m ls de C Il est au même point que le f. \ de Langes 

dans (Cohens) et à la porte de l'intérieur dans (Directoires). 
Il est plein de connoissances, possède outre le grec, le latin 
et un peu d'hébreu presque toutes les langues de l'Europe. 
Nous avons lieu d'espérer, s'il se trouve au Convent de 
Francfort, qu'il se réunira de bon cœur à nos députés. Si 

le f. \ C peut le joindre, je les recommande vivement 

l'un à l'autre. Ils sont faits tous deux pour se connoître et 
s'apprécier et ont en moi un ami commun, qu'ils aiment 
sûrement et dont ils sont tendrement aimés. Je les exhorte 
mutuellement à la confiance. Ils y gagneront tous les deux 
des encouragements mutuels pour suivre leur carrière dans 
laquelle je me félicite de les avoir affermis l'un et l'autre, 
ce qu'ils m'ont bien rendu Je suis respectivement leur cau- 
tion entre eux qu'ils n'auront nul regret de s'être ouverts 
et qu'ils s'aimeront bientôt autant que je les aime. 

Tirnau. Baron de Tri est. Turckheim (1). 



(1) Noms ajoutés par l'Eques. (N. de l'A.) 



eu 



eauttf. 



0«A ***».'«*;***&*, ^/e^t*vjl gjT^ ^ 

ÏJXMv* a efA4nunr&e< chuia Ut€iuUc*fu< &-cluZ**Juu<£, fau* 
ta&4*nt. foiU~f' t hau*fj4' A55R . Ua D cuJt^^t vu^-^1* usi&ecjh— 
Htcuî /jtw &f* e^tut'zc c éi/-cut Pe tus* ru&Jhezm uryiJic^jtru^zcu^ 
r/*u 9e cGUAf k^crtcc ytce/i A*îlK (xlt^rLu fie z^tcru &£—_ 

(C[£ /Il " A 6 cJ td UU U<^4*- JLTUTcef e/tit (± /j £& 

UCU04X &cucd ŒK ct~t* ùu.Lnn£r&& l'utl&ït£su> ^uuH Jp 

UuftfUcD ko&ifHc iruUfVLe tvû&u Ut kucajies fie / 'detn^jKa- 

f*in« curvtu Ue£* Décf+iwJZs f'Ub? Cïcu&e &&. einu*Quf~ A2 

fUuiefeïA au 'U te 2Q£uu r tu $&6ou c4Uus- & (un &ezj-u>£ês'. îi '& 

\!* i>eu/~ô jfimtûte Le U< ZimnuuumuAc v>'t*&u<£ui 

'('(m, &4'ctu4bi6 Cou/ /&4 £*/ ûLetty? fa**/ te Ctntéun'fu <*f— 
(&4inJ24i&s 4J (/**{ €a Hun tue Cuuj Ccnct+uxu*. uu 'tM cc/ulOuà 
iun&cu&ut -çJ—PinJ d* Jbuf~-Êëût%je***je£ct~ &*';uxi4 . £c fe* ou£uri&~~ 

fie* zutvuntctfeuxcuyf HuxXlolL isiru+s lUun* ÙQiut c&A4iA*c* fiin 
uupLct/tçdc pu^ fetLuù, fie C&t &tnn* c^ffësuuu ( Hu-eA- f &**& c*~ 

Çufa eiuf=> CfLuti h'tuwnut-t'uUvtyUf &€ f eJÛ~iriut€*Cï -Cf 1 ^ 
CfUtM UUuayuAtt*- 6zeâfct~ OcctuulF 1 'ya^yfe-ùt- cu- r tuj^. 



110 



LE RIT PRIMITIF 



Baron de U'aldcnfelds (i). 

WALDENFELDS A WESTXARD 

Il est assesseur où je ne sais pas le titre, membre de la 
Chambre Impériale de Westlard. C'est celui des élèves de 
Shereder qui jouit de la meilleure réputation à tous égards 
et qui passe pour le plus instruit. -Je n'ai en nulle relation 
directe avec lui, mais si j'avois le temps et l'argent, surtout 
le temps, je ferois le voyage de Francfort où il sera très 
vraisemblablement pendant la foire, uniquement pour avoir sa 
connoissance. C'est d'après tout ce que j'en sais par le 
baron de Gleichen, les princes de Darmstat, Tiéman et quel- 
ques autres, l'homme le plus intéressant à connoître pour 
vous et moi. Si "nous faisions sa connoissance, il peut nous 
donner sur tous les objets les plus intéressants de ces instruc- 
tions les meilleurs renseignements. IL COXXOIT FALC 
et YVecter. Il est lié d'amitié avec le baron de Gleichen et 
le prince de Nassau Usingen. Je crois même que c'est à lui 
que le prince doit toutes ses instructions et cela me confir- 
meroit l'opinion où je suis depuis longtemps que les Rose- 
Croix et (les Cohens) sont frères (2), et nous aurions dans 
ce cas ensemble les plus grands rapports. De tous les hom- 
mes que vous pouvez voir, c'est un de ceux qui peuvent nous 
être le plus réellement utile, si j'en juge par tout ce que l'on 
m'a dit de lui. 

Zuîrleim. Valencey (1). 



(1) De la main de l'Eques. (N. de l'A.) 

(2) Et frères en Kabbale juive, ajouterons-nous. (X. de l'A.) 



fia' UA6*S B^tu. uc&*&ettAJt~ 'TJZfru/ttZu/u-i U^tïrûj Qtl^m^êt ±t—csu^ 

* t&âun Jjzfoiou avyi&t Q vuu***a^ &£ ftcujjt^r ohaI 1&u+— 

vomi; Ut eouMA^\i£uujz . c ad Vousu* éruh e^c/t** f'ju* La*} ituJ-Cg- 

4U£/tftctt uu£u4 C IuthsUujZ- Ct^rCtct U4t&rue44£cuJF C<- CtrtuunJO: 

S'Jzif-tëf que iue 1 r au*unt4JÊxtf~- tous £e/*y? £huJhi/ eJ<&utu 
f'klvint^eU^inrCu&O fie Ul&U&^ £e uwiïil>vu£uua& ccoc< Cui 
Anna. uuzt-QXct £e LJÛa crUcuJ^~yJÙa U* &{ ozÂBAïnisie cunJ uu. 
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IticUM^U . JjZùlcsvt Ht&U* fy*£ cettf-UCi &U4^(jL 1TVUU* PlSl*— 

foufiâ le< JtuAutct&u* qJc&ù* e*c£ czncft ïcujtAcnf / 'vij/fiUAn* 
Vu/j&Uui fiefsuc* (cruasùiicax esjc& Ce* /X -#■ cT~ ISC lesuf 
fïtJUf ef-funct eu+ncmcé fiuuxjtct. c*e4 £toC&a£6& Le^/jCu* 
frluuJl t&ApnfUt. $esÛ7Ù* 7n iunuéiUyf &a* vint* /stru*Cr wz</ &e+ 

&U1L ^i^4^~— 



WBP 



112 



LE RIT PRIMITIF 



(En caractères allemands) : Waeckter (i). 

WECTER 

Vous avez dû voir par plusieurs passages des correspon- 
dances du baron de Gleichen et de Tieman que je vous ai 
fait lire chez moi que c'est un homme qui maçonniquement 
attire sur lui l'attention de toute l'allemagne. Il étoit avocat 
à Stuttgard, peu riche mais pourtant ne manquant pas du 
nécessaire, instruit dans la maçonnerie à ce qu'on dit par 
UN VIEILLARD DE SOUABE (ceci ressemble à Schere- 
der). Il tint tête à Kukumur dans une grande assemblée où 
celui-cy réussit si mal, et partit pour l'Italie sur des renseigne- 
ments qui l'ont conduit, dit-on-, à rencontrer à Florence ou 
dans les environs UN HOMME QUI N'EST PAS EU- 
ROPEEN et qui l'a parfaitement instruit. Il est revenu dans 
son pays, a reçu dans la maçonnerie (à ce qu'il dit par ordre 
exprès de ses supérieurs) trois princes allemands dont un 
est le prince ferdinand de brunswick, et depuis ce moment 
a fait un très riche mariage, a reçu l'ordre de Danemark,. 
est envové de cette cour à celle de Souabe et nage dans 
les honneurs et s'entoure même d'opulence. Tout cela ressemble 
plus à Caliostro qu'au sage que nous cherchons, mais Tie- 
man d'après Willermoz, Gleichen d'après les informations 
nous disent de suspendre notre jugement. C'est donc un 
homme à suivre avec attention et si vous lui trouvez de bons 
principes, tâchez de l'intéresser à (Amis Réunis 12 e degré) 
et même parlez comme député. Nous vous enverrons s'il 
nécessaire mission expresse et demande en règle. Mais il 
faut attendre l'événement du Convent où sans doute il doit 
jouer un çrand rôle. 



(1) De la main de l'Eques. (N. de l'A.) 



fa Ou/um&t ctZtifa o# ct~ 9< %jzuceu4 c^zsjç trvnij cet fë**' ^^ 
Uiu tu*h C/ujt c^U tue Uu/-u+u<jt <f h* Puxitxru* **Kjezt*jzcc£- uZûï. Ut*, 






UlcLr &GT*- *kt±(6u4u*ur Peseta tu**, /pzttcJte ec&eitdHjiA^vt*.-. 



F js ' ' * 



tarurv-Q-ÇM., eiifUA (a jsuA/ûiûSUu&ctf~ u^fucof- cCec&Zjetreiux Pau** 

9^l&ltU><s>OLun+*l fU/U JJUAUCi £t/L2m&4K?> £t/IU^CUV^cJ 

Lfnx^/é^ f KCUi^ RefatuUAnbA.. *tJfyu*i ce tawusuS- 

UCCuirtrUs &CC&&T 4wt e^ Çe/ç^ <&r Uxu*c*k et futas fitetec 6lo^~ 
(uncaJU^H e/~CuUacLt tujzuu itrjsrUztU* . louT'£&/u It/ceué/rte^ 

&es{utfyQuA* tu>U4 fuuxu«£>£cf- tut fous 4&, fcrtfi4*<^ d. faiU* u^u. 

ufizëctwu -£r~&' vmec Ciu lûnc&eé<r-Qe Omu pluictfKs tuïùu Jte. 

Wwe^/ft x\ZHR. -es -ujjitcce. JJuAA4^iusu44i<^^£efn<35~ Z**>~u* 

klZt/Jt Uau* U feuT UÛ&tcoLc KcciOtcetajeceP^ thfX<n^t>&e<^c>u4é&«44r 



/ 



.■ 



114 



LE RIT PRIMITIF 



ELEVE DE FALC..., IL CONNAIT FALC..., 
ces mots-chefs dominent les autres dans les fiches du 
Haut Initié Savalette de Langes. Que de pensées ils 
évoquent! En outre, une légende martiniste affirme 
qu'en Angleterre, avant la Révolution, Falc (( le célèbre 
grand rabbin Falck-Schelck » avait donné au duc d'Or- 
léans, Grand-Maître du Grand-Orient de France, un 
talisman qui devait le faire arriver au trône (i). 

Le Juif Falc suggérant l'usurpation du trône au prince 
Gr. ■; M. ". du Gr. \ Or. \ de France ! Le Juif Léman, 
« élève de Falc », « AVEC » le F. \ chevalier de 
Luxembourg! Et ces « vieillards de Souabe », et cet 
homme « qui n'est pas européen » instruisant Wec- 
ter (2) lequel (( reçut dans la Maçonnerie (à ce qu'il 
(( dit par ordre exprès de ses Supérieurs) » le prince 
de Brunswick ! Que d'êtres mystérieux auprès des chefs 
apparents (les têtes postiches !) des Maçonneries fran- 
çaise et allemande ! 

Si l'on doute encore que les FF. \ désignés ci- 
dessus à Y B que s par Savalette fussent du nombre des 
(( Supérieurs Inconnus », on ne doutera plus quand on 
retrouvera plus loin (p. 398) les plus importants d'en- 
tre eux signalés cette fois par YEques au haut initié 
d'Harmensen, dans une lettre évocatrice du 21 août 
1806. 

Remarquons en outre qii un lien étroit réunit tous 
ces liants initiés : l'occultisme judaïque et kabbalisti- 
quC; qu'il leur vienne des Cohens Martinistes du Juif 
Martinès ou des (( Rose Croix de Wetzlar » — Wetz- 
lar dont la célèbre Loge, étroitement liée à la Log*e de 
Francfort, avait à sa tête en 1782 le F. \ Abel. Or, le 



(1) Fréd. Bulau, Personnages énignutiques, 1861, t. I. p. 

(2) Le F.*, baron de Wiechter. Voir plus haut, p. 112. 



le; rit primitif 



US 



F. '. Abel était l'arrière-grand-père de réminent pré- 
dicateur viennois, le P. Abel, S. J. dont on connaît 
la révélation si émouvante publiée par M. Gall dans 
Y Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux du 30 
mai 191 2: ce F.'. Abel, dans un congrès maçonnique à 
Francfort, avait proposé « l'assassinat de tous les mo- 
narques conservateurs de l'Europe ! » Mais si le F. \ 
Abel était le chef apparent des FF. \ de Wetzlar, — 
« le plus instruit » d'entre eux, « l'homme le plus 
intéressant » aux yeux de Savalette, c'était à Wetzlar 
le F. \ baron de Waldenf eld, celui qui (( CONNAIT 
FALC )) ! Et nous voici ramenés à l'idée qui transpire 
à travers toutes les pages de notre étude : derrière les 
maçons les plus en vue, coupables parfois des pires 
actions, mais suggestionnés, poussés, parfois à demi 
inconscients, — il y a... les vrais initiés. 



CHAPITRE VII 



Kabbale, Martinisme et Anarchie 



Nous avons déjà dit que ïBques a Capite Galeato 
n'est, au fond, ni un protestant, ni un musulman, ni un 
catholique ; il est, uniquement, un pur adepte de la 
Maçonnerie. Mais son Rit Primitif ne professe-t-il pas 
les dogmes Martinistes ? Sans doute, car tout Régime 
Maçonnique doit professer une doctrine philosophique 
et religieuse, quelle qu'elle soit. C'est au xvm e siècle 
la loi fondamentale de toutes les Sectes que nous avons 
étudiées. Extérieurement donc, et bien qu'il soit athée, 
le marquis professe, enseigne, défend la doctrine Mar- 
tiniste dans les Loges des hauts initiés. Mais les dog- 
mes du Juif Martinez, exposés par d'Hauterive, et bril- 
lamment expliqués par L. CL de Saint-Martin, ne sont 
point faits pour gêner les conceptions du marquis. Ils 
viennent au contraire appuyer ses idées les plus subver- 
sives. En quelques brèves formules, que nous lui em- 
pruntons, voici le résumé de ce que nous n'osons appeler 
son système religieux et philosophique : Dieu est un et 



n8 



LE RIT PRIMITIF 



tri/ne : intelligence, force, volonté ; père, fils, esprit. 
L'Eternel est un centre. La création est sa circonfé- 
rence. L'Eternel émana V Homme ou Adam, ou le Mi- 
neur. Adam, ou Homme roux ou Réaux, signifie : 
Etre rehaussé ex GLOIRE SPIRITUELLE divine. L'Eter- 
nel émana Adam dans un corps de gloire incorruptible, 
qui n'était assujetti à aucune influence de la partie élé- 
mentaire. Immatériel, Y Homme n'avait aucun besoin 
d'un aliment matériel, toute sa forme étant purement 
spirituelle. En Yémanant, Dieu lui avait donné pour 
mission d'attaquer, de combattre, de réduire les esprits 
pervers, et d'opérer ainsi leur réconciliation. L'Homme 
se serait perpétué par son VERBE, en opérant une forme 
de gloire, semblable à la sienne, dans laquelle Dieu au- 
rait fait descendre un esprit. Quelle fut la faute 
d'Adam ? Pur souffle de l'Eternel, il osa, malgré Dieu, 
prétendre lire dans l'infinité de Dieu, et mérita d'être 
opprimé par la majesté divine. Les esprits pervers, 
qu'il avait mission de combattre et de réduire, pour 
opérer leur réconciliation, eurent bientôt conscience du 
grave attentat commis par Y Homme contre Y Eternel 
Ces esprits démoniaques firent dévier la pensée d'Adam. 
\J Homme convoita les plaisirs sensibles; sa convoitise 
donna l'existence à /'objet et à la compagne de son 
malheur : la femme. Si YHommc n'eût jamais péché, 
la femme n'eût jamais été. 

Précipités par la justice de l'Eternel du centre des 
régions célestes, Y Homme et sa compagne furent con- 
traints d'aller se revêtir dans les abîmes de la terre 
d'une forme semblable à celle que nous avons. Le couple 
humain devint sombre et ténébreux, par le crime de 
YHomme et par la nudité où il se trouva. L'Etemel dé- 
pouilla Adam de son corps de gloire- ainsi que l'Ecri- 
ture le raconte d'une manière emblématique, en disant 
que Dieu leur fit des habits. Or Yhabit, qu'il leur fit, 
n'est autre chose que la forme matérielle, qui couvre 



LE RIT PRIMITIF 



II 9 



notre être spirituel. L'Homme parcourra désormais 
sa carrière temporelle, pour parvenir à sa réintégration. 
C'est par la pensée active et par la pensée seule qu'il 
pourra se purifier, et s'unir directement à YEternel. 

Ce que nous appelons le corps n'étant qu'une enve- 
loppe éphémère, un élément hétérogène, une sorte 
d'entrave, une logette obscure, où l'âme est comme en- 
fermée in carcere duro, V esprit immatériel et pensant 
n'a pas à se préoccuper de ce qui se passe dans ce corps 
matériel-temporel. Les souillures de ce fantôme téné- 
breux, les actions les plus abominables de cet odieux 
étranger ne sauraient pénétrer jusqu'à la forme spiri- 
tuelle et doivent la laisser indifférente. L'Esprit purifié 
par la pensée, remontera un à un, grâce aux esprits de- 
meurés bons, et malgré les esprits diaboliques, les de- 
grés de cette échelle du haut de laquelle son orgueil le 
précipita. Parvenu au terme, dépouillé enfin de son 
enveloppe mortelle, par ce que nous appelons très im- 
proprement la mort, et que nous devrions nommer la 
réintégration, il rentrera pour toujours dans le sein qui 
4'avait émané. 

Fils de Dieu, Dieu lui-même, il ne saurait trouver 
dans ses semblables un être supérieur à lui. Il est l'égal 
de tous les autres esprits et tous les autres esprits sont 
ses égaux. Tous les êtres matériels, qui nous entourent, 
cette nature visible, ces mondes qui roulent au-dessus 
de nous, ne sont que le prolongement de notre corps, et 
donc, ne sont pour Y esprit qu'une prison agrandie. Tem- 
porelles, caduques, faites pour retourner au néant, 
ces choses doivent être pour nous comme si elles 
n'étaient pas. 

Tel est en résumé le système de YEques. Ce n'est pas 
autre chose, redisons-le, que du Martinisme, c'est-à-dire 
au fond, de la Kabbale juive. / 

On entrevoit déjà les conséquences de pareils prin- 
cipes : Point d'autonte, et, donc, point de gouverne- 
ment; point de lois, et, donc, point de législateur; point 



120 



IvE RIT PRIMITIF 



de famille; point de société; plus de nationalités; plus 
de frontières; plus de patries. La Religion naturelle 
n'est qu'un vain mot. Et donc, c'est l'athéisme pratique 
le plus affreux; c'est le plus abject matérialisme; c'est 
le nihilisme le plus absolu. 

Nous laissons de côté les combinaisons et les consi- 
dérations mystiques, fondées sur les nombres et les 
Rites pratiqués par les adeptes, et les évocations, les 
conjurations en honneur parmi eux... 

Voilà donc le système théosophique de YEques a Ca- 
pite Galeato. Qu'on relise attentivement le texte entier 
des Actes Constitutifs de son Régime. Qu'on relise en 
particulier ces déclarations : « Nous ne négligerons 
« pas de rappeler à nos Frères que toute puissance éta- 
(( blie vient de Dieu, que... etc. » Cette pièce unique, 
admirée par les Grands-Officiers du Grand Orient de 
France, et par les Maîtres les plus savants de cette épo- 
que, ne nous apparaît-elle pas comme un monument 
de la plus insigne mauvaise foi ? N'est-elle pas bien 
faite pour éclairer les aveugles volontaires, et pour 
forcer la conviction des plus incrédules ? 

Or, cette pièce est pour nous peu de chose. Pour pé- 
nétrer l'âme de YEques a Capite Galeato, il faut lire ce 
qu'il a écrit, il faut entendre l'écho fidèle de ce qu'il a 
dit. En lisant ce qui va suivre, le lecteur doit avoir 
constamment présents à la pensée, la doctrine histo- 
rique, politique, religieuse, philosophique et morale du 
créateur du Rit Primitif, et le but où il tend, c'est-à- 
dire l'anéantissement de toute autorité et de la Religion 
catholique. 



CHAPITRE VIII 



Comment " l'Eques " écrit l'Histoire. 

Nous citerons d'abord, en les commentant, quelques 
pages d'histoire, écrites, en forme d'Annales, pour les 
adeptes de sa Loge bleue. Il ne faut pas oublier que 
cette Loge est composée de simples apprentis, compa- 
gnons et vénérables Maîtres, c'est-à-dire « de bêtes et 
de buses », selon les expressions chères au marquis. 
L'Eques raconte à ses disciples l'histoire de la Loge 
Ancienne qu'il restaura, en 1779, pour y abriter le Rit 
Primitif : 

« La Franche-Maçonnerie, introduite en France par quel- 
ce ques Anglais, il y a environ cinquante années (1720-1725), y 
« fut accueillie avec empressement et s'y propagea même avec 
« plus de sécurité que partout ailleurs. » 

Telle est donc pour YBques a Capite Galeato l'on- 



122 



LE RIT PRTMITIF 



gine de la Franc-Maçonnerie. Elle est née en Angle- 
terre et nous est venue d'au-delà du détroit. 

Seule la Secte, si elle l'eût voulu, eût pu écrire sa 
véridique histoire. Elle ne l'a pas fait. Nous pouvons 
hardiment avancer qu'elle ne le fera jamais : 

Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas. 

Comme le serpent, pris pour symbole dans quel- 
ques-uns de ses systèmes, elle tient sa tête soigneuse- 
ment cachée. Ses lointaines origines seront-elles jamais 
connues ? Les chercheurs tenaces, les explorateurs pa- 
tients nous apporteront-ils jamais des preuves sans ré- 
plique ? Il ne faut point désespérer. Cette passionnante 
étude provoque de toutes parts les efforts les plus mé- 
ritoires et les plus constants. 

Mais la Société secrète fera tout pour égarer nos 
recherches. Elle a créé et entretenu une perpétuelle con- 
fusion entre elle-même et la Franc-Maçonnerie. Elle 
nous apprit à raisonner ainsi : (( La Franc-Maçonne- 
rie a paru à telle époque, à telle heure, et l'on est con- 
venu de l'appeler une Société secrète. Donc aucune So- 
ciété secrète n'a existé avant elle. » 

Argument vraiment puéril ! Apprenons enfin à dé- 
gager la vérité historique de l'ombre, où tant d'astuce 
et de si savantes manœuvres ont réussi à la retenir. 

Et d'abord, observons qu'elle nous trompe, au mo- 
ment même où elle semble nous apporter volontiers son 
acte de naissance. La Maçonnerie fut introduite en 
France par quelques Anglais. Mais qui l'avait enfan- 
tée ? Le marquis voudrait-il nous rappeler le vers du 
poète : 

Natatn sine semine prolcm ? 

Sous un nom nouveau, celui de F ranthe -Maçonne- 
rie, la Société Secrète poursuivait avec ardeur le but 
des Associations antérieures. Elle est plus ancienne 
que l'Eglise. Dès les premiers jours elle se dressa con- 



I.E RIT PRIMITIF 



123 



tré cette Epouse du Christ. L'histoire des peuples chré- 
tiens est, en partie, à refaire. Une donnée inconnue, et 
pourtant nécessaire à la solution des plus hauts pro- 
blèmes, a toujours échappé aux regards de l'historien, 
du critique, du penseur. La cause éloignée des événe- 
ments est demeurée cachée. Quelles pages eussent écrit 
Bossuet, de Maistre, Veuillot, si Barruel, Deschamps. 
Cl. Jannet, Delassus leur eussent révélé et surtout si 
G pin-Albancelli leur eût expliqué ces mystères d'ini- 
quité que le grand Evêque de Meaux ignora, que les 
deux autres illustres écrivains ont à peine soupçonnés. 
Leurs cris puissants, leurs clameurs d'alarme eussent 
peut-être réveillé le monde catholique. 

Vainement plusieurs Papes élevèrent leur voix. Ni 
les rois, ni les peuples ne surent l'entendre. Quelques 
rares Evêques seulement s'en firent l'écho. Jusqu'en 
1789, et même plus tard, on écrivait : « L'Enfer à 
telle époque déchaîne sa fureur contre l'Eglise. » 
Cela fut et demeure vrai. Mais l'Enfer s'était forgé 
un instrument terrible : la Société Secrète. 

On surprend la main de ses adeptes dans toutes les 
hérésies qui ont déchiré le sein de l'Eglise, de Marcion 
à Loisy, et des Judaïsants aux modernistes; dans tou- 
tes les révolutions qui ont ébranlé le monde. Quelques 
imbéciles officiers du Grand Orient l'avouent et le pro- 
clament insolemment aujourd'hui, parce que leur in- 
fluence triomphante se croit assez forte pour s'afficher 
au grand jour. Mais ce langage inconsidéré n'est pas 
dans la tradition de la secte. « Il faut tenir cachées 
les lointaines origines » : voilà le mot d'ordre. 
Si des secrets ont été surpris : qu'on les divulgue ; mais 
en mêlant le faux et le vrai, qu'on fasse si bien que les 
plus avisés et les plus sagaces eux-mêmes ne puissent 
démêler l'écheveau. 

C'était la bonne méthode, celle qu'avait apprise et 
que ne cessait de préconiser le Marquis, vrai géant de 



124 LE RIT PRIMITIF 

la Maçonnerie, auprès duquel nos chétifs Lafferre, Co- 
culctj Guyot et Bouffandeau ne sont que des pygmées. 
En 1784, il écrivait aux Philalèthes : 

« Dans ma notice sur les Compagnons du devoir, on a vu 
« mon opinion sur l'histoire de la Maçonnerie. Le Livre des 
« Constitutions, imprimé par les soins de la Grande-Loge de 
« Londres, mes recherches continuelles depuis quinze ans, et 
« la conversation des plus zélés maçons des différentes par- 
« ties de l'Europe, m'ont forcé de renoncer à l'opinion que 
« je nourrissais avec fanatisme sur l'antiquité prodigieuse de 
« la Maçonnerie. Enfin, j'ai dû voir le vide des illusions dont 
« je m'étais bercé à cet égard, et aujourd'hui, je suis intime- 
« ment, et de bonne foi, convaincu que l'Ordre des Francs- 
« Maçons est d'institution très moderne. » 



Or, ce revirement d'opinion coïncide avec l'élévation 
du Marquis aux plus hauts grades. Désormais il ne 
souffrira pas que l'on discute sérieusement cette ques- 
tion redoutable. 

En 1782, à l'occasion du fameux Convent de Wil- 
helmsbad, les agents du Pouvoir occulte furent quelque 
temps comme débordés. La Maçonnerie universelle 
était extrêmement agitée par cette double question, 
à laquelle, pensait-on, les Députés donneraient enfin 
une réponse définitive : Quels sont les Supérieurs ? 
Quelle est l'origine vraie de la Maçonnerie ? Quelques 
adeptes fort instruits, fort estimés, mais imprudents, 
multiplièrent les recherches pour démontrer que les 
Maçons étaient les successeurs légitimes des Chevaliers 
du Temple, héritiers eux-mêmes de quelque Associa- 
tion secrète antérieure. Beyerlé, Willermoz et les frères 
de Lyon, le prince Charles de H esse Cassel et le baron 
de Gleichen étaient parmi les plus zélés. L'Illuminé 
Bodc soutenait même, dans un but que nous révélerons 
plus tard, que les Bénédictins ou les Dominicains d'An- 
gleterre avaient servi comme d'intermédiaires entre 
les Templiers et les Maçons du XVIII e siècle. 



LE RIT PRIMITIF 125 

UBques a Capite Galeato prend la plume et les ré- 
fute : 

« Je n'entre pas, écrit-il, dans la discussion de la foule des 
« médailles, chartes et monuments tronqués et supposés, par 
« lesquels on prétend étayer la fable de l'antiquité de l'Ordre 
« des Francs-Maçons. La réunion de quelques mots ou de 
« quelques symboles que le hasard ou le caprice d'un artiste 
a a rassemblés, suffît à la plupart des Frères, pour en déduire 
« une analogie, un rapport, une filiation. Laissons ces hochets 
« à ceux qui sont susceptibles de s'en amuser, et puisque nous 
« aimons et cherchons la vérité, soyons soigneux à observer 
« les caractères qui la constituent en toute chose. » 

Après une si noble et si belle déclaration, deux cher- 
mantes anecdotes : • 

« Pour nous donner quelque méfiance sur l'authenticité et 
« l'importance des prétendus monuments maçonniques, rap- 
« pelons-nous l'aventure du Révérend-Frère de Langes. II 
(( voyageait en Picardie ; il entra dans la maison d'une com- 
« manderie de Malte ; il apprit qu'elle avait appartenu aux 
« Templiers. Imbu des contes que font beaucoup de gens, des 
« rapports qu'il y a entre les Templiers et les Francs-Maçons, 
« ainsi que des traces qu'on prétend en avoir trouvées en 
« quelque mausolée, il recherche et visite tout avec la plus 
« grande attention. 

« Il fut dans les transports de joie, lorsque, dans une cui- 
« sine et sur le vaste chambranle d'une cheminée, il découvrit 
« trois gros maillets sculptés en relief. Le Frère Radel était 
« avec lui et fut, à l'instant, prié de tracer le croquis de la che- 
« minée, et, surtout, des sacrés maillets. 

« Le Frère de Langes se proposa de dresser lui-même le 
« procès-verbal de cette découverte précieuse, et, bientôt, ce 
« monument incontestable, vérifié par un maçon aussi éclairé 
« que zélé, et qui jouissait de la plus grande considération, 
« allait rendre pour jamais inexpugnable la liaison des Tem- 
« pliers avec une des trois lumières d'une Loge de Francs- 
« Maçons. 

« Mais heureusement, ou malheureusement, un commandeur 



126 



LE RIT PRIMITIF 



« qui était au fait de l'historique de son local, vint dissiper 
« l'illusion, et apprit à nos Frères que la maison avait été 
a restaurée anciennement par un commandeur du nom de 
« Mailly, dont on avait mis les pièces d'armoiries sur cette 
« cheminée, aussi bien qu'en d'autres endroits qui s'étaient 
« moins conservés. 

« Si l'on examine attentivement cette anecdote, et que l'on 
« apprécie tous les autres monuments maçonniques, d'après 
« l'événement de celui-ci, on ne pourra se dispenser de con- 
« venir, que d'après les préventions établies en faveur du 
« système des Maçons-Templiers, les trois maillets étaient 
« plus propres que toute autre chose à faire illusion à un 
« maçon, quelque éclairé et réfléchi qu'il puisse être. » 

L'aventure est curieuse et le récit qu'en fait YEqucs 
ne manque pas de piquant. Notre conteur mis en verve 
se fera surprendre en flagrant délit de mensonge. C'est 
sciemment qu'il altérera la vérité : 

« Rappelons encore une aventure de Turin, qui tend à prou- 
« ver également les effets de la prévention. En 1779-1780, 
« le cardinal des Lances abusa de la confiance du roi de Bar- 
ce daigne et l'engagea à persécuter les Francs-Maçons. Il fut 
« informé qu'un graveur de Turin faisait des bijoux maçon- 
ce niques. On fit une descente chez le pauvre graveur ; on 
« saisit ; on verbalisa. Pendant rénumération des pièces, le 
■« graveur fait ses représentations sur une plaque en taille- 
« douce, qu'il avait gravée, pour Monsieur le docteur Giraud. 
a On lui objecte le serpent qui entoure le nom. 

« Il a beau répondre que Monsieur le docteur Giraud est 

« médecin, et que le cartouche de ses billets de visite est ana- 

« logue à sa profession, dont le serpent est un emblème, 

« reconnu par toutes les iconologies ; l'inquisiteur obstiné 

« prescrit au "greffier d'écrire et s'écrie, avec emportement : 

a Mo, no; qitcsto e Maçonico ! Qucsto e Maço-nico ! » 

Le marquis conclut : 

« Ces deux exemples, l'un, d'un maçon; l'autre, d'un pro- 
« fane, doivent nous rendre circonspects dans notre confiance 
« aux prétendus monuments, ainsi qu'aux relations, même 
« revêtues de formalités et d'actes juridiques. » 



LE RIT PRIMITIF 



I27 



Ce récit, qui représente le cardinal des Lances et l'In- 
quisiteur dans une attitude encore plus odieuse que ri- 
dicule, serait très plaisant si nous ne savions trois cho- 
ses, que le marquis oublie de faire connaître à ses 
Frères et à ses futurs lecteurs : i° Il est vrai de dire 
que le serpent est l'emblème de la profession médicale;, 
mais il n'est pas moins vrai d'affirmer qu'il est un des 
symboles de la Maçonnerie; 2 Ce docteur Giraud, mé- 
decin consultant du roi de Sardaigne, était un adepte,, 
et des plus hauts grades. Il assiste au Convent Général 
de Wilhelmsbad en 1782; il avait assisté au Convent 
des Gaules, tenu à Lyon en 1778. Savalette de Langes 
et YBques a Capitc Galeato le convoqueront en 1784. 
au Grand Convent de Paris. 3 C'est à Wilhelmsbad, 
et de la bouche même de « Monsieur le docteur Gi- 
raud » que VEques avait appris le récit de cette aven- 
ture, qui faillit tourner fort mal pour le médecin con- 
sultant de Sa Majesté Sarde. 

Et, donc, le Révérendissime Frère Eques a Capite 
Galeato — s'il eût été sincère — eût pu nous dire si le 
serpent du docteur Giraud était un emblème profes- 
sionnel ou un attribut maçonnique, ou l'une et l'autre 
chose à la fois. 

Il savait donc — on le voit — même quand il pro- 
mettait la vérité, toute la vérité à ses Frères, mêler sa- 
vamment le vrai et le faux. Nous avons retrouvé, dans 
ses papiers, cinq « disquisitions » différentes, et toutes 
écrites de sa main, sur les origines et le but de la 
(( Franche-Maçonnerie ». L'une d'entre elles est une 
sorte d'histoire abrégée, de cette « Sainte et Vénéra- 
ble Institution », destinée à être répandue dans le peu- 
ple, à circuler partout, dans la boîte et sur le dos des 
colporteurs et à paraître dans les foires, sur la table des 
petits étalagistes. Deux ou trois de ces disquisitions 
étaient jointes, comme instructions historiques, aux 
cahiers mis aux mains des adeptes du Rit Primitif. Les 
variations, les contradictions que nous y avons relevées 



128 



LE RIT PRIMITIF 



sont assez notables pour nous faire croire que YEques 
tenait à tromper tout le monde. S'il enseigne au peuple 
que ['Illustre association des Francs-Maçons est une 
institution toute moderne, vouée au culte de la Bien- 
faisance, très attachée aux gouvernements établis, in- 
vinciblement fidèle à la plus sainte des religions, il ne 
craint pas de révéler aux membres de sa Loge bleue 
que son origine est antique comme l'homme et que, par 
Jésus-Christ, Platon, Pythagore, les Egyptiens, Moïse, 
Abraham, Xoé, les patriarches, elle se rattache à sept 
fils d'Adam, notre premier père. 

Ce serait donc relativement assez tard que la Fran- 
che-Maçonnerie aurait été introduite en France. Et en 
effet, la renaissance des Sociétés Secrètes date du pre- 
mier quart du XVIII e siècle. Ce fut par des Anglais 
que les premières Loges furent établies dans notre pa- 
trie. L'envahissement semble avoir commencé par les 
villes qui étaient en relations commerciales plus suivies 
avec la grande île, notre voisine. Dunkerque eut sa loge 
en 1721 ; Paris, en 1735, d'après quelques auteurs, no- 
tamment Deschamps ; Bordeaux, Valenciennes. Le 
Havre suivirent à peu d'années d'intervalle : 1732, 

1733, i/39- 

Dans une disquisition mise en tête du huitième de- 
gré de son Rit Primitif, le marquis nous fournit, sur 
l'apparition du Rit Anglais, quelques détails précieux à 
conserver : 

« Si comme toutes les familles, les nations, les associa- 
« tions, celle des Francs-Maçons s'est donné une origine aussi 
« reculée que romanesque, on doit convenir cependant qu'elle 
« a eu la bonne foi de ne point dissimuler ses commence- 
« ments modestes, en quelque sorte marqués au coin de l'hési- 
« tation et du tâtonnement. » 

Admirons, en passant, la prodigieuse habileté, l'as- 
tuce consommée dont YEques a Capite Galeato fait ici 
preuve. Il parle, comme en souriant et avec une char- 



.- 



LE RIT PRIMITIF 



129 



mante bonhomie, de cette manie innocente qu'ont tou- 
tes les sociétés de se vieillir, de se donner d'illustres 
ancêtres. La Franche-Maçonnerie n'en fut pas exempte. 
Mais, semble-t-il dire, avec Juvénal : 

Stcmmata quid faciuntf 

Du même coup, il fait honneur à cette société nou- 
velle a de la bonne foi qu'elle a eue de ne pas dissi- 
muler ses commencements modestes ». Mais VBques 
s'est laissé tomber dans une contradiction qui nous 
étonne : l'innocente manie de se donner une origine re- 
culée et d'illustres ancêtres est-elle conciliable avec la 
bonne foi « de ne point dissimuler ses modestes com- 
mencements » ? 

Le marquis parle de (( bonne foi ». C'est la bonne 
foi du serpent qui cache sa tête. 
. Le marquis poursuit : 

« Dans quelques éditions du Livre des Constitutions, im- 
primé par les ordres de la Grande-Loge, de Londres, on voit 
que le n° 1, de la Série des Grands-Maîtres, est placé à la 
marge, vis-à-vis du nom de sa grâce le duc de M ont aigu, élu 
et installé Grand-Maître en 1721. En effet, c'est alors que cette 
coterie ayant pris un caractère plus décent et plus agréable par 
les soins du docteur Théophile Désagiilicrs, du mathématicien 
Andcrson, et autres gens de lettres, sortit naturellement et se 
sépara toujours davantage de la fraternité des ouvriers méca- 
niques, tout en conservant une partie des formes et du ton de 
couleur qu'elle y avait puisés. )> 

Ruinons cette nouvelle légende, inventée de toutes 
pièces et répandue par la Secte. Cette Institution se 
serait confondue, à l'origine, avec la corporation des 
architectes et des ouvriers, es pierres vives, qui élevè- 
rent nos merveilleuses cathédrales et bâtirent ces palais 
que notre génération peut encore admirer. 

Il n'en est rien. UBques en recourant à cette lé- 
gende, obéit au mot d'ordre qu'il avait reçu et qu'il 



130 



LE RIT PRIMITIF 



passait lui-même à ses successeurs. En réalité, la Fran- 
che-Maçonnerie prit à la corporation des maçons bâtis- 
seurs ses emblèmes, ses insignes, ses symboles, comme 
les Rose-Croix empruntèrent aux premiers alchimistes 
leurs bizarres formules, comme ïBqucs a Capitc Ga- 
leato lui-même trouva, pour les « Modestes et Magni- 
fiques Chapitres de son Rit Primitif », dans les Chan- 
sons de Geste et jusque dans les institutions de l'Eglise, 
les titres, « Majestueux et Sublimes », de Chevaliers 
d'Arthur et de la Table-Ronde, et de Disciples du 
Grand-Rosaire : 

Faux masques poses sur de znlains visages. 



Ce qui suit n'est pas moins intéressant. On y décou- 
vre !e même art de mêler le vrai et le faux, les don- 
nées historiques et la légende. Mais le lecteur averti 
saura tout débrouiller. 

(( C'est en 1724 que le Grand-Maître, lord Delkeit. 
« proposa à cette Assemblée de pur agrémtent de se 
(( donner en même temps un but utile par des actes de 
(( bienfaisance Ce ne fut qu'en 1729 que le Comité 
(( de Charité, quoique applaudi et goûté, dès le pre- 
(( mier moment, reçut sa sanction et fut mis en acti- 
« vite. A peu près à la même époque, on voit naître et 
« s'organiser les différentes charges, offices et fonc- 
(( tions ; alors aussi cette association, devenue intéres- 
« santé par les manières et le choix des personnes, 
« dont elle était composée, prit un accroissement pres- 
« que incroyable, et forma des colonies à peu près 
« dans toutes les villes bien habitées du monde en- 
(( tier. » 

L'habileté du narrateur consiste ici à nous persuader 
que la « coterie » des Francs-Maçons fut, dès son ori- 
gine, une institution fort peu mystérieuse et tout à fait 
inoffensive : elle ne fut d'abord qu'une association de 
pur agrément. Ses membres sentirent bientôt le noble 



LE) RIT PRIMITIF 



131 



besoin de se donner un but plus élevé. Tout en se réu- 
nissant pour goûter les charmes de la conversation et 
de la bonne compagnie, ils n'oublièrent point le reste 
des hommes, ni, surtout, les infortunés. Et donc, ils 
résolurent de se consacrer à l'exercice de la bienfai- 
sance : pensée très belle, résolution généreuse, qui exi- 
gea plusieurs années de réflexion pour se préciser et se 
traduire en actes. Enfin le Comité de Charité fut mis 
en activité. Ce besoin nouveau créa de nouveaux or- 
ganes. On vit dès lors naître ces différentes charges, 
ces offices, ces fonctions, ces grades qui depuis ont 
paru si bizarres et si redoutables. La Maçonnerie se 
montra comme ceinte d'une auréole. Quoi de plus noble 
que de se vouer ensemble au soulagement des misères 
dont l'humanité est accablée ! Les siècles passés 
n'avaient jamais rien soupçonné de pareil î Les adeptes 
accoururent en foule; c'étaient des adeptes choisis, des 
hommes que distinguaient le rang, la fortune, le talent, 
le génie. 

En vérité, comment se défier d'un historien qui ra- 
conte, avec une simplicité si touchante, les humbles ori- 
gines d'une Institution fondée uniquement pour le per- 
fectionnement de ses membres et le bonheur du 
monde ! 

En 1735, une députation des Loges de Paris vint 
à Londres postuler un diplôme de Loge Centrale. Cette 
demande ne fut agréée qu'en 1743. La Loge Centrale 
de Paris eut pour premiers Grand-Maîtres deux An- 
glais : lord Derwent-Waters et lord d'Harnouester. 
Leur successeur, troisième Grand-Maître, fut le duc 
û'Antin, élu en 1738; le comte de Clermont prit sa 
place en 1743. 

Dès cette année, les Loges se multiplièrent avec une 
étonnante rapidité. La France en est semée. Les Rites 
les plus étranges, les Régimes les plus variés, foison- 
nent jusqu'à la veille de la Révolution. Parmi ces 



13- LE RIT PRIMITIF 

innombrables établissements destinés à satisfaire tous 
les goûts, à utiliser toutes les aptitudes, on distingue le 
Grand- Orient, la Mère-Loge ou Grande Loge Anglaise, 
la Grande-Loge Ecossaise du Comtat-Yenaissin la 
Grande Loge du Rit Philosophique Ecossais, à Pain ; 
les Quatre Directoires Ecossais de l'Ordre du Temple ; 
le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident : la 
Mère Loge du Rit Egyptien, à Lyon ; le Grand-Cha- 
pitre Général de France ; le Grand-Chapitre de Hérédom 
de Kihvinning, à Rouen; le Chapitre de Clermont et 
celui d'Ivry, à Paris. 

L'Equcs constate — non sans une visible satisfaction 
— que la Franche-Maçonnerie se propagea chez nous 
avec plus de sécurité que partout ailleurs. 

Ni l'Eglise de France, ni la Monarchie ne s'émurent 
de cet envahissement rapide. Pas une voix autorisée ne 
s'éleva pour donner l'éveil et prévenir la société, si dan- 
gereusement menacée. Le marquis écrit : « Les gens 
(( du m onde les plus distingués, à la cour, dans la capi- 
« taie et dans les provinces goûtèrent à l'envi ce nou- 
(( veau mode d'association et de réunion. » 

Les nobles furent les premiers complices. C'est appelée 
et initiée par eux que leur perfide rivale, la bourgeoi- 
sie, pénétra dans les Loges. La légèreté proverbiale de la 
noblesse française, ses mœurs de jour en jour plus relâ- 
chées, son incrédulité raisonneuse la firent donner, tête 
baissée, dans le piège qui lui était tendu. Elle ne vit dans 
ce nouveau mode d'association qu'un moyen de plus 
d'orner son existence. Cette noblesse charmante et fière. 
spirituelle et brave, généreuse et frondeuse, que les histo- 
riens patentés et les panégyristes intéressés de la Révo- 
lution s'obstinent à nous peindre sous les plus noires 
couleurs : jalouse de ses droits, pleine de morgue, enti- 
chée de ses titres, murée dans sa caste, accepta, comme 
dit le marquis, avec enthousiasme, ce dogme que tous 
les hommes sont égaux, pourvu qu'ils soient aimables, 
sceptiques, sensibles, de bonne compagnie, assez riches 



LE RIT PRIMITIF 133 

des biens de la fortune pour payer, argent comptant, 
leurs grades, leurs cordons, leurs décorations et leur 
part de dépense, 

Surtout, dans les temps de frerie (sic), 
Temps auquel l'aimable Cornus, 
Suivi de Bacchus, de Cythère, 
Ordonne de la bonne chère 
En maître d'hôtel de Montas. 

Ainsi la barrière élevée entre la noblesse et la bour- 
geoisie était jetée à terre. Un peu plus tard, au moment 
propice, la Secte ouvrira les portes au peuple, non pas au 
peuple laborieux, mais à la lie des villes et à l'écume des 
campagnes. La nuit du 4 août avait été longuement pré- 
parée, sinon même devancée, au sein des Loges. 

Mais d'autres barrières furent renversées. L'autorité 
paternelle s'effaça. Dans un atelier maçonnique, le père, 
le fils, devenaient des frères ; et, dans les Loges d'Adop- 
tion (le plus grand nombre, sinon toutes furent fondées 
pour le plaisir), la fille devait donner le nom de sœur à sa 
mère. Un droit nouveau, le droit maçonnique, se super- 
posait à tous les droits, et les absorbait tous, même le 
| droit naturel. Un nouveau dogme était proclamé ; une 
société nouvelle s'organisait. 

La noblesse n'y prit pas garde. Mais une partie du 
Clergé, et non la moins distinguée, fut peut-être plus 
coupable que l'ensemble de la noblesse. Pour entrer dans 
un atelier maçonnique, il fallait renoncer par intermit- 
tence, et tout le temps que durait la tenue des travaux, 
aux droits sacrés, aux privilèges inaliénables que confère 
la dignité sacerdotale. Le prêtre maçon n'est qu'un 
frère parmi des frères. Son caractère divin s'éclipse 
devant le caractère maçonnique. 

Certes ! que l'on ne crie pas à l'exagération ni au 
paradoxe. Que l'on ne dise point : Tirer de pareilles con- 
séquences de réunions où la fleur de la société Française, 



i 



134 



LE RIT PRIMITIF 



insouciante, amie du badinage, légère sans doute, mais 
point méchante, nullement anti-religieuse, ne songeait 
qu'à se divertir, c'est chose excessive. 

Nous répondons d'abord que tous les amusements ne 
sont pas inoffensifs, qu'il y a des jeux et des amuse- 
ments très dangereux. Nous ajouterons que nous savons 
trop à quoi nous en tenir sur les innocents badinages 
auxquels se livraient les adeptes, dans le mystère des 
arrières-loges, et sous le sceau du secret. 

Ce qui est évident, c'est que la Franc-Maçonnerie, 
sous une forme badine et apparemment inoffensive, se 
substituait, d'un seul coup, à l'ancien ordre social tout 
entier. Elle courbait tous ses disciples sous le niveau 
symbolique. Elle arrachait à l'Eglise et à l'Etat leur 
double magistère. 

Comment de pareilles conséquences qui sapaient les 
bases de la société domestique, religieuse, sociale, ne 
s'imposèrent-elles pas à l'attention des premiers adep- 
tes, recueillis par la Maçonnerie parmi les nobles et 
les hommes d'Eglise? 

Quelques historiens et des moralistes indulgents, plai- 
dant en faveur de la noblesse et du clergé les circonstan- 
ces atténuantes, répètent à l'envi que de très honnêtes 
gens, des âmes loyales, d'excellents chrétiens, des prê- 
tres intelligents, sérieux, vraiment vertueux, sincèrement 
pieux, n'entrevirent, ni ne soupçonnèrent jamais le but 
pervers, abominable, satanique, que se proposaient les 
fondateurs et les initiés les plus avancés. 

On peut, on doit même en convenir. Mais ces réunions 
dans le mystère ; mais cet amour de l'ombre : mais ces 
initiations, scellées par le serment solennel de ne rien 
révéler aux profanes ; mais l'indifférence religieuse éri- 
gée en principe, puisque les hommes professant les reli- 
gions les plus diverses, ou même les repoussant toutes, 
étaient accueillis avec la même faveur ; mais la supério- 
rité, au moins tacitement enseignée, pratiquement 
admise, de tout ce qui est maçonnique sur tout ce qui est 



LE RIT PRIMITIF I35 

étranger à la « coterie » : tout cet ensemble de prati- 
ques immorales, de maximes anti-sociales, déjà con- 
damné par le Pape, soigneusement caché à l'Eglise et à 
l'Etat, eût dû frapper les esprits les plus distraits et 
alarmer les consciences de ces hommes intelligents, de 
ces ecclésiastiques vertueux. 

Le marquis poursuit, sur le même ton de bonhomie 
souriante et de candeur naïve : 

« Nos grands-pères qui, à raison de leur naissance et de 
« leurs alliances, se trouvèrent en relation avec tout ce qu'il 
« y avait de grand dans le Royaume, ne tardèrent pas à suivre 
« le torrent, et la Loge de N... fut composée de tout ce qu'il 
« y avait de mieux dans la ville et dans les environs. La 
« noblesse, qui en formait la majeure partie, vit av r ec joie se 
« réunir plus intimement à elle, à titre de maçons, tous les 
« hommes nés dans une bourgeoisie, aussi honorable qu'an- 
« cienne, et que leur éducation, leurs manières, leurs senti- 
« ments avaient déjà fait admettre, sans aucune difficulté, 
« dans la bonne compagnie. 

« A cette époque, les Frères, étrangers à toutes ces Maçon- 
« neries, compliquées et scientifiques, dont, s'il est permis de 
« parler ainsi, on a, comme inondé l'Association, ne connais- 
« saient dans l'hiérarchie (sic) des grades, que l'Apprenti, le 
« Compagnon, et le sublime Grade de Maître. 

« Le but de cette société, s'il était un secret aux yeux des 
« profanes, ne l'était pas, du moins, pour les Maçons même 
« Apprentis. Alors, et c'était l'Age d'Or de la Maçonnerie, on 
« fraternisait avec franchise et gaieté. 

« Les réunions avaient lieu partout où l'on se flattait d'être 
« commodément et agréablement. La fête de Saint-Jean était 
« surtout marquée par le rassemblement de tous les Frères. 
« Bonnement, c'est-à-dire, par un principe et une habitude de 
« piété, simple, sans affectation, comme sans hypocrisie, les 
« Frères allaient ensemble entendre la messe, qu'ils faisaient 
« dire aux Capucins. 

« Ensuite, ils élisaient les officiers, faisaient des récep- 
« tions de leurs parents ou de leurs amis, en se permettant à 
« titre d'épreuves, quelques niches innocentes. 

« Le banquet copieux et gai, qui couronnait la journée, et 



136 



LE RIT PRIMITIF 



« qui était le véritable dénouement de tous ces préludes, pou- 
« vait faire comprendre aux observateurs que le léger tissu 
« mystérieux dont les Francs-Maçons feignaient de s'enve- 
« lopper, n'avait pour objet que de provoquer la curiosité des 
« prosélytes, et de rire, en même temps, des vaines conjec- 
« tures du public. 

« Il ne faut pas négliger de dire que, en s'occupant ainsi 
« de leur plaisir, et, tout en cherchant, sous les formes 
« Maçonniques, un délassement à la fois piquant et honnête, 
« à la suite de leurs occupations essentielles et sérieuses, ils 
« n'oubliaient pas d'exercer, en commun, et en qualité de 
« maçons, les actes de bienfaisance et de libéralité qui leur 
« étaient déjà familiers comme hommes sensibles et bim 
« élevés. » 



Tel est le tableau charmant que YEqucs a Capite 
Galcato nous fait des premières années de la (( Franche- 
Maçonnerie. » C'était, dit-il. I'age d'or. 

Ces ravissantes couleurs sont d'un peintre passé maî- 
tre, dans l'art de créer des illusions. Elles pourraient 
aujourd'hui séduire quelque naïf apprenti. Mais, les ini- 
tiés ne seraient point dupes. En réalité, dès les premiers 
jours, la Secte maçonnique attira ses crédules et frivoles 
adeptes par l'appât des dignités, des grades, des décora- 
tions, des secrets et des mystères. Elle a toujours été de 
l'avis de La Bruyère : a II faut aux enfants les verges 
(( et la férule ; il faut aux hommes faits une couronne, 
(( un sceptre, un mortier, des fourrures, des faisceaux. 
(( des timbales, des hoquetons. » 

Que l'Ancienne Loge de X.... la Loge proprement 
dite, n'ait été composée que des trois degrés d'apprenti, 
de compagnon, de maître, nous l'admettons sans peine. 
Partout, il en est encore ainsi. Mais la Loge blanche 
ou bleue } n'est que le vestibule du Temple. Au delà 
est le saint des saints ; au delà sont les chambres du 
milieu, les chambres du fond : repaires ténébreux, aussi 
jalousement fermés aux adeptes mineurs qu'aux pro- 
fanes. 



I,E RIT PRIMITIF 137 

Il y eut, donc, dès l'origine, une superposition de 
grades et de dignités, de secrets et de mystères, que 
VËques semble ici proscrire, et dont on pourrait croire 
qu'il déplore l'introduction dans la « Franche-Maçon- 
nerie )), si intéressante et si belle, à son AGE d'or. 

Mais, pour bien l'entendre, il faut connaître le fond 
de sa pensée. Or, quiconque aurait, comme nous, 
dépouillé sa vaste correspondance, et noté les aveux 
qu'il doit nécessairement laisser échapper — l'homme le 
plus fourbe et le plus hypocrite étant obligé, par la force, 
même des choses, à dire quelquefois ce qu'il pense — 
serait promptement persuadé que ce Maître brusque, 
impérieux, décidé à tout, livré corps et âme à la Secte, 
mais d'une rare prudence, a toujours présent le but, le 
vrai but, le « fin mot », vers lequel tend l'Institution. 

En quelques formules concises, voici le résumé de sa 
doctrine : 

La Franc-Maçonnerie est une. 

Les multiples Rameaux Maçonniques ne sont que des 
rameaux issus du même tronc. 

Une même fin, poursuivie par des moyens différents, 
et quelquefois même opposés entre eux — en apparence 
— est commune à tous les Rits. 

L'idéal — mais sera-t-il jamais accessible à des hom- 
mes qui ne seront toujours que des enfants? — serait de 
n'avoir nul besoin de leur proposer des grades, des déco- 
rations, des hochets. Un petit nombre cîe supérieurs 
inconnus ; la masse des adeptes dégagés de tous les anti- 
ques préjugés ; le secret le plus profond ; point d'écrits : 
telle devrait être la constitution maçonnique. 

Mais les Rites sont diversifiés à l'infini, et, malheu- 
reusement, doivent l'être, (( afin d'attirer et de captiver 
les divers tempéraments. » 

Toutefois, les rituels, les cérémonies, les cahiers d'ins- 
truction, les emblèmes, les discours d'initiation, « ne 
sont qu'une ccorcc )). 



I38 LE RIT PRIMITIF 

Les grades ne sont rien par eux-mêmes. Ils sont plus 
ou moins pompeux, selon les temps, les lieux, les cir- 
constances. Ils sont conférés à des intervalles, plus ou 
moins éloignés, pour permettre aux Supérieurs d'opérer 
une intelligente sélection ; de faire de leurs disciples des 
hommes nom-eaux ; de les débarrasser des préjugés phi- 
losophiques, religieux, politiques ; de les rendre dociles 
à toutes les impulsions venues d'en haut ; de les con- 
duire, comme par la main, jusqu'au sanctuaire, où le 
vrai but, enfin, se révèle, sans que l'initié s'en étonne, ou 
que sa conscience, depuis longtemps cautérisée, en soit 
alarmée. 

Il y a des « mortels heureux », qui, sans avoir jamais 
été initiés, sans avoir fréquenté les Loges, sont arrivés, 
par la seule force de leur génie, à penser, à sentir, à agir 
en vrais Francs-Maçons. Sans appartenir au corps de 
la Maçonnerie, ils appartiennent à son amc. 

Se complaire aux dignités, aux grades, aux cordons, 
aux sciences mêmes d'un Régime, c'est a embrasser des 
écorces », c'est faire « sa fin, de ce qui n'est qu'un 
moyen ». 

Pour YBqncs a Capite Galeato un vrai Maçon serait 
celui qui consentirait à demeurer toute sa vie, jusqu'au 
dernier souffle, un apprenti, c'est-à-dire un adepte vivant 
sous la suggestion incessante du Maître ; toujours pen- 
ché sur les doctrines mystérieuses, pour en découvrir le 
vrai sens ; l'œil toujours fixé sur les hiéroglyphes, pour 
démêler leur signification réelle, que le véritable adepte 
sait fort bien être contraire an sens littéral qu'ils pré- 
sentent de prime abord. 

Rappelons ici ce que nous avons cité, pages 1 1 et 12. 
de YEques et de L. CL de Saint-Martin. Les Initié? des 
Sociétés Secrètes supérieures emploient ce procédé 
Tartufes quand il s'agit pour eux de tromper les du] 
des Loges inférieures, les buses )) et « les bêtes ï). 

Dans son Esquisse du Rit Primitif, qu'il attribue aux 






LE RIT PRIMITIF 139 

Fondateurs lointains et demeurés inconnus de son 
Régime, bien qu'il en soit l'unique rédacteur, il écrit : 

« L'intérêt bien entendu des Frères les plus empressés de 
s'instruire, exige que l'en retrace ici ce passage, extrait des 
Règlements Généraux, Ch. IV, Tit. 1, Parag. 6. : « Le grade 
« d'apprenti est celui qui convient le mieux à l'homme dans 
« sa situation présente, c'est celui qu'il doit prendre habituel- 
« lement pour texte de ses méditations maçonniques; c'est 
« enfin celui dont les instructions, les emblèmes et les allégo- 
u ries sont les plus propres à lui rappeler les moyens de sa 
<( réintégration. 

« 11 serait bien à désirer que les Frères ne connussent pen- 
« dant longtemps que le grade d'apprenti ; ils le méditeraient 
« avec réflexion, et sous toutes ses faces ; ils saisiraient 
« ainsi les vérités qu'il cache, et celles qu'il présente sans 
« voiles ; ils deviendraient Maîtres sans s"<m apercevoir, et 
(< leur avancement maçonnique serait d'autant plus avanta- 
« geux pour, eux, et d'autant plus solide, qu'ils ne le devraient 
« qu'à leur propre travail. » 

Dans une dépêche au Très Illustre Frère Pyron, 33 e 
degré du Grand-Orient de France et Fondateur du 
Grand-Orient d'Italie, il félicite son Sublime correspon- 
dant d'avoir sous sa direction le Frère Salfi, maçon 
aussi savant que zélé, dont la Loge de Livourne a cou- 
ronné l'ouvrage Délia Utilita délia F. '. Massoneria sotto 
il rapporto filantropico e morale. UBques écrit: 

« L'ouvrage du Frère Salfi est toujours digne de la répu- 
« tation de ce bien Révérend Frère. Quoique je n'aie fait que 
« parcourir le tout avec autant de rapidité que d'avidité, j'y 
« ai remarqué avec une sorte de joie des opinions semblables 
« à celles que nous professons au Rit Primitif, notamment 
« au paragraphe de la page 69. » 

Voici la traduction de ce passage du F. -, Salfi, si- 
gnalé par YBques: 



1/j.O 



LE RIT PRIMITIF 



« Après les considérations déjà faites, nous devrions dès 
« maintenant conclure que le secret, si fréquemment et si 
« fortement recommandé par la Maçonnerie, lui confère plus 
« de puissance, pour atteindre -son but. Très utile est donc 
« l'absolue obligation qu'elle impose à ses disciples de ne rien 
« communiquer au vulgaire profane, ni non plus aux néophy- 
« tes qui ne seraient pas capables de supporter un degré de 
« lumière supérieur à leur talent. 

« De là procède l'origine et la méthode progressive des 
« grades qu'elle confère de temps en temps, et qui sont, pour 
« celui qui en comprend l'usage et la valeur, des espèces de 
« connaissances grandissantes, lesquelles supposent des apti- 
<( tudes convenables et un développement nécessaire en celui 
« qui voudrait les recevoir utilement. 

« Ainsi, prudente et rude, pour un temps, par le travail 
« qu'elle exige, la Maçonnerie prend l'homme des mains de 
« l'ignorance, pour l'élever insensiblement à un état meilleur, 
« et le conduit pas à pas à la connaissance de cette vérité et 
« à la pratique de cette vertu, que, sans cet efficace magis- 
<( tère, ou il n'aurait pas vraiment comprises, ou qu'il aurait 
« peut-être prises en dégoût. » 



Il convient donc de se mettre en garde contre les 
dires hypocrites du marquis annaliste. Il faut accepter, 
sous bénéfice d'inventaire, des affirmations aussi tran- 
chantes que celle-ci : « Le but de cette Association, s'il 
était un secret aux yeux des profanes, ne l'était pas du 
moins pour le maçon même apprenti. » 

Tout ce qui suit est encore moins fait pour nous inspi- 
rer confiance. UBqucs a Capitc Galeato aurait beau jeu 
si nous étions tentés de contrôler son récit. — A quelle 
date précise fut érigée l'Ancienne Loge ? — Quel Rit 
abritait-elle ? — De quelle autorité légitime tenait-elle 
son investiture ? — Qui l'inaugura ? — Les noms de 
ses fondateurs, de ses membres, de ses correspondar 

L'historien-annaliste, qui écrivait pour ses disciples 
présents et futurs, les supposait bien peu curieux. Aucun 
de ces points essentiels ne lui a paru digne d'être relaté 
et conservé. Mais YEqucs est un homme prudent. La 



LE RIT PRIMITIF I4I 

seule indication du Régime, auquel la Loge Ancienne 
était soumise, nous révélerait la doctrine philosophique, 
religieuse et morale qui y était professée. — Les noms 
des Loges qui correspondaient avec elle nous mettraient 
sur la voie de ses relations, et donc, de ses tendances : 
<( Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. » Il n'est 
pas possible que, durant les quarante années de son exis- 
tence paisible, l'Ancienne Loge « fondée, administrée; 
maintenue florissante » par des hommes, qui, (( à raison 
de leur naissance et de leurs alliances se trouvèrent en 
relation avec tout ce qu'il y avait de grand dans le 
Royaume », n'ait reçu quelques visiteurs de marque. Il 
suffirait de les connaître, pour être en mesure de faire 
quelques conjectures. Mais le marquis a pris toutes ses 
précautions. Pas un seul mot de son récit ne laisse filtrer 
un indiscret rayon de lumière. 

Pourquoi ces réticences ? — Pourquoi cette histoire 
insignifiante, sans caractère, sans couleur, sans vie, d'une 
Loge qui, pendant près d'un demi-siècle, groupa les prin- 
cipaux représentants de la noblesse et les membres les 
plus qualifiés de la bourgeoisie ? — L'Ancienne Loge de 
X... vit se rassembler, à la faveur du mystère, les jeunes 
officiers de la garnison, les vieux serviteurs du roi, des 
magistrats, des ecclésiastiques, des bourgeois, de gra- 
cieuses dames, de brillantes demoiselles. Les réunions 
animées, les conversations aimables de cette compagnie, 
frivole et charmante, insouciante et spirituelle, amie des 
banquets, des ris et des plaisirs, dominée par un tableau 
superbe, représentant un amour qui vient de souffler 
dans un chalumeau et regarde en souriant monter des 
bulles de savon, symbole de notre vie si fragile, étaient 
dignes de tenter la plume d'un historien. UEqucs a 
Capitc Galeato était un observateur avisé. Rien n'échap- 
pait à son regard aigu. Il avait fréquenté et* connais- 
sait admirablement les hommes de son temps. Il savait 
ce que pensaient les autres ; bien peu d'adeptes surent 



142 



LK RIT PRIMITIF 



ce qu'il pensait lui-même. Il savait vers quel but, non 
plus lointain, mais très proche, Y Occulte Pouvoir dont 
l'àme était passée dans la « Franche-Maçonnerie » 
entraînait la France et le monde. 

Mais il a rédigé ses Annales entre les années 1806 et 
1808. Il s'est proposé, en écrivant : 1" de tracer une 
esquisse destinée à tranquiliser les honnêtes gens qui, 
depuis la grande et terrible Révolution ne veulent plus 
entendre parler de Sociétés Secrètes; 2 de ne rien 
révéler de l'histoire vraie de la Maçonnerie ; 3 de ne 
rien laisser échapper qui pût permettre aux plus habiles 
eux-mêmes de soupçonner que l'histoire, telle qu'il la 
compose, n'est qu'un hypocrite récit, une odieuse falsi- 
fication. 

Il voulait tranquilliser et comme endormir les braves 
gens, nobles, bourgeois, et, surtout, curés et chanoines, 
terrifiés par les abominables excès de la Révolution où 
l'on soupçonnait la main de la Maçonnerie. Il voulait, 
d'une manière indirecte, sans en avoir l'air, sans trop 
appuyer, combattre l'effet des foudroyantes révélations 
contenues dans les Mémoires pour servir à l'Histoire du 
Jacobinisme de l'abbé Barruel, fort répandus, avide- 
ment lus, passionnément commentés à cette époque. Les 
ouvrages du probe et savant abbé; les condamnations 
portées par Rome contre la Franc-Maçonnerie, étaient 
le cauchemar de YBques a Capite Galeato. Non, cei 
qu'il s'en préoccupât le moins du monde pour lui-même, 
mais il cherchait, sans parvenir à le trouver, le moyen 
d'en neutraliser sinon d'en anéantir l'influence dans 
l'esprit de ceux, écrivait-il, <x qu'il faut appeler, comme 
feu Monsieur de Voltaire, les honnêtes gens ». Il vou- 
lait, enfin, donner aux adeptes, destinés à parvenir aux 
plus hauts grades, l'exemple de la discrétion et de la 
prudence la plus consommée. L'histoire effravante et les 
aventures — divulguées par l'abbé Barruel — de la 
Secte des Illuminés, dont les archives et les papi 



rwmm^mam 



T.K RIT PRIMITIF I43 

secrets avaient été saisis par l'Electeur de Bavière, en 
1786, lui avaient fait prendre la résolution ferme de ne 
rien abandonner au hasard, de ne transmettre qu'orale- 
ment les vraies connaissances historiques, morales, théo- 
sophiques de l'Art Royal. Il dit et redit, avec complai- 
sance, à ses correspondants, et, notamment, à son cou- 
sin d'Aigre feuille, qu'en vain l'on fouillerait les cartons, 
de ses archives : tous les Evêques du monde, le Grand 
Inquisiteur en tête, ne trouveraient rien, ne relèveraient 
rien, ni dans ses lettres, ni dans ses cahiers, qui fût 
contraire à la plus pure orthodoxie. Nous avons vu que 
YEques, plus au courant des choses Maçonniques, du 
Martinisme et de la Kabbale, que des doctrines catholi- 
ques, se faisait étrangement illusion. 

Quoi qu'il en soit, c'est à ces multiples préoccupations, 
dont l'aveu perce fréquemment dans sa correspondance, 
que nous devons ce tableau trompeur d'une Société 
secrète, uniquement avide de fêtes, d'aimables réunions, 
de doctes entretiens, de découvertes scientifiques, d'ef- 
forts généreux vers la réintégration des êtres, et enfin 
ce dernier trait destiné à faire valoir tout l'ensemble : 
ces pieux frères qui vont en corps à la messe « tout 
bonnement », c'est-à-dire « par un principe et une habi- 
tude de piété, simple, sans affectation, comme sans 
hypocrisie ». 

Durant sa longue vie d'adepte, VBques a refait cent 
fois l'apologie de l'Institution Maçonnique. On retrou- 
verait ses disquisitions un peu partout. A la manière 
dont écrivent et parlent encore aujourd'hui les représen- 
tants les plus perfides du Grand-Orient de Paris, il n'y 
a pas à douter que ce centre de la Secte ait hérité des 
procédés des Philalèthes, dont VBques fut un des chefs 
les plus féconds et les plus actifs. Que l'on nous per- 
mette encore quelques citations : 

« Un bien réel, écrit-il, que peut-être l'on n'avait pas prévu, 
« mais qui est certainement résulté de l'Institut Maçonnique, 



144 



LE RIT PRIMITIF 



« c'est qu'ayant servi de motif et d'occasion au rapproche- 
(( men des nations et des individus, il a contribué plus que 
« toute autre chose à la propagation des lumières, des 
« connaissances, et de la saine raison ; les langues ont été plus 
ce cultivées, et les Français, principalement, ont commencé 
« à se familiariser davantage qu'auparavant avec la langue 
a anglaise, à la même époque où ils ont commencé à connaître 
u ce nouvel Institut. 

« Par l'esprit d'union et de fraternité qu'il a introduit entre 
« tous les hommes de diverses nations et de diverses condi- 
tions, il a affaibli et détruit en grande partie les préven- 
tions d'état, les préjugés, et les haines nationales qui divi- 
saient les hommes et les peuples ; enfin, après les avoir 
accoutumés à se considérer comme membres d'une même 
confrérie, il a été facile de leur faire oublier les distances 
variées qui les séparent, de les faire prendre intérêt au 
bonheur et au bien-être les uns des autres, de les lier 
« par le sentiment noble autant que doux d'une bienveillance 
« mutuelle et générale, et de leur rappeler enfin qu'ils sont 
(( tous membres d'une même famille. 

« Il y a plus : par un bienfait du Grand Architecte de l'Uni- 
u vers, les égarements des Maçons, et leurs tentatives titani- 
« ques. s'il est permis de parler ainsi, n'ont pas été sans 
u fruit pour eux. Nous avons vu, en effet, la Maçonnerie s'éle- 
« ver au sein de la confusion, de l'incertitude et des préten- 
« tions contradictoires, profiter des emblèmes, des lois, des 
(( usages, qu'une foule de hasards a rapprochés, et attirer par 
« là nos regards sur quelques éléments d'une doctrine satis- 
« faisante dans son application, autant que sublime dans sa 
« théorie. 

« Après avoir fait parcourir au Maçon, à ïa vente d'une 
(( manière bien irrégulière, le cercle immense des connais- 
<( sauces physiques, on l'a enfin rappelé à ces hautes conr. 

nccs, qui fixent sa pensée sur ce qu'il a été. ce qu'il est, 
a ce qu'il sera : sur son origine, sur ses devoirs actuels, et 
« sur sa destination, lui indiquant ainsi, d'une manière très 
« précise, la marche qu'il doit suivre, pour jouir d'un bonheur 
« complet et éternel. 

On le conduit, ou l'on le ramène, progressivement, à étu- 
« dier et à reconnaître sa propre nature et celle de tous les 



LE RIT PRIMITIF 145 

« êtres ; on l'invite à prévoir et même à goûter, par antici- 
« pation, la douceur de ses hautes destinées, à faire un exer- 
ce cice continuel et régulier des facultés dont il est doué, à 
« s'avancer toujours davantage vers la perfection, à s'assurer 
tu enfin par la jouissance non interrompue de la vraie félicité, 
« qui est à sa disposition, un droit imprescriptible et juste à 
« la félicité sans bornes, qui sera son apanage à la fin des 
« temps. 

« Mais, c'est assez pour la Maçonnerie d'avoir su fixer nos 
« regards sur ce magnifique et sublime tableau : le vrai 
« bonheur est le but placé au bout de la carrière qu'il nous est 
« donné de parcourir ; la voie qui y conduit est étroite et 
« mobile entre deux abîmes effrayants : l'impiété et la 
« superstition. Comme hommes religieux et comme citoyens 
« nous avons des guides légitimes et avoués ; et ce n'est que 
a par une coupable audace que quelques thaumaturges insen- 
« ses voudraient, à l'abri du mécanisme de la Maçonnerie, 
« régenter nos opinions et diriger nos démarches. S'ils abu- 
« sent des bornes de nos lumières, s'ils abusent de notre cré- 
« dule confiance, pour nous débiter leurs doctrines hétéro- 
« doxes, d'un style ampoulé, diffus, inintelligible ; s'ils 
« affectent d'alimenter la curiosité, qu'ils ont eu l'adresse de 
« nous inspirer eux-mêmes, et si les explications qu'ils nous 
« donnent de leurs allégories et de leurs emblèmes ne sont 
« que des énigmes, présentées sous une autre face ; si tout 
« ce qui nous vient de leur part a besoin de commentaire : 
« loin de nous égarer avec eux, nous leur dirons, avec le 
« Président d'Aurillac : 

Mon ami, chasse bien loin 
Cette noire rhétorique. 
Tes ouvrages ont besoin 
D'un devin qui les explique : 
Si ton esprit veut cacher 
Les belles choses qu'il pense. 
Dis-moi, qui peut t' empêcher 
De te servir du silence ? 

« Pour ce qui nous concerne, Mes Frères, nous nous plai- 
« rons uniquement à justifier le titre distinctif que les institu- 
« teurs de notre Régime ont adopté : Nous ramènerons la 



146 LE RIT PRIMITIF 

<c Maçonnerie, autant qu'il dépendra de nous, aux errements 
« primitifs de son institution ; nous la considérerons comme 
ce un délassement décent et agréable ; nous laisserons à nos 
« plaisirs le voile léger qui semble les dérober aux yeux du 
ce vulgaire, et les rendre par là plus piquants ; nous nous livre- 
ce rons avec joie aux actes de bienfaisance, qui nous sont 
ce prescrits comme Maçons, et qui étaient déjà au nombre de 
« nos devoirs, comme hommes. 

« Quant à l'art de devenir bon et parfait, il n'est pas dou- 
ce teux que tout le monde doit désirer de le connaître ; mais il 
ce est moins douteux encore qu'il y aurait de la folie et de 
ce l'impiété à le chercher péniblement, avec incertitude, au tra- 
ce vers des ombres fantastiques de la Maçonnerie, tandis que 
ce nous devons le chercher et nous pouvons le trouver avec 
«c autant de certitude que de facilité dans les enseignements de 
ce notre Sainte Religion, et en suivant exclusivement les voies 
ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même nous a tracées : 
<e Venite ad me omnes qui onerati estis et ego reficiam vos. — 
ce Jugum meum suave est, et omis meum levé, ce (Math. xi. 
ce 28-30.) 

ce Sans cesser de regarder tous les hommes, comme nos 
ce frères, nous nous lierons plus étroitement avec ceux à qui 
ce le goût des mêmes vertus inspirera la même manière de les 
ce manifester. Xous nous encouragerons les uns les autres à 
ce notre amélioration, par la réciprocité de Texemple et par 
ce le souvenir de quelques maximes choisies. Une correspon- 
ce dance confiante et régulière portera la circonférence de 
ce notre union fraternelle jusqu'aux confins de' l'univers ; et 
<e les sentiments vertueux dont nous aurons contracté l'heù- 
ce reuse habitude, peints dans la sérénité de nos regards, et 
ec dans le jeu de notre physionomie, montreront à tous les 
ce yeux que nous ne sommes point indignes de la protection 
ce du ciel et de la bienveillance des hommes. » 

Xous recommandons ces pages à tous ceux qui ont 
parfois désiré connaître l'âme d'un véritable Initié des 
Sociétés Secrètes. En voici un, et voilà ce qu'il a écrit 
au lendemain d'une sanglante Révolution. Ces pa 
méritent d'être conservées comme un monument de la 
fourberie la plus insigne. Xous tenons comme sous notre 



IvE RIT PRIMITIF . I47 

main et sous notre regard un homme qui accumule tous 
les genres de trahison : Protestation de soumission aux 
puissances légitimes, de fidélité aux enseignements de 
l'Eglise ; le salut et le baiser de Judas donné par ce che- 
valier de Malte à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Pour- 
quoi prétend-on que les loups ne se dévorent pas entre 
eux? Voici notre Bques a Capite Galcato, qui prend la 
houlette et l'habit du berger, et marche d'un pas vail- 
lant contre quelques thaumaturges insensés, assez auda- 
cieux pour prêcher de nouveaux dogmes. Mais en même 
temps, à mots couverts, ce vengeur de l'orthodoxie, sûr 
d'être compris (( dé cens dont l'esprit est monté an même 
diapason que le sien » rappelle et magnifie l'hérétique 
doctrine de la Réintégration, que nous avons exposée et 
qui lui est si chère. 

Vraiment ! nous aimerions à savoir si la Révérende 
Loge de X... allait en corps aux Capucins, bannière 
déployée ; si les frères arboraient tabliers et cordons ; si 
les dames et les demoiselles de la Loge d'Adoption por- 
taient leurs gants et leurs bijoux. Nous aimerions sur- 
tout à savoir si les frères fredonnaient tout bas soit à 
l'aller, soit au retour, les étranges couplets que cette 
noble compagnie entonnait, après avoir tiré à table de 
nombreuses salves d'artillerie. 

Faut-il craindre, pourrait-on nous blâmer de repro- 
duire les strophes ignominieuses que nous trouvons 
dans les papiers de la Colonne d'Harmonie de la Révé- 
rende Loge,' et qui contribuaient sans doute à ces délas- 
sements décents et agréables, tant vantés par YEqnes: 

Il faut ch..., c'est la loi de nature. 
Ck.... amis, c'est le plaisir des dieux. 
~De cette loi vainement on murmure ; 
Et comme nous les grands sont des ...eux. 

Xous n'avons point le courage de transcrire le reste. 
Cela était chanté sur l'air: « 77 faut aimer, c'est la loi 



r 



148 



IvE RIT PRIMITIF 



de Cythère. » Le marquis avait raison d'écrire : (( Xou 
<( laisserons à nos plaisirs le voile léger, qui semble le 
« dérober aux yeux du vulgaire, et les rendre par U 
<( plus piquants à nos yeux. » 

C'est par de tels divertissements que les ancêtres véné- 
rables de la Loge, dont YBqucs a rédigé les Annales 
préludaient à leurs actes de bienfaisance et s'exhortaien 
à parcourir leur « carrière temporelle » en purifian 
« leur forme spirituelle », et en pratiquant les (( plus 
sublimes vertus ». C'est ainsi qu'ils s'élançaient à la con 
quête « dit vrai bonheur », n'oubliant pas que la voie qu 
y conduit, a étroite et mobile, est entre deux abîme, 
effrayants : Y impiété et la superstition ». 

Que faisaient « de leurs guides légitimes et avoués » 
ces hommes religieux, ces bons citoyens ? Ces <x guides » 
n'étaient pas plus respectés que la décence et la morale. 



CHAPITRE IX 

L'Ennemi de la Religion et de la Monarchie, 
des prêtres et des rois. 



Le 21 août 1782, à Wilhelmsbad, comme le prince 
Ferdinand de Brunswick, comme le prince Charles de 
Hessc-Cassel, comme les barons de Wachter et die 
Dittfurtj comme Bode et le comte de Haugwits, comme 
tous ses collègues du Rit de la Stricte Observance réunis 
en Convent-Général, YEqnes a Capite Galeato avait pro- 
noncé ce serment d'une prodigieuse hypocrisie, rédigé 
par WiixErmoz .' 

« Nous avons résolu de déclarer comme nous déclarons et 
« protestons... que l'unique but de notre Association est de la 
« rendre, ainsi que chacun de ses membres, recommandable 
« et utile à l'humanité, par l'amour et l'étude de la vérité, par 
« l'attachement le plus sincère aux dogmes, devoirs et prati- 
« ques de Notre Sainte Religion chrétienne, par notre sou- 
« mission et obéissance aux Souverains et aux lois de nos 
« patries respectives, par une bienfaisance éclairée et univer- 



150 



LE RIT PRIMITIF 



« selle, dans le sens le plus étendu, enfin, par une pratique 
« constante de toutes les vertus religieuses, morales, patrio- 
« tiques et sociales. » 

A son retour du fameux Cornent, YBques a Capite 
Gai ca to écrivait, pour ses bien-aimés Philalèthes de 
Paris, une sorte de pieuse méditation dont nous avons 
retrouvé les deux fragments suivants : 



JESUS-CHRIST 

a J'exhorte mes Frères à lire les observations du R. F. Court 
« de Gébclin, qu'ils trouveront à l'article Jésus-Christ, des 
« Extraits de la Correspondance. 

a Qu'il nous soit permis de rappeler à cette occasion que la 
« lecture des Livres Saints, et, surtout, du Nouveau-Testa- 
« ment, non seulement n'est point étrangère aux Maçons, mais 
« même leur est absolument nécessaire. 

« Il n'est point indifférent pour eux d'avoir ou de n'avoir 
« pas une opinion arrêtée sur cet être surnaturel, connu sous 
« le nom de Jésus-Christ. 

« La lecture fréquente et réfléchie des Livres Saints, et des 
« méditations faites dans le silence des passions et des pré- 
« jugés frivoles, mettront à portée d'apprécier l'homme-dieu 
« et sa doctrine sublime. 

« L'approbation que l'on ne pourra s'empêcher d'accorder 
« à ses préceptes, donnera peu à peu le désir et le goût de 
« les pratiquer ; par un heureux retour, cette sainte pratique 
« réactionnera et étendra le goût avec les lumières ; et, par 
« là, on parviendra, sans incertitude et sans obstacles, à la 
« perfection, au bonheur et à la science divine, qui sont le 
« but sublime, où tendent tous les travaux des vrais et légi- 
« times frères-maçons. » 

Lt'Bques a Capite Galcato riait volontiers des « capu- 
cinades emportées, grotesques et fanatiques )), de ses 
frères, les Martinistes Lyonnais. Mais, quand il veut 
imiter leur genre, il demeure, faute d'habitude, bien 
! nférieur à ses émules. Claude de Saint-Martin. Witter- 



Iv£ RIT PRIMITIF 151 

mo2 et leurs disciples ont une certaine onction. Au con- 
traire, le style, le ton, l'accent, tout est détestable dans 
ce prêche d'un soldat, mieux fait pour manier le sabre et 
le mousquet que le rameau de buis bénit, ou le goupillon. 
Quant à la sincérité, aux sentiments intimes du prê- 
cheur, on pourra mieux en juger, après avoir lu le second 
fragment ; c'est une fière prosopopée. Le morceau pour- 
rait porter pour titre : « Rome ». 

ROME 

« Ville altière et superbe qui dominais d'un pôle à l'autre, 
« qui donnais des lois à tout l'univers, qu'est devenu ton 
« pouvoir ? A quoi tes triomphes t'ont-ils servi ? Le souvenir 
« de ta gloire s'est conservé ; ton nom subsiste encore ; mais 
« il existe seul, et toi, tu n'es plus. 

« Cette autorité redoutée, qui faisait trembler tous les mor- 
« tels, s'est évanouie, et tu ne règnes plus que sur les êtres 
« imbéciles qui ne savent pas apprécier l'infamie de leurs fers, 
« et sur les êtres pusillanimes et plus vils encore, qui ne les 
« rejettent pas. 

« De quel droit voudrais-tu encore conserver l'Empire ? — 
« La bassesse et l'ignorance sont ton apanage ; quelques plai- 
« sirs sensuels et bornés font toutes tes délices et sont l'unique 
« objet de ton ambition. Renonce donc à une suprématie qui 
« est hétérogène à l'état de ton âme, et, puisque par une révo- 
'a lution continuelle, autant qu'universelle, tout change dans le 
« physique, dans le moral, dans l'intellectuel, ne sois point 
« étonnée de voir l'empire, la noblesse, l'activité, l'intelli- 
« gence, passer sous d'autres climats; rends-toi justice, et 
« ploie, de bonne grâce, en attendant que la série des Révo- 
« lutions te rende la faculté de sentir avec énergie, de penser 
« avec sublimité, et de commander à juste titre. » 

Voilà « le fin mot » de ce que YBques pensait de la 
Ville Eternelle devenue le siège des Papes et la maîtresse 
du monde. Le dédaigneux prêcheur ne s'abaisse pas à 
nommer ces Pontifes, ces Rois, ces Pères, qui du haut de 
leur trône dix-huit fois séculaire, veillent sur les desti- 



152 LE RIT PRIMITIF 

nées de l'humanité. C'est à l'antique reine du monde qu'il 
s'adresse : 

Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! 

h'Bques a Capite Galeato fait un pénible effort pour 
se hausser jusqu'au ton des imprécations cornéliennes. 
Sa fureur maçonnique le laisse bien loin du grand tra- 
gique. Mais ces déclamations emportées auront bientôt 
de puissants échos, en deçà et au delà des Alpes. Les 
Piccolo Tigre, les NubiuSj les Mazzini, les Cavour, les 
Gavazzi, tous les chefs, tous les complices de la Haute- 
Vente et du Carbonarisme pourront compter au nombre 
de leurs précurseurs le mystérieux Ëques a Capite 
Galeato. Tandis que soutenu et guidé par ce maître 
expérimenté, le Grand-Orient d'Italie s'organisait puis- 
samment vers 1806, 1807. YBques préparait un livre 
qui devait être comme le testament d'un maçon dont la 
vie avait été consacrée tout entière au triomphe de la 
sainte cause et qui « jusqu'au dernier souffle avait tra- 
vaillé pour elle, à toute éreixte )) (sic). 

Ce livre n'a pas été publié, la mort ayant été plus 
prompte que la main de cet ouvrier infatigable. Mais 
YBques a Capite Galeato avait déjà minutieusement 
décrit, pour inspirer et guider le graveur, l'ensemble et 
les détails de l'estampe qui devait orner le frontispice 
de son ouvrage : 



FRONTISPICE. 

<( Le frontispice présentera un cadre fort simple, dont la 
<( moitié supérieure sera entièrement remplie par un grand 
« voile noir (en hachures croisées"), parsemé d'étoiles blan- 
« ches (à vuide sur le noirL et le mot Mystère, en gros carac- 
tères blancs, au milieu du rideau. Deux corcîons paraîtront 
« enlever ce voile, comme on lève les toiles du théâtre. 

« Quatre génies, placés au bas du Tableau et sur les côtés. 






LE RIT PRIMITIF 



153 



<( tireront avec eftort les deux cordons ; mais ils auront la 

« tête tournée vers leurs trois camarades. 

« La partie inférieure laissera voir l'intérieur d'une loge de 

« francs-maÇons, principalement le tapis maçonnique, et le 

« trône du vénérable. Sur les marches du trône, il y aura trois 

« génies, qui paraîtront parler aux quatre autres, et en même 

« temps rejeter avec le pied, de dessus les marches du trône, 

« un tas de rubans de toutes couleurs, au bout desquels sont 

<(. divers ornements, tels que des croix épiscopaîes, croix de 

« chevalerie, étoiles, épées, soleil, lune, pélican, aigle, globe 

« impérial, clefs, etc. 

« Au-dessous du frontispice, on lit ces mots : Montrons a 

« tous les yeux que nous ne sommes point indignes de la pro- 

« tection du ciel et de la bienveillance des hommes. » 



Ainsi VBques a Capitc Galcato mourra fidèle à son 
idéal Maçonnique : Point de prêtres ; point de rois ; 
point de lois ; point de peuples ; point de frontières ; 
point de ces fastueux grades dont les Sociétés secrètes 
sont comme inondées. Pour commander, quelques chefs ; 
pour obéir, tous les hommes devenus maçons, vivant 
pour la Sainte Maçonnerie, et, par elle rendus 
bienheureux. 



LA FRANC-MACONN ERIK 



ET LA ROYAUTÉ 



CHAPITRE PREMTER 

Les Origines de la Grande Loge. 

Les trois premiers Grands-Maîtres, 






Le Grand Orient de France est le fils de la Grande 
Loge de France. Mais ce fut un fils révolté; longtemps 
en guerre avec sa mère, il ne s'est réconcilié avec elle 
que fort tard (en 1799). 

Voici quelles furent les origines de la Grande-Loge 
d'où le Grand-Orient de France est sorti. Vers l'an- 
née 1725, un Anglais jacobite, lord Derwent-Water } 
remplissait pour la France les fonctions de Grand- 
Maître, bien que le titre ne lui en eût pas été officielle- 
ment reconnu. Paris comptait alors environ six Loges, 
émanées de la Grande-Loge d'Angleterre. En 1736, le 
lord jacobite repassa le détroit et regagna sa patrie. 
Plusieurs années après, saisi, convaincu de conspirer 
contre la dynastie régnante, condamné à mort par les 



iç8 



I.A FRANC-MAÇONNERIE 



juges du roi Georges, lord Derwent-Water fut exécuté. 
Après son départ, les Loges de Paris tinrent une 
assemblée générale pour lui donner un successeur. Un 
maçon fameux, dont les avatars furent singuliers. 
Ramsai. fut nommé orateur et prit la parole au nom 
des* députés. Un autre réfugié anglais, lord cYHanwues- 
ter, fut élu. On lit à son sujet dans Y Acacia, Revue 
mensuelle d'Etudes Maçonniques, juin 191 2. p. 420, 
une note ainsi conçue : 

« Il semble établi que ce lord Harnouester n'a jamais 

« existé. Est-ce une corruption de Derwent-Water? Les ren- 

« seignements de Lalande à ce sujet ont été contestés. Le 

« nom de lord Harnouester a été supprimé en 1910 dans 

« l'Annuaire du G. \ O. \ D. \ F. \ et l'Acacia, dans son nu- 

« méro d'avril 1910, a apporté le texte de la rectification his- 

« torique publiée dans cet annuaire. » 

Le Grand-Orient est d'accord avec Henri Martin. 
Henri Martin ! Très mince autorité ! Henri Martin 
ignore ou veut ignorer tant de choses! A la page 118 de 
son Histoire Pittoresque de la Franc-Maçonnerie, Cla- 
vel rapporte ces mêmes faits sans indiquer ses sources. 

Or. nous avons trouvé les noms des deux lords jaco- I 
bites dans les notes de YEques a Capite Galeato. Xous 
maintenons par suite ces détails. Il ne faut pas oublier j 
que les écrivains officiels de la Maçonnerie retracent 
l'histoire en général et, en particulier, celle de leur 
Ordre, en dénaturant les faits et en les pliant à leur 
système. 

Il est indiscutable par ailleurs que Denvent-AYater, 
Harnouester, le chevalier Maskeline, d'Héguerty, Ram- 
sai, le fameux disciple du pieux archevêque de Cambrai, 
Ramsai, à qui la Franc-Maçonnerie doit tant, et Stuart 
le Prétendant, qui portait le titre de Grand-Maître, n'ont 
jamais été regardés, par les z-rais chefs, que comme ces 
(( bêtes et ces buses » aristocratiques dont la Secte a 
toujours su tirer un merveilleux parti. La Maçonnerie, 






ET LA ROYAUTE 159 

qui se sert de ces pauvres dupes, se réserve le droit de 
Les désavouer et de les rejeter hors de son sein, selon 
les circonstances. 

Il est encore indiscutable que le Régime maçonnique 
des deux lords jacobites ne fut jamais considéré comme 
un établissement émane d'une autorité « légitime ». 

C'est de cette piètre source qu'est sorti le Grand- 
Orient de France. 

A la fin de l'année 1737, le Grand-Maître Harnouester 
retourna lui-même dans sa patrie. Un moment, les 
frères de Paris furent effrayés des menaces du roi 
Louis XV. Fort mécontent des complots politiques 
ourdis à l'ombre des Loges par les Anglais réfugiés ou 
vivant à Paris, ce monarque avait annoncé qu'il ferait 
saisir et mettre à la Bastille le Grand-Maître que les 
Maçons se proposaient de nommer, si l'élu était un de 
ses sujets. Le duc d'An tin fut néanmoins nommé et 
proclamé à la grande fête de la Saint- Jean, le 24 juin 

1738. 

Les foudres royales n'avaient point empêché les 
frères de se réunir, ni le grand-seigneur élu, d'accepter 
la Grande-Maîtrise qui lui était offerte. Louis XV, 
d'ailleurs, ne songea plus à sévir. 

L'historien Henri Martin, au tome XV de son His- 
toire de France, d'une manière fantaisiste, c'est-à-dire 
parfaitement maçonnique, résume les faits que nous 
venons de raconter. 



« En 1738... les Loges Maçonniques se donnèrent pour 
« Grand-Maître un grand seigneur français, le duc d'Antin, 
« puis un prince du sang, le comte de Clermont (1743). Ce 
« haut patronage ne les préserva pas des tracasseries de la 
« police. Le cardinal de Fleuri, ennemi de toute nouveauté, 
« fit fermer les loges des maçons, comme il avait fait fermer 
« le club de l'Entre-sol. Après la mort de Fleuri, le Châtelet 
« continua de rendre sentence sur sentence contre les francs- 



i6c 



LA FRANC-MAÇOXXERIE 



« maçons qui ne s'en multiplièrent que davantage ei qui se 
« répandirent de Paris dans les provinces. » (Tom. xv, p. 400J. 

L'historien renvoie ses lecteurs à l'ouvrage de Cla- 
vel : Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie. Or 
voici tout ce que cet auteur peu suspect a trouvé à con- 
ter sur les persécutions dont la Maçonnerie fut victime, 
à cette époque, dans la capitale : 

« Vers la même époque, les réunions maçonniques éveil- 
ce laient en France la sollicitude des magistrats. Le 10 sep- 
« tembre 1737, le commissaire de police (1) instruit qu'il de- 
ce vait se tenir une assemblée très nombreuse de freys-ma- 
« sons chez Chapelot, marchand de vins, à la Râpée, à l'en- 
« seigne de Saint-Bonnet, s'y transporta, accompagné de 
« Vierzet, exempt de robe courte, et de quelques soldats, 
« dans l'intention de dissoudre l'assemblée. Arrivé sur les 
« neuf heures et demie du soir, il y vit, suivant les termes 
« de son rapport, « un très grand nombre de personnes, la 
« plupart desquelles avaient toutes un tablier de peau blanche 
« devant eux et un cordon de soie bleue qui passait dans le 
« col, au bout duquel il y avait attaché, aux uns, une équerre ; 
« aux autres, une truelle ; à d'autres, un compas, et autres ou- 
« tils servant à la maçonnerie. Les avenues étaient occu- 
« pées par un très grand nombre de laquais et de carrosses, 
« tant bourgeois, de remise, que de louage. 

« Soit que les dispositions qu'il apportait ne fussent pas 
<( bien hostiles, soit que l'affluence qu'il aperçut lui inspirât 
« quelques craintes sur les suites de la rigueur qu'il pou- 
ce vait déployer, Lespinay ne pénétra pas dans le salon où 
« les frères étaient réunis, et il remarqua de loin seulement 
« qu'une table y était dressée et qu'il y avait une grande 
« quantité de couverts. Cependant il crut de son devoir de 
« représenter du moins aux personnes qui lui semblaient 
« faire partie de la société « que de telles assemblées étaient 



(1) Jean de Lespinay 



ET LA ROYAUTÉ l6l 

« prohibées par les dispositions générales des ordonnances 
« du royaume et des arrêts des Parlements ». 

a La plupart de ceux à qui il s'adressa se retranchèrent 
« dans l'ignorance où ils étaient du texte de la loi, et pro- 
<( testèrent qu'en se réunissant ainsi, « ils ne soupçonnaient 
« pas qu'ils fissent rien de répréhensible. » 

« Mais les réponses que reçut le commissaire ne furent 
■« pas toutes aussi modérées : le duc cYAntin, qui survint, le 
<( rudoya violemment et lui ordonna de se retirer. 

« Quelques considérations que pût faire valoir ensuite, pour 
« sa justification, le cabaretier Chapelot, il fut assigné à 
<( l'audience de la Chambre de police du Châtelet du 14 du 
« même mois, où, n'ayant pas comparu, il fut condamné 
a par Hérault, lieutenant de police, à mille livres d'amende. 
« En outre, son cabaret fut muré et demeura fermé pendant 
<c six mois. 

« Toutefois, les maçons n'en continuèrent pas moins leurs 
a assemblées. Hérault se crut alors obligé de sévir contre 
« eux-mêmes. Le 27 décembre 1738, il se rendit en personne 
<( à l'hôtel de Soissons, rue des Deux-Ecus, s'empara de plu- 
« sieurs frères, parmi un plus grand nombre qui célébraient 
« la fête de l'Ordre, et les fit enfermer dans les prisons de 
« For-1'Evêque. 

« Ces mesures ayant été sans effet, la chambre de police 
<( du Châtelet rendit, le 5 juin 1744, une sentence renouve- 
« lant les défenses faitee aux francs-maçons de se former en 
« loges, et interdisant aux propriétaires de maisons et aux 
« cabaretiers de les recevoir, à peine de trois mille francs 
« d'amende. En exécution de cette sentence, le commissaire 
« Lavergée se transporta, le 9 juin 1745, à l'hôtel de Sois- 
<( sons, où des frères étaient occupés à faire une réception. 
« dispersa les membres et saisit les meubles et les ustensiles 
« de la loge. L'hôtelier, nommé Le Roy, fut condamné quel- 
ce ques jours après à une amende de trois mille livres. » 

Toute l'histoire des vexations et des persécutions 
dont la Franc-Maçonnerie aurait été victime se réduit 
à ces incidents qu'Henri Martin n'a même pas tenté de 
reproduire ou de résumer, tant ils lui ont dû paraître 



IÔ2 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



insignifiants. Bien mieux que lui YEqucs a Capitc Ga- 
Icato avait su donner la note juste, lorsqu il écrivit ces 
lignes, que nous avons déjà citées : 

(( La Franc-Maçonnerie, introduite en France par 
(( quelques Anglais, il y a environ cinquante années, y 
(( futf accueillie avec empressement et s'y propagea 
(( même avec plus de sécurité que partout ailleurs. » 

Le duc d'Antiu remplit les fonctions de Grand-Maî- 
tre jusqu'à sa mort, en 1743. 



I 



CHAPITRE II 



La Grande-Maîtrise du comte de Clermont 



Le nouveau Grand-Maître. 






Trois concurrents se disputèrent la charge et se pré- 
sentèrent* aux suffrages de leurs frères : le comte de 
Clermont, le prince de Conti et le maréchal de Saxe. 

Clermont fut élu. Frère cadet de ce prince qu'on 
nommait Monsieur le Duc, petit-collet de sang royal, 
Clermont était abbé commendataire de l'illustre abbaye 
de Saint-Germain-des-Prés. Ces deux tristes descen- 
dants de la maison du grand Condé faisaient mépriser 
en leur personne l'un des noms les plus glorieux et les 
plus révérés de notre histoire nationale. La Franc-Ma- 
çonnerie cherchait et trouvait la grandeur unie au vice : 
la grandeur pour s'en servir comme d'un rempart ; le 



164 LA FRANC-MAÇONNERIE 

vice, pour que la grandeur ne rougît point de venir jus- 
qu'à elle. 

Clermont ne prit jamais au sérieux son titre de Sé- 
rénissime et ne daigna jamais s'occuper activement des 
intérêts de l'Ordre maçonnique. Il s'était contenté, dès 
les premiers jours, de se donner un substitut, le ban- 
quier Baurc, qui gouvernait et administrait la société 
en son nom. A son tour, ce banquier véreux s'inquié- 
tait peu des doctrines et des sublimes secrets de l'Art 
Royal. On l'accusait même de trafiquer, pour accroî- 
tre sa fortune, de l'influence que lui procurait son titre. 



2° Le desordre et l'anarchie. 

Le désordre et l'anarchie s'introduisirent dans les 
Loges. Les aigrefins, les fripons, les marchands de 
cordons accoururent. Les personnes de distinction qui 
jusqu'alors avaient fréquenté les ateliers, les désertè- 
rent en masse, ou s'afilièrent à d'autres Régimes. Les 
vénérables et les officiers furent en majorité recrutés 
parmi les membres de la petite bourgeoisie et jusque 
dans la boutique des simples artisans. On dit que les 
séances étaient néanmoins tenues fort régulièrement et 
que le Conseil de la Grande-Loge tentait de ramener 
partout l'ordre et la discipline. Mais son prestige était 
nul et son autorité fort peu respectée. 

Les vénérables maîtres des Loges parisiennes, sous 
un Sérénissime Grand-Maître qui rappelait le gouver- 
nement des rois fainéants, imitèrent les grands vassaux 
d'autrefois. Ils se rendirent peu à peu indépendants et 
s'attribuèrent le droit de constituer de nouveaux ate- 
liers, soit a Paris, soit dans les provinces. On achetait 
les titres, les grades, les diplômes, les lettres patentes, 
argent comptant. Les ateliers nouvellement constitués 
en établissaient d'autres. Plus la maçonnerie élargissait 



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ET LA ROYAUTE 



^5 



ses cadres, plus se relâchaient les liens qui rattachaient 
ses divers établissements au centre administratif. 



3° Les Mères Loges. 

En 1755, la Grande-Loge débordée, imagina pour 
arrêter le désordre et conjurer un affreux désastre, de 
créer des Mères-Loges, destinées à surveiller dans les 
provinces les petits ateliers turbulents et indisciplinés. 
La mesure, en soi, était excellente. Mais en l'état des 
choses, elle ne fit qu'augmenter le désordre. Bientôt, 
ces Mères-Loges, secouant le joug de la Grande-Loge, 
s'organisèrent en autant d'autorités indépendantes, ou 
se firent affilier à d'autres Régimes. La plupart laissè- 
rent tomber leur correspondance. Et donc, un vent im- 
pétueux d'indépendance soufflait sur la Franc-Maçon- 
nerie. 



4 Rupture avec la Grande-Loge d'Angleterre. 



En 1758, la Grande-Loge, impuissante à faire res- 
pecter son autorité par ses indociles sujets, espéra re- 
conquérir tout le prestige qu'elle avait perdu, en s'in- 
surgeant elle-même contre l'autorité légitime, dont elle 
était l'émanation. Elle se déclara indépendante de la 
Grande-Loge de Londres et à son titre primitif de 
Grandc-Loge-auglaise, substitua le nouveau titre de 
Grande-Loge de France. Elle modifia se constitution et 
arrêta de nouveaux statuts. 

Les Maîtres de Paris étaient déclarés inamovibles. 
On donnait ce nom à tous les vénérables qui présidaient, 
dans la capitale, une Loge régulièrement établie. 

Les Maîtres de Paris, à l'exclusion de tous les Maî- 
tres présidant les Loges de Province, avaient la direc- 
tion et le gouvernement de l'Ordre. 



i66 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



Le pouvoir de juridiction, au premier degré, était re- 
mis à un conseil composé de dix-huit membres, neuf 
officiers et neuf maîtres, formant ensemble l'Assem- 
blée du Conseil. 

Au-dessus était la Loge de communication de quar- 
tier. Cette Assemblée, dont les membres étaient élus au 
scrutin et renouvelés tous les trois ans, était comme 
une cour d'appel investie du pouvoir d'approuver ou de 
réformer les décisions de la chambre précédente. 

Ces deux Assemblées composaient la Grande-Loge 
qui comptait ainsi dix-huit membres de Y Assemblée 
du Conseil, trente membres de la Loge de communica- 
tion de quartier, le substitut du Grand-Maître et, enfin, 
le Grand-Maître lui-même, soit, au total quarante 
membres, autant que l'Académie Française. 

Pour les besoins de la correspondance, et en vue des 
informations à recueillir, sur la vie, les aptitudes et la 
moralité des frères, on créa une Chambre des Dépê- 
ches (bureau des fiches). Elle se composait de quinze 
membres : neuf officiers et six vénérables Maîtres. 

La Grande-Loge connaissait de l'appel de tous les ju- 
gements rendus par les ateliers inférieurs, et percevait 
un tribut annuel sur toutes les Loges et autres établis- 
sements qui relevaient de sa juridiction. 

Remarquons que les officiers, sans exception, étaient 
tenus de solder par une cotisation annuelle l'excédent 
des frais exigés par l'administration générale du Ré- 
gime. Cette cotisation devint extrêmement onéreuse. 
L'un des plus anciens officiers du Grand-Orient, Ba- 
con de la Chevalerie, avouait avoir dépensé 120 mille 
livres pour soutenir cette vaste machine, aussi coûteuse 
que fragile. 

On ne voit pas que l'indolent Grand-Maître ait 
beaucoup contribué à l'établissement de toutes ces ré- 
formes, ni que le pouvoir royal, maigre les dires de 



'.,1!.W 



et LA ROYAUTE 



167 



l'historien Henri Martin, ait sérieusement menacé 
l'avenir de la Maçonnerie. 

5 Le Substitut Lacorne. 



Le vrai danger n'était ni à la cour, ni au Châtelet. Il 
était à l'intérieur : plus le nombre des Frères et des 
Loges allait croissant, plus le désordre grandissait. En 
1761, la Grande-Loge, découragée, épuisée par ses vains 
efforts, constatant son impuissance absolue à ramener à 
elle les dissidents, fatiguée des scandaleux marchan- 
dages de Battre, substitut du Grand-Maître, pria le 
comte de Cl er m ont de désigner un autre représentant. 
Cl e nu ont était aussi incapable de redonner un peu de 
lustre à son Ordre que de mener nos troupes à la vic- 
toire. Choisi par la favorite pour remplacer Richelieu 
à la tête de nos armées d'outre-Rhin, Clermont, brave 
officier mais piètre général, plus au courant des intri- 
gues de boudoirs que des secrets de la stratégie, avait 
obtenu du Saint-Siège de porter les armes, sans avoir 
à renoncer à ses riches bénéfices. 



Le Grand-Maître de Paris fut battu honteusement 



par 



le futur Grand-Maître du Régime Rectifié de la 



Stricte-Observance, le duc de Brunswick, Hques a Vic- 
toria. Le 14 mars 1758, Clermont perdit cinq mille hom- 
mes, assiégés dans Minden, abandonna la Westphalie 
sans combat, repassa le Rhin à Wesel, le 3 avril, et laissa 
onze mille hommes, malades ou prisonniers, entre les 
mains de l'ennemi. Avec des forces supérieures en 
nombre, le prince-abbé perdit, le 23 juin, la bataille de 
Crevelt, qui ouvrait aux armées prussiennes la route 
de Bruxelles. 

Cédant la place au marquis de Contades, Clermont 
revint à Paris. Après avoir rendu grâces au Grand- 
Architecte de l'Univers, qui avait daigné conserver le 
Sérénissime et Très Illustre Grand-Maître à leur ten- 



l68 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

dresse, les Frères, pour célébrer son heureux retour, 
tirèrent à table de bruyantes salves d'artillerie : « Feu. 
feu en l'honneur du Scrcnissiine Frère, notre très illus- 
tre Grand-Maître, Monseigneur le comte de Clernwnt. » 

Le vaincu de Crevelt, remis de ses émotions guer- 
rières, traita les intérêts de la Maçonnerie aussi légère- 
ment que ceux de la France. Peut-être par dérision, 
peut-être par caprice, le comte de Clermont se choisit 
pour substitut, à la place du banquier Baure, un homme 
que la voix publique désignait comme le pourvoyeur de 
ses amours clandestins, le maître de danse Lacorne. 

Les officiers et les Maîtres de Paris, qui composaient 
la Grande-Loge, froissés et furieux d'un choix qui les 
couvrait de ridicule, se regimbèrent. Ils refusèrent una- 
nimement de se rendre aux convocations. Le substitut 
Lacorne, profondément humilié et fort dépité de cet 
accueil, se tourna d'un autre côté. Il recruta de plus 
dociles adeptes dans les cabarets et les tripots ; choisit 
parmi eux ses officiers, et afficha la prétention d'edicter 
de nouvelles constitutions. 



6° La faction Lacorne. Les deux Grandes Loges rivales. 

Il y avait donc deux Grandes-Loges de France. Les 
deux rivales s'excommunièrent mutuellement. Les fou- 
dres, lancées avec fureur de part et d'autre, ne blessè- 
rent personne. Les belligérants couchaient sur leurs 
positions. Le public s'amusait fort de cette guerre intes- 
tine. Quant au comte de Clermont, il paraissait abso- 
lument étranger aux querelles de ses pupilles indisci- 
plinés. 

Cependant, l'année d'après, ému des remontrant 

lui faites, par les vrais membres de la Grande-Loge, il 
consentit à révoquer les pouvoirs du maître de dai 
Lacorne. et lui donna pour successeur un digne fri 
Chaillon de Jonville. Les deux factions parurent un 






ET LA ROYAUTÉ IÔÇ 

moment s'être réconciliées. Mais entre elles aucune en- 
tente durable n'était possible. Le premier parti était 
celui des nobles, des bourgeois influents. Les adeptes 
recrutés par Lac orne, qui formaient le second parti, 
étaient des gens grossiers, des hommes obscurs, la lie 
de la plèbe parisienne. Par leurs manières rustiques ils 
froissaient leurs frères, parfaits hommes du monde, et 
gens de cour pleins de distinction. Les querelles étaient 
fréquentes, car tous ces vilains étaient fort agressifs. 

Enfin, pris de dégoût, les membres du premier parti se 
concertèrent, et, aux élections triennales du 22 juin 
1765, éliminèrent, de tous les emplois et de toutes les 
charges d'officiers, ces intrus égarés dans les ateliers 
de la Maçonnerie très noble et très sainte. Leurs victi- 
mes crièrent, protestèrent, se séparèrent de la Grande- 
Loge et écrivirent contre elle des mémoires injurieux 
qu'ils répandirent à profusion dans le public. La Grande- 
Loge les accusa d'avoir manqué au serment de discré- 
tion, et les excommunia. De nouveaux libelles, plus vio- 
lents encore, répondirent à cet acte. Les exclus ne se 
contentèrent point de protestations verbales ou écrites. 
Le 4 février 1767, faisant irruption dans la salle où les 
membres de la Grande-Loge célébraient la fête de l'Or- 
dre, ils injurièrent les assistants et se portèrent même 
contre eux aux voies de fait les plus graves. Le lieute- 
nant de police dut intervenir pour faire cesser le scan- 
dale ; peu de jours après, il publia une ordonnance qui 
interdisait les réunions de la Grande-Loge. 

Les membres de la faction Lac orne n'étaient pas hom- 
mes à s'embarrasser de scrupules. Mettant à profit le 
silence et l'inactivité, auxquels leurs adversaires, moins 
audacieux, se trouvaient condamnés, ils tinrent les réu- 
nions à l'insu du gouvernement, et s'empressèrent de 
faire savoir aux Loges des provinces qu'à la suite de 
l'ordonnance du lieutenant de police, la Grande-Loge 
avait nommé trois délégués, munis de pleins pouvoirs 
pour correspondre, ériger de nouveaux ateliers, déli- 
vrer des diplômes, faire, en un mot, durant l'intérim, 



tt 



I70 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



tous actes de juridiction. Ces trois délégués étaient, 
disait-on dans la lettre circulaire, les Frères Peny, Duret 
et Lév exilé. 

Il y eut des dupes en grand nombre. Des particuliers 
sollicitèrent des diplômes et les payèrent un bon prix. 
Mais quelques Loges, trouvant, au bas des circulaires, 
des noms de frères qu'on leur avait précédemment 
dénoncés comme excommuniés, avant les incidents de 
1767, conçurent des doutes sur la sincérité des « décla- 
rations contenues en icelles ». Elles demandèrent des 
explications à Paris. Le frère Chaillon de Jonvillc se 
chargea de répondre lui-même et publia, une nouvelle 
fois, la liste de tous les frères excommuniés par l'auto- 
rité légitime. 

Ces derniers, plus furieux que jamais, continuèrent 
de se réunir et poursuivirent leurs menées occultes. Les 
Chapitres de Paris et de nombreuses Loges prirent 
même fait et cause pour eux et accusèrent la Grande- 
Loge d'intolérance. Hors d'haleine, réduite à l'impuis- 
sance, la Grande-Loge essaya d'attendrir le lieutenant 
de police et lui demanda l'autorisation de se réunir. Elle 
n'obtint, hélas ! qu'un refus mortifiant. Elle convoqua 
néanmoins ses membres pour une réunion générale, 
fixée au 28 février 1770. La majorité s'étant abstenue 
d'y paraître, les membres présents furent contraints, 
après avoir beaucoup gémi, de se séparer sans avoir 
délibéré. 

Tout semblait perdu, lorsque la Grande-Loge apprit 
une nouvelle qui lui fit prendre décemment le deuil, 
mais la combla de joie : le comte de Clcrmont, son 
Sérénissime Grand-Maître, était mort (16 juin 1771). 



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CHAPITRE III 



La Paix est rétablie. 



i° Le Duc de Chartres 









Toujours féconds en ressources, les membres de la 
faction Lac orne préparèrent un merveilleux plan de 
restauration et eurent l'incroyable bonheur de le réali- 
ser. Grâce aux bons offices du duc de Luxembourg, ils 
purent parvenir jusqu'au duc de Chartres, lui offrirent 
la Grande-Maîtrise de l'Ordre et le conjurèrent d'ac- 
cepter cette charge, pour le salut de la Maçonnerie expi- 
rante. Ce prince, dont la réputation était déplorable, 
qu'on disait à la cour fort poltron, que la voix publi- 
que accusait, mais, peut-être, à tort, de s'être caché à 
fond de cale, tant qu'avait duré le combat d'Ouessant, 
commençait à cette époque à ressentir pour Louis XVI 
cette haine fatale qui devait le conduire, un jour, jus- 
qu'au Régicide. Le roi venait de lui conférer le titre de 
colonel des hussards, à la place de celui de grand-ami- 



1^2 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

rai auquel Chartres prétendait avoir droit, comme beau- 
fils du duc de Penthièvre, qui en était possesseur. 

Le duc de Chartres accepta l'offre qui lui était faite. 
Il se donna pour substitut le duc de Luxembourg. 

2° Réconciliation. 

Fiers d'avoir à leur tête un prince du sang aussi 
dégagé qu'eux de tout scrupule, les frères exclus pour- 
suivirent, avec une activité fiévreuse, la réalisation de 
leur plan. L'acceptation écrite du duc leur parvient le 
16 juin (1771): ils convoquent, pour le 24, non seu- 
lement leurs amis, mais encore leurs rivaux, c'est-à-dire 
les membres de la vraie Grande-Loge. 

A l'Assemblée générale, qui se réunit, en effet, ce 
jour-là, ils annoncèrent, au bruit des batteries d'allé- 
gresse, le complet succès de leurs démarches, firent 
entrevoir les heureuses conséquences qu'elles pou- 
vaient avoir pour tous les Maçons, et devenus magna- 
nimes dans leur triomphe même, demandèrent à leurs 
adversaires d'oublier le passé, de retirer les excommu- 
nications lancées, et de les recevoir dans la Grande- 
Loge. La paix fut conclue. 

3 Préparation d'une Loge Nationale. 

Dès ce jour, le travail de réorganisation fut mené 
rapidement. Les circonstances exigeaient impérieuse- 
ment une nouvelle forme dans l'administration de 
l'Ordre. Vainqueurs enfin, grâce à leur ténacité, les 
anciens exclus se sentirent d'autant plus forts que leurs 
nobles adversaires de la veille se montraient plus surpris 
de ce brusque revirement de la fortune. A l'instigation 
des partisans de Lacorne, les Chapitres, qui avaient 
pris parti pour les excommuniés, sommèrent la Grande- 
Loge de les reconnaître, promettant d'ailleurs de n'avoir 
point d'autre chef, à l'avenir, que le Sérénissime Grandi 
Maître, Mgr le duc de Chartres. Leur réclamation, pré* 



ET LA ROYAUTE 



l 7Z 



sentée et appuyée par le duc de Luxembourg, fut 
agréée. Un membre proposa de s'occuper de la réforme 
des abus et d'appeler toutes les Loges du Régime à con- 
courir aux futures délibérations. Après des débats fort 
animés et même tumultueux, la motion fut votée. Huit- 
commissaires furent désignés pour s'occuper de ce dif- 
ficile travail. Ils appartenaient en majorité à l'ancien 
parti des exclus. 

Pendant six mois, les huit commissaires examinè- 
rent divers projets, élaborèrent de nouveaux Statuts, 
préparèrent, en un mot, toutes les questions sur les- 
quelles la future Assemblée serait invitée à délibérer. 
Ils lancèrent en même temps d'éloquentes circulaires, 
où ils conjuraient toutes les Loges, qui dépendaient du 
Régime, de venir au secours de la Maçonnerie en danger 
et d'envoyer des députés pour concourir aux opérations 
de la Grande-Loge nationale, conjointement avec ses 
officiers. 

4° Les Députés à Paris. 



Près de quatre-vingts députés arrivèrent à Paris ; ils 
représentaient trois ou quatre cents loges. Parmi eux. 
nous distinguons de Bouclas, du régiment de Vivarais : 
le comte de Buzançois, du régiment d'Hainaut ; le che- 
valier de Champeaux, représentant Sedan, Régiment 
Dauphin et Dragons : le marquis de Clermcnt-Ton- 
nerre, représentant Besançon, Dôle, Grey, Lons-le-Saul- 
nier, Luxeuil, Poligny, Salin; Datessen, du régiment de 
Waldener ; le chevalier Destours, du régiment d'Hai- 
nault ; le comte d'Ossuu, représentant Carcassonne ; le 
marquis de Fit::-James ; le chevalier de Plexenvïlle, du 
régiment d'Hainault ; Guillotin. représentant Angou- 
lême, Alontauban, Toulouse ; l'abbé Jossot, représentant 
Carcassonne ; Labady, député de vingt-sept loges, parmi 
lesquelles quatre de Perpignan ou du Roussillon, An- 
gers, Clermont-Ferrant (sic), Guadaloupe (sic), Poi- 
tiers, Romans, Rouen, Thiers et réoiment de YYalde- 



I 74 



EA FRANC-MAÇONNERIE 



ner ; La Croix, du régiment de Lyonnais ; Lamavque 
V Américain, député des loges de Saint-Domingue ; le 
duc de Lauzun ; Le Lorrain ; l'abbé Lucas de Boulain- 
villiers ; le chevalier de Luxembourg ; de Narboud, de 
Saint-Domingue ; le comte de Pcrigny ; le prince de 
Pignatclli ; Pingre, chanoine et bibliothécaire de Sainte- 
Geneviève, chancelier de l'Université de Paris, de l'Aca- 
démie des Sciences, vénérable de la Loge de l'Etoile 
polaire de l'Orient de Paris et député des Loges de 
l'Heureuse Rencontre, de Brest, 4 et de Saint-Louis, du 
régiment de Guyenne ; Prost de Larry, de Saint-Domin- 
gue; l'abbé Raymond, député de Valence, en Dau- 
phiné ; le prince de Rohan-Gucineuce ; le baron de 
Ros, capitaine de dragons au régiment de Custine, 
député de Perpignan ; l'abbé Rosier, chanoine de 
l'Eglise de Lyon, de l'Académie Royale des Sciences, 
Beaux-Arts et Belles-Lettres de Lyon, de Villefranche, 
de Dijon, de Marseille, de la Société Impériale de phy- 
sique et de botanique de Florence, de la Société Econo- 
mique de Rome, des Brfreaux d'Agriculture de Lyon, 
de Limoges, d'Orléans, ancien Directeur de l'Ecole 
Royale de Médecine Vétérinaire, député de Loges de 
Bordeaux, de Lyon, de Metz, de Montauban et de 
Reims ; Savalette de Langes ; le marquis de Seigncley ; 
le marquis de Saisseval ; le comte de Stroganoff, repré- 
sentant de toutes les Loges de la Franche-Comté ; le 
marquis de la Toitr-du-Pin-Montauban, député de Car- 
cassonne ; le baron de Toussainet ; le chevalier de Tou- 
zart, député du Corps du Génie de Mézières ; le duc de 
la Trémoille; Varennc de Béost; Wiïïermoz, de Lyon. 
Ce fut un véritable Couvent. Les députés des pro- 
vinces se firent connaître, montrèrent leurs pouvoirs et 
se mirer,! au travail. Les réunions se tinrent à l'hôtel de 
Chaulnes, sous le maillet du duc de Luxembourg. Du 
5 mars au 26 juin 1773, nous comptons quinze Assem- 
blées solennelles, dont nous rendrons un compte assez 
rapide, bien que fort exact, d'après les procès-verbaux 
que nous avons sous les veux. 






CHAPITRE IV 
Les Séances de la Loge Nationale. • 

PREMIÈRE SÉANCE, LE 5 MARS. 

Lecture fut faite aux représentants des provinces 
d'un projet de deux premiers chapitres de nouveaux 
Statuts, arrêtés par l'es huit Commissaires nommés par 
les Maîtres de Paris. 



DEUXIÈME SÉANCE, LE 8 MARS. 

Assemblés, pour la seconde fois, le 8 mars, les repré- 
sentants des provinces confirmèrent, par acclamation, 
la nomination faite, le 24 juin 1771, par les Maîtres 
de Paris, du Sêrénissime Frère Duc de Chartres, pour 
Grand-Maître, et du Très Illustre Frère, Duc de Luxem- 
bourg, pour Administrateur-Général. 



, 



176 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



Au cours de cette séance, les représentants nomma- 
ient trois députés, (( pour se joindre à cens qui seraient 
<( nommés de la part des Maîtres de Paris, pour faire 
« part à ees respectables Chefs de leurs confirmations, 
(( et les prier d'accepter les fonctions de leurs charges 
(( respectives )). Ils arrêtèrent ensuite de s'occuper, 
conjointement avec les Frères de Paris, du bien géné- 
ral de l'Ordre. 



TROISIÈME SEAXCE, LE 9 MARS. 



Le lendemain, 9 mars, le corps des Députés des pro- 
vinces se réunit, sous le maillet du Duc de Luxembourg 
aux Commissaires nommés par les Maitres de Paris. 

Et d'abord, l'Assemblée se proclame seul et unique 
Tribunal de l'Ordre, sous le titre distinctif de Graxde- 
Loge Nationale de France, en laquelle se réunissait, 
en ce moment, la plénitude des pouvoirs dans l'Ordre. 

Il fut ensuite arrêté de députer sept Commissaires, 
présidés par AI. le duc de Luxembourg, pour faire part 
au Sérénissimc Frère Duc de Chartres de son élection 
et lui demander son acceptation. Voici les noms de ces 
députés : Le Très Illustre Frère. Duc de Luxembourg 
le comte de Buzançois, Bacon de la Chevalerie. Ricard 
de Bcgnicourt, Baron de Toussainct, de la Lande, Bru- 
ne te au. 

Enfin, les membres de l'Assemblée arrêtèrent le pro- 
jet de deux premiers chapitres de nouveaux Statuts, 
sous la réserve de l'interprétation à faire par des règle- 
ments, et nommèrent neuf Commissaires pour ladite 
interprétation. Voici les noms de ces respectables Com- 



missaires 
1 



Comte de Buzançois, Bacon de la Chevalerie, Che- 
valier de Champeaux. Ricard de Bcgnicourt, de Ban- 
das, Marin, Baron de Toussainct, de la Lande. Brune- 
teau. — Au mois de juin (le 2), on leur adjoignit trois 



ET LA ROYAUTE 



l 77 



autres Commissaires : Marquis de Tonnerre, Varenne 
de Béost, Leroy. 

QUATRIÈME SÉANCE, LE 7 AVRIL. 

Une grande agitation régnait parmi un certain nom- 
bre de Maîtres de Paris. L'Assemblée avait porté la 
main sur leurs privilèges les plus chers. Le projet de 
deux premiers chapitres de nouveaux Statuts, qui avait 
été renvoyé à l'examen des neuf Commissaires, suppri- 
mait purement et simplement l'inamovibilité des véné- 
rables .Maîtres. Quelques députés avaient porté contre 
eux les accusations les plus graves. Les récentes haine? 
étaient encore mal éteintes. Les orateurs, préludant à 
cette phraséologie creuse, mensongère, mais retentis- 
sante, qui devait avoir en France de si heureuses desti- 
nées, avaient soutenu que la Sainte Assemblée, réunie 
sous le maillet du Très Illustre Frère le duc de Luxem- 
bourg, tenait ses pouvoirs de la nation elle-même, qui les 
avait choisis, pour extirper les abus et faire régner 
l'égalité. 

Dans l'intervalle des deux séances, du 9 mars au 
7 avril, on disputa et l'on intrigua ferme. Les Maîtres 
de Paris, formant cinq divisions, exigèrent que l'As- 
semblée reçut dans son sein quatorze députés, nommés 
par eux et chargés de leurs pouvoirs, pour les repré- 
senter à la Grande-Loge Nationale. Nous avons retrouvé 
le tableau des cinq Divisions et les noms des députés ; 

Première Division. 

Vingt vénérables Maîtres : trois députés : De Mery- 
Darcy, Leroy, Mangean. 

Deu sic me Division. 



Quinze vénérables Maîtres ; deux députés : Regnard. 
Gouillard. 



■ 



i 7 8 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



Troisième D h ision . 



Onze vénérables Maîtres ; trois députés : Richard. 
Joubert de la Bourdinière, le comte de Jagny. 

Quatrième Division. 

Quatorze vénérables Maîtres ; 3 députés : Hérault, 
Packault, Théolon. 

Cinquième Division. 

Vingt vénérables Maîtres ; trois députés : Gerbier, 
Martin. Caseuil, le jeune. 

Le Frère Baron de Toussainct fut nommé Secrétaire 
Général d'Office de la Grande Loge Nationale. 



CINQUIEME SEANCE, LE 14 AVRIL. 

Les Vénérables de Paris exigent que la Grande Loge 
Nationale s'adjoigne les trois députés élus par les Maî- 
tres formant la cinquième division. 

SIXIÈME SÉANCE, LE 17 AVRIL. 

Lecture du premier Chapitre des Statuts, réformé par 
les Commissaires ; acclamation de cette réforme. 

SEPTIÈME SEANCE, LE 22 AVRIL. 



Lecture du second Chapitre des Statuts, approuvé en 
partie. 

(( Une forme toute nouvelle d'administration exigeait 
(( une nouvelle nomination d'Officiers ; cette opération 
« aurait pu devenir l'écueil de l'harmonie et exciter des 



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ET IvA ROYAUTE 



179 



« mécontentements ; la Grande Loge Nationale crut 
(( trouver dans la prudence et la sagesse de son Très 
« Illustre Administrateur Général, le duc de Luxem- 
« bourg, le moyen sûr d'éviter ce danger » ; elle lui 
déféra donc, pour cette fois, la nomination de la tota- 
lité des Officiers. 



HUITIEME SEANCE, EE 24 MAI. 

Le Frère Savalette de Langes, de la Loge des Amis- 
Réunis, prononça un discours. Il apprit à l'Assemblée 
que le Frère Chaillon de Jonville, ancien substitut géné- 
ral du Sérénissime Grand-Maître, jeu le Comte de Cler- 
mont, l'avait chargé de faire savoir qu'il reconnaissait 
le duc d? Chartres pour Grand-Maître et le duc de 
Luxembourg pour Administrateur Général, et qu'il 
offrait sa démission, sous condition d'obtenir des lettres 
de substitut honoraire. 

Le procès-verbal se tait sur les suites données par 
l'Assemblée à cette communication officielle. Nous 
croyons que les représentants passèrent purement et 
simplement à l'ordre du jour. 

En conséquence on donna lecture du premier Cha- 
pitre des Statuts, qui fut définitivement arrêté par 
acclamation. 



NEUVIÈME SÉANCE. LE 28 MAI 



Cette réunion fut une des plus solennelles, des plus 
gaies et des plus bruyantes. La Grande-Loge Natio- 
nale procéda, par la voie du scrutin, à l'élection de son 
Grand-Conservateur. Le Très respectable, Très véné- 
rable et Très cher Frère Paul-Etienne-Auguste de Beau- 
villicrs, Comte' de Buzançois, Grand d'Espagne de la 
première classe, colonel d'infanterie, orateur de la Loge 



i8o 



LA FRAXC-MAÇONNERIE 



de Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg, fut élu, 
proclamé et mille fois acclamé. 

Cette élection fut suivie de la nomination et de la 
proclamation des quinze Officiers d'Honneur, choisis 
par le duc de Luxembourg. Il est intéressant de connaî- 
tre tous ces personnages. Tous sont décorés du titre de 
Très respectables. 

i° Représentant du Grand-Maître : 

Frère le Prince de Rohan-Gucmcnée, capitaine-com- 
mandant de la Compagnie des gens d'armes du Roi, 
Mestre-de-Camp de Cavalerie, second surveillant de la 
Loge Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg. 

2° Premier Grand-Surveillant : 

Frère Anne-Paul-Emmanuel de Montmorency, Che- 
valier de Luxembourg, capitaine des Gardes-du-Corps 
de Sa Majesté, Mestre-de-camp de cavalerie, premier 
surveillant de la Loge de Saint-Jean de Montmorency- 
Luxembourg. 

3° Deuxième Grand-Surveillant : 

Frère le duc de Lauzun, colonel d'infanterie, capi- 
taine aux Gardes-Françaises, secrétaire de la Loge de 
Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg. 

4° Grand-Orateur : 

Frère Jean- Jacques Bacon de la Chevalerie, colonel 
d'infanterie, Ex-Maître de la Loge Militaire Saint-Jean 
de Lyon. 



- o 



Grand Secrétaire 



Frère Louis-Jean-Baptiste, marquis de Scigneley, 
Brigadier des Armées du Roi, colonel du Régiment de 
Champagne, Maître des cérémonies de la Loge de Saint- 
Jean de Montmorency-Luxembourg. 



igmm 



£T i*a royauté 181 

6° Grand- Roi d'Armes : 

Frère Jean-Bretagne, duc de la Trémoille et de 
ThouarSj prince de Tarent a, pair de France, maréchal 
des camps et armées du Roi, membre de la Loge Saint- 
Jean de Montmorency-Luxembourg. 

y Grand Expert : 

Frère le Prince de Pignatelli, Grand d'Espagne, de 
première classe, Mestre de camp de Dragons. 

8° Grand Garde des Sceaux : 

Frère Anne-Emélie-Jean-Baptiste, vicomte de 
Ronairft, colonel d'infanterie, membre de la Loge de 
Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg. 

9° Grand Trésorier : 

Frère Pierre-Catherine Giraud Destours, chevalier de 
l'Ordre Royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant- 
colonel d'infanterie, Trésorier de la Loge de Saint- 
Jean de Montmorency-Luxembourg. 

io° Grand Garde des Archives : 

Frère Adrien-Jeân-Charles, chevalier de Launey, co- 
lonel d'infanterie, officier major des Gardes-Françaises, 
Maître d'Hôtel de la Loge de Saint-Jean de Montmo- 
rency-Luxembourg. • 

1 1 ° Grand Architecte : 

Frère le comte d'Ossun, Grand d'Espagne, de la pre- 
mière classe, colonel d'infanterie. 

12° Grand Introducteur : 

Frère le Marquis de Clermont-T onnerrc , Mestre-de- 
Camjp de cavalerie. 

13 Grand-Maître des Cérémonies : 

Frère le marquis de Fitz-Jctmcs, brigadier des armées 



182 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



du Roi, colonel d'infanterie, Grand-Expert de la Loge 
de Saint-Jean de Montmorency. 

14 Grand-Hospitalier : 

Frère comte de Périgny, membre de la Loge de Saint- 
Jean de Montmorency. 

15 Grand- Aumônier : 

Frère Marquis de Bréqueville, maréchal des camps 
et armées du Roi. 

On remarquera que 1* Administrateur-Général, duc de 
Luxembourg, choisit la plupart de ses Officiers d'Hon- 
neur parmi les membres de la Loge qu'il avait fondée 
lui-même, et qui portait son nom. Tous ces maçons, 
épris d'égalité, se montrèrent ravis de ce choix ; le 
Grand-Orient, à son origine, tenait à se parer des plus 
beaux noms de France, pour attirer à lui un plus grand 
nombre d'adeptes. 

DIXIÈME SEANCE, LE 2 JUIN. 

Confirmation de la nomination des Officiers, déférée 
au Très Illustre Administrateur-Général. 

Lecture du second Chapitre des Statuts, définitive- 
ment arrêté. 

ONZIÈME SÉANCE, LE 7 JUIN. 

Confirmation authentique des premiers Chapitres des- 
Statuts, arrêtés définitivement dans les Assemblées des 
24 mai et 2 juin. 



DOUZIÈME SÉANCE, LE 14 JUTX. 

En vue d'apaiser les Maîtres de Paris, furieux de se 
voir privés de leurs ancienires prérogatives et de ce 



ET LA ROYAUTÉ 183 

titre de Présidents inamovibles, qu'ils avaient payé à 
beaux deniers comptants, et dont ils retiraient des pro- 
fits, considérés comme légitimes jusqu'à ce jour, les 
membres du Convent cherchèrent du moins à panser les 
cruelles blessures faites à l'amour-propre de ces respec- 
tables maîtres et présidents. C'est à trouver le baume 
que fut consacrée la majeure partie de la séance du 
14 juin. Nous citons, presque in-cxtcuso, l'extrait du 
procès-verbal de l'Assemblée de ce jour : 

« Cejourd'hui, quatorzième jour du quatrième mois 
(( de l'an de la vraie lumière sept-cinq-mil cent-soixante- 
« treize (sic) (5773), ^ a Grande-Loge Nationale, régu- 
« lièrement convoquée et ouverte, etc., sur les repré- 
« sentations faites par les Maîtres, auxquels jusqu'à ce 
(( jour ont été délivrées des constitutions personnelles, 
« en ce qui concerne l'Article IV de la Section I re , du 
« premier Chapitre des Statuts, déroge auxdites consti- 
<( tutions personnelles, et rend aux Loges l'exercice du 
(( droit de se choisir, aux époques qui seront fixées par 
(( les règlements, chacune un autre Maître, il a été, par 
<( la Loge Nationale, statué que ledit Article sera exé- 
« cuté selon sa forme et teneur ; et cependant, pour 
<( conserver auxdits Maîtres porteurs des constitutions 
<( personnelles des marques qui les distinguent de la 
<( classe ordinaire des Maçons, dans laquelle l'amovi; 
<( bilité de la Maîtrise de leurs Loges peut les faire ren- 
« trer, a été arrêté que le pourvu de Constitutions per- 
« sonnelles qui a actuellement une Loge formée, pourra 
« y conserver le titre d'ancien Maître et Fondateur, s'il 
<( l'est, en effet, après néanmoins qu'elle aura été 
<( réconstituée (sic) inamovible, et qu'elle aura rem» 
«bourse à son Maître ce qui pourrait lui être dû, tant 
(( pour le prix des Constitutions à lui personnelles, dont 
(( il lui cédera le titre distinctif et le rang d'ancien- 
<( neté, que pour les dépenses qu'il aurait pu faire 
<( pour les meubles et bijoux de la Loge : et le titre 
<( d'ancien Maître et Fondateur de ladite Loge sera 



i8 4 



LA FRAXC-MACOXXERIE 



(( mentionné dans les nouvelles Lettres qui lui seront 
« accordées sous le même titre, et à la même date que 
a les constitutions personnelles. 

« Qu'il pourra être promu à l'Office de Maître amo- 
« vible de ladite Loge, sans qu'on puisse l'y charger 
(( d'aucun autre Office, que de son consentement. 

« Que dans le cas où il ne sera pas élu Maître, il aura 
« constamment la séance immédiatement après le Mai- 
« tre en exercice : et. dans le cas d'absence dudit Mai- 
ce tre en exercice, il présidera la Loge par préférence à 
« tous autres, même aux Ex-Maîtres et Surveillants. 

« Qu'il pourra porter sur la bavette de son tablier le 
(( bijou de Maître, brodé 

u Que le pourvu de Constitutions personnelles, qui 

(( n'a pas de Loge formée, sera tenu de s'agréger à 

(( une Loge pourvue de constitutions nouvelles, dans 

(( laquelle il jouira des privilèges ci-dessus, même de 

« celui de pouvoir y être élu Maître : à la réserve qu'il 

(( ne pourra y présider qu'en leur absence, et même en 

(( celle de Surveillants, à moins que par délibération 

« particulière, la Loge ne lui confère le privilège d'y 

« présider les Surveillants. 

« A statué que tout pourvu de Constitutions person- 

« nelles qui. sans avoir de Loge, ne s'agrégera à au- 

(( cune. sera réputé abdiquer la qualité de Maître ; et, 

a comme tel, l'Assemblée le déclare Maître irrégulier. 

(( inadmissible, comme Visiteur, en cette qualité dans 

(( aucune Loge, régulière : pourra cependant être ré] 

(( bilité, par son agrégation a une Loge régulière. 

« celle agrégation s'opère dans les trois années de ce 

o jour » 



La matière ayant été mise en délibération et p: 
au scrutin, l'amovibilité fut prononcée sur le concours 
de vingt-sept voix contre six. 



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ET LA ROYAUTÉ 185 

TREIZIÈME SÉANCE, LE 21 JUIN. 

Le Secrétaire Général, frère le baron de Toussainct, 
est chargé de faire imprimer les trois premiers Chapi- 
tres des Statuts, dont le troisième a été définitivement 
arrêté dans cette Assemblée. 

QUATORZIÈME SÉANCE, LE 24 JUIN. 

Après plusieurs mois de persévérants efforts, la Grande 
Loge Nationale de France touchait presque le but et 
arrivait, enfin, au terme de ses importants travaux. La 
Grande Fête d'été de l'Ordre Maçonnique allait lui per- 
mettre de porter jusqu'aux cieux et le succès de ses opé- 
rations et le zèle de son Très Illustre Administrateur 
Général. Elle tint, ce jour-là, une Assemblée de table. 
Voici en quels tenues, remplis d'émotion, le Baron de 
Toussainct, secrétaire général du Grand-Orient, fit part 
aux Frères de Paris, des provinces et des îles, des splen- 
deurs et des réjouissances de cette solennité : 

« Cette Fête fut donnée, par le Très-Illustre Administra' 
« teur Général à toute la Grande-Loge Nationale, le 24, jour 
« de la Saint-Jean, fête générale de l'Ordre, qui jamais 
« n'avait été célébrée avec tant de pompe, de magnificence et 
<( d'éclat. Il s'y trouva, par un hasard singulier, mais d'un 
« augure favorable pour la Maçonnerie, QUATRE- VINGT- 
<( UN Maçons. 

« C'est aujourd'hui, dit le Frère Orateur, le jour qu'un 
« usage ancien et respectable a consacré dans notre Ordre 
« pour la réunion la plus générale et la plus solennelle des 
« Maçons de chaque Orient particulier; mais la Fête qui 
« nous rassemble, est la première où l'on ait vu tous les Ma- 
<( çons de France représentés par des députés de toutes les 
« parties de ce vaste Royaume, et même du Nouveau-Monde. 
« Celui à qui nous devons cette satisfaction, après avoir été 



i86 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



a le restaurateur de nos travaux, la source de notre gloire, 
« le protecteur et le guide de nos opérations, a voulu être 
« encore l'auteur de nos plaisirs. Il donne à notre réunion 
« tous les agréments que produit la magnificence, la géné- 
« rosité et le goût, tout l'éclat qui accompagne le rang le 
« plus illustre, toute la joie qu'inspire le triomphe des plus 
« puissants obstacles, toute la confiance d'une fraternité dont 
« il est le lien. 

« Nos frères des Provinces avaient été convoqués pour la 

« cérémonie la plus brillante de notre Ordre (sans doute 

« l'installation du Grand-Maître) ; ils auront assisté du moins 

« à celle qui était la plus propre à en donner une juste idée; 

« ils auront vu tout ce que la Maçonnerie présente de plus 

« éclairé, de plus actif, des Frères distingués par leur nais- 

« sance, par leur réputation dans les séances ou par les ser- 

« vices militaires, rassemblés autour d'un Chef qui réunit 

« lui-même tous ces titres de gloire, avec tous les droits qu'il 

« a acquis sur nos cœurs... 

« Dans ce jour, ou plutôt dans ce moment même, où cent 
« mille Maçons, répandus sur les deux hémisphères, réunis- 
« sent leurs voix et leurs acclamations pour former des 
« vœux en notre faveur, nous allons leur répondre par les 
« signes les moins équivoques de notre joie; et nous leur 
« apprendrons bientôt quel est le digne Chef à qui nous rap- 
« portons et la source de notre bonheur et Fhommage de 
« notre reconnaissante. 

« Ce fut dans ces dispositions de joie et de fraternité que 
« l'on tira , au son des instruments, et au bruit des décharges 
« multipliées, la santé du Roi, celle du Sérénissime Grand- 
« Maître, du Très-Illustre Administrateur-Général, de la 
« Grande-Lcge, de tous les Maîtres de Loges du Royaume, 
« et de vous tous v nos Très chers Frères, que nous suppo- 
« sons animés du même zèle, et dont l'attachement pour 
« l'Ordre qui nous unit augmentait la tendre effusion avec 
« laquelle chacun de nous se livrait à de si délicieux senti- 
« ments. 

« Plusieurs discours, qui furent prononcés dans ce Ban- 
« quet, annoncèrent les dispositions de tous ceux qui 



ET LA ROYAUTÉ 



187 



« taient à cette Fête, et la prolongèrent fort avant dans la 
« nuit. » 



QUINZIÈME ET DERNIÈRE SÉANCE, LE 20 JUIN. 



Lecture fut donnée du quatrième Chapitre des Sta- 
tuts, qui fut définitivement arrêté ; et son impression 
ordonnée. 



■H» 



CHAPITRE V 



La Constitution du Grand-Orient de France. 



i° Le Titre des Statuts. 



Il sera non moins instructif qu'intéressant, d'étu- 
dier les ressorts et les rouages compliqués de cette 
grande machine qui fonctionna jusqu'à la Révolution. 
La Grande Loge était complètement restaurée et comme 
remise à neuf. L'Ordre était constitué sur des bases 
toutes nouvelles. Pour mieux comprendre son organi- 
sation, prenons en mains les Statuts arrêtés par le 
Convent. 

En tête, un titre fabuleux : Statuts de l'Ordre. 
Royal de ta Franc-Maçonnerie en France. 

Ce titre pompeux tendait à créer une équivoque. Les 
rédacteurs semblaient vouloir faire entendre qu'il n'y 
avait en France qu'un seul Corps Maçonnique légitime 
et que cette Institution était présidée par la Grande 



igo 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



Loge Nationale de France au Grand-Orient. Les pro- 
fanes s'y trompent, et bien des historiens même s'y sont 
laissés prendre. Le supposer après eux serait ignorer la 
vraie histoire. Nous verrons que le Grand-Orient eut 
toujours à compter avec des Régimes rivaux, et surtout 
avec des Puissances maçonniques bien plus fortes que 
lui, et auprès desquelles il fut toujours bien peu de 
chose. 



2° Division des Statuts. 

Ces fameux Statuts, comme nous l'avons appris déjà 
par la lecture des procès-verbaux, sont partagés en 
quatre Chapitres : 

Chap. I or : De la Constitution de l'Ordre ; 

Chap. II : Des Elections et Nominations des Officiers de 
la Grande-Loge de France; 

Chap. III : Des Assemblées de l'Ordre; 

Chap. IV : Des fonctions des Officiers. 



3° Le Chapitre premier 

Le Chapitre premier : De la Constitution de l'Ordre, 
•est de beaucoup le plus important. Il comptait huit sec- 
tions : 

Première Section. — Du Corps Maçonnique ex France. 



i° Le Corps de l'Ordre Royal de la Franc-Maçonnerie, 

sous le titre de Corps Maçonnique de France, sera com] 
des seuls Maçons Réguliers, reconnus pour tels par le Grand- 
Orient. 



ET LA ROYAUTE 



ICI 



2° Le Grand-Orient de France ne reconnaîtra désormais,, 
pour Maçons Réguliers, que les seuls membres des Loges 
Régulières. 

3 Le Grand-Orient ne reconnaîtra désormais pour Loges 
Régulières que celles qui seront pourvues de Constitutions 
accordées ou renouvelées par lui ; et il aura seul le droit d'en 
délibérer ; 

4 Le Grand-Orient de Franee ne reconnaîtra désormais, 
pour Vénérable de Loge que le Maître élevé à cette dignité 
par le choix libre des membres de sa Loge. 

5 Le Corps Maçonnique de France sera représenté au 
Grand-Orient par tous les Vénérables en exercice ou Députés 
des Loges. 



II e Section. 



Du Grand-Orient de France. 



i° Sa composition : Le Grand-Orient sera composé de la. 
Grande-Loge et de tous les Vénérables en exercice, ou Dé- 
purés des Loges, tant de Paris, que des Provinces, qui pour- 
raient s'y trouver lors de ses Assemblées. 

2° Son siège : Le Grand-Orient de France sera toujours 
invariablement fixé à Paris. 

3 Droit de législation : Le Grand-Orient aura seul le droit 
de législation dans l'Ordre. 



III e Section. — De la Grande-Loge de France. 



1 Sa composition : La Grande-Loge sera composée de yy 
membres. Savoir : 



Trois Grands Officiers, 
Quinze Officiers d'Honneur, 
Quarante-cinq Officiers en exercice, 



IÇ2 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Sept Vénérables en exercice et sept Députés des Loges 
des Provinces, et de tous les Officiers Honoraires 
du Grand-Orient. 

2 ) Grands-Officiers : 

Le I er : le Grand-Maître, 

Le 2° : l' Administrateur-Général, 

Le 3 1 ' : Le Grand-Conservateur. 

3 ) Officiers d'Honneur : ceux que nous avons déjà fait 
connaître plus haut : le Représentant du Grand- 
Maître, le premier Grand-Surveillant, etc. 

4 ) Quarante-cinq Officiers en exercice : 

Trois Présidents, 

Trois Premiers Surveillants, 

Trois Orateurs, 

Un Vérificateur général, 

Un Secrétaire général, 

Deux Secrétaires particuliers, 

L T n Garde des Sceaux, 

L~n Garde des Archives, 

Trois Maîtres des Cérémonies, 

L'n Architecte, vérificateur de la Caisse, 

Un Trésorier, 

Vingt-deux Experts. 

5 ) Objet de ses Assemblées : Il sera rendu compte à la 
Grande-Loge de France, par les Orateurs, des opérations res- 
pectives de leurs Chambres. 



IV Section. — De la Loge de Conseil. 



i° Sa composition : La Loge de Conseil sera composée de 
trente-six Officiers. Savoir : 

Les trois Grands-Officiers; 

Six Officiers d'Honneur, à tour de rôle, suivant l'ordre 
■du Tableau; 



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ET LA ROYAUTE 193 

Les sept premiers Officiers en exercice de la Chambre 
d'Administration ; 

Deux des autres Officiers de la même Chambre, à tour de 
rôle, suivant l'ordre du Tableau. 

Les Présidents, Orateurs et Secrétaires des deux autres 
Chambres ; 

Enfin, six autres Officiers de chacune des dites Chambres, 
à tour de rôle, suivant l'ordre des Tableaux; 

Et Ae tous les Officiers Honoraires du Grand-Orient. 

2° Sa juridiction: La Loge du Conseil connaîtra, en der- 
nier ressort, des décisions qu'aura rendues chacune des trois 
Chambres. 



V e Section. — Du Gouvernement de l'Ordre. 

Le Gouvernement de l'Ordre sera administré par trois 
Chambres. 

Savoir : 

La première, la Chambre d'Administration ; 

La seconde, la Chambre de Paris ; 

La troisième, la Chambre des Provinces. 

Pour rompre la monotonie de cette analyse, il nous 
a paru intéressant de joindre ici, au texte des Statuts, 
les noms des Frères qui furent les premiers titulaires 
de ces emplois. Ce sont des renseignements fort pré- 
:ieux pour l'histoire générale. Il n'est pas sans utilité 
jtie nos lecteurs les trouvent ci-dessous commodément 
"assemblés. 

VF Section : De la chambre d'administration 

i° Sa composition: La Chambre d'Administration sera 
omposée de vingt-un officiers, savoir: 



194 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Les trois Grands Officiers et trois officiers d'honneur, à 
tour de rôle. Nous connaissons déjà leurs noms. 

Un Président. Jean-François de Mery-Darcy, Directeur 
de la Compagnie des Indes, vénérable de la Loge de la Paix 
de l'Orient de Paris, nommé le 14 juin 1773. 

Un Premier Surveillant : Auguste-Louis-Fidèle-Armand, 
comte de Lespinasse-Lan jeae, cclonel d'infanterie, nommé le 
12 juillet 1773, député de la Loge de la Parfaite Union du 
Puy, en Velay. 

L'n second Surveillant: Joseph- Alphonse Daubcrtin. con- 
seiller du Roy, greffier-commis en chef du Conseil d'Etat 
Privé, et caissier de l'artillerie et du génie, nommé le 12 
juillet 1773. 

Un Orateur : Jérôme de la Lande, de l'Académie Royale des 
Sciences, Avocat au Parlement de Paris. Lecteur royal en 
Mathématiques, Censeur Royal, Membre de l'Académie de 
Londres, de Pétersbourg, de Berlin, de Stockholm, de Rome, 
de Florence, etc., vénérable de la Loge des Sciences, de 
l'Orient de Paris, nommé le 14 juin 1773. 

L T n Vérificateur général: Claude-Marc-Antoine Varenne de 
Bcost, Receveur général de la Province de Bretagne, corres- 
pondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris et mem- 
bre de celle de Clermont-Ferrand, membre de la Loge de 
Saint-Jean de Montmorency, nommé le 14 juin 1773. 

Un Secrétaire général : Joseph-Félix de Toussainct, libre 
baron du Saint-Empire, conseiller des Finances, docteur es- 
droits. Avocat au Parlement de Paris, nommé le 14 juin 1773. 
vénérable et Garde des Sceaux de la Loge Saint-Jean de la 
Vraie Lumière, de l'Orient de Paris, député de la Loge du 
Puy en Velay. , 

Un Maître des Cérémonies, Charîes-Pierre-Paul Savalette 
de Langes, Chevalier, Conseiller du Roi en ses conseils. 
Garde du Trésor-Royal, vénérable de la Loge des Amis Réu- 
nis, de l'Orient de Paris, nommé le 21 juin 1773. 

Un Garde des Sceaux, Louis Hue de Brêval, commis 
Finances, vénérable de la Loge de la Sympathie, de l'O- 
de Paris, nommé le 12 juillet 1773. 

Un garde des Archives 



ET LA ROYAUTE 



195 



Un Architecte vérificateur de la Caisse : Pierre Poucet, En- 
trepreneur des Bâtiments du Roi, député des Loges de !a 
Province de Bourgogne, nommé le 21 juin 1773. 

Un trésorier: Lazare Philibert Bruneteau, Directeur d'une 
Maison d'éducation militaire pour la jeune noblesse, vénérable 
de la Loge de Saint-Lazare, de l'Orient de Paris, nommé le 
21 juin 1773. 

Un premier expert: Alexandre, comte de Stroganoff, Con- 
seiller privé, Chambellan actuel de l'Impératrice de Russie, 
Chevalier des Ordres de l'Aigle blanc, de Sainte-Anne et de 
Saint-Stanislas, des Amis Réunis, nommé le 20 juillet 1773. 

Un second expert: François Richard, Licencié ès-Lois, 
Négociant, vénérable de la Loge de la Concorde Fraternelle, 
de l'Orient de Paris, nommé le 21 juin 1773. 

Un troisième expert : Humbert Gerbier de Wcrschanip, 
Docteur en médecine, membre de l'Université de Paris, nommé 
le 21 juin 1773, vénérable de la Loge de la Parfaite Unité, 
de l'Orient de Paris. 

Un quatrième expert: Joseph-Jacques Gardauc, Docteur 
Régent des Facultés de Médecine de Paris et de Montpellier 
censeur royal, membre de plusieurs Académies, membre de 
la Loge du Très Sérénissime Grand-Maître ; député de celle 
de Jeanne d'Arc, à Orléans, nommé le 21 juin 1773. 

2 Sa juridiction: La Chambre d'Administration connaî- 
tra de l'emploi des fonds du Grand-Orient. 

Elle expédiera tous les Actes qui émaneront du Grand- 
Orient. 

Elle fera le renvoi des demandes et des affaires contentieu- 
ses aux Chambres qu'elles concerneront, et tiendra les 
Sceaux. Ses jugements seront exécutoires, sauf appel à la 
Loge du Conseil. 



VIP Section : De la Chambre de Paris. 



i° Sa composition: La Chambre de Paris sera composée de 
vingt-un Officiers, savoir, outre les trois Grands Officiers et 
trois Officiers d'Honneur à tour de rôle : 



I96 LA FRAXC-MAÇOXNERIE 

i° Un Président: Gabriel-Henri de Bandas, ancien Lieute- 
nant général des Maréchaux de France et Procureur-Générai 
d'un Bureau du Conseil de Sa Majesté, vénérable de la 
Loge Saint-Henri, de l'Orient de France, et député de celle 
du Régiment de Vivarais, nommé le 14 juin 1773. 

2 Un Premier Surveillant : De Champeaux, de l'Ordre 
Royal et Militaire de Saint-Louis, Capitaine de Dragons Dau- 
phin, nommé le 21 juin 1773. 

3 Un second surveillant: X... 

4 Un Orateur : Louis-François Leroy, Avocat au Parle- 
ment, vénérable de la Loge des Cœurs Simples, de l'Orient de 
Paris, nommé le 21 juin 1773. 

5 Un Secrétaire: Charles-Pierre Mor'xn, employé à l'Ecole 
Militaire, premier surveillant et trésorier de la Loge de la 
Vraie Lumière, de l'Orient de Paris, et député de celle de 
Saint-Pierre de Castres, nommé le 21 juin 1773. 

6° Un Maître des cérémonies : Chevalier Dufay, Mousque- 
taire de la Compagnie du Roi, député de la Parfaite Union 
et de la Parfaite Vérité, réunies, de l'Orient de Carcassonne, 
nommé le 21 juin 1773. 

7 Un premier expert: Guillaume Mariette, ancien officier 
de Marine, député de la Loge de la Bonne Union de Valen-' 
ciennes, nemmé le 21 juin 1773. 

8° Un second expert : Pierre-Jean Mangean, bourgeois de 
Paris, vénérable de la Loge de Saint-Pierre des vrais Frères, 
de l'Orient de Paris, nommé le 21 juin 1773. 

9. Un troisième expert: Jacques de la Bourdinière, dessina- 
teur et décorateur, nommé le 21 juin 1773, Vénérable de la 
Loge de Saint-Rémy, Orient de Paris. 

10. Un quatrième expert: Jean Guainard, citoyen de Ge- 
nève, Vénérable de la Loge de Saint-Jean des Frères' clic 
Orient de Paris, nommé le 21 juin 1773. 

11. Un cinquième expert: Baron de Salis, nommé le 12 
juillet 1773. 

12. Un sixième expert: Bernard Mazère, membre de la 






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ET LA ROYAUTE IÇ7 

Loge de Saint-Jean de Jérusalem, du Cap Français, nommé le 
12 juillet 1773. 

13. Un septième expert: Jean-Etienne Thêaulon, négociant 
Vénérable de la Loge de Henri IV, Orient de Paris, nommé 
le 12 juillet 1773. 

14. Un huitième expert: Charles Génin, avocat, Vénérable 
de la Loge de l'Amitié, Orient de Paris, nommé le 12 juillet 

1773- 

15. Un neuvième expert: Pierre-Louis Gonillard, ancien 
avocat au Parlement, et docteur agrégé de la Faculté des 
Droits en l'Université de Paris, Vénérable de la Loge de 
Sainte-Sophie, Orient de Paris, nommé le 20 juillet 1773. 

2° Sa Juridiction : La Chambre de Paris connaîtra de 
toutes les affaires contentieuses qui pourraient naître dans 
les différentes Loges de l'Orient de Paris, des demandes faites 
au Grand-Orient, à fin de constitutions de Loges et de certi- 
ficats pour l'Orient de Paris. Ses jugements seront exécutoi- 
res, sauf l'appel à la Loge du Conseil. 



VHP Section : De la Chambre des Provinces 



i° Sa composition: Composée, comme les deux Chambres 
ci-dessus, de vingt-un Officiers, savoir : Les trois Grands- 
Officiers, et trois Officiers d'Honneur à tour de rôle. 

1. Un Président: Abbé Jean-Baptiste Rosier, chanoine de 
l'Eglise de Lyon, etc., ex-maître des deux Loges réunies de 
Lyon et Député des Loges de Bordeaux, Metz, Montauban et 
Toulouse, et des Loges réunies sous la dénomination de Grande 
Loge de Lyon, nommé le 14 juin 1773. 

2. Un premier surveillant : Baron de Ros } capitaine de 
Dragons au Régiment de Custine, nommé le 21 juin 1773. 

3. Un scond surveillant : l'Abbé Alexandre-Guy Pingre, 
chanoine et bibliothécaire de Sainte-Geneviève, etc., vénéra- 
ble de la Loge de l'Etoile Polaire, Orient de Paris, etc.. 



I98 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

4. Un orateur: Joseph-Ignace Guillotin, docteur-régent de 
la Faculté de Médecine en l'Université de Paris, orateur de 
la Loge de la Concorde Fraternelle, Orient de Paris, député 
des Loges de la Parfaite Union d'Angoulême, de Saint-Jean 
d'Ecosse de Toulouse et de Montauban, nommé le 21 juin 

5. Un secrétaire: Jean-Baptiste-Pierre-Julien Pyron, avo- 
cat en Parlement, député de la Loge de Saint-Jean de Thémis 
de Caen, nommé le 21 juin 1773. 

6. Maître des cérémonies : Marquis de Saisseval, capitaine 
de Dragons, nommé le 21 juin 1773. 

7. Un premier expert: Edme Charles-Sévère Ducoitdray, 
chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, an- 
cien Brigadier des Gardes du Corps, ex-maître de la Loge de 
la Parfaite Cordialité du Grand- Andely, député de cette Loge 
et de celle de Yernon. nommé le 21 juin 1773. 

8. Un second expert: Antoine Lucadou, docteur en méde- 
cine de la Faculté de Montpellier, membre et député de la 
Loge de la Parfaite Union et de la Parfaite Vérité, qui doit 
prendre le nom de Saint-Jean de Castres, nommé le 21 juin 

^771- 

9. Un troisième expert; Jacques-Henri de Franger, che- 
valier, seigneur d'Igneaucourt, membre de la Loge du Bon 
Zèle, Orient de Paris, nommé le 21 juin 1773. 



10. Un quatrième expert : Jean-Baptiste Jossot, prêtre, 
membre de la Lcge de Valence, en Dauphiné, et député de 
celle des Commandeurs du Temple de Carcassonne, nommé 
le 21 juin 1773. 

11. Un cinquième expert : Basile-Chrysestôme-So>thène 
de Saint-Furcy. député de la Loge de la Parfaite Union de 
Quimper. nommé le 21 juin 1773. 

12. L T n sixième expert: Antoine-Félix de Saint, négociant, 
député de la Loge de Saint-Quentin, nommé le 21 juin 17- 

13. Un septième expert: Baron des Clauzel, Mousquetaire 
de la Compagnie du Roi. vénérable de la Loge militaire de 
Saint- Alexandre. Orient de Paris, nommé le 12 juillet 1773. 









ET LA ROYAUTÉ I99 

14. Un huitième expert: François La Marque, Y Américain, 
négociant de Saint-Domingue, ancien vénérable de la Loge 
des Frères Réunis des Cayes, membre des Loges de la Par- 
faite Union du Port-au-Prince, de la Concorde de Saint- 
Marc, et de l'Amitié Indissoluble de Léogane, et député de 
ces Loges au Grand-Orient de France, nommé le 12 juillet 

15. Un neuvième expert: Philippe-Charles de Philippe,. 
chevalier de Bcaumont, vénérable de la Loge de Saint-Phi- 
lippe de la Concorde de Lizieux, et son député au Grand- 
Orient, nommé le 20 juillet 1773. 



4 Le Chapitre deuxième 

Le Chapitre II, intitulé : « Des Elections et Xo muta- 
tion des Officiers de la Grande Loge », était divisé en 
cinq sections : Du Grand-Maître, de V Administrateur- 
Général, du Grand Conservateur, des Officiers d'Hon- 
neur, des Officiers en exercice. 

Dans une série d'articles, la Grande Loge Nationale 
de France arrêtait le mode d'élection ou de nomination 
des Dignitaires de l'Ordre, et fixait la durée de leur 
mandat. 

Le Grand Maître est déclaré inamovible. Il est élu par le 
Grand-Orient, à l'Assemblée du 27 décembre, qui suivra le 
décès de celui qui était titulaire de la Grande-Maîtrise. 

L'Administrateur-général, comme le Grand-Maître, est 
toujours inamovible. Il est élu par le Grand-Orient, dans la 
même forme et aux époques indiquées pour l'élection du 
Grand-Maître. 

Le Grand Conservateur est inamovible. Il est élu par le 
Grand-Orient, à la première de ses Assemblées qui suivra le 
décès du titulaire. 

Le Grand-Maître nomme ses quinze Officiers d'Honneur. 
L'exercice de ces dignitaires dure jusqu'à l'installation du 
nouveau Grand-Maître inclusivement. 



200 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



Le Grand-Orient ' nomme les quarante-cinq officiers en 
exercice. Ils sont renouvelés par tiers, tous les ans, clans l'As- 
semblée du 2j décembre, à raison de cinq par chaque Cham- 
bre. Ils sont indéfiniment rééligibles. 



5° Le Chapitre troisième 

Ce Chapitre se divise en quatre sections : i° Des 
Assemblées du Grand-Orient ; 2° des Assemblées de la 
Grande-Loge ; 3 des Assemblées de la L,oge du Con- 
seil : 4 des Assemblées des Trots-Chambres. 

Le Grand-Orient de France a. chaque année, trois 
Assemblées générales d'obligation : 

La première, le 24 juin, jour de la Saint-Jean d'Eté : 
La deuxième, le 2^ du même mois ; 
La troisième, le zy décembre, jour de la Saint-Jean 
d'Hiver. 



A l'Assemblée du 24 juin, l'on procède aux élections pour 
les offices vacants, depuis la dernière Assemblée, et l'Orateur 
y rend compte de toutes les opérations depuis la dernière 
Assemblée. 

A l'Assemblée du 2^ juin, les orateurs de chaque Chambre 
prononceront des discours relatifs à l'Ordre, et les éloges des 
Frères vertueux, décédés pendant le courant de l'année. 

A l'Assemblée du 27 décembre, il est procédé aux élections 
fixée? à cette époque. 

La Grande-Loge de France a. chaque année, quatre Assem- 
blées de quartier, le troisième dimanche de chacun des mois 
de mars. juin, septembre et décembre. 

La Loge du Grand-Orient s'assemble régulièrement le 
cond dimanche de chaque mois. 

Enfin, les trois Chambres s'assemblent régulièrement, savoir: 

La Chambre d'administration, tous les lundis; 

Celle de Paris, tous les jeudis: 

Celle des Provinces, tous les samedis de l'année. 



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ET LA ROYAUTE 201 

Le Grand-Orient, la Grande-Loge et la Loge du Conseil 
ne peuvent être extraordinairement convoqués que sur un 
mandat du Grand-Maître ou de l'Administrateur général, ou 
en vertu de la délibération de la Grande-Loge, munie de 
l'agrément de l'Administrateur général. 



6° Le Chapitre quatrième 

Ce Chapitre se divise en dix-sept Sections. Il règle 
les prérogatives et les obligations des Dignitaires. 

Le Grand-Maître est le premier Officier de l'Ordre. En cette 
qualité, il nomme ses quinze Officiers d'Honneur et peut se 
présenter et présider à toutes les Assemblées de l'Ordre. 

Les Constitutions des Loges, les provisions de tous ceux 
qui sont élus par le Grand-Orient, les lettres des Officiers 
Honoraires, sont scellées de son sceau; tous les Actes du 
Grand-Orient sont expédiés sous ses auspices et en son nom. 

Le Grand-Maître ne pouvant se livrer au détail de l'Admi- 
nistration, peut s'en décharger sur l'Administrateur général. 

L'Administrateur général est le second Officier de l'Ordre. 
Il fait installer, en so.n nom, ou installe lui-même tous les 
Officiers de l'Ordre, sans exception. 

Il peut se présenter à toutes les Assemblées de l'Ordre et y 
présider, à moins que le Grand-Maître lui-même n'y préside. 

Il fait convoquer toutes les Assemblées extraordinaires au 
Grand-Orient. 

Il signe et paraphe la première et la dernière page du Livre 
d'Or et de tous les registres du Grand-Orient, les procès- 
verbaux des Assemblées auxquelles il aura présidé, ainsi que 
tous les Actes qui émaneront du Grand-Orient. 

Le Grand Conservateur est le troisième officier de l'Ordre. 

Il est le dépositaire du Glaive de l'Ordre, et veille particu- 
lièrement à l'observation des statuts et règlements. 

Il remplit les fonctions de l'Administrateur général, dans 
les cas d'absence ou d'empêchement, par décès ou démission 
de l'Administrateur général. 

Il peut se présenter dans toutes les Assemblées de l'Ordre, 



202 LA FRANC-MAÇONNERIE 

sans exception, et y présider, en l'absence du Grand-Maître 
et de l'Administrateur général. 

Les quinze Officiers d'Honneur, sous la présidence des trois 
Grands Officiers, seront juges du point d'honneur dans 
l'Ordre. 

Ils seront invités pour toutes les Assemblées où l'on sera 
prévenu que le Grand-Maître aura l'intention de se rendre, 
afin de raccompagner, et de lui rendre les honneurs qui lui 
sont dûs. 

Les Présidents sont chargés de maintenir la paix, l'har- 
monie et la régularité entre les membres de leurs Chambres. 

Dans les affaires contentieuses, lorsque les avis seront par- 
tagés, celui du Président prévaudra toujours. 

Ils distribuent les rapports des affaires contentieuses aux 
membres de leurs Chambres. 

Les Surveillants maintiennent la décence et le silence, sur 
leurs colonnes respectives. 

Les Orateurs demandent directement la parole au Président 
et l'obtiendront de préférence. Lors de l'installation d'un 
Grand-Maître, d'un Administrateur général, d'un Grand Con- 
servateur, ou d'un Officier d'Honneur, les Orateurs les com- 
plimentent au nom de leurs Chambres dans l'Assemblée 
générale. 

Ils sont chargés de rendre les comptes. Ils doivent être 
attentifs à tous les objets de délibérations, à l'effet de résu- 
mer les avantages et les désavantages des différentes opinions 
qui auront été proposées, et de présenter sommairement d'une 
manière claire, distincte et précise, les objets qui devront être 
décidés par scrutin. 

Il ne sera prononcé aucun discours, qu'il n'ait été préala- 
blement communiqué à l'Orateur. 

Le Garde des Sceaux. — Il y a au Grand-Orient, trois 
Sceaux, savoir : 

Le premier, celui du Grand-Orient, qui sera désormais inva- 
riable ; 

Le deuxième, celui du Grand Maître: 

Le troisième, celui de l'Administrateur général. Ces deux 
derniers changent autant que ceux dont ils portent les armes. 

Il n'y a qu'un seul timbre, dont seront nécessairement mar- 
qués tous les parchemins et papiers qui seront employés pour 
h S expéditions. 



i^mmmmÊÊmmBmamammmMKtumiMaMmmBmmmummmMmiaËmm^mmBBŒwmmmBn^ 



ET LA ROYAUTE 



203 



Les Sceaux et le Timbre sont renfermés dans une cassette 
sous trois clefs, qui sont confiées, la première au Garde des 
Sceaux ; la deuxième au Secrétaire Général ; la troisième à 
l'Architecte Vérificateur. 

La cassette n'est jamais ouverte qu'en présence du Vérifi- 
cateur, du Secrétaire Général et de l'Architecte Vérificateur, 
qui doivent eux-mêmes ouvrir les serrures et enregistrer toutes 
les appositions qui ne peuvent être faites par le Garde des 
Sceaux qu'en leur présence. 

Le Garde des Archives tient deux registres: le journal et 
le registre des Archives. Il est tenu de travailler à l'Histoire 
de l'Ordre, année par année, conformément aux pièces qui 
sont et seront déposées aux Archives. Son travail sera soumis 
à l'examen du Vérificateur Général et du Grand-Orient. 



Tels sont ces fameux Statuts qui ont régi le Grand- 
Orient jusqu'à l'année 1799 — dans leur esprit au 
moins — car la Révolution disloqua les ressorts de cette 
importante machine. Ils furent l'œuvre de maçons 
instruits, versés clans les matières d'administration, et 
doués de beaucoup d'intelligence. Le triomphe du Grand- 
Orient, dans sa lutte pleine de péripéties contre l' An- 
cienne Grande Loge, est la victoire du Tiers-Etat contre 
la noblesse maçonne. 



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CHAPITRE VI 



Nouveau Schisme. 



Le Grand-Orient était fier de son œuvre. Mais, au 
lendemain du 24 juin 1773, après les brillantes fêtes du 
Vauxhall de Torré, l'avenir, aux yeux des plus clair- 
voyants, se montrait encore bien incertain et chargé de 
gros nuages. Un grand nombre de Maîtres de Paris 
s'étaient insurgés contre les décisions du Couvent qui, 
en décidant l'amovibilité des vénérables, les avait spo- 
liés de la propriété de leurs Loges. 

(( Les discussions et les scissions, écrit YBqucs a 
<( Capite Galcato, auxquelles les deux factions rivales 
(( s!étaient livrées, les anathèmes réciproquement lan- 
<( ces entre elles, et les indécentes diatribes, prodiguées 
« de part et d'autre, étaient plus que suffisants pour 
« imposer de l'éloignement pour l'un et l'autre parti. 
<( La plupart des vrais Maçons espéraient trouver ail- 
•« leurs plus de mesure et d'aplomb. )) 



20Ô 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



i° Le Grand-Orient excommunié. 

Et la lutte continua. Le scandale s'étendit. U An- 
cienne Grande-Loge, en face de ce pouvoir illégitime, 
de cette Institution révolutionnaire qui s'était arbitrai- 
rement constituée, en dehors d'elle, au-dessus d'elle et 
contre elle, releva le gant et revendiqua les droits acquis. 
Elle s'était réunie, dès le 17 juin 1773, et, après une 
séance tumultueuse, avait anathématisé les huit Com- 
missaires qu'elle avait députés pour assister aux réu- 
nions de l'Hôtel de Chaulnes, participer aux travaux et 
lui en faire le rapport, et qui avaient trahi sa confiance. 
Elle déclara le nouveau corps, désigné sous le titre de 
Grand-Orient, subreptice, schismatique et factieux 
Elle excommunia, dégrada, rejeta dans le monde pro- 
fane tous ceux qui avaient reconnu ce pouvoir illégi- 
time; défendit à ses Loges de les recevoir, sous peine 
d'encourir son indignation et, enfin, se proclama seule 
unique et auguste détentrice de l'Autorité Maçonnique 
en France. 



2 Le Grand-Orient et le duc de Chartres. 



Le Grand-Orient méprisa tous ces anathèmes et fei- 
gnit même de les ignorer. Dans tous ses Actes offi- 
ciels, l'Ancienne Loge est pour lui comme si elle n'exis 
tait pas. Mais pour achever de ruiner sa rivale, il eut 
recours au bon vouloir de cette police, que l'historien 
Henri Martin nous montre acharnée à la ruine de la 
Maçonnerie. Le 27 juillet de cette année 1773, un libelle 
diffamatoire ayant été publié contre lui. il déclara que 
les auteurs en seraient recherchés et punis. Passant n 
l'offensive, il décide, le I er septembre, que « tout déten- 
te teur des Archives de la ci-devant Grande Loge de 



ET LA ROYAUTÉ 207 

<( France devra les rapporter au centre maçonnique, 
a sous peine d'être rayé des tableaux ». Peu après, il 
obtint, par surprise, un ordre du lieutenant de police et 
rit jeter en prison le garde des Archives et plusieurs 
Officiers de la « ci-devant Grande Loge de France », 
sous prétexte qu'ils détenaient des papiers, des docu- 
ments, des meubles et autres objets, qui étaient deve- 
nus sa propriété. 

Cependant, de pareils coups de force n'étaient point 
faits pour accroître son prestige. Le duc de Chartres 
était l'enjeu du combat que se livraient les deux faction? 
rivales. Le Grand-Orient n'était pas sans inquiétude 
Les espérances très douces, dont ses fondateurs s'étaient 
longtemps bercés, de procéder à l'installation du prince 
comme Grand-Maître, en la Fête solennelle du 24 juin, 
ne s'étaient point réalisées. La désillusion fut grande et 
le regret fut amer. L'orateur fit une allusion discrète 
à cet échec, qu'on ne pouvait taire absolument : 

(( Nos Frères, des Provinces, avaient été convoqués 
<( pour la cérémonie la plus brillante de notre Ordre : 
« ils auront assisté du moins à celle qui était la plus 
« propre à en donner une juste idée. » 

Le 9 mars 1773, dès le début de la séance qui avait 
lieu ce jour-là, il avait été d'abord arrêté, écrit le baron 
de Toussainct, secrétaire général, de députer sept Com- 
missaires présidés par l'Illustre Administrateur-Géné- 
ral, pour faire part au Scrcnissinic Frère Duc de Char- 
tres, de son élection et lui demander son acceptation : 
(( ce qui fut exécuté à la plus grande satisfaction de 
l'Ordre ». Nous savons que la députation ne fut point 
reçue par le prince, et nous doutons fort, quoi qu'en 
dise le baron de Toussainct, que ce mortifiant refus ait 
donné à l'Illustre Compagnie la plus grande satisfaction, 
Quelques mois plus tard, le 30 août, le Grand-Orient 
-députa de nouveau plusieurs Frères pour soumettre au 



2o8 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Duc le résumé de ses opérations. Les Députés déclarè- 
rent dans leur rapport « qu'ils n'avaient pu s'acquitter 
de leur commission comme ils l'auraient désiré ». 
Croyons-les sur parole, car ils avaient été éconduits. 

Le Duc hésitait-il? Craignait-il de se compromettre? 
Obéissait-il à un caprice, puisqu'il avait, par écrit, 
accepté la Grande-Maîtrise ? Voulait-il se faire .prier? 
Ou bien sa conscience, déjà fort chargée, faisait-elle 
entendre une dernière protestation ? Entre les deux 
factions rivales refusait-il de se prononcer ? 

Quoi qu'il en soit, ce fut le jour même de la nais- 
sance du duc de Valois, plus tard Louis-Philippe, roi 
des Français, qu'il consentit enfin à recevoir les homma- 
ges, les félicitations et les vœux des Députés. Il les 
admit en sa présence, écouta la lecture des Statuts. 
approuva les nobles travaux de l'Assemblée, dont il 
loua beaucoup la sagesse, et, à la grande joie de ses visi- 
teurs, daigna fixer son installation à une date rappro- 
chée. 

u Cette installation, raconte Clavel, eut lieu, en effet, le 
« 22 du mois d'octobre, dans la petite maison du prince, ap- 
a pelée la Folie-Titon, où plus tard s'accomplirent les mys- 
« tères des chevaliers et des nymphes de la rose. L'Assem- 
« blée se tînt dans une vaste salle tendue de rouge, dont la 
« voûte azurée était parsemée d'étoiles. Trente-et-un frères 
« étaient présents. Le grand-maître, introduit, prêta son 
(( obligation entre les mains du duc de Luxembourg, qui 
(( l'ayant reçue, lui donna le baiser de paix, l'installa dans 
« dignité, lui remit le maillet de direction, et prêta ensuite 
« entre ses mains sa propre obligation. Le banquet suivit 
« l'installation; le Grand Maître n'y assista point; il fut pré- 
« side par le duc de Luxembourg. C'est dans cette Assemblée 
(( que le mot de reconnaissance, appelé mot de semestre, fut 
« donné pour la première fois. » 

Sous unv si puissante égide, le Grand-Orient se crut 
désormais invulnérable et invincible. C'est lui i 
YBqucs a Capitc Galcato désigne, à mots couverts, d; 






HT LA ROYAUTE 209 

ses Annales, lorsqu'il parle — assez dédaigneusement 
— de « ce noyau qui, d'une manière ou d'une autre, 
« avait su obtenir ou feignait d'avoir obtenu l'autori- 
(( sation plus ou moins marquée du gouvernement ». 

Cependant Chartres, dès les premiers jours, parut 
vouloir prendre son rôle plus au sérieux que ce petit 
collet de sang royal, son prédécesseur, le comte de Clcr- 
111 ont. Dans le voyage qu'il fit, en 1776, à travers les 
Provinces du Midi, et qui fut officiellement annoncé 
aux .Loges, le nouveau Sérénissime reçut partout, sur 
son passage, les hommages et les vœux des Frères. 
Toutes les Loges lui envoyèrent des députations. Il 
visita la Loge de La Vraie Lumière, cà Poitiers ; posa 
la première pierre de l'édifice qui devait abriter les tra- 
vaux de la Loge La Française, à Bordeaux, et, à Tou- 
louse, concilia les différends qui divisaient les diverses 
Loges de cette ville, une des plus chères, dès cette épo- 
que, à la Maçonnerie. 

Cette protection déclarée d'un prince du sang, habile- 
ment exploitée par le Grand-Orient, fit peu à peu tom- 
ber les anciennes préventions et lui amena un grand 
nombre d'établissements jusqu'alors demeurés fidèles à 
la ci-devant Grande-Loge de France. Les nouvelles Lo- 
ges qui se fondèrent se tournèrent vers ce soleil levant 
et les Régimes rivaux, feignant de se soumettre eux- 
mêmes, finirent par solliciter des lettres d'agrégation, 
qui ne gênaient en rien d'ailleurs leur liberté respec- 
tive. 



3 Décadence de l'Ancienne Grande-Loge. 

Quant à la ci-devant Grande-Loge, elle semblait 
avoir été frappée d'une sorte d'impuissance et d'im- 
bécillité qui étonne. Incapable — dirait-on — d'avoir 
une pensée, de former un dessein, de concevoir un plan 
d'attaque ou de défense, d'agir par elle-même, elle se 



2IO LA FRANC-MAÇONNERIE 

contentait d'imiter son infatigable rivale. La nouvelle 
Grande-Loge Nationale s'étant donné le titre de Grand- 
Orient, l'ancienne prend ce titre à son compte et se 
proclame : Seul et unique Grand-Orient de France. Le 
Grand-Orient avait nommé Chartres comme Grand- 
Maître, et Chartres avait accepté de présider ce corps 
maçonnique en révolte. En 1777. la ci-devant Grande- 
Loge nomme trois représentants du Grand-Maître et 
trente officiers qui furent installés en 1778 au nom et 
.sous les auspices de qui ? Du duc de Chartres, devenu 
ainsi, malgré lui, son Grand-Maître. 

Nous ne comptons plus que les sursauts, les gémis- 
sements et les vains appels d'une Société jadis puis- 
sante et qui se sent mourir. Pour atteindre son ennemi 
triomphant elle multiplie les décrets de proscription 
Elle dénonce « des grades dangereux, factices ou illu- 
(c soires, qui se sont introduits dans la Maçonnerie, soit 
a par l'ambition, l'ignorance ou la cupidité des Nova- 
« teurs. )) C'est ainsi « que l'an de G.-L. sept mille sept 
(( cent quatre-vingt, vingt-troisième jour de la lune de 
« Nisan, neuvième jour du premier mois de l'année 
(( maçonnique, cinq mille sept cent quatre-vingt et de 
(( la Naissance du Messie, mil sept cent quatre-vingt », 
elle condamne « le Petit-Elu, l'Elu des Neuf ou de 
« Pérignan. l'élu des Quinze, le Maître Illustre, le che- 
« valier de l'Ancre ou de l'Espérance v>. déclarant que 
ces Grades ne sont que (( les échelons d'une morale ré- 
« préhensible qui conduit au grade affreux de 
« G. I. G. E. ou Chevalier Kados. ou Chevalier Elu 
(( ou Chevalier de l'Aigle-Noir, surmonté de comman- 
(( deries illusoires et parasites dans celui de Souverains 
u Commandeurs du Temple. » 

Elle jette l'anathème sur le Grade d'Eccossais de 
Saint-André d'Ecosse. « imaginé et apporté à Pa 
(< en 1766, par le feu baron de T.... qui se reproduit 
<( aujourd'hui dans les Directoires Ecossais de Dres 
« adaptés à Lyon, Strasbourg et Bordeaux., qui d'un 






ET IvA ROYAUTE 211 

(( peuple de sages en (sicj ferait un peuple d'assas- 

a skis. )) (i). 

Elle arrête : « Que le soi-disant Grade de Rose- 
Ci Croix et adhérents, présente des absurdités, qui 
(( pourraient être autrement qualifiées, si le masque de 
(( la Maçonnerie, dont il se couvre, n'arrêtait nos cx- 
« pressions ; Que celui de Chevalier. d'Orient, sur- 
« monté des Commandeurs d'Orient, production 
« niaise et bâtarde, sans principes, comme sans utilité 
« ne présente qu'un faux développement de la Lettre 
(( [Maçonnique, sans pouvoir s'adapter à son esprit 
« etc., etc., etc. » 

En même temps qu'elle brandissait, contre les intrus 
et les hérétiques, le glaive sacré de l'Ordre, la ci-devant 
Grande-Loge multipliait ses touchantes protestations 
d'attachement, de soumission et de fidélité à la Reli- 
gion et à la [Monarchie : 

« Ceux, disait-elle, qui n'ont du Maçon qu'une écorce gros-' 

< sière, nous accuseront, peut-être, de dévoiler les plus hauts 

< [Mystères de Y Art-Royal \ mais nous leur répondrons qu'il 
( est plus avantageux au Vrai Maçon d'être connu de l'Eglise 
i et du Magistrat, en se montrant à découvert, que de con- 
c server les abus qui ont régné depuis décembre 1765, jus- 

< qu'en décembre 1771, et depuis 1773 jusqu'à ce jour, dans 

< ces repaires qui arrêtent la vigilance des Puissances, en 

< couvrant d'un voile épais les opérations qui s'y trament. 

« Xous leur dirons encore qu'en 1773, la Souveraine Grande 
( Loge sollicita la présence d'un Officier public, qui aurait 

< été nommé par le [Magistrat, afin de lui rendre compte de 
( toutes les opérations de la Souveraine Grande Loge, dont 
1 il aurait été le témoin. Les maux que cette présence aurait 

< obviés, les biens qui en auraient suivi, et la gloire que le 
( nom de [Maçon aurait acquis, sont bien à regretter, et nous 

< les regrettons bien sincèrement ! 



(1) Ici, l'infortunée Grande-Loge n'a-t-elle point prophétisé ? 
(N. de l'A.) 



2\2 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



(( C'est peu dire, que les Maçons eussent constamment 

« trouvé les secours dont ils auraient eu besoin; que l'huma- 

« nité eut été soulagée ; que la vertu eut été honorée ! Trois 

« vaisseaux offerts à Sa Majesté, et, si elle l'eût voulu per- 

« mettre, montés par des Maçons, auraient appris à l'univers, 

« ce que des hommes, que la soif de la vertu et l'amour de son 

« Roi inspirent, sont capables de faire. Nous devons ici un 

« hommage public au Cher Frère Chevalier de la Louric 

«. (alors 1772), Enseigne des Vaisseaux de Sa Majesté. Son 

« zèle a pressenti le nôtre, et à ce titre, il eût mérité d'en 

« commander un. 

« Telle a été la quiétude de la Souveraine Grande Loge, 
« depuis 1771 jusqu'en 1773. Elle cherchait à mériter la pro- 
« tection du Gouvernement : elle l'eût sans doute obtenue. 
« L'harmonie qui régnait dans toutes les Provinces du 
« Royaume, à l'exception de trois ou quatre Loges, la vénè- 
re ration que nos rivaux eux-mêmes avaient pour la Maçon- 
« nerie Française, assuraient cet espoir ! Par quelle fatalité 
¥. faut-il que cette Maçonnerie Française ait été sacrifiée à 
« l'orgueil insatiable de ces trois ou quatre Loges ! » 



Les excommunications solennelles, les plaintes à de- 
mi-étouffées, les tendres appels, les retours vers le 
passé, laissèrent insensibles les frères dissidents. 

L'infortunée Grande-Loge, emportée par le courant, 
essayait en vain de se raccrocher à quelque chose de 
solide. Elle s'était unie à la Mère-Loge Ecossaise du 
Grand-Globe Français : « J'ai reçu, écrivait à Sœ:'a- 
(( lette de Langes, le marquis de Gages, une lettre des 
a frères Bruneteau et de ... qui prennent le titre de 
(( Grande-Loge Ecossaise. Ils ont adressé pareille let- 
(( tre circulaire à d'anciens maçons de cette ville, dont 
(( quelques-uns ne sont plus membres et d'autres ne 
<( sont plus admis. Leurs lettres ont couru les « Caf- 
« fés » (sic) et ont occasionné différentes plaisanteries 
(( parmi les profanes. » 

En 1780, la Mère-Loge Ecossaise, réunie dès [772 à 
la ci-devant Grande-Loge, était devenue le Souverain 
Conseil Sublime de la Mère-Loge des Excellents. Mais 



ET LA ROYAUTE 213 

elle avait beau changer d'enseigne, la clientèle ne ve- 
nait pas. 

En 1782 un découragement profond semble s'être 
emparé des principaux chefs. Nous en trouvons une 
preuve certaine dans les deux lettres suivantes, écrites 
à Savalette de Langes, et retrouvées par nous dans les 
papiers de YBques a Capite Galeato : 

« Frère Labady, du Grand Globe Français, dixième jour 
« de la lune de Tanès 7782, dix-neuvième jour du quatrième 
« mois de l'an Maçonnique, 5782, au Frère de Langes : 

« J'ai pensé de vous offrir de réunir le Souverain Conseil 
« à votre Conseil des Echarpcs Blanches, de déposer en votre 
« Loge, non seulement les archives du Souverain Conseil, 
« mais encore celles de la Très Révérende Grande Loge, qui 
« ne sont pas en petit volume et qui sont en ma possession. 
« Par là votre Loge réunira en elle l'antiquité, les droits, les 
« instructions de cette ancienne Mère Loge Ecossaise, dont 
<( la Très Révérende Mère Loge elle-même a reconnu la su- 
« périorité, dès le 24 janvier 1764. Et ma retraite n'étant plus 
« un objet de rivalité ou d'envie pour les arcs-boutants de 
« la Loge Nationale, aujourd'hui Grand-Orient, vous réta- 
« blirez le calme, l'ordre et la paix, en vous unissant à lui, 
« et vous parviendrez facilement à réprimer la rivalité des 
<( Directoires Ecossais, des Ecossais du Contrat Social, et 
« d'une foule de tribunaux prêts à éclore, qui ne sont faits 
<( que peur la destruction de la vraie Maçonnerie, en donnant 
« au Sérénissime Grand Maître, et aux Révérends Frères que 
« vous choisirez, le grade de Vénérable Maître Régulier de 
« Loge, arrêté en 1773. » 



« Frère Labady. 



Paris, 19 février 1783. 



« En faisant à votre Révérende Loge le dépôt de la majeure 
« partie des archives de la Grande Loge, et me proposant d'y 
<( joindre ensuite celles {sic?) du Souverain Conseil, autre- 
<( fois Mère Loge Ecossaise, qui sont en ma possession, je 






214 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



« n'ai eu pour but que de mériter votre estime, en mettant 
« votre Révérende Loge à portée de représenter ce grand 
« corps, qui seul a droit à la vénération des Maçons. » 



4° Dernier coup porté à l'Ancienne Grande-Loge. 



En 1786, le Grand-Orient parvint enfin à porter à 
sa rivale un coup si terrible qu'elle ne put s'en relever. 
L'épisode, que nous allons brièvement raconter, nous 
conduira — par une transition toute naturelle — à 
préciser le véritable caractère, et à définir la situation 
du Grand-Orient de France, au vrai point de vue Ma- 
çonnique. 

Vers 1870, il s'était formé, à Paris, un Chapitre des 
Hauts Grades, présidé par un des Anciens Maîtres, le 
frère Poilet. Cet établissement s'intitulait : Grand 
Chapitre Général de France. Un bon nombre de Loges 
dépendaient de lui ; et lui-même n'avait pas cessé de re- 
connaître la ci-devant Grande-Loge de France. Le 
Grand-Orient, vers 1786, entama des négociations pour 
attirer à lui ce grand corps et l'enlever à son ennemie. 
Les pourparlers allaient aboutir. Alors survint un fa- 
meux Fr. \-Maç. •., le docteur Gerbier de Werschamp, 
Ancien Maître de Paris et membre de l'Université. Il 
pria le Grand-Orient de France de l'admettre aux con- 
férences. Sa demande fut agréée. Une fois admis, le 
docteur Gerbier produisit des pièces qui le constituaient 
président d'un Chapitre de Rose-Croix. Ses patentes, 
à l'entendre, lui conféraient la suprématie aussi bien 
sur le Grand-Chapitre Général de France que sur les 
Chapitres de Hauts Grades établis dans toute l'étendue 
du Royaume, attendu que ses lettres constitutives étaient 
de beaucoup antérieures à celles qu'on pouvait lui oppo- 
ser, puisqu'elles avaient été délivrées dès l'année i;_ 
au Duc d'Antin, pair de France, par la Grande-L 
d'Edimbourg. Gerbier montrait des documents qui Péta- 



ET l, A ROYAUTE 



215 






blissaient Très Sage et Président, comme second suo 
cesseur du Sérénissime Grand-Maître, le Duc cYAntin. 
Le Grand-Orient s'empressa de reconnaître, comme 
authentiques, toutes ces pièces suspectes ; il réunit à lui 
ce Chapitre et le Grand Chapitre Général de France, fit 
remonter leurs travaux à l'année 1721 et contraignit 
tous les Régimes rivaux à s'incliner devant sa juridic- 
tion suprême. Les Loges, bannières déployées, suivirent 
docilement le Grand-Chapitre Général de France. La 
ci-devant Grande Loge de France ne mena plus qu'une 
vie languissante. 



HHHi 



CHAPITRE VII 

Rang occupé par le G.-O. de France 
dans la Hiérarchie des Régimes Maçonniques. 

i° Orgueil et Prétentions du G.-O. 



Dans toutes les circonstances à temps et à contre- 
temps, comme tous les autres Régimes, d'ailleurs, le 
Grand-Orient a exalté les hautes, sublimes et inacces- 
sibles connaissances de ses Grands Chapitres. Or, les 
Grands Chapitres et le Grand-Orient lui-même 
n'étaient rien ou si peu de chose. Le Grand-Orient ? 
Un régime bâtard. La Société secrète prit ce bâtard à 
son service, mais elle ne le légitima jamais. Chartres 
se vit offrir le titre de Sérénissime Grand-Maître. En 
réalité, le duc ne fut jamais l'un des Hauts-Supérieurs 
de la Secte ; pas plus d'ailleurs que le duc de Bruns- 
wick, Grand-Maître du Régime Rectifié de la Stricte- 



vuÊÊummÊ^ÊÊmÊUsa 



2l8 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Observance, ni que le duc de Sudermanie. C'est à pro- 
pos de ce dernier que le chevalier d'Harmensen, écri- 
vant à VËques a C a pi te Galcato, nous donne ce rensei- 
gnement précieux : <x Vous savez d'ailleurs qu'aucune 
« rectification u'admet de Grand-Maître, et, quand 
« même celui dont je parle (1) m'aurait donné de sa 
(( propre main un bref portant tout ce qu'il aurait voulu 
<( y mettre de chimérique et d'admirable, une seule 
« ligne de votre précieux et à jamais cher diplôme 
(( d'agrégation, à la Révérende Loge Première du Rit 
(( Primitif, m'aurait mieux servi et surtout plus ho- 
(( noré. » 

Quant à ses Sublimes Chapitres, le Grand-Orient s'en 
montrait fier et portait leur gloire jusqu'aux nues. 

En 1806, le Frère Rœttiers de Montaleau, représen- 
tant du Grand-Maître Gambaccrcs, en parlait ainsi à 
ïBqucs a Capitc Galcato, qu'il prenait d'abord pour 
un petit maître de Loge, aussi ignorant et crédule que 
tous les Frères provinciaux : 

« Vous savez comment la Maçonnerie a été restaurée en 
« France ; c'est à l'époque où les Loges prenaient de la 
« vigueur à Londres, au moment de la promulgation (sic) de 
« l'ouvrage d'Addison : The Constitution, etc., que l'on attri- 
« bue aussi au Grand-Maître Désaglicr (sic) ; que milord 
« Dcrzvcn-W citer (sic) et d'autres Anglais ont constitué 
« une Loge à Paris, et lui ont remis les documents Maçon- 
ce niques en 1725. 

« Dès 1721, il existait des constitutions de Chapitre accor- 
« dées au Duc d'Antin, pair de France. Ces constitutions don- 
« nent la faculté de constituer des Chapitres de Rose-Croix, 
« dans toute l'étendue des Gaules, et qualifient ce Chapitre de 
« Magnum Capitulum R. C. apud Gallos. 

« Ce Chapitre, en vertu de ses pouvoirs, a donné des Cons- 
« titutions, quand il l'a jugé convenable. Il avait dans son 
« arrondissement un très grand nombre de chapitres, tant en 



(1) Le F.-, duc de Sudeniianie. (N. de VA.) 



HT LA ROYAUTÉ 2IQ, 

<( France que hors de France, lorsqu'il a fait, hommage au 
<( Grand-Orient de ses titres et documents, à la date de fé- 
a vrier 1786. Il s'en est suivi un concordat, dont l'effet a été 
« la création d'un chapitre Métropolitain dont les travaux 
« remontent à 5721 (1721), avec autorisation de continuer à 
« suivre son Rit. 

« Ainsi, point de doute, que tels (sic) soient les connais- 
« sances du Chapitre Métropolitain, figurant au lieu et place 
« du Grand Chapitre général de France. Son Rit est le plus 
<( ancien pratiqué dans la domination Française, soit en 
« France, soit aux Iles, soit aux Indes. 

(( Le premier dépositaire a été le Duc d'Antin ; le second 
« a été le marquis de Fallins, représentant du Grand Maître, 
<( le comte de Clcrmonî, pour la partie des Hauts Grades; le 
<( troisième, le docteur Gerbier; le quatrième, le Frère Rœt- 
« tiers de Montaleau, qui en a fait la remise aux archives 
u secrets (sic) du Grand-Orient. 

« J'ai remarqué que la Lcge des Amis Réunis s'était adres- 
« sée au Grand Chapitre, et en avait obtenu des capitulaires. 

« Le Grand Chapitre de France (aujourd'hui le Chapitre 
a Métropolitain) a toutes ses connaissances divisés (sic) en 
« cinq Ordres, lesquels ont des classements de 9 en 9, et se 
« terminent à 81 : 

« Le premier Ordre termine ses travaux à l'Ecocisme, ex- 
« clusivement ; 

« Le deuxième Ordre renferme l'Ecocisme; 

« Le troisième Ordre s'occupe de la Chevalerie qui traite 
« de la réédification ; 

« Le quatrième Ordre professe la Rose-Croix ; 

« Le cinquième Ordre admet les diverses Chevaleries et les 
« Sciences Occultes, considérées physiquement ou théosophi- 
« quement. 

« Il existe, dans ce cinquième Ordre, un Conseil de neuf 
« membres. Ces neuf Chevaliers ne peuvent admettre à leurs 
« connaissances que très rarement, et avec la plus grande 
« réserve. » 

2° L'opinion des Maîtres. 

Rœttiers de Montaleau écrivait ainsi comme un chef 
«dont la conscience est bien tranquille. Il ajoutait même : 



220 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



« Le Grand-Orient dit les choses comme elles sont. )> 
"L/'Bques a Capite Galcato n'avait plus, dans ses archi- 
ves, ni la copie authentique des Constitutions, dites du 
duc d'Antin, ni le texte des protestations solennelle- 
ment élevées par Edimbourg contre ce titre supposé. 
Mais il savait qu'une copie authentique des originaux 
se retrouverait aisément aux Archives du Souverain 
Tribunal des Grands Inspecteurs Commandeurs atta- 
chés à la Révérende Mère-Loge Ecossaise de France, à 
l'Orient de Paris. Il fit un signe à Thory, grand-offi- 
cier de l'Ordre Ecossais Philosophique et conservateur 
ad vitamde l'Ordre, en même temps que 33 e degré au 
Grand-Orient. Il le pria de lui procurer les duplicata de 
toutes ces pièces. Manifesté par un tel Maître, ce désir 
était un ordre. Thory copia lui-même ces documents, et 
se hâta de les expédier, en joignant à son envoi une 
« planche » explicative. 

Nous publions cette intéressante correspondance. Il 
est utile de posséder des pièces sur lesquelles le 
Grand-Orient n'est pas fort aise que les profanes por- 
tent un regard indiscret. L'on verra quel amour tendre 
avaient les uns pour les autres, même après leur réu- 
nion au centre, ces membres de Régimes rivaux: II 
est nécessaire de faire remarquer que Thory écrit sa 
lettre et annonce les divers documents comme s'il pré- 
venait un désir de son Très Illustre Correspondant : 



Paris, le 19 février 1807. 



Très digne et très Révérend Frère, 

« Je profite de l'occasion de l'envoi de quatre exemplaires 
« du tableau de notre Révérende Mère Loge, pour vous 
« donner un renseignement précieux sur l'un des articles de 
« votre correspondance avec notre cher et révérend Frère 
« (YAigrefeuille. Les diverses questions que vous lui faites 
« sur les motifs qui ont pu déterminer le Grand Orient de 



ET LA ROYAUTE 221 

c France, ou plutôt son Grand Chapitre, à usurper, depuis 
( deux ans, le Titre de Rit Primitif, m'ont donné l'occasion de , 

< faire une recherche dans les archives générales de notre 

< Rit, dont je suis le conservateur ad vitam. 

« J'y ai trouvé une copie figurée de Y Acte Constitutif de ce 
( Chapitre. Il est en latin, et revêtu du sceau de la Grande 
( Loge du duc d'Antin. Je vous en fais passer une expédition, 

< ainsi que de la traduction. J'y ai joint deux pièces éma- 

< nées d'Edimbourg, relatives à ce titre, et dans lesquelles il 
( est gravement contesté. D'après l'intention, que vous avez 

< manifestée à notre cher Collègue à' Aigre feuille, d'écrire 
( sur l'origine de la Maçonnerie et sur les divers Etablisse- 
( ments Maçonniques, j'ai cru qu'il vous serait agréable 
( d'avoir ces copies. Je vous invite à y avoir entière con- 
( fiance, j'en ai vu souvent les originaux. 

« Vous avez jugé comme nous, Très Digne Frère, que ce 
n'est que depuis votre correspondance avec le frère iV 50 
(Rœt tiers de Montaleau), qu'il a imaginé de prendre ou de 
faire prendre le titre de Rit Primitif. Il a cru — avec rai- 
son — que tout ce qui vient de vous doit avoir quelque 
importance, et comme au Grand-Orient on ne saurait trop 
prendre, il a usurpé le titre dé la Loge de X..., et il a même 
poussé le zèle, jusqu'à faire elianger les cuivres des Brefs, 
de manière qu'il y a, selon lui, autant de membres du Rit 
Primitif {celui de l'Equcs) que de Rose-Croix de Judée, 
dans la France. 

« Sans doute, cela n'est point inquiétant pour les vrais sec- 
taires du Rit Primitif, qui sauront toujours bien reconnaî- 
tre l'ivraie; cependant ce rare et sublime effort de l'imagi- 
nation du N" 50 entraîne une sorte de confusion assez 
désagréable pour notre Rit (Thory y avait été Associé par 
YEques), d'autant plus qu'il ne s'est point restreint à donner 
cette qualification aux membres du Grand Chapitre de 
France, mais qu'il la fait donner par le Grand-Orient au pre- 
mier venu qui demande un bref, pourvu qu'il donne sept 
francs. 

«■ Est-ce envie, est-ce le désir d'avilir, ou de s'amalg-amer 
pour s'ennoblir?... Je ne saurais le deviner; ce qui est cer- 
tain, c'est que j'ai vivement réclamé contre cette nouveauté, 
qui date de moins de deux ans, au Grand Chapitre général,, 
mais toujours en vain. . 



?^> 2 



LA I-RAN'C-MAÇOXXERIK 



(( Me serait-il permis, Très Digne Frère, de vous proposer 

« un moyen, que je regarderais comme infaillible, pour dé- 

« jouer tous ces amateurs du nom de Rit Primitif ? Le voici : 

« Que la Loge de X ... et le Conseil adressent une circulaire 

a à tous les membres et ateliers du Rit pour les prévenir 

« contre cet envahissement de titre, en leur déclarant que 

« tous porteurs de brefs du Grand-Orient de France avec la 

« qualification de Rit Primitif n'appartiennent point à ce Rit. 

« mais au Grand-Orient de France et à son Grand Chapitre, 

u lesquels depus 1806, seulement, ont cru devoir ajouter ce 

« titre à ceux qu'ils avaient déjà. Cette circulaire contien- 

« drait les noms des frères qui tiennent véritablement à ce 

«. Rit et annulerait de fait tous ces brefs. J'abandonne ce 

« moyen, ou cette rêverie à vos lumières ; les miennes ne 

« sont pas suffisantes pour décider si \me pareille circulaire 

« serait du goût de nos Supérieurs... (1). 

« Je me suis dispensé de toute réflexion sur les pièces dont 
« je vous envoie copie; mais vous verrez qu'il est évident 
« qu'Edimbourg n'a jamais écrit en latin, et que tout ce qui 
« en sort est écrit en langue nationale. Il circule ici des 
« on-dit sur ce titre, desquels il résulterait qu'il est de fabri- 
« que. On dit qu'il a été fabriqué au cabaret, il y a une tren- 
te taine d'années par défunt le Frère Gerbier. qu'à l'occasion 
a des mots Discipuli Sak'atoris qui sont renversés, il y a eu 
« altercation ; que la bouteille est tombée sur le titre et l'a 
« taché de vin : en effet, l'original en est couvert. L'un des 
« entrepreneurs a depuis divulgué le secret, dit-on encore : 
« mais sur tout cela je n'ai aucune certitude... » (2). 

Ainsi que nous l'avons dit, cette lettre accompagnait 
les trois pièces suivantes : i° La copie du Texte Cons- 
titutif; 2 un extrait d'une lettre écrite par le Frère 
Murdoch ; 3 un extrait des Archives du Souverain 
Tribunal des Grands Inspecteurs. Voici ces docu- 
ments : 



(1) Quels étaient ces « Supérieurs » ? Mystère (N. de l'A). 

(2) Tout ce pot aux roses et aux faux mac.', a été, depuis, entiè- 
rement découvert (X. de l'A.) 



ET LA ROYAUTE 22$ 

1° Traduction du Texte Latin du Titre Constitutif. 

« De l'Orient du Monde et Sanctuaire d'Edimbourg, 
(( où régnent la Foi, l'Espérance et la Charité, dans la 
(( paix, l'unanimité et l'égalité. Le 21 e jour du I er mois 
u d'Hiram 57.21., et, d'après l'hiéroglyphe posthume du 
a Sauveur, 1688. 

(( Salut, salut, salut. 

« Nous, Soussignés, disciples du Sauveur, à tous ceux qui 

« ont ou pourront y avoir intérêt, savoir faisons que nous 

« avons créé, en faveur des Français, un Grand-Chapitre de 

« la Rcse-Croix, dont le siège suprême, au nom et sous la 

« pleine puissance et l'autorité de notre Frère Duc d'An- 

« tin, pair de France, d'une réputation digne de ce rang, ou 

« de quelqu'un du Frère Chevalier, accompli en tous points. 

« qui devra être muni, par le Chapitre ou par la Loge du Rit, 

« de lettres authentiques, résidera à perpétuité à Paris, pour 

ce y jouir des privilèges de propagation et de constitution, 

« seulement dans l'intérieur de la France. A ces conditions, 

« nous consentons, par ces présentes munies de notre sceau 

« et de notre signature, que ledit Chapitre suive librement 

if son génie naturel. En conséquence, qu'il soit béni, honoré,. 

« et que foi lui soit ajoutée. » 

Donné à l'Orient du Monde, la 33° année de notre règne. 

De Haees, JeayEme, Barboux, Barlay, etc.. 
Brunet, secrétaire. 



2° Extrait d'une Lettre écrite par le Frère Murdoch,. 
Grand Sociétaire de la Grande Loge royale de 
H. R. D. M. (Hérodom), à Edimbourg au F. Matheus, 
Grand-Maître Provincial dudit Ordre, en France, à 
l'Orient de Rouen. 

Le 14 octobre 5786. 

« La Grande Loge Royale d'Hérodom, ou de Saint-André,. 
« sise à Edimbourg, en Ecosse, y existe de temps ïmmé- 
« morial. 



224 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



« Elle a pris le titre de Loge Royale, parce que les Rois 
«. d'Ecosse l'ont anciennement présidée en personne, et qu'elle 
« a continué de regarder comme son Grand Maître le roi 
« d'Ecosse, maintenant roi de la Grande-Bretagne. 

(( Bien avant 1720 et 1721, des circonstances fâcheuses ont 
<( forcé la Maçonnerie de demeurer dans l'obscurité, et la 
(( Grande-Loge Royale est restée très longtemps ensevelie 
<( dans un profond sommeil. 

« En 1736, le Frère Sainclair de Roslin, qui n'était que 
ce Maître, établit à Edimbourg une Grande-Loge de l'Ordre 
« de Saint- Jean, à laquelle il transmit l'autorité qui avait été 
(( donnée autrefois à quelques frères de sa famille pour rem- 
<( plir la place de Grand-Maître de l'Ordre de Saint-Jean. 
« Cette Grande Loge ne s'occupa jamais que de la Maçonne- 
ce rie Symbolique. Elle a aujourd'hui pour Grand-Maître 
« milord Hadde, dont le substitut est le frère Hay. 

« Ce ne fut que quelques années après 1736 que la Grande- 
« Loge Royale sortit du nuage qui la tenait depuis long- 
ce temps enveloppée. Ses travaux reprirent alors vigueur, et 
« elle ne s'occupa plus que de ce qui concernait la Haute- 
ce Maçonnerie, laissant la connaissance de la Maçonnerie 
ce Symbolique à la Loge Saint-Jean, dont les membres passent 
ce ensuite à la Grande-Loge Royale pour y être reçus aux 
<( Grades Supérieurs. 

ce Ainsi la Grande-Loge Saint-Jean reçoit les Maçons aux 
« trois premiers grades, et la Grande-Loge Royale ne reçoit 
ce aucun membre s'il n'est Maître ; elle les avance dans les 
<c Hauts Grades. C'est ainsi qu'elle a avancé plusieurs Grands- 
ce Maîtres de l'Ordre de Saint-Jean, tels que les comtes de 
ce de Levin et de Melville, le chevalier Adolphe Oughton. 
ce généralissime de l'armée en Ecosse, milord Wèsthall, l'un 
ce des juges supérieurs du Royaume, et le chevalier Georj 
ce Bonnout. 

ce La Grande-Loge Royale m'a donc commandé de vous 
ce instruire de tout ceci, et de vous assurer qu'elle n'a 
ce jamais donné à aucune Loge de France, ni à aucun Maçon 
ce français en particulier, aucune patente de quelque nature 
ce que ce soit, et encore moins dans les années 1720 ou [7 
ce où longtemps axant et longtemps après elle ne s'est per- 
cc mise {sic) aucune fonction ; que ce n'a jamais été son 



ET LA ROYAUTÉ 225 

« usage d'écrire en latin les patentes qu'elle donne, attendu 
« que son Ordre étant écossais, elle ne peut se servir à cet 
« égard que de la langue nationale ; 

« Que si les patentes, dont quelques Frères se prévalent, 
« sont de la Grande-Loge Saint-Jean d'Edimbourg, qui se 
« permet d'écrire en toutes langues, elles ne peuvent avoir 
« une date antérieure à 1736, époque de son origine, et les 
« pouvoirs ne peuvent s'étendre au delà des trois grades 
« symboliques ; 

« Qu'enfin la Grande-Loge Royale, qui s'est réservée (sic) 
« le droit exclusif de donner des patentes constitutives pour 
« les Hauts Grades, n'en accordera en France que sur la 
« demande qui lui en sera faite par son Grand-Maître Pro- 
ie vincial. » 

3 Extrait des Archives du Grand, Suprême et Souve- 
rain Tribunal des Grands-Inspecteurs Commandeurs, 
attachés à la Révérende Mère-Loge Ecossaise de 
France, à l'Orient de Paris. N° 328. 

« Nous chevalier William W-s-d-m (Wisdom), Président 
« des Juges et Conseil du Grand Sanhédrin, Député Grand- 
« Maître et Gouverneur du Sublime et Honorable Ordre de 
« Hérodom de Kilwinning, en Ecosse ; Chevalier William 
« S-t-r-e-n-g-t-h (Strcnggth), premier Grand-Surveillant, et 
« autres Chevaliers, compagnons de l'Ordre Royal de R. \ 
« C.\ X.\ (Rose-Croix), assemblés en Grande Loge, 

« Certifions, déclarons et affirmons qu'aucune Charte. 

« Patente ou Constitution, de quelque espèce qu'elle soit, n'a 

( été accordée par notre Grande Loge à aucune Loge ou 

( Société de Francs-Maçons en France, antérieure à celle 

- donnée par nous au Très Révérend Chevalier Jean Ma- 

■ theus, notre Grand Maître Provincial, pour tenir une 

: Grande Loge et Grand Chapitre à Rouen, en Normandie. 

et une autre au Très Révérend Frère Chevalier Nicolas 

Chabouillc, pour tenir le Chapitre du Choix à Paris ; et 

nous déclarons aussi que la Patente, que l'on dit avoir été 

obtenue de notre Grande Loge, en 1720 ou 1721, et que 

l'on prétend être actuellement entre les mains de certains 

Francs-Maçons en France, n'est point émanée de notre 



226 LA FRANC-MAÇONNERIE 

« autorité, ni de celle de nos prédécesseurs, la Maçonnerie 
« ayant été alors dormante dans le Royaume, et jusqu'en 
« 1736, époque à laquelle la Grande Loge de l'Ordre de 
« Saint-Jean a repris ses travaux, et celle de notre Royal 
« Ordre n'est entrée en vigueur que plusieurs années après : 

« C'est pourquoi cette prétendue patente, qui nous paraît 
« être une usurpation de notre nom et autorité, ne peut for- 
ce mer aucun titre valable. Nous déclarons en outre que nous 
« ne reconnaissons pas d'autres Loges en France, qui aient 
« été constituées par notre Grande Loge, et que nous ne 
« connaîtrons d'autres Constitutions que celles mentionnées 
« ci-dessus, et accordées par nous à Xos Très Chers Révé- 
« rends Frères Jean Mathcus et Xicolas Chabouillc, ainsi que 
« celles que nous donnerons à l'avenir aux Chapitres dans 
« le Royaume, sur la demande spéciale de notre Grande Loge 
« de Rouen, en Normandie. 

« Donné sous nos mains et sceaux de l'Ordre, à Bditn- 
« bourg, le 11 décembre, étant le jour de Saint- André et de 
« la Maçonnerie 5785. 

« Signé : 

u William Wisdom (en français : Force), Député Grand- 
ce Maître et Gouverneur ; 

« William Strcnght (en français : Sagesse), Premier Grand 
« Surveillant ; 

« Jean Beauty (en français : Beauté), Deuxième Grand 
Surveillant ; 

<( Jean Sobriety (en français : Sobriété), Grand Secré- 
« taire. » 

Ces pièces irréfutables, ces témoignages écrasants 
étaient bien connus de Rœtticrs de Montaleau. Mais le 
Représentant particulier du Grand-Maître Cambacérèt 
avait écrit et argumenté comme si rien n'en avait 
jamais existé. Armé de ces documents redoutables, 
YEqucs a Capitc G aie ai lui répondit assez durement : 

— Qui êtes-vous? Vous n'êtes que le néant. Le néant 
ne peut enfanter que le néant. Avez-vous jin nom ? 
Etes-vous Anglais ? Etes-vous Ecossais, ou peut cire 
Français ? Le Chapitre Métropolitain, l'auguste et gé- 



ET U ROYAUTÉ 22J 

oéreux distributeur de Hauts Grades, n'est rien de 
tout cela sans doute, puisqu'il cherche encore sa qua- 
lité. Las de chercher, il a fini par prendre à mon Ré- 
gime ce titre de Rit Primitif que les oreilles parisiennes 
doivent trouver fort joli. Vos grades sublimes, vos 
quatre-vingt-un, ou quatre-vingt-dix-sept degrés, ne 
sont que de la crème fouettée. Vos constitutions sont 
apocryphes. Les prétendues sciences enseignées clans v< >s 
ateliers ne sont qu'un amalgame de connaissances, 
pillées à tous les Rits, mal digérées, un amas indigeste, 
un vrai chaos, un dédale où se perdraient vos disciples 
infortunés, si une Providence secourable ne leur mettait 
dans la main le fil conducteur. 

La réponse était cruelle. Le représentant particulier 
du Grand-Maître se garda bien de la relever. Cette sé- 
vère condamnation n'était que l'écho d'un jugement 
porté depuis bien des années sur le Grand-Orient par 
l'intime ami de VBques a Capite Galcato, le marquis 
Savalette de Langes. 

C'était en 1782. L'Eques était alors en garnison à 
Strasbourg et se disposait à partir pour JJ'ilIielinsbad ; 
où un Grand Couvent devait tenir ses assises. Savalette 
de Langes écrivait à son ami : 

De Langes, Paris, 13 juillet 1782. 

« Le Grand-Orient est près de se dissoudre par deux 
« motifs : l'un, qu'il manque de fonds, et qu'il n'a con- 
« fiance, ni crédit d'aucune sorte sur les Loges bien compo- 
« sées ; l'autre, qu'il veut entreprendre une réforme sur les 
« Hauts Grades, entreprise pour laquelle il n'est que trop 
« connu, qu'il manque de lumières, et qui peut d'autant moins 
« réussir que les rédacteurs sont des hommes très ordi- 
« naires, qui n'ont aucune espèce de titre à la confiance du 
« public maçon, qui, dans ce pays, comme dans les autres, a 
<( de grandes prétentions à la science et peu de dispositions 
« à se laisser conduire. » 



m^^H^MMBa 






CHAPITRE VIII 



L'utilité du G.-O. 



i° Comment la Société Secrète a su s'en servir. 

Telle est l'opinion des adeptes les plus avancés. Mais 
comme nous l'avons déjà dit, la Société Secrète a su 
merveilleusement tirer parti de ce Régime. Une insti- 
tution Maçonnique, présidée par un prince du sang, 
fréquentée par toute la noblesse française : conçoit-on 
une meilleure enseigne pour attirer et retenir ces 
(( honnêtes gens » que la Secte veut et doit avoir pour 
elle ; « ces bêtes, ces buses » de haut rang, qui ai- 
ment les rubans, les médailles, les titres pompeux, 
que le mystère attire, qu'amusent les galantes aventures 
des Loges d'adoption ? 

Que sont les connaissances plus ou moins sublimes, 
promises à leurs adeptes par des Régimes plus (( régu- 






230 LA FRANC-MAÇONNERIE 

liers )) ? Au fond, tous ces mystères ne sont rien, ou ne 
sont qu'une écorce. Ceux qui aiment à « embrasser ces 
écorces » trouveront ailleurs à se satisfaire. Le Phi- 
lalèthe, le Martiniste, le Rose-Croix, en un mot 
l'adepte qui fuit le bruit des fêtes, trouvera des loges re- 
culées, ténébreuses, solitaires, et pourra s'y livrer à ses 
méditations profondes. Mais la Société Secrète, par 
des routes diverses mène au même but le Rose-Croix, 
le Martiniste, le Philalèthe et le galant gentilhomme, 
Le baquet Mesmérien, où l'on expérimente le magné- 
tisme animal; le tableau, chargé d'hiéroglyphes, de l'al- 
chimiste ; le banquet où (( l'on démolit les matériaux au 
bruit des salves d'artillerie' », servent, d'une manière 
également efficace, les desseins de la Secte. Les Loges 
luxueuses, brillantes, charmantes, bruyantes du Grand- 
Orient sont des salles d'observation et comme des ma- 
nèges de dressage. Combien s'y amuseront et y feront 
mille folies, jusqu'au jour où la Révolution, mettant 
sur eux sa main brutale, les chassera du sol de leur 
patrie ou leur fera gravir les marches de l'échafaud ! 
Guillotin, l'orateur de la Chambre des Provinces, com- 
bine peut-être déjà le plan de la hideuse machine. Et 
les yeux ne seront point dessillés. Après, comme avant 
(( l'explosion délétère », pour parler le langage de 
YBques a Capitc Galeato, tous ces nobles seront « les 
buses et les bêtes », c'est-à-dire, les dupes éternelles 
dont la Société Secrète s'entourera pour cacher son but 
et faire de nouvelles victimes. 



2 Le rôle des adeptes plus avancés. 

De vrais Initiés se sont glissés dans cette institu- 
tion irrégulière. Ils y occupent la seconde place. OU 
quelquefois même la place la plus modeste. Bacon de la 
Chevalerie s'y contente de son titre d'Orateur, bien 



: 



ET LA ROYAUTÉ 23 1 

» 

qu'il soit l'un des chefs du Martinisme. Savaîette de 
Langes y est simple Maître des Cérémonies, mais il est 
aussi le premier des Philalèthes. Willermoz n'est qu'un 
modeste Vénérable de province; mais il est le premier 
disciple de Saint-Martin et l'un des pontifes de la 
Stricte-Observance. UBques a Capite Galeato passe à 
peu près inaperçu, mais il connaît tous les Rits, ap- 
partient à tous les Régimes, et multiplie partout les 
prosélytes. 

Ces Maîtres forment des disciples. Sans quitter le 
Grand-Orient, ces disciples agrégés à des Régimes su- 
périeurs montent vers la lumière, entendent (( le fin 
mot », et apprennent sans frémir les secrets les plus 
terribles. 

Entre les naïfs, (( les.bnses et les bêtes )), et ces vrais 
Initiés, s'agite l'immense multitude de ceux que la 
Maçonnerie soumet à sa discipline et dont elle dé- 
forme les idées par une lente mais sûre méthode de per- 
version. 

En tant que Corps Maçonnique, le Grand-Orient 
n'eut aucune influence au sein de ces réunions solen- 
nelles,' ou Convents, qui précédèrent la Révolution et, 
sans doute, la préparèrent. Il ne fut pour rien dans les 
délibérations du Grand Convent des Gaules qui fut 
assemblé à Lyon, en 1778. 

Ni le prince Ferdinand de Brunswick, YBques a 
Victoria, ni le prince Charles de Hesse-Cassel } 
YBques a Leone Résurgente ; ni Willermoz, YBques ab 
Eremo, 'n'acceptèrent que le Grand-Orient envoyât des 
députés au fameux Convent Général, tenu, en 1782, à 
Wilhelmsbad. A ce sujet, nous avons retrouvé une inté- 
ressante dépêche de Savaîette de Langes à YBques n 
Capite Galeato : 

19 août 1782. 

« Le commis du Grand-Orient m'a écrit que le Grand- 
« Orient aurait arrêté que trois commissaires, le duc de 



232 LA FRAXC-MAÇONNERIE 

« Luxembourg, le comte de la Rochefoucault et moi, écri- 
« raient une lettre au prince Ferdinand, pour lui demander 
« des éclaircissements sur le Convent, et que j'étais chargé 
« de la rédaction de cette lettre. J'ai répondu que toute 
« démarche de cette nature étant contre mon avis, je ne me 
« chargeais pas de rédiger la lettre, que, puisque l'on voulait 
« en envoyer une, il fallait prendre celle qu'avait rédigée le 
« Frère de la Chevalerie ; que, puisque j'étais nommé, je la 
« signerais, comme commissaire du Grand-Orient, mais qu'en 
« même temps je la désavouerais, quant à moi, par une lettre 
« particulière. » 

Savalette de Langes, au courant des dispositions des 
députés réunis à Wilhelmsbad, ne se faisait aucune illu- 
sion sur le prestige et l'autorité dont jouissait le Grand- 
Orient et refusait de prêter son concours. Ce Maître 
très fin ne se souciait pas de courir au-devant d'un 
échec certain, ni d'enregistrer un refus humiliant. La 
lettre ne fut pas écrite. 

Quant au célèbre Convent de 1784, auquel Savalette 
de Langes lui-même et YBques a Capite Galcato convo- 
quèrent les députés de tous les Rits et de tous les Ré- 
gimes alors existants, le Grand-Orient affectant une at- 
titude boudeuse refusa d'y participer. Les philalèthes 
n'en furent que médiocrement affligés. Ainsi les cho- 
ses importantes se faisaient en dehors du Grand-Orient, 
souvent malgré lui, quelquefois contre lui. 

La Révolution approchait. « Ayons de vrais Maî- 
tres ; formons de sûrs apprentis : le moment venu, il 
nous sera facile d'avoir le nombre, le peuple, la force )) : 
c'est dans cette formule concise que YBques a Capite 
Galeato résumait toute la tactique de la Maçonnerie. 
Les terribles secousses qui ébranlèrent jusque dans ses 
bases l'antique société française obligèrent les Loges à 
suspendre leurs travaux réguliers. Les ateliers se fer- 
mèrent, mais l'esprit maçonnique fut soudainement 
partout à la fois : dans les villes et à l'année, dans les 



ET LA ROYAUTÉ 233 

campagnes, dans les clubs, les cercles, les cafés et les 
tripots. Les initiateurs cédèrent le pas aux hommes 
d'action : Saint-Martin, Willermoz, Bacon de la Che- 
valerie, UEques a Capite Galeato, Thory, Pyron, Du- 
bin, Beyerlé, d'Héricourt, de Bondi se tiennent dans 
l'ombre, contemplent « la catastrophe », et traversent 
les mauvais jours sans être sérieusement inquiétés. 



CHAPITRE IX 



Le demi-sommeil du G.-O. 



i° La Démission du Grand-Maître. 

Nous savons cependant que quelques Loges conti- 
nuèrent à s'assembler, que ce qui restait du Grand- 
Orient expédia, le 20 décembre 1792, des Constitutions 
à la Loge la Bonne Amitié, de Marmande. L'historien 
Clavel assure que « trois Loges de Paris ne cessèrent 
« pas de se réunir au fort même de la Terreur : 
(( c'étaient les Amis de la Liberté (depuis le Point Par- 
(( fait), la Martinique des Frères Réunis et le Centre 
des Amis ». 

« Entre autres assemblées, qu'avait eues le Grand-Orient, 
« il faut citer particulièrement celle du 13 mai 1793. Ce 
« jour-là, le président donna lecture d'une lettre du duc de 



236 LA FRANC-MAÇONNERIE 

« Chartres (alors duc cTOrléans), insérée le 22 février, dans 
« le Journal de Paris, et signée Egalité. Cette lettre était ainsi 
« conçue : « Voici mon histoire maçonnique. Dans un temps 
« où assurément personne ne prévoyait notre Révolution, je 
« m'étais attaché à la Franc-Maçonnerie, qui offrait une 
« sorte d'image d'égalité, comme je m'étais attaché au Par- 
ie lement, qui offrait une sorte d'image de liberté. J'ai depuis 
« quitté le fantôme pour la réalité. Au mois de décembre 
« dernier, le secrétaire du Grand-Orient s' étant adressé à la 
« personne qui remplissait près de moi les fonctions de secré- 
« taire du Grand-Maître, pour me faire parvenir une demande 
« relative aux travaux de cette société, je répondis à 
« celui-ci, sous la date du 5 janvier : « Comme je ne connais 
« pas la manière dont le Grand-Orient est composé, et que. 
a d'ailleurs, je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni 
« aucune assemblée secrète dans une république, surtout au 
« commencement de son établissement, je ne veux me mêler 
<( en rien du Grand-Orient ni des assemblées des Francs- 
« Maçons. » 

« Cette lettre fut entendue en silence. Le président provo- 
<( qua les observations, et le silence continua de régner. Sur 
« les conclusions du frère orateur, tendant à ce que le duc 
« d'Orléans fût déclaré démissionnaire, non seulement de son 
« titre de grand-maître, mais encore de celui de député de 
a Loge, les frères donnèrent une adhésion muette. Alors le 
« président (1) se leva lentement, saisit l'épée de l'Ordre, la 
a brisa sur son genou et en jeta les fragments au milieu de 
« l'assemblée. Tous les frères tirèrent une batterie de deuil 
« et se séparèrent. » 

2° Le Grand-Maître fantôme. 

Nous avons déjà dit ce qu'il faut, à notre avis, pen- 
ser de la Grande-Maîtrise du duc de Chartres. Ce 
prince qui n'avait vu, dans les Loges, « qu'une sorte 



(1) Nous croyons que ce président n'était autre que Rattitrs 
de Montaleau (N. de l'A.) 



^. 



ET h A ROYAUTÉ 237 

d'image d'égalité », ne fut jamais lui-même qu'une sorte 
a d'image », qu'un fantôme de Grand-Maître. Perdu de 
mœurs, peu embarrassé de scrupules, ambitieux et vain, 
il avait, jusqu'au dernier moment, espéré que la Franc- 
Maçonnerie lui ouvrirait l'accès du pouvoir et le -por- 
terait au trône. Il s'était flatté de dominer la Secte et 
de faire d'elle son docile instrument. Il s'aperçut trop 
tard que la Secte était le plus tyrannique des souve- 
rains et qu'il n'était lui-même que le plus méprisé de 
ses sujets. Depuis longtemps Savalette de Langes et 
YBqucs a Capite Gaîcato en France, Bode et les Illumi- 
nes de Bavière en Allemagne, se moquaient de son au- 
guste titre de Sérénissime, uniquement destiné à tenir 
voilés les vrais chefs, à couvrir les desseins perfides, à 
garantir les Loges des censures de l'Eglise et des sé- 
vérités du Pouvoir et à répandre, enfin, sur la Maçon- 
nerie universelle un peu de cet éclat qui suivait partout 
un prince de la maison de France. 



3 L'cchafaitd. 

Le duc d'Orléans, devenu régicide, parut accepter la 
République avec enthousiasme. Mais il était déçu, le 
dépit le rendit imprudent. En signant sa lettre de dé- 
mission de Grand-Maître, il signait son propre arrêt 
de mort. Qu'on se rappelle les dates. Leur seul rappro- 
chement est éloquent. Cette lettre fameuse est publiée 
le 22 février 1793. Ce qui reste encore du Grand-Orient 
s'assemble le 13 mai. Le 6 novembre suivant, Philippe- 
Egalité posait sa tête sur le billot de la hideuse ma- 
chine à laquelle le premier orateur de la Chambre des 
Provinces, Guillotin, avait donné son nom. Avant de 
mourir, le malheureux prince revint à Dieu. Il recon- 
nut et déplora ses erreurs. Celui que l'opinion publique 
accusait de poltronnerie sut affronter l'échafaud avec 



238 IvA FRANC-MAÇONNERIE 

courage. Les hommes des faubourgs, les escarpes, les 
amis des tricoteuses, les clubistes, les émeutiers, les me- 
neurs, tous les sans-culottes, les innombrables courti- 
sans de la veille, dont il avait flatté les vils instincts, 
poursuivaient le condamné de leurs outrages. Le prince 
dédaigna ces basses insultes et se contenta de murmu- 
rer : Ils m'applaudirent. 

Les Loges étaient fermées. Le Grand-Orient n'avait 
plus de Grand-Maître. 

Cependant les principes de ïBques a Capite Galeato, 
de ses maîtres, de ses collègues, ces merveilleux prin- 
cipes qui pouvaient se résumer en quelques brèves for- 
mules : plus de lois; plus de gouvernements; plus de 
religion; plus de prêtres; plus de frontières; plus de 
peuples, mais des maçons, venaient d'avoir des consé- 
quences tout à fait imprévues. L'immense et patient 
effort avait abouti à quoi ? a à la catastrophe » ; « à 
l'explosion délétère ». Les admirables projets de la 
Haute-Maçonnerie, bien loin de charmer le monde, 
l'avaient rempli d'épouvante et d'horreur. Leur exécu- 
tion soulevait d'insurmontables difficultés. La Révolu- 
tion s'avouait incapable de refaire une société nouvelle. 
L'Esprit humain n'était pas encore mûr. Les prêtres 
savaient mourir; les fidèles s'obstinaient à prier et 
l'Eglise prouvait qu'elle avait la vie dure. La France 
attendait avec impatience le retour de l'ordre. L'ordre 
ne devait se rétablir ni en dehors des Sociétés Secrètes, 
ni, surtout, contre elles. 






^ r 



CHAPITRE X 



Le Réveil. 



i° Rœttiers de Montaleau. 



Dès l'année 1795, un ancien membre de la xn e Classe 
des Amis Réunis, le Philalèthe Rœttiers de Montaleau. 
résolut de tirer la Maçonnerie Française de sa léthar- 
gie. Ce nom, presque inconnu des profanes, est béni au 
Grand-Orient. La mort de ce restaurateur de l'Art 
Royal répandit le deuil dans les Loges des bords de la 
Seine jusqu'aux rivages du Nouveau-Monde, et fit, par 
métaphore, couler bien des larmes. Les archives de 
VEques a Capite Galeato nous ont conservé l'oraison 
funèbre de ce grand Maçon prononcée, en présence du 
Sérénissime Cambacérès, par le vénérable Frère Mau- 
geret, orateur titulaire de la Grande Loge Symbolique. 



24O LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

Les passages suivants nous permettront de connaître 
les œuvres et les mérites de ce personnage : 



a Depuis longtemps, l'horizon maçonnique offrait à nos 
« regards satisfaits un ciel pur et sans orages. 

« Depuis longtemps, la Diète des Maçons inscrivait dans 
« ses fastes les rapides progrès de l'Art-Royal, et comptait 
« des jours heureux et sans nuages. 

« Depuis longtemps, notre attention se portait vers cet 
« auguste sanctuaire ; nous y voyions briller les astres pro- 
« tecteurs du peuple Maçon, et leur présence faisait rejaillir 
« sur l'Ordre entier un bonheur sans amertume. 

« Nous allions oublier peut-être, au milieu de tant de 
« jouissances, que l'homme est né pour la douleur, et qu'il 
« s'égare, s'il marche trop longtemps dans la route trom- 
« peuse d'une prospérité non interrompue. 

« Mais le Maître des Maîtres a voulu nous rappeler à 
<( cette vérité terrible, sa main s'est appesantie sur la famille 
<( des enfants d'Hiram ; elle l'a plongée dans un océan de 
« regrets ; la tombe s'est ouverte et ne s'est refermée qu'après 
« avoir englouti l'un des plus précieux ornements de l'Ordre. 
« l'un de ses plus estimables membres, l'une de ses plus fortes 
« colonnes, le Vénérable Frère Rœtticrs de Montalcau père. 
« Représentant Particulier du Grand-Maître, ex-Directeur 
(f de la Monnaie de Paris, candidat au Corps Législatif. Xos 
« regards comme nos cœurs se tournent vers ce fauteuil, où 
« tant de fois il défendit la Maçonnerie contre ses ennemis ; 
« il en fit observer les lois ; il en éloigna les dissensions ; il 
« y cimenta la paix ; il y donna l'exemple de toutes les ver- 
« tus qui conviennent au Chef d'un Ordre aussi illustre. 

<c C'est en vain, mes Frères, que vous l'y cherchez ; il en 
« est disparu pour jamais ; une urne funéraire vous présente 
« la triste image de ce qui nous reste de sa dépouille mor- 
<( telle. Xos larmes couleront longtemps sur sa cendre cher 
a rie ; son souvenir, cher à l'immense famille dont il fut ta 
« père, passera d'âge en âge ; les générations transmettront 
« sa mémoire aux générations suivantes, et la propageront 
<( ainsi jusqu'au terme et au temple de l'immortalité. 
(( Ombre à jamais vénérée ! entends la voix de la 1 



ET LA ROYAUTE 24 1 

« naissance s'unir à celle de la douleur, pour célébrer à la 
« fois tes vertus et nos regrets. 

« O combien sa perte déchire nos cœurs ! Combien nous 
« sommes dominés par le sentiment profond de notre dou- 
« leur ! puisque dans ce jour, où nous jouissons de la pré- 
« sence du Sérénissime Prince, objet constant de notre véné- 
« ration et de notre amour, nos premiers chants n'ont pas été 
« des chants d'allégresse. 

« Daignez, illustre protecteur des Maçons, excuser cette 
« innovation ; elle ne change rien aux affections profondes de 
« notre respectueux dévouement : pleurer devant vous celui 
« qui vous représentait si dignement en votre absence, c'est 
« vous avoir montré combien nous savons aimer ; c'est vous 
« avoir fait lire jusqu'au fond de nos cœurs ; c'est vous 
« avoir fait parcourir notre domaine dans toute son étendue. 
« Et ne croyez pas que ce soit ici le langage rampant de 
u l'adulation qui retrace, à cette illustre Assemblée, les sen- 
« timents dont chacun de ses membres est pénétré. C'est une 
« reconnaissance profondément sentie, dont les expressions 
« peuvent retentir sur l'autel de la Vérité. 

« Qui ne sait les services rendus à l'Ordre par le Frère 
« que la mort nous a ravi ? Quel est celui qui conserva le 
« feu sacré pendant la tourmente révolutionnaire ? Quel est 
« celui qui osa soustraire au vandalisme destructeur (?) les 
« archives de nos Ateliers ? Quel est celui qui sut dérober 
« aux perquisitions (?) les outils destinés à la reconstruction 
« du Temple, pour en armer un jour la main des ouvriers 
« anciens et des nouveaux prosélytes ? 

« Quel est celui sous les auspices duquel quelques Maîtres 
« zélés se réunirent au milieu des dangers (?), pour se livrer 
« à l'étude de la sagesse, et nous conserver intact le dépôt 
« sacré de la parole innominée (sic) ? Quel est celui dont 
« la voix se fit entendre, après les jours de deuil, pour rappe- 
« 1er les enfants de la Veuve aux travaux de leurs Ate- 
(( liers ? 

« Quel est celui qui le premier posa les bases de ce Con- 
« cordât heureux, qui nous réunit à nos Frères de Clermont. 
« pour ne faire plus qu'une famille unie de deux familles 
« divisées ? 

« Quel est celui qui amena dans cette enceinte ces Grands- 



2<\2 LA FRANC-MAÇONNERIE 

<( Dignitaires, l'honneur et l'éclat de l'Ordre, qui ne dédai- 
<( gnent pas de venir orner ce Temple par l'éclat de la 
« pourpre et la gloire des lauriers ? 

« Quel est celui qui, par une douce réunion, éteignit un 
« nouveau schisme dont la Maçonnerie était menacée, et 
« confondit dans un seul faisceau, et des Rits divergents, et 
« des Frères dissidents, et des haines qui auraient fini par 
•(( jeter sur tous les partis tous les maux que la discorde 
•<( enfante et traîne à sa suite ? 

« Quel est enfin celui qui apporta dans les discussions rela- 
<( tives à la législation de l'Ordre les lumières qui ont fait. 
<( sinon un Code parfait, au moins un Règlement utile, et 
« dont le temps et l'expérience amèneront graduellement la 
« perfection ? 

« A toutes ces questions vos cœurs ont répondu sans peine ; 
« le même nom était sur vos lèvres, et chacun de vous 
« aurait dit : l'auteur de tant de biens et de travaux était le 
<(. frère Rœttiers de Montaleau. 

« Ombre à jamais vénérée, entends la voix de la recon- 
« naissance s'unir à celle de la douleur, pour célébrer à la 
« fois et tes vertus et nos regrets. » 

Le secrétaire-général, G. de Beaumont, fait suivre ce dis- 
cours des réflexions suivantes : 

« Ce discours, aussi éloquent que pathétique, rouvre une 
« blessure encore fraîche ; tous les yeux sont humides ; c'est 
« le tribut de l'amitié ; mais bientôt, sur le signal du Séré- 
« nissime Grand-Maître, celui de la reconnaissance éclate, 
<( et ce discours est applaudi à l'égal de la douce émotion dont 
u tous les cœurs sont pénétrés. Le vénérable frère Maugeret 
« remercie par les batteries usitées, lesquelles sont couvertes 
« avec les marques de la plus franche cordialité. » 



L'orateur du Grand-Orient a résumé avec assez de 
bonheur, tout en l'embellissant et en dissimulant les 
échecs et les fautes mêmes, l'œuvre accomplie par le 
restaurateur de l'Ordre, à Paris et dans le reste de la 
France. Mais l'histoire exige plus de précision que l'élo- 
quence et surtout que l'éloquence maçonnique montée 
à de telles hauteurs. 



HT LA ROYAUTÉ 2/j.J 

Alexandre-Louis Rœttiers de M ont aie au naquit à 
Paris. Il était, avant la Révolution, conseiller-maître 
en la Chambre des Comptes. Dans une lettre, écrite à 
YEques a Capitc Galeato et datée du 24 décembre 1806, 
il fait lui-même connaître ses titres, grades et qualités : 
(( Décoré de tous les grades de divers Rites, ancien vé~ 
(( nérable, et membre de la xn e Classe des Amis Réu- 
« nis de Paris, membre du Convent de Paris (1784), 
(( Rose-Croix de Kilwinning, fondateur de plusieurs 
« Loges, ancien Grand-Maître du Grand-Chapitre de 
« France; ancien Grand- Vénérable du Grand-Orient 
« de France ; grand-inspecteur du 33 e degré ; Repré- 
« sentant Particulier du Grand-Maître au Grand- 
ce Orient de France. )) 

Malgré tous ces titres, aussi nombreux que pom- 
peux, Rœttiers de Montaleau n'est, au vrai point de vue- 
maçonnique, qu'un petit personnage, une sorte de grand 
dignitaire administratif. En 1795, et depuis, jusqu'à sa 
mort, nous avons la conviction qu'il n'agit qu'en sous- 
ordre. Qui le pousse, le conseille, le soutient et, au be- 
soin, le défend ? Nous n'avons pu découvrir l'homme, 
ou la Société, qui le met en avant et se cache derrière 
le nuage. 



2 Reprise des travaux. 

Quoi qu'il en soit, vers 1795, Louis Rœttiers de Mon- 
taleau rédigea une circulaire pressante et l'adressa dis- 
crètement à tous les anciens Maîtres de Paris. Il les 
suppliait de ranimer leur pieux zèle, de réveiller la 
(( Sainte Maçonnerie », de reconstruire son « Temple 
auguste » au milieu des ruines accumulées (( par la ca- 
tastrophe ». Il les exhortait à rouvrir les (( Ateliers », 
à nommer des députés, à reprendre avec une nouvelle 
ardeur les travaux trop longtemps interrompus. Ce 



244 



I.A FRANC-MAÇONNERIE 



premier appel trouva les maçons inquiets et, surtout, 
méfiants. Les adhésions furent d'abord peu nombreu- 
ses. Néanmoins, quelques Loges se reconstituèrent. 
Bientôt après, Rœttiers de Montaleau se vit offrir la 
Grande-Maîtrise de l'Ordre. Il la refusa et se contenta 
de prendre le titre plus modeste de Grand- Vénérable. 
Homme d'un esprit borné, rempli ou, pour mieux 
dire, farci de secrets merveilleux, de connaissances her- 
métiques, théosophiques et kabbalistiques, mais incapa- 
ble de les comprendre ; né pour l'action plutôt que pour 
l'étude et la réflexion; très entreprenant, patient et 
ferme, prudent et obstiné; nullement inquiété par les 
ombrageux pouvoirs qui se succédèrent en France, le 
Grand- Vénérable poursuivit son but : Faire du Grand- 
Orient le centre de la Maçonnerie Française. Stimulées 
par lui, les Anciennes Loges reprenaient vigueur. De 
fervents prosélytes en fondaient de nouvelles. Comme 
l'antique Phénix, le Grand-Orient renaissait de ses 
cendres. 



Réconciliation, 



A côté de lui, les autres Régimes sortaient de leur 
léthargie et s'agitaient. La ci-devant Grande-Loge sen- 
tit se réveiller sa vieille ardeur et se montra prête à re- 
commencer les hostilités contre celui qu'elle appelait un 
fils révolté. Le Grand Vénérable multiplia les démar- 
ches, les prières et les appels les plus touchants à l'union 
fraternelle. Il fut- assez heureux pour gagner à sa cause., 
et faire entrer dans ses vues, les membres les plus in- 
fluents de ce corps, affaibli sans doute par les épreuves 
anciennes et les malheurs récents, mais encore redou- 
table. Le 2i mai 1799, la ci-devant Grande-Loge de 
France et le Grand-Orient conclurent un traité d'un 
dont la clause principale était l'amovibilité des Mal- 



ET LA ROYAUTÉ 



2 45 



très ou Vénérables. C'était _ „ OU s l'avons vu - fa 
question essentielle, et sur laquelle la Gra„de-lJe 
n avait jamais voulu transiger Désormais ff » f 
Montaleau se crut assez fort pour éZ ' ! * *' 

bres de tous les autres Régime ' ^ ^ 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



ET L'EMPIRE 



CHAPITRE PREMIER 



Napoléon Bonaparte et le Grand-Orient. 



i° Les Régimes Ecossais. 

Il y avait à Paris la Mère-Loge du Rit Ecossais Phi- 
losophique, et, à Rouen, la Loge Provinciale d'Hérodom 
de Kihvinning ; Marseille possédait un établissement de 
ce Régime, sous le nom de Mère-Loge. Il y avait en ou- 
tre des Chapitres isolés, présidés par des hommes tarés, 
notamment par un juif du nom d'Abraham, qui se li- 
vrait au trafic, honteux mais lucratif, des Hauts Grades 
Maçonniques. Un autre aventurier, le fameux comte de 
Grasse-Tilly, de la noble famillle des Guzman, à peine 
sorti des prisons d'Angleterre, était venu porter à Pa- 
ris la série des 33 Grades du Rit Ancien Ecossais. 

Tous ces Frères se reconnaissaient membres d'une 
même famille. Ils résolurent de s'organiser en dehors du 



250 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Grand -Orient, et même contre lui. Entre les Français et 
les Ecossais les hostilités commencèrent. Dès le début, la 
lutte fut assez vive pour permettre d'augurer qu'elle se- 
rait longue, opiniâtre et, peut-être, mortelle pour l'un 
des deux rivaux. Cependant la querelle s'apaisa tout-à- 
coup. Les deux factions s'embrassèrent. L'union parut 
faite, mais l'accord n'était qu'apparent. 



2 Un point d'histoire fort obscur. 



Bien peu d'historiens ont tenté d'éclairer ce point ob- 
scur de la vaste question Maçonnique. Tous se contentent 
de rapporter des faits recueillis çà et là. La raison des 
choses leur échappe. La lumière ? Inutile de la deman- 
der à quiconque tient ou de près ou de loin aux Sociétés 
Secrètes. Cependant, l'examen patient, l'étude attentive 
et prolongée de la Correspondance très variée de YEques 
a Capitc Galeato nous a, peut-être, livré la clef du mys- 
tère. (Voir plus loin, p. 2$j. lettre de Pyron.) 

La question est encore plus complexe qu'on ne pour- 
rait d'abord le supposer. Il est sûr que Bonaparte était 
Maçon. Pyron, un vrai chef de la Maçonnerie, l'affirme 
ou plutôt le rappelle, en passant. Il ne prétend annoncer 
rien de bien nouveau, rien surtout qui puisse surprendre 
YEques a Capite Galeato, son correspondant. L'Empe- 
reur avait été autrefois admis clans un Régime Ecossais, 
En quel lieu et quand ? Bonaparte aurait été initié à 
Malte, après la prise de cette île. L'historien Clavel a 
recueilli cette tradition. Et donc les Frères du Régime 
Ecossais étaient les Frères de sa Majesté I'Empereur. 
Néanmoins, l'Empereur exigea que les adeptes de TEcos- 
sisme se soumissent au Graud-One)it, et en agissant 
ainsi. l'Empereur trahissait ses FF.-. Ecossais. 

Le mot n'est pas trop fort. L'Empereur méconnais- 



ET 1/ EMPIRE 251 

sait, humiliait, énervait le Régime qui l'avait initié et 
qui, en retour, avait reçu ses serments. 

En manifestant ses préférences pour le Grand-Orient. 
l'Empereur violait les lois fondamentales de la Sainte 
Maçonnerie, puisqu'un Régime régulier ne peut jamais 
être soumis à un Régime illégitime, un Rit supérieur à 
un Rit inférieur. 

L'Empereur ignorait-il ces règles essentielles ? Cette 
ignorance nous surprendrait. Les avait-il oubliées ? Quoi 
qu'il en soit, le puissant Empereur passa outre. Le 
Grand-Orient reçut officiellement son patronage. Par ce 
patronage l'Empereur donnait force de loi aux Constitu- 
tions de ce Régime et, notamment, aux Articles sui- 
vants : 

Article premier. 

« L'Ordre Maçonnique en France n'est composé que de 
« Maçons reconnus pour tels, réunis en Ateliers régulière- 
« ment constitués, à quelque Rit que ce soit. 

Article TI. 

« Chaque Loge, chaque Chapitre a un Représentant ; et 
<(. les Représentants réunis forment la Diète Maçonnique, sous 
« la dénomination de Grand-Orient de France. 

Article III. 

« Le Grand-Orient est le Législateur de l'Ordre ; il en a 
«. aussi le Gouvernement ; il réunit tous les pouvoirs ; il 
« est invariablement fixé à l'Orient de Paris. 

Article IV. 

« Au Grand-Orient seul appartient de constituer des Loges 
« et des Chapitres et de leur faire expédier des Chartes 
« constitutionnelles et capitulaires. 



25-2 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Article V. 

« Il ne reconnaît pour Chartes régulières que celles éma- 
« nées de lui ou revêtues de son visa ? 

Article VI. 

« Il ne reconnaît pour Vénérables des Loges, pour Prési- 
« dents des Chapitres et pour Représentants élus, que ceux 
a nommés par le choix libre des Membres qui composent les 
a Loges et les Chapitres. » 

Ainsi, parmi tous les Régimes, le Grand-Orient est 
préféré. La raison de cette préférence n'est pas malaisée 
à entrevoir, si, d'un côté, Ton étudie la Constitution du 
Grand-Orient, et si, de l'autre, on veut bien se rappeler 
quelle fut la grande pensée impériale. 

Et d'abord le Grand-Orient avait son siège (( invaria- 
blement fixé » à Paris. Il avait vu le jour dans cette 
Grande-Loge de France qui, secouant le joug étranger, 
avait jadis rompu tout rapport avec la Grande-Loge de 
Londres, sa fondatrice. Il proclamait qu'il n'était ni An- 
glais, ni Ecossais, ni Prussien, ni Bavarois, ni Suédois., 
ni Egyptien: il se déclarait Français. ïEqucs a Capite 
Galcato lui avant interdit de s'intituler Primitif. Il vou- 
lait amener par la douceur, par la ruse, au besoin même 
par la force, tous les Rits professés et connus en France, 
les Ecossais, les Anglais, les Illuminés, les Martinistes, 
les Philalèthes, les Directoires, les partisans du Régime 
Rectifié de Wilhelmsbad. les Egyptiens, à s'unir à lui. à 
lui présenter leurs Constitutions plus ou moins secrètes, 
leurs buts plus ou moins mystérieux. Enfin, par tradi- 
tion, le Grand-Orient ne voulait avoir à sa tête qu'un 
personnage rapproché le plus possible du Pouvoir : par 
suite, le Grand-Maître devait être Français. 

Comment Xapoléon n'eût-il pas opté en faveur de ce 
Régime ? Jeter en moule ses idées et marquer toutes les 



ET L EMPIRE 253 

institutions de son empreinte, n'était-ce pas la pensée do- 
minante de l'Empereur ? Or, le moule Maçonnique exis- 
tait. Que l'on nous permette un rapprochement singu- 
lier, mais intéressant, et qui n'a rien d'odieux pour le 
terme auguste de notre comparaison : ayant à choisir 
parmi les sociétés religieuses qui s'offraient à lui, Napo- 
léon n'hésita pas : il opta pour l'Eglise Catholique, Apos- 
tolique et Romaine. Ainsi, parmi les multiples Régimes 
Maçonniques, le Grand-Orient mérita ses préférences. 
L Empereur imposa l'objet de son choix. Il comptait 
noyer les Loges dans le flot de ses fonctionnaires, de ses 
créatures, de ses compagnons d'armes, de ses admira- 
teurs passionnés. Il comptait mettre au service de son 
ambition cette force qu'il jugeait considérable mais 
inférieure à celle de ses armées. Il comptait la réduire et 
l'attacher au char de sa fortune. Depuis qu'il y avait au 
monde des Sociétés Secrètes et un Pouvoir occulte, ja- 
mais mortel eut-il l'espoir plus fondé de réussir ? Napo- 
léon échoua. L'immense machine, la Maçonnerie cosmo- 
polite, broya l'invincible Empereur. Malheur aux ar- 
rières-neveux qui tenteraient d'imiter le grand homme î 

Où le père a passé, passera bien l'enfant. 

Alfred de Musset. 

Régimes Ecossais, Chapitres Ecossais, Loges Ecos- 
saises, Frères Ecossais se soumirent, ou, plutôt, rirent 
semblant de se soumettre. Ils portèrent au Grand-Orient 
leurs constitutions, leurs rituels, la série de leurs Hauts- 
Grades, quelques cahiers d'instructions, c'est-à-dire des- 
écorces, au fond : rien, le néant. 

Ces frères Ecossais avaient la prétention d'être des 
vrais fils de lumière. Ils aimaient à se dire les légitimes 
successeurs des grands ouvriers d'autrefois. Possé- 
daient-ils la vraie doctrine ? Les emblèmes, les symboles 
sacrés, les devises, sont susceptibles de mille interpré- 



- ? 54 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



tarions. — Entrevoyaient-ils la véritable? Connaissaient- 
ils le vrai but ? Avaient-ils entendu et compris, et pou- 
vaient-ils répéter (( le rin mot » ? 

L/Bques a C a pi te Galcato les traitait en enfants. Il 
gourmande Thory? d'Aigre feuille, l'abbé d'Ales et Pyron 
lui-même; il leur reproche d'ambitionner des grades, des 
cordons, de vains titres, de n'embrasser que des fantô- 
mes. Il se plaint que ses correspondants laissent passer, 
sans les apercevoir, les petits mots voilés, jetés çà et là, 
comme négligemment, dans ses lettres. Il les juge et les 
déclare incapables de se mettre au diapazon I sic . Cepen- 
dant il les honore comme de vrais disciples, tandis qu'il 
affecte d'ignorer les adeptes du Grand-Orient. Il loue 
leur bonne volonté, seconde leurs efforts, les associe \ 
son Régime, et les excite à courir dans la carrière qui 
leur est ouverte. 

Ces considérations répandront une vive lumière sur 
les faits que nous devons raconter. 






CHAPITRE II 



Les Régimes Ecossais et le Grand. Orient. 



i° Une levée- de boucliers Maçonniques. 

Vers 1795. les Loges Ecossaises, imitant l'exemple du" 
Grand-Orient, reprirent leurs travaux et se cachèrent,, 
pour y tenir leurs Assemblées, dans un souterrain, 
boulevard Poissonnière. Le Grand-Orient, abusant de 
son pouvoir, leur avait fait interdire tous les locaux ma- 
çonniques de la Capitale et de la banlieue. En 1804, le 
22 décembre, raconte Clavel. de Grasse-Tilly a institua 
« un Suprême Conseil, et l'installa dans le local de la 
• rue Xeuve-des-Petits-Champs, connu depuis sous le 
« nom de Galerie de Pompéi. Cette nouveauté eut bien- 
(( tôt de nombreux partisans, qui firent cause commune 
(( avec les autres Ecossais. Tous résolurent de constituer 
(( une Grand-Loge Générale Ecossaise, qui serait divisée 



2^6 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



<( en autant de sections qu'il y avait de systèmes dans 
« l'Ecossisme. La Mère-Loge du Rit Philosophique 
(( prêta son local, situé rue Coq-Héron, pour l'assem- 
<( blée où cette organisation fut discutée et arrêtée. Le 
« 22 octobre, la Grande-Loge fut proclamée; elle pro- 
« céda a l'élection de ses officiers; et elle obtint l'adhé- 
« sion de toutes les Loges Ecossaises. » 

Le Grand-Orient prit l'alarme. L'historien déj.\ cité 
ajoute : « Cette levée de boucliers était formidable... Le 
<( Frère Rœttiers de Montaleau entra en pourparlers 
« avec le Frère Pyron, secrétaire de la Grande-Logv et 
<( le plus influent de tous ses membres, à l'effet d'opérer 
« la réunion des deux corps. » 



2° Accord et desaccord. — Récit du Frère Pyron. 

Le Frère Pyron écrivit lui-même tous les détails de 
cette négociation à ïEqucs a Capite Gaîeato. On ne lira 
pas sans intérêt le récit de ce témoin : 



« Le Grand-Orient persécutait depuis longtemps, non seu- 
« lement le Rit Ecossais, mais tout ce qui n'était pas Rose- 
« Croix de Judée, habillé à sa manière, qui n'est ni la vôtre. 
« ni la mienne, ni de ceux (sic) auxquels il est permis de 
« s'asseoir sur les hautes bases. Plusieurs maçons zélés 
<( et possesseurs du Rit Ancien-Accepté, divisé en cinq 
« classes, subdivisées en 33 degrés, au lieu de se réfugier à 
« Hcrodom, vinrent s'unir aux Ecossais — démolis d'inten- 
« tior, et non pas de fait, par les chevaliers de la Judée 
« moderne. 

a Nous assemblâmes les Princes Maçons dans la Loge de 
« Saint-Alexandre d'Ecosse, ainsi que les Vénérables et 
« Présidents des Loges et Chapitres, et nous érigeâmes une 
a Grande-Loge Générale de France du Rit Ecossais Ancien 
« et Accepté. J'en fus le Grand-Orateur. Les Ecossais en 
xi général sont brutaux, et nous devenions pour la Judée 



ET i/kmpire 257 

« moderne une puissance formidable, parce que notre Rit se 
« propageait avec une rapidité étonnante. 

a Le Grand-Orient chercha à sortir de sa léthargie, nomma 
<( un Grand-Maître, des grands officiers d'honneur ; nous en 
« fîmes autant. Il prit des nôtres ; nous prîmes des siens. 
<( Et nos batteries étaient en présence, lorsque Sa Majesté 
« l'Empereur et Roy, membre de notre Rit, désira la 

(( RÉUNION DE CES DEUX RlTS EN UN SEUL CORPS MaÇON- 
« NIQUE. 

« L'ouverture en fut faite par son Altesse le Prince Archi- 
« chancelier de l'Empire au maréchal Kclicrman, au Grand- 
« Commandeur de Grassc-Tilly, et à moi. Nous fûmes nom- 
« mes, par la Grande-Loge Générale, ses Commissaires, pour 
« cette grande œuvre. Le Grand-Orient en nomma neuf de 
« son côté. 

« Et le résultat de nos opérations fut, à la fin de l'une de 
« nos séances en Grande-Loge Générale, et d'accord avec 
»< quelques chefs du Grand-Orient, d'envoyer chercher, à 
« minuit plein, une vingtaine de voitures de place. Nous y 
« mîmes notre Bannière, et j'allai à la tête des officiers et 
« des membres de la Grande-Loge Générale de France, plan- 
« ter à l'est du Grand-Orient la Bannière du Rit A.ncien- 
« Accepté. » 

Les deux Régimes signèrent un concordat en vertu 
duquel le corps Maçonnique, en France, reconnaissait 
désormais comme Grand-Maître, Sa Majesté le Roi de 
Xaples, Joseph Bonaparte, frère de Sa Majesté l'Em- 
pereur et Roy, et pour Grand-Maître Adjoint, Son Al- 
tesse le Prince Archi-Chancelier Cambacérès. Deux Re- 
présentants particuliers suppléaient le Grand-Maître Ad- 
joint : le Grand-Commandeur de Grassc-Tilly, pour le 
Rit Ancien et Accepté, et Rœttiers de Montalcau, pour 
le Grand-Orient. Ce traité d'union est daté du 3 décem- 
bre 1804. Quoi qu'en aient dit les historiens, Napoléon 
ratifia sans difficulté cet accord. Il l'avait désiré. Un 
désir impérial était un ordre. Les deux Représentants 
particuliers du Grand-Maître furent maintenus dans 
:ette dignité par Arrêté du 5 vendémiaire, an 14. 



258 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

La Maçonnerie Française paraissait enfin marcher 
l'égale de l'Eglise, de l'Université : elle était une insti- 
tution reconnue par l'Etat. Mais l'accord dura peu. En 
vain le Frère Maugeret exaltait (( cette douce réunion 
a qui éteignit un nouveau schisme, dont la Maçonnerie 
«, était menacée, et confondit dans un seul faisceau et 
(( des Rits divergents et des frères dissidents. )) 

Les alliés se séparèrent. L'historien CUw'el, favorable 
au Grand-Orient, est très sévère pour le frère Pyron, 
qu'il dénonce comme « un brandon de discorde ». 

(( Ce frère vain et tracassier, dit-il, qui avait été ha- 
« bitué à dominer dans toutes les Loges Ecossaises, 
« avant le concordat, ne pouvait se résigner au rôle 
« secondaire que le nouvel ordre de choses lui avait assi- 
(( gné, etc.. )) Clavel est ici l'écho du Grand-Orient. 
Mais dans ses lettres à YEqucs a Capitc Galeato, l'accusé 
se défend avec beaucoup d'énergie. Voici quelques 
extraits fort intéressants de son apologie : 

« Cette expédition nocturne (voir plus haut, p. 257) ne plai- 
« sait pas à tout le monde : «Manebat altâ moite repos- 
« tuin. » Les chevaliers de la Moderne Judée furent accusés 
« de conspirer dans le secret contre nous, d'avoir des comités 
« nocturnes d'insurrection, dans lesquels on fabriquait des 
u adresses au nom des Loges et Chapitres des départements, 
a et qu'on envoyait, pour être renvoyées au Grand-Orient) 
« comme actes de protestation contre l'union du Rit Ancien 
« au Grand-Orient. 

« La dénonciation en fut faite dans le Grand-Chapitre Gé- 
« néral dont j'étais jadis Grand-Orateur titulaire. Les faits 
a étaient si graves. Vénérable Maître, les documents et les 
« preuves écrites, si nombreux, mais administrés sous le 
« sceau du secret maçonnique, que la Grande-Loge arrêta 
« que tous ces renseignements seraient remis de confiance à 
« son Orateur, pour en faire le rapport dans une séance 
(f traordinaire. 

« Je rïs ce rapport appuyé de pièces. Neuf des premiers 
« membres du Grand-Orient furent reconnus chefs du com- 
c plot. Le Grand-Chapitre rendit contre eux une plainte et 






1 






ET L EMPIRE 259 

« envoya le tout au Suprême Conseil du 33 e degré, pour juger 
« dans les formes maçonniques, après avoir fait entendre les 
« témoins, et faire les informations par les Grands-Inspec- 
« teurs-Inquisiteurs, 31 e degré du Rit Ancien. 

« Le Grand-Orient s'assembla. Les inculpés manœuvrè- 
« rent en tout sens, et Ton exigea de moi, séance tenante, de 
« représenter les pièces qui avaient servi de base au rapport 
« et de nommer ceux qui avaient donné les documents. Je 
« m'y refusai. Nouvel ordre d'y satisfaire, à peine d'être ré- 
« puté calomniateur, et auteur de la dénonciation, qui ce- 
« pendant avait été faite en Grand-Chapitre Général, par le 
« Vénérable et les Lumières et Dignitaires de la Loge des 
« Etrangers, précédemment fulminé par le Grand-Orient 
« comme Loge Ecossaise. 

« Le Grand-Chapitre s'assembla, prit une délibération dans 
<( laquelle il déclara qu'il prenait mon fait et cause, que je 
h n'avais parlé qu'en son nom, et comme son orateur ; qu'il 
« était lui-même le dénonciateur de la conspiration, qu'au 
<• surplus, pour le bien de la paix il retirait sa dénonciation. 
« l'annulait, et qu'il défendait de reproduire cette affaire, 
« sous aucun prétexte quelconque. 

« Le Grand-Orient s'assembla de nouveau, ordonna de 
« rechef que, malgré la révocation, faite par le Grand-Cha- 
« pitre-Général, de sa dénonciation, je produirais les pièces 
« et nommerais les dénonciateurs, à peine d'être déchu de 
« mon office. J'observai qu'il n'était pas de mon pouvoir d'al- 
« 1er contre les délibérations du Grand-Chapitre-Général, 
« dont j'étais l'Orateur, ni de produire une dénonciation qu'il 
« avait retirée, encore moins de nommer des personnes, qui 
« s'étaient présentées de confiance, et sur la promesse du se- 
rt cret. 

« Je fus déclaré déchu de mon office, et non démoli, ce 
( qui n'était ni dans leur volonté, ni dans leur puissance de 
( faire. J'ai porté l'appel de cet Arrêté du Grand-Orient, 
: fondé, i° : 

« Sur ce que la dénonciation étant l'ouvrage du Grand- 
Chapitre, qui l'avait retirée, je n'étais point garant, ni pre- 
nable de ses opérations; 2 : 

« Sur ce que l'Arrêté du Grand-Orient était une violation 



2ÔO LA FRAXC-MAÇOXXKRIE 

(( de tous les principes, qui n'est point un tribunal maçon- 
ce nique, judiciaire, mais un corps Législatif et Administra- 
a tif; que l'on avait encore violé les formes et formalités 
« prescrites, par les Constitutions, pour les procédures Ma- 
« çonniques emportant peine et punition; 3 : 

« Sur ce que je n'avais pu être jugé par des degrés de 
« la nature de ceux dont je suis pourvu, et non par des de- 
ce grés inférieurs et des Maîtres Symboliques. 

« J'ai dédaigné de donner suite à cet appel, et j'ai pris cet 
(( Arrêté pour ce qu'il vaut, quoiqu'il dépende de moi de re- 
« prendre cette affaire. Mais je suis bien dédommagé de cette 
u infamie par les bontés qu'a pour moi son Altesse Mgr le 
« Prince Archi-Chancelier, Chef-Suprême du Rit Ancien- 
« Accepté; par l'amitié, la liaison, et l'intimité qui régnent 
« entre une grande partie des Grands-Officiers d'Honneur et 
a moi ; par le bon accueil que me font beaucoup d'officiers 
u du Grand-Orient; par les premiers rangs dans la Société, 
« et, je puis le dire, par la considération dont je suis en pos- 
(( session dans les premières Loges des deux Rites, et qui 
<( toutes gémissent sur cette violation des constitutions et sur 
a une usurpation d'autorité que rien ne peut réprimer, attendu 
a que le Grand-Maître n'a point de juridiction, et qu'il n'y 
« a point d'autorité Maçonnique appelée à rectifier les actes 
« du despotisme du Grand-OriEnt de France. » 

A la suite de ces démêlés, les deux Régimes se séparè- 
rent. Mais le divorce ne fut point prononcé, ni le Traité 
d'union dénoncé. Les deux factions rivales continuèrent 
à reconnaître comme Grand-Maître Son Altesse le 
Prince Archi-Chancelier, Cambacércs. 






CHAPITRE III 



Cambacérès. 



i° La famille. 

Arrêtons-nous un instant devant ce personnage on- 
doyant, avisé, prompt aux volte-face, qui traversa, sans 
trop souffrir, les plus violents orages, et, au milieu des 
ruines accumulées autour de lui, sut asseoir les bases de 
la plus haute fortune. 

Jean-Jacques Régis de Cambacérès naquit à Mont- 
pellier le 15 octobre 1753, d'une ancienne famille de 
robe, noble mais pauvre, qui avait donné à la France 
d'éminents magistrats. Il était neveu du célèbre prédi- 
:ateur de ce nom et frère du cardinal-archevêque de 
Rouen. 






2Ô2 LA FRANC-MAÇONNERIE 

2° La ville natale. 

Montpellier, sa cité natale, était une des villes du 
royaume les plus attachées aux Sociétés Secrètes et les 
plus chères à la Maçonnerie. Dès l'année 1723, Monsieur 
de Roquelaure y découvrit une secte très curieuse, dite 
des Multipliants, et apprit que les membres de cette as- 
sociation tenaient leurs assemblées dans une maison 
(( dite de la Verchariïd, dans la rue qui va de la Triperie, 
(( droit au Puits du Temple. » 

On s'empara des principaux sectaires et on saisit leurs 
papiers. 

« Le catalogue de ceux de leur secte, raconte l'historien de 
« Montpellier, d'Aigrefeuille, est daté du 6 juin 1722. Il a 
» pour titre : Original des ncms et surnoms des Enfants de 
ce Sion. Leur nombre montait alors à deux cents trente-deux 
<c personnes, des différents lieux des Cévennes et des envi- 
« rons de Lunel. 

Les membres de la secte étaient tous des artisans et 
de pauvres gens du peuple. 

ce On eut des preuves convaincantes par leurs propres 
ce écrits, qu'ils faisaient la cène, et que Jean Yesson, en qua- 
cc lité de ministre, l'avait souvent administrée. On trouva 
ce l'acte par lequel il avait été élevé à cette charge, de simple 
« tonnelier qu'il était auparavant, par l'imposition des mains 
« de toute l'assemblée. 

«•Le grand nombre de visions, de prophéties et de sermons, 
ce qui se trouva parmi leurs papiers, donna bien de l'exer- 
ce cice aux commissaires, tant par la longueur des lectu 
« que par les folies qu'ils y trouvèrent. En voici quelques 
« échantillons : « Dieu m'a fait voir, dit Anne-Robert, (c'est 
« la même que la Verchand), la parole magnifique, en pré- 
ce sence de quatre témoins : j'ai vu une clarté et une étoile 
ce et le fil d'or, et, dans une autre plus grande clarté, j'ai vu 
ce une corde d'or, et une eolombe de l'esprit de vie. Pierre 
ce Félis, Pierre Portalez, Suzanne Guérine, sont témoins que 



ET i/EMPIRE 263 

« j'ai vu le palais de gloire, le 8 septembre 1722; Signé : 
« Anne Robert. 

« Une de leurs prêcheuses, parlant de l'arbre de vie, dont 
« ils avaient la représentation dans leur résidu (c'est ainsi 
« qu'ils nomment leur lieu de réunion) s'explique en ces 
« termes : Je vous parlerai du premier homme, nommé 
« Adam, et d'Eve, sortie de son côté, dont mon premier 
« point sera sur l'arbre; le second, sur le diable, en forme 
« de serpent, et le troisième, sur l'homme et la femme. 

« Jacob, dans un sermon prophétique, du 22 décembre 
« 1722, dit ces paroles honorables pour l'Eglise Romaine : 

« Dieu a béni et sacré du plus haut des cieux, les trois 
« sacrificateurs par le sel et l'huile de la grâce ; il a choisi 
« la Veuve (c'est la Verchand) pour représenter son Eglise, 
« qu'il veut faire fleurir et triompher sur la terre ; la dite 
« Eglise Romaine ayant demeuré veuve jusqu'à présent et 
« asservie au bergant de l'Eglise Romaine; mais il faut 
« qu'elle soit abattue avec les bergants, et que sa honte se 
« montre à la face de tout le monde, après avoir été cachée 
« aux Rois et aux princes par science humaine. » 

« Le reste de leurs écrits contenait mille extravagances 
« dont ils faisaient auteur le Saint-Esprit. On trouve pres- 
« que partout : Voici ce que dit l'Esprit-Saint ; voici ce que 
« le Saint-Esprit m'ordonne de vous dire. Ils l'employaient 
« jusque dans la marque des chaises, qui était dans le résidu, 
« et qui avaient toutes une inscription pareille à celle-ci : 
« Chaise marquée par le Saint-Esprit pour Jeanne Mazau- 
« rigue, le 2 janvier 1723. » 

Le même historien d'Aigrefeuille nous fait connaître 
l'issue de cette singulière affaire : 

« Enfin leur procès se trouva pleinement instruit vers la 
« fin du mois d'avril par les soins et la diligence du sieur 
« Jérôme Loys, sub-délégué de M. de Bernage, intendant, 
« qui avait eu, depuis le commencement de cette affaire, un 
« arrêt d'attribution pour les juges avec les officiers du pré- 
ce sidial de Montpellier. Le grand nombre de coupables sauva 
« la vie à plusieurs : Pierre Cros et Marguerite Verchand 
« furent mis hors de cause et de procès ; Victoire Bourlette, 



264 LA FRANC-MAÇONNERIE 

« Françoise Delort et Suzanne Delort, Louise et Philippe 
« Comte, renvoyés à un plus amplement anquis; trois femmes, 
« savoir : Anne Robert, dite la Verchand, Jeanne Mazaurigue, 
« et Suzanne Loubière, furent condamnées à être rasées et 
« enfermées pour le reste de leur vie dans une prison; cinq 
« hommes, savoir : Jacques Bourrely, dit Paul, sacrificateur. 
« âgé seulement de seize ans, Pierre Figarut, André Comte 
« et François Baumes, furent envoyés aux galères ; Jean 
a Yesson, comme ministre, Jacques Bonicel, dit Galantini, le 
« premier des sacrificateurs, et Antoine Comte, dit Moïse, 
« son collègue, furent condamnés, comme atteints et convain- 
« eus d'avoir tenu des assemblées illicites, et contrevenu aux 
« ordres de Sa Majesté sur la Religion, à faire amende ho- 
« norable devant la porte de la citadelle, et ensuite à être 
« pendus sur l'esplanade, avec Marie Blaine, dite Marie- 
« Marguerite, convaincue d'avoir fanatisé, et d'être la prin- 
« cipale motrice de ces assemblées. Leur sentence, qui est 
« datée du vingt-deuxième avril, fut exécutée le même jour; 
a et peu de temps après, on rasa, jusqu'aux fondements, 
« la maison où ils avaient tenu leurs assemblées, selon un 
« des articles de la sentence qui porte qu'elle ne pourra plus 
« être réédifiée. » 

Xous avons retrouvé ces notes curieuses dans les pa- 
piers de VBqucs a Capitc Galeato. Ce savant Maître dans 
les Sciences occultes recueillait avec soin tout ce qui, de 
près ou de loin, lui paraissait appartenir à l'histoire des 
Sociétés Secrètes et de la Maçonnerie. Dans une de ses 
(( Disquisitions », il a écrit sur cette même Secte des 
Multipliants cette page à remarquer : 

(( Ce ne sera pas sans surprise que nous reconnaîtrons dans 
« cette Secte la source et le modelé de plusieurs usages, déeo- 
<c rations, expressions et principes, qu'on retrouve dans eer- 
« tains grades de quelques Régimes Maçonniques. 

« Les Multipliants n'étaient eux-mêmes que les imitateurs, 
« les successeurs ou les diseiples de cette chaîne de nova- 
« teurs, toujours brisée et toujours renaissante, et qui. sans 
« cesse, a fatigué TFglise, sous le nom de Gnostiques, Basi- 






ET l'Empire 265 

« lidiens, Manichéens, Ariens, Cathares, Vaudois, etc.... (1). 

« Revenons aux Multipliants. Madame la comtesse de 
« Bénévent, qui dans ses premières années a vu les chefs 
« des Multipliants, le jour même où ils ont été arrêtés, nous 
« les a dépeints comme de jeunes hommes de bonne mine, 
« bien frisas, revêtus d'aubes blanches, et coiffés de bonnets 
« rouges. Elle a ajouté qu'une chaire, dont ces sectaires fai- 
« saient usage, a été donnée à l'église de Sainte-Catherine 
« de Montpellier. 

« Chacun de nous pourra reconnaître, dans l'histoire de 
« ces infortunés, l'origine de certaines couleurs, de certaines 
« expressions, et des instructions allégoriques, dont quelques 
« francs-maçons semblent avoir hérité. » 

Les (( Enfants de Sion » ou Multipliants datent de 
1722-1723. 

Quelques années plus tard, Montpellier se couvrit de 
Loges fréquentées par les officiers, les magistrats, les 
professeurs et les étudiants de l'Université. Cette ville 
devint même le siège du Directoire de la 3 e Province du 
Rit de la Stricte-Observance, celle de Septimanie, dont 
YBques a Capite Galcato fut l'unique représentant au 
Convent Général de Wilhelmsbad. 



3 La carrière civile et politique. 

Jean-Jacques Régis de Cambacérès grandit dans un 
milieu maçonnique et parmi des magistrats affiliés à la 
Secte. Il embrassa la carrière d'avocat et se fit bientôt 
remarquer par son talent brillant et souple, par sa verve 
abondante et facile. 



(1) Notons que cette opinion de YEques est la même qu'ont 
soutenue depuis nombre d'antimaçons. Lire à ce sujet Les Sociétés 
secrètes et les Juifs, brochure magistrale de M. Louis Dasté 
Librairie de la Renaissance Française). (N. de l'A.) 



266 LA FRANC-MAÇONNERIE 

En 1771, il était conseiller à la Cour des Comptes. 
Choisi comme électeur de la noblesse, il fut nommé ré- 
dacteur des séances tenues en vue de régler les cahiers et 
de nommer les députés aux Etats-Généraux. 

En 1792, élu lui-même député à la Convention, il s'y 
occupa beaucoup, mais dans les comités, et, particulière- 
ment, des questions administratives et judiciaires. 

Appelé à opiner dans le procès du Roi, Cambacérès 
vota coupable. Voici en quels termes il motiva son vote 
sur cette troisième question : — Quelle peine sera infli- 
gée à Louis ? — dans la séance permanente des 16 et 
17 janvier 1793 : 

« Citoyens », 

a Si Louis eût été conduit devant le tribunal que je pr< 
« dais, j'aurais ouvert le code pénal, et je l'aurais condamné 
a aux peines établies par la loi contre les conspirateurs; 
« mais ici j'ai d'autres devoirs à remplir. L'intérêt de la 
« France, l'intérêt des nations, ont déterminé la Convention 
« à ne pas renvoyer Louis aux juges ordinaires, et à ne 
« point assujettir son procès aux formes prescrites. 

« Pourquoi cette distinction ? C'est qu'il a paru nécessaire 
« de décider de son sort par un grand acte de justice natio- 
« nale; c'est que les considérations politiques ont dû préva- 
u loir dans cette cause sur les règles de l'ordre judiciaire; 
« c'est qu'on a reconnu qu'il ne fallait pas s'attacher servile- 
« ment à l'application de la loi, mais chercher la mesure qui 
« paraissait la plus utile au peuple. 

« La mort de Louis ne nous présenterait aucun de ces 
« avantages ; la prolongation de son existence peut au con- 
« traire nous servir; il y aurait de l'imprudence à se des- 
u saisir d'un otage qui doit contenir les ennemis intérieur- 
a extérieurs. 

a D'après ces considérations j'estime que la Conventi 
u nationale doit décréter que Louis a (^icouru les peines 
« établies contre les conspirateurs par le code pénal; qu'elle 
« doit suspendre l'exécution du décret jusqu'à la c< 
« des hostilités, époque à laquelle il sera définitivement pro- 






ET l'empire 267 

« nonce par la Convention ou par le Corps législatif sur le 
« sort de Louis, qui demeurera jusqu'alors en état de déten- 
« tion; et, néanmoins, en cas d'invasion du territoire fran- 
« çais par les ennemis de la République, le décret sera mis à 
« exécution. » 

Après la condamnation du roi, dans la séance du sa- 
medi 19 janvier, qui ne fut levée qu'à trois heures après 
minuit, 20 janvier 1793, Cambacérès demanda la pa- 
role : 

« Citoyens, dit-il, en prononçant la mort du dernier roi 
« des Français, vous avez fait un acte dont la mémoire ne 
« passera point, et qui sera gravé par le burin de l'immor- 
« talité, dans les fastes des nations. 

« Le salut public a pu seul vous prescrire cet important 
« décret; aujourd'hui qu'il est rendu, je viens au nom de 
« l'humanité appeler votre attention sur celui qu'il va frap- 
« per. Ménageons-lui des consolations, et prenons des mesu- 
« res propres à empêcher que l'exécution de la volonté natio- 
« nale ne soit entachée d'aucune souillure. Je fais en consé- 
a quence les propositions suivantes : 

Cambacérès lut alors un projet de décret qui, avec 
quelques amendements de rédaction, fut adopté en ces 
termes : 

« Il sera envoyé à l'instant au conseil exécutif une expé- 
a dition du décret qui prononce contre Louis la peine de 
« mort. 

« Le conseil exécutif sera chargé de notifier dans le jour 
« le décret à Louis, et le faire exécuter dans les vingt-quatre 
« heures de la notification, de prendre pour cette exécution 
« toutes les mesures de sûreté et de police qui lui paraîtront 
« nécessaires. Il rendra compte de ses diligences à la Con- 
« vention. 

« Il sera enjoint aux maires et officiers municipaux de 
« Paris de laisser à Louis la liberté de communiquer avec 
« sa famille, et d'appeler auprès de sa personne les ministres 



268 LA FRANC-MAÇONNERIE 

« du culte qu'il indiquera pour l'assister dans ses derniers 
« moments. » 



4° Frère Jean-Jacques Régis Ordre. 

Quelques historiens ont fait honneur à Jean-Jacques 
Régis de Catnbacérès de ses sentiments libéraux, tandis 
que se jouait ce drame terrible qui épouvanta la France 
et consterna le monde. C'est faire injure au Maçon, qui 
portait, dans le Régime Ecossais, le nom couvrant de 
Jean-Jacques Régis Ordre. C'est méconnaître les mobiles 
secrets qui déterminèrent l'habile conduite du Conven- 
tionnel. 

Récapitulons ses actes durant ces journées à jamais 
déplorables : 

A la séance du 15 janvier, la Convention procéda au 
premier appel nominal. A cette première question : — 
Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la 
liberté de la nation, et d'attentats contre la sûreté géné- 
rale de l'Etat? — Six cent quatre-vingt-trois membres, 
sur sept cent quarante-neuf, répondirent oui. Catnbacé- 
rès fut des six cent quatre-vingt trois. 

A la seconde question : — Le jugement de la Conven- 
tion Nationale contre Louis Capet sera-t-il soumis à la 
ratification du peuple ? — Cambacércs répond non et 
donne de son vote l'explication h plus étrange : « Nous 
(( devions aussi renvoyer à la sanction du peuple le dé- 
(< crci par lequel nous nous sommes constitués juges de 
(( Louis; nous ne l'avons pas fait; je dis non. » 

Le savant jurisconsulte raisonnait ainsi : Nous avons 
cru bon de violer une première fois la Constitution ; 
soyons hardiment logiques : ne craignons pas de la violer 
une seconde fois. Désormais l'issue du procès ne parais- 
sait plus douteuse. L'habile légiste va nous présenter un 
visage plus humain. 



ET l'empire 269 

A la troisième question : — Quelle peine sera infligée 
à Louis ? — Cambacérès répond, mais sa réponse est 
oblique. Son vote est très étudié. Cet épicurien est maître 
de ses nerfs. Le trouble qui règne autour de lui, dans la 
salle, ne lui a rien enlevé de son sang-froid. Nous avons 
lu dans les historiens — et dans le dictionnaire de Feller 
— que Cambacérès eut le méritoire courage de contester 
à la Convention le droit de juger le monarque infortuné. 
Qu'on relise sa courte harangue. Le préopinant s'appli- 
que à prouver que l'Assemblée, expression de la volonté 
nationale, n'a point à s'assujettir aux formes prescrites. 
Il semble s'attacher à calmer les consciences, et, devan- 
çant le poète, n'hésite pas, lui le jurisconsulte réputé, lui 
dont l'opinion fait loi, à dire à chacun des Convention- 
nels : 

Tu peux tuer cet homme avec tranquillité. 

Sans doute il ne dit pas : Je vote la mort; je tue; tu 
peux tuer. Cambacérès a beaucoup fréquenté les Marti- 
nistes — qui sont les ultrà-Tartufes de la Maçon- 
nerie. Un Tartufe est un habile homme, et un homme 
même trop habile. Et donc, parlant en jurisconsulte, 
Cambacérès déclare que la Convention Nationale doit 
décréter que Louis a encouru les peines établies par le 
code pénal contre les conspirateurs. 

Ainsi, ce n'est pas Cambacérès qui parle, c'est la loi, 
c'est l'inflexible justice. — Or, (( la peine contre les cons- 
pirateurs est la mort », dira le marquis de Condorcet. 
Quelle peine a donc votée Cambacérès ? 

Au quatrième appel, il vote le sursis, mais l'exécution 
immédiate de l'arrêt, si la France est envahie. 

Après la condamnation il remonte à la tribune et y 
présente cette fameuse motion que l'Assemblée adopte 
avec quelques légères modifications. De la courte haran- 
gue qu'il prononça, et qui, malgré les sourds murmures 



27O IvA FRANC-MAÇONNERIE 

des Montagnards, rallia la majorité, la première phrase 
mérite d'être lue, relue, et attentivement méditée : 

a Citoyens, en prononçant la mort du dernier roi des 
(( Français, vous avez fait un acte dont la mémoire ne 
(( passera point, et qui sera gravé par le burin de l'im- 
« mortalité, dans les fastes de la nation. » 

Dirons-nous que ce sont là les expressions du style ré- 
volutionnaire ? Ce ne serait pas assez dire. Nous recon- 
naissons ici le langage voilé, compris des plus hauts ini- 
tiés. Qu'on se rappelle les conséquences de la doctrine 
Martiniste professée par les vrais Maîtres, et, notam- 
ment par YEques a Capite Galcato, l'ami de Cambaccrcs: 
plus de dogmes, plus de prêtres, plus de lois, plus de rois, 
plus de frontières, plus de peuples. La Secte croyait tou- 
cher le but. Louis sera le dernier roi des Français. La 
chute de son trône présage celle de tous les trônes ; et la 
libération de la France, la libération du monde. La 
France n'est qu'une des provinces de la Maçonnerie. Les 
nations ne formeront plus qu'un peuple : le peuple ma- 
çonnique. La date du 20 janvier sera gravée, par le burin 
de l'Immortalité, dans les fastes des nations soumises à 
la Maçonnerie. 

Le reste de la harangue n'est qu'artifice. Le maçon 
jurisconsulte parle au nom de l'humanité. Après avoir 
exalté les bourreaux, l'avocat s'attendrit sur la victime. 
Il veut donner au crime le plus atroce les apparences de 
la plus impartiale justice. Il importe que tout se passe 
décemment dans le sein de l'Assemblée. Il ne faut pas 
que le régicide soit, ou puisse être considéré, par la 
France, par l' Europe, par la postérité, comme un lâche 
tssinat, comme un parricide, ni que l'exécution de la 
volonté nationale — une autre expression du lang; 
maçonnique — soit entachée d'aucune souillure. Robes- 
pierre, Danton. Barbaroux, Marat et leurs émules, fu- 
rent les exécuteurs du plan monstrueux qui aboutit au 
plus monstrueux des attentats. Le doux Cambacérès, le 
libéral, le juste Cambaccrcs, se fait le panégyriste qui 



ET i/empire 271 

couvre le crime accompli par la Convention du voile de 
la Loi, de la pourpre de la jurisprudence, des fleurs de sa 
rhétorique. Frère Jean-Jacques Régis Ordre devient la 
pleureuse officielle qui mène le deuil, au nom de l'hu- 
manité. Le bon frère Ecossais met en pratique ce pré- 
cepte que nous avons retrouvé dans les papiers de 
VBques a Capite Galeato : « In cœmeterio threnos pro 
« f retire canta, quem nierito trucidasti. » (1). 

A la séance du 10 mars 1793, Cambacêrès demande 
que la Convention décrète l'organisation du tribunal 
révolutionnaire. Il est élu membre du Comité de Salut 
Public le 15 brumaire de l'an III. Son concours est fort 
apprécié. Il est réélu le 15 frimjaire, le 15 nivôse, le 15 
pluviôse, le 15 germinal, le 15 floréal, le 15 prairial, le 
15 messidor, le 15 fructidor et enfin le 15 vendémiaire, 
an IV. 

Il préside la Convention, du 17 vendémiaire, an III, 
au 2 brumaire. 

Au mois de janvier 1795, il y avait à peu près six ans 
que la Révolution était commencée. Elle n'avait été 
« qu'une catastrophe. » Ses excès, en épouvantant la 
nation, avaient dévoré ses meilleurs partisans. Les pre- 
miers meneurs, les. plus fanatiques^- avaient disparu. 
Les survivants étaient las et désemparés. Il restait, mal- 
gré les proscriptions, cette partie du peuple, pacifique, 
laborieuse et saine qui demandait au gouvernement, 
quel qu'il pût être, deux choses : l'ordre et la sécurité. 
Sieyès rentrait en scène et se présentait lui-même à la 
France dans une brochure fameuse. Il fallait ressaisir 
l'opinion et préparer l'avenir. Les Loges sortaient de 
leur sommeil et reprenaient leurs travaux. Cambacêrès 
demeura le jurisconsulte de la Maçonnerie. Toutes les 
fois qu'il s'agit des Bourbons, il reparaît sur la scène. 



(1) « Au cimetière, chante des hymnes funèbres en l'honneur 
du frère que tu as tué comme il le méritait. » 



2/2 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Il est le vrai détenteur de la doctrine de la Secte. Le 22 
janvier 1795 (3 pluviôse), il lit à la tribune « un rap- 
port à l'égard des individus de la famille Capet, actuel- 
lement en France. Il dit qu'il serait impolitique, pen- 
dant la guerre, de mettre en liberté les membres de 
cette famille, et propose de passer à V ordre du jour. 
{Adopté.) » 

Un moment on vit pâlir l'étoile de cet homme heu- 
reux. Le grand jurisconsulte, le Conventionnel avisé se 
trouva tout à coup compromis dans la correspondance 
qui fut saisie chez Lemaître, ancien secrétaire des finan- 
ces. Parmi les hommes jugés comme utiles à un plan 
de restauration monarchique, les correspondants de 
Lemaître nommaient La harpe, Lacretelle, Richer- 
Sérizy, et parmi nombre d'autres personnages, Camba- 
cérès et Gam on. Cambacérès se défendit publiquement 
avec beaucoup de véhémence, et en faisant un grand 
étalage des plus purs sentiments révolutionnaires. Mais 
nous croyons qu'en comité secret il donna des expli- 
cations plus convaincantes. Glisser des adeptes dans tous 
les partis, pour les trahir tous plus sûrement, n'est-ce 
pas dans la tradition maçonnique ? 

Qu'on réfléchisse d'ailleurs à la situation difficile, 
pour ne pas dire inextricable, dans laquelle se trou- 
vaient les vrais chefs de la Secte. Leurs vastes desseins 
n'avaient abouti qu'à (( une catastrophe », selon l'expres- 
sion de Rcettiers de Montaleau, qu'à (( une explosion 
délétère », écrivait YBqucs a Capitc Galeato. Le Pou- 
voir occulte avait été débordé et comme emporté par 
le torrent des passions qu'il avait soulevées. Il fallait 
rétablir un certain ordre, constituer un gouvernement 
assurer les conquêtes et se remettre à la tâche, mais 
avec pins de prudence. 

A qui confierait-on les rênes de l'Etat ? Quelle serait 
la forme définitive du Gouvernement ? Nommerail 
des Directeurs, des Consuls ? Choisirait-on un homme 
nouveau ? Appellerait-on un prince étranger ? Mon- 






HT L'EMPIRE 273: 

sieur, frère du Roi, était un Bourbon ; mais son esprit 
voltairien, son tempérament d'épicurien, son caractère 
enclin aux tractations, paraissaient offrir des garanties. 
Au moment où les Loges se réorganisaient de toutes 
parts, nous sommes convaincus que les chefs de la 
[Maçonnerie agitaient ces graves problèmes. Sur toutes 
ces questions, il leur était difficile de s'entendre ; il 
leur était plus difficile encore de se faire écouter et 
comprendre, à demi-mot, des adeptes inférieurs. 

Quoi qu'il en soit, Cambacérès était compromis. Mais 
l'orage, qui avait quelques heures menacé sa tête, se 
dissipa comme de lui-même. L'ancien avocat languedo- 
cien va prendre son vol. L'enfant du Midi ne s'arrêtera 
que sur les plus hauts sommets. 

5 Cambacérès et Bonaparte. 

Il est nommé aux Cinq-Cents. Il entre à l'Institut 
National, dans la classe des sciences sociales et législa- 
tives, pour passer bientôt dans celle des lettres. Il obtient 
de Siéyès, devenu Directeur, le ministère de la Justice. 

Après le 18 brumaire, Cambacérès glorifie le vain- 
queur. Le jurisconsulte sait trouver d'éloquentes for- 
mules pour légitimer le nouvel ordre de choses : 

« Depuis longtemps, citoyens, la voix publique appelait des 
« changements dans les dispositions organiques de notre 
« pacte social. 

« Ces changements se feront. 

« On va préparer dans le calme de la méditation et discuter 
(( avec sagesse des codes établis sur les bases immuables de 
(( la liberté, de l'égalité des droits et du respect dû à la pro- 
« priété. 

« Alors, tous les cœurs se rattacheront au système repré- 
« sentatif, et la République recevra de la législation un éclat 
« non moins brillant que celui qu'elle tient des triomphes de 
a ses défenseurs. 

« C'est afin de parvenir à ce but si désirable que les re- 



2^4 ^ A FRANC-MAÇONNERIE 

« présentants de la nation ont décrété les mesures consa- 
« crées dans la loi du 19 de ce mois, que je vous transmets 
« avec cette lettre. 

« Recevez cette loi comme un bienfait, et secondez de tous 
« vos moyens les efforts généreux des consuls, qui travail- 
u leront sans relâche à donner à la patrie des jours de paix 
« et de prospérité. 

« Je recommande aux administrations centrales de pro- 
« céder avec pompe à la publication ordonnée, et de veiller à 
« ce que des exemplaires du placard de la loi soient affichés 
« sur les lieux accoutumés... 

Salut et fraternité. Signé : Cambacérès. 

Bonaparte est proclamé premier Consul. Cambacé- 
rès, son frère en Maçonnerie dans le Régime Ecossais, 
travaille activement, en sa qualité de second Consul, à 
consolider la fortune inespérée du général. L'habile 
légiste apprend à son puissant collègue à fausser la 
constitution sans la déchirer. 

Enfin l'Empire est offert à Bonaparte. Le frère 
Fonché, le frère Lacépède, le frère Tallcyrand, beau- 
coup d'anciens Terroristes, pour barrer la route du 
pouvoir aux Bourbons, résolurent le rétablissement de 
la monarchie sur la tête du premier Consul. Les corps 
électoraux, provoqués par ces meneurs, aidés des Loges, 
présentèrent des adresses demandant à Bonaparte de 
se sacrifier au bonheur de la patrie et d'accepter le 
fardeau. 

Henri Martin, parmi les historiens dévoués à la 
Secte, explique fort superficiellement le rôle de Camba- 
cérès dans ces graves circonstances. Nous pensons qu'il 
est intéressant de faire une remarque. La Maçonnerie 
était devenue sous l'Empire une institution d'Etat 
Henri Martin, initié à ses dogmes et à ses m/stères, se 
crut sans doute astreint par son serment de discret ion 
à la passer sous silence. Dans les huit volumes de son 
Histoire de France de 1789 à nos jours, pas un mot de 
la Secte. 



ET h EMPIRE 275. 

Il écrit : 

a II fallait maintenant mettre en mouvement le Sénat, qui 
« se laissait habituellement conduire par Cambacérès. Cam- 
« bacérès résista, ainsi qu'il l'avait fait dans l'affaire du duc 
« d'Enghien : c'était un homme sans caractère, mais de beau- 
ce coup de jugement et de pénétration. Il remontra au Pre- 
« mier Consul qu'un changement de titre lui créerait de nou- 
« velles difficultés, et de nouveaux dangers, sans rien ajou- 
« ter à son pouvoir, qui n'avait en réalité, aucunes bornes; 
« qu'il était habile et prudent de garder le nom de la Répu- 
« blique, après avoir supprimé la chose. 

« Bonaparte avait son parti pris. La vanité et l'imagina- 

« tion l'emportaient chez lui sur les intérêts positifs. Cam- 

« bacérès, en le quittant, dit au troisième Consul Lebrun : 

« C'en est fait, la monarchie est rétablie; mais j'ai le pres- 

« sentiment que ce qu'on édifie ne sera pas durable. Nous 

« avons fait la guerre à l'Europe pour lui donner des Répu- 

a bliques, filles de la République Française ; nous la ferons 

« maintenant pour lui donner des monarques fils ou frères 

« du nôtre, et la France épuisée finira par succomber dans 

« ces folles entreprises. » 

Ces paroles, prononcées en manière de prophétie, 
nous paraissent avoir été arrangées après coup. Les 
hésitations de Cambacérès s'expliquent moins par les 
prétendues raisons avancées par Henri Martin, et sur- 
tout par les paroles qu'il lui prête (des monarques fils 
ou frères du nôtre), que par la situation pleine d'embar- 
ras où se trouvaient les fauteurs de la Révolution et 
les Chefs secrets de la Maçonnerie. 

Bien que reconstituées depuis près de dix ans, les 
Loges étaient dans le désarroi. On comprend que les 
délégués des Hauts Initiés, contraints de se tenir voi- 
lés, ne pouvaient — et n'ont pu, à toutes les époques, — 
diriger leurs adeptes que par des influences couvertes, 
par des suggestions, par des insinuations plutôt que par 
des commandements. 



2j6 



LA PRAXOMAÇONNERIE 



Certains Maçons, Martinistes, Ecossais, Illuminés, 
Philalèthes, Philadelphes, avaient connu le vrai but : 
L'univers tout entier vivant par la Maçonnerie et pour 
elle. Inutile et dangereux même de parler à ces adeptes 
de rois, d'empereurs, de monarchies héréditaires. On 
n'avait longtemps travaillé dans l'ombre, on n'avait lutté 
et souffert, beaucoup de frères n'étaient morts, que pour 
renverser les trônes et les tyrans, que pour briser toutes 
les entraves, que pour effacer les vestiges d'un odieux 
passé. 

Proclamer Bonaparte Empereur, souffrir que le 
pouvoir devint héréditaire dans sa famille, c'était renon- 
cer à l'idéal maçonnique. A ce renoncement les adeptes 
inférieurs, mais fanatiques, ne voulaient à aucun prix 
consentir. C'est ce qui explique l'opposition irréduc- 
tible que l'Empereur rencontrera parmi quelques-uns de 
ses frères en maçonnerie. 

C'est ce qui explique l'attitude embarrassée de Cam- 
bacérès. Mais la Secte est souple, ondoyante, perfide. Le 
serpent est l'un de ses emblèmes. Elle en a la pru- 
dence. Avant tout elle vise à sauver sa tête. Le Pre- 
mier Consul s'était soudainement dressé devant elle. 
Bonaparte avait pour lui l'armée, peuplée de maçon?, et 
les grandes masses populaires. Il avait une formidable 
ambition, et, au service de cette ambition, un incom- 
parable génie. La Secte comprit qu'il faudrait com- 
poser avec lui. 

D'autre part, la France avide d'ordre et de tranquil- 
lité, demandait un Maître. Il se trouvait que ce futur 
Maître était un fils de la Révolution et un initié de la 
Maçonnerie. La Maçonnerie pourrait avec lui fixer à 
jamais le passé, c'est-à-dire assurer et recueillir le fruit 
des conquêtes de la Révolution, et préparer l'avenir, 
c'est-à-dire multiplier les adeptes et les mener avec pru- 
dence, d'un pas lent mais sûr, au vrai but assigné aux 
ouvriers de l'Art-Royal. 



ET L EMPIRE 2JJ 

Si le Premier Consul, enflammé d'un saint zèle pour 
l'auguste cause de la sublime Maçonnerie et renonçant 
à ses vues ambitieuses, eût daigné être pour elle ce que 
Charlemagne fut jadis pour la Papauté, pour Rome, 
pour l'Eglise catholique ! Instrument docile des (( Princes 
Maçons », le Premier Consul, entouré de ministres 
maçons, eût, au nom et sous les auspices de la Maçon- 
nerie, gouverné la France très chrétienne devenue un 
peuple de maçons. Partant avec elle pour une croisade 
à rebours, il eût peut-être jeté le monde dans les bras 
de la Maçonnerie. 

Rêve superbe ! Rêve caressé par YBqucs a Capite 
Galcato ! Rêve qui s'évanouissait ! Ce qui avait manqué 
à la Maçonnerie, initiatrice du mouvement révolution- 
naire, c'était un gouvernement. Le tribun Carnot 
l'avouait, non sans amertume, dans le fameux discours 
qu'il prononça le I er mai 1804 (11 floréal an XII : 
« Nous n'avons pas pu établir parmi nous le régime 
« républicain, quoique nous l'ayons essayé sous diverses 
« formes plus ou moins démocratiques. » L'orateur 
plaide les circonstances atténuantes : « Mais il faut 
« observer que de toutes les constitutions qui ont été 
« successivement éprouvées sans succès, il n'en est au- 
'iinc qui ne fût l'ouvrage de circonstances aussi iin- 
« péricuses que fugitives : voilà pourquoi toutes ont 
(( été vicieuses. » Après tant d'avortements aussi humi- 
liants que douloureux, la Révolution avait enfin enfanté 
un gouvernement fort. (( Mais depuis le 18 brumaire, 
(( ajoutait Carnot, il s'est trouvé une époque, unique 
« peut-être dans les annales du monde, pour méditer 
« à l'abri des orages, pour fonder la liberté sur des 
(( bases solides, avouées par l'expérience et la raison. » 

Carnot parlait en véritable adepte. Mais la lassitude, 
l'ambition, les intérêts personnels, la nécessité avaient 
fermé les oreilles. L'appel suprême du tribun demeura 
sans écho. La Franc-Maçonnerie accepta l'Empire et se 
promit d'en tirer le meilleur parti possible. 



278 LA FRANC-MAÇONNERIE, 

6° Les Grands-Corps de l'Etat et Cambacêres. 

Le Sénat, qui était aux ordres de Cambacêres, son 
président, prit l'initiative. Le Conseil d'Etat se montra 
moins empressé. Il ne consacra pas moins de quatre 
séances à discuter la question de l'hérédité du pouvoir. 
Sur vingt-sept conseillers, sept opinèrent pour l'ajour- 
nement de la mesure. Les francs-maçons Berlier, 
Treilhard, Boulay de la Meurthe, parlèrent contre l'hé- 
rédité. Berlier osa même dire que « c'était un pas rétro- 
(( grade j que c'était manquer le but de la révolution ». 
Le 25 avril 1804 (3 floréal), le Tribunat suivit l'exem- 
ple du Sénat. Un tribun obseur, du nom de Curée r 
déposa sur le bureau « une motion d'ordre tendant à 
(( ce que Napoléon Bonaparte, actuellement Premier 
« Consul, fût déclaré Empereur des Français et à ce 
(( que la dignité impériale fût déclarée héréditaire dans 
(( sa famille ». Cette motion fut mise à l'ordre du jour 
du 10 floréal, en séance extraordinaire. 

Au jour fixé, le Tribunat s'assembla. Curée monta à 
la tribune. Citons la péroraison de son discours. Ce sont 
des accents que nous entendrons bientôt retentir dans 
les Loges : 

« Hâtons-nous, mes collègues (plus de citoyens !) de de- 
ce mander l'hérédité de la suprême magistrature ; car en vo- 
ce tant l'hérédité d'un chef, comme disait Pline à Trajan. 
a nous empêcherons le retour d'un maître. 

« Mais en même temps donnons un grand nom à un grand 
« pouvoir; concilions à la suprême magistrature du premier 
Kmpire du monde le respect d'une dénomination sublime. 

« Choisissons celle qui, en même temps qu'elle donnera 
« l'idée des premières fonctions civiles, rappellera de glo- 
« rieux souvenirs, et ne portera aucune atteinte à la souve- 
« raineté du peuple. 

« Je ne vois pour le chef du pouvoir national aucun titre 
<( plus digne de la splendeur d'une nation que le titre d'Em- 
« pereur. 






ET i/empire 279 

a S'il signifie consul victorieux, qui mérita mieux- de le 
<( porter ? Quel peuple, quelles armées furent plus dignes 
« d'exiger qu'il fût celui de leur chef ? 

« Je demande donc que nous reportions au Sénat un vœu 
(( qui est celui de toute la nation, et qui a pour objet : 

« 1" Que Napoléon Bonaparte, actuellement Premier Con- 
<c sul, soit déclaré Empereur et, en cette qualité, demeure 
<( chargé du gouvernement de la République Française; 

« 2" Que la dignité impériale soit déclarée héréditaire dans 
<t sa famille ; 

(( 3" Q ue celles de nos institutions qui ne sont que tracées 
« soient définitivement arrêtées. » 

Pressez un peu cette emphatique harangue, toute gon- 
flée d'expressions maçonniques ; il n'en sortira que l'hy- 
pocrisie et l'adulation. 

Ce fut comme une ruée vers la servitude. Vingt-qua- 
tre tribuns demandèrent aussitôt la parole, pour appuyer 
la motion. Voici leurs noms que nous avons retrouvés, 
pour la plupart, dans les tableaux des Loges : Arnould, 
Albisson, Cari ou- Avisas, Carrot, Chabaud-Latour, Cha- 
bot, Costas, CJiallan, Chassiron, Dclaitre, Dclpierre, 
Duveyrier, Duvidal, Favard, Faure, Frêville, Gallois, 
Gillct, Grenier, Jaubert, Koch, Perrin, Sahuc, Siméon. 
Tous lurent des discours, préparés à l'avance, en faveur 
de l'hérédité. 

Seule, une voix s'éleva pour protester, la voix de 
Camot. Du discours très étudié qu'il prononça nous 
avons déjà cité des extraits. Quatre tribuns montèrent à 
la tribune pour le réfuter. Grenier rappela durement au 
Conventionnel qu'il avait fait partie du Comité du Salut 
Public, et ses collègues s'étonnèrent « qu'il osât ne 
pas laisser l'oublier ». Mais Cambacérès aussi fut du 
Comité du Salut Public, et qui donc eût osé ne pas 
l'oublier ? 

Le 13 floréal (3 mai 1804), au nom d'une commis- 
sion où nous retrouvons les noms des mêmes comparses, 



280 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

]e tribun Jard-Panvilliers fit son rapport sur la motion 

de Curer et en proposa l'adoption. 

Voici le projet d'arrêté dont le rapporteur lit lecture 
au Tribunat. Les fauteurs du mouvement révolution- 
naire exécutent un tête-à-queue déconcertant : 

« Le Tribunat, considérant qu'à l'époque de la Révolution 
a où la volonté nationale put se manifester avec le plus de 
« liberté, le vœu général se prononça pour l'unité individuelle 
« dans le pouvoir suprême, et pour l'hérédité de ce pou- 
ce voir ; 

« Que la famille des Bourbons, ayant par sa conduite 
<i rendu le gouvernement héréditaire odieux au peuple, en 
« fît oublier les avantages, et força la Nation à chercher 
« une destinée plus heureuse dans le gouvernement démo- 
ce cratique ; 

« Que la France ayant éprouvé les divers modes de ce 
« gouvernement, ne recueillit de ces essais que les fléaux 
« de l'anarchie : 

« Que l'Etat était dans le plus grand péril lorsque Bona- 
« parte, ramené par la Providence, parut tout-à-coup pour 
« le sauver ; 

« Que sous le gouvernement d'un seul, la France a recou- 
o vré, au dedans, la tranquillité, et acquis, au dehors, le plus 
« haut degré de considération et de gloire ; 

« Que les complots formés par la maison de Bourbon, de 
a concert avec un ministère, implacable ennemi de la France. 
« l'ont avertie du danger qui la menace, si venant à perdre 
« Bonaparte, elle restait exposée aux agitations inséparables 
« d'une élection : 

« Que le Consulat à vie. et le droit accordé au Premier 
« Consul de désigner son successeur, ne sont pas suffisants 
(( pour prévenir les intrigues intérieures et étrangères qui 
« ne manqueraient pas de se former lors de la vacance de la 
« magistrature suprême: » 

<( Qu'en déclarant l'hérédité de cette magistrature or. 
« conforme à la fois à l'exemple de tous les grands Etats an- 
« ciens et modernes, et au premier vœu que la nation ex- 
u prima en 178 r. 



ET i/kmpirK 281 

« Qu'éclairée par l'expérience, elle revient à ce vœu plus 
<( fortement que jamais, et le fait éclater de toutes parts; 

« Qu'on a toujours vu, dans toutes les mutations politi- 
« ques, les peuples placer le pouvoir suprême dans la famille 
« de ceux auxquels ils devaient leur salut; 

(( Que la France conservera tous les avantages de la Révo- 
« lution par le choix d'une dynastie aussi intéressée à les 
« maintenir que l'ancienne le serait à les détruire ; 

« Que la France doit attendre de la famille de Bonaparte 
« plus que d'aucune autre, le maintien des droits et de la 
« liberté du peuple qui la choisit, et de toutes les institutions 
« propres à les garantir ; 

« Qu'enfin il n'est point de titre plus convenable, à la gloire 
« de Bonaparte et à la dignité du chef suprême de la nation 
« française, que le titre d'empereur ; 

« Le Tribunat, exerçant le droit qui lui est attribué par 
« l'article 29 de la Constitution, émet le vœu : 

« i" Que Napoléon Bonaparte, premier consul, soit pro- 
« clamé Empereur des Français, et en cette qualité chargé 
« du gouvernement de la République Française ; 

« 2 Que le titre d'Empereur et le pouvoir impérial soient 
<( héréditaires dans sa famille de mâle en mâle, et par ordre 
« de primogéniture ; 

« 3 Que, faisant dans l'organisation des autorités consti- 
« tuées les modifications que pourra exiger l'établissement 
« du pouvoir héréditaire, l'égalité, la liberté, les droits du 
« peuple soient conservés dans leur intégrité. 

« Le présent vœu sera présenté au Sénat par six orateurs, 
« qui demeurent chargés d'exposer les motifs du vœu du 
« Tribunat. » 

Nous ferons ramarquer, en passant, cette dernière, 
mais bien timide protestation en faveur de l'égalité, de 
la liberté (expressions toutes maçonniques) et des droits 
du peuple, dont le Premier Consul depuis quatre ans 
avait fait litière. Le Sénat la réitéra d'une manière 
plus expresse, mais avec aussi peu de conviction. 

C'était comme le cri étouffé de la Maçonnerie vain- 



282 LA FRANC-MAÇONNERIE 

eue, contrainte de transiger avec un de ses fils. Elle 
cédait, les bras levés vers l'image que lui avait montrée 
son rêve merveilleux, désormais évanoui. 

Le Tribunat, son président Fabre de l'Aude en tête, 
signa le vœu qui venait d'être proclamé. Les tribuns 
Albisson, Challan, Goupil de Préfeln, Lahary, Sahuc, 
Jard-Pranvilliers, nommés pour porter ce vœu au Sénat, 
s'y rendirent le lendemain 14 floréal (4 mai). Jard- 
Pranvilliers porta la parole. 

Un franc-maçon, ancien membre du Directoire, Fran- 
çois de Ncufchâtcau, vice-président du Sénat, félicita 
le Tribunat, en la personne des six orateurs, d'avoir si 
bien usé de cette initiative populaire et républicaine que 
leur avaient déléguée les lois fondamentales. Comme 
vous, ajouta-t-il, nous voulons élever une nouvelle 
dynastie; comme vous, nous voulons que l'égalité, la 
liberté, les lumières, ne puissent plus rétrograder. 

Le Sénat n'attendait que cette solennelle démarche 
pour se mettre lui-même en mouvement. Sans désempa- 
rer, il rédigea sa réponse au message du 5 floréal. Il est 
inutile de citer tout au long cet emphatique document. 
L'œuvre de François de Nenfehâteau ne brille ni par la 
concision du style, ni par la sincérité de l'accent. 

On y lit : 

« La gloire, la reconnaissance, l'amour, la raison, l'inté- 
« rêt de l'Etat, tout proclame Napoléon Empereur hérédi- 
« taire. . Le gouvernement Impérial deit être inébranlable... 
« Il faut que la liberté et l'égalité soient sacrées; que le pacte 
« social ne puisse pas être violé; que la souveraineté du peu- 
ce pie ne soit jamais méconnue, et que, dans les temps les 
(( plus reculés, la nation ne soit jamais forcée de ressaisir 
« sa puissance et de venger sa majesté outragée. » 

Ainsi parlaient ces rhéteurs et ces sophistes à l'homme 
qui avait faussé la Constitution, fait taire toutes les 
oppositions et confisqué à son profit toutes les libertés 
publiques. 



ET L'EMPIRE 283 

On y lit encore : 

« L'amour des Français pour votre personne, transmis 
<< à vos successeurs avec la gloire immortelle de votre nom, 
<<■ liera à jamais les droits de la nation à la puissance du 
« prince. 

« Le pacte social actuel bravera les temps. 

« La République, immuable comme son vaste territoire, 
« verrait en vain s'élever autour d'elle les tempêtes politi- 
« ques. 

« Pour l'ébranler il faudrait ébranler le monde ; et la pos- 
« térité, en rappelant les prodiges enfantés par votre génie, 
a verra toujours debout cet immense monument de tout ce 
<( que vous devra la patrie. » 

Ces froides et ridicules déclamations étaient signées 
<ie François de Neuf château, vice-président, de Morard- 
de-Galles et Joseph Cornndet, secrétaires. ; 

A cette réponse était joint un mémoire secret dans 
lequel le Sénat « développe les dispositions qui lui parais- ■ 
(( sent les plus propres à donner à nos institutions la 
(( force nécessaire pour garantir à la nation ses droits 
(( les plus chers... ». Mais ces citoyens, épris de liberté 
et d'égalité, ces courageux défenseurs vies droits de la 
nation, ne s'oubliaient pas eux-mêmes. Ils rendaient un 
service. Ils voulaient un salaire. Ils ne rougirent pas de 
le demander. Les sénateurs concluaient leur mémoire 
par cinq demandes : 

i° Que la dignité de sénateur fût héréditaire ; 

2 Que les sénateurs ne pussent être jugés que par 
leurs pairs ; 

3 Que le Sénat eut l'initiative des lois ou au moins 
le veto ; 

4° Que le Conseil d'Etat ne pût interpréter les séna- 
tus-consulte ; 

5° Que deux commissions fussent instituées dans le 



284 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



sein du Sénat, l'une pour protéger la liberté de la presse ; 
l'autre pour garantir la sûreté individuelle. 

C'était un suprême effort tenté par les fauteurs de la 
Révolution, et les vrais adeptes de la Maçonnerie, pour 
obtenir le partage du pouvoir et une sorte de gouver- 
nement constitutionnel. Mais les hommes, employés par 
eux comme instruments, leur glissaient dans la main. 
Le Premier Consul déclara ces demandes monstrueuses. 
Pour réduire les dernières oppositions, il se contenta 
d'appeler l'un après l'autre les hommes les plus influents. 
Ces citoyens vertueux se vendirent. Désormais le Sénat 
s'inclina devant toutes les volontés de son futur Maître. 

Cependant les membres du Corps Législatif étaient 
dans la plus profonde désolation. Ce corps n'était point 
en session. Les Législateurs, moins heureux que leurs 
collègues du Sénat et du Tribunat, ne savaient comment 
manifester leur enthousiasme et leur zèle. Fontanes, leur 
président, en réunit le plus grand nombre possible et 
leur fit délibérer une adresse. Ensuite, à la tête d'une 
députation, il alla saluer le Premier Consul et l'assura 
que le Corps Législatif était animé envers lui des 
mêmes sentiments que le Sénat et le Tribunat. 






7 Discours de Cambacérès au Sénat. 

Toutes les routes étaient ouvertes. Ce fut dans la 
séance du 26 floréal an XII, présidée par Cambacérès, 
qu'eut lieu au Sénat la proposition directe de l'institu- 
tion impériale et d'un sénatus-consulte organique. A 
l'ouverture de la séance, Cambacérès prononça le dis- 
cours suivant : 



« Citoyens sénateurs, c'est un beau spectacle que celui 

« d'une gTande nation qui a peine sortie de la révolution 

« la plus terrible, vient, dans le silence de tous les partis 

« et dans le calme de toutes les passions, choisir elle-même 



ET l'empire 285 

(( les institutions les plus convenables à sa gloire et à son 
« bonheur. 

a Citoyens sénateurs, vous avez communiqué au Premier 
« Consul votre pensée sur la nécessité de donner un principe 
« de permanence à l'ordre actuel, et vous l'avez éclairé sur 
« les circonstances qui déterminent l'urgence et l'opportunité 
« de cette disposition. 

« Avec un peu de réflexion, l'esprit occupé d'un but aussi 
« important ne voit, pour l'atteindre, que l'établissement d'un 
« gouvernement héréditaire. 

« Votre prudence a pressenti le vœu de la nation; elle vous 
« a fait connaître que l'opinion était mûre pour le retour 
« d'une institution dont la conservation nous parut néces- 
« saire, lorsque l'effervescence des passions n'avait point en- 
« core confondu toutes les idées, et vers laquelle tout nous 
« ramène depuis que les faits ont détruit les illusions ins- 
« pirées par le zèle bien plus que par la prévoyance. 

« Aussi le bruit de votre démarche s'est à peine répandu 
« que des milliers de voix ont réclamé un chef héréditaire 
« sous un titre qui fût tout à la fois digne de la grandeur de 
« la nation, et compatible avec les exigences de nos lois 
« constitutionnelles ( !) 

« Toutes ont déféré à Napoléon Bonaparte, ce témoignage 
« de la confiance la plus signalée, et de la reconnaissance la 
« plus universellement sentie. 

« Les adresses des tribunaux, des administrations, des mu- 
« nicipalités, celles des armées, le cri de tous les bons ci- 
ce toyens, ont annoncé un élan dont le gouvernement n'a pu 
(( ni méconnaître, ni négliger l'expression, et que votre sa- 
« gesse, de concert avec lui, est appelée à diriger. 

« Citoyens, le projet de sénatus-consulte organique, soumis- 
ce à \otre délibération est fondé sur cette grande base de 
h l'organisation sociale : 

p 11 confie le soin de régir la France au héros qui l'a retirée 
« de l'abîme; 

1' ]1 le transmet héréditairement à sa descendance, et au 
« défaut de celle-ci à des souches de sa ligne collatérale ; 

« Il sanctionne les acclamations du peuple entier. 

« Ce peuple demande au ciel que le sauveur de la Repu- 



286 LA FRAXC-MAÇQNNERIE 

« blique puisse être longtemps le sauveur de sa gloire, et que 
« des rejetons de sa race, imitateurs de ses vertus, puissent 
« étendre jusqu'à nos derniers neveux le bonheur que nous 
« lui devons. 

« Sénateurs, lorsque vous avez provoqué la grande dispo- 
se sition qui nous occupe, vous avez senti que tout ce qui pou- 
« vait exister avait besoin d'être mis en harmonie avec 
« elle. 

« Cette indication a été suivie, et, en resserrant le principe 
« et l'action du gouvernement, toutes les institutions ont été 
« conservées et n'ont suivi que des modifications comman- 
« dées par le nouvel ordre de choses. 

« Vous le savez, le grand art du législateur consiste à ré- 
« générer les Etats sur les bases existantes, et sa tâche est de 
« subvenir aux circonstances avec les matériaux qu'il a sous 
« la main. 

« Vos yeux exercés reconnaîtront, dans le projet que l'on 
« vous présente, l'empreinte du génie qui l'a tracé. 

a Si ce projet n'a pas atteint toute la perfection dont une 
« imagination hardie conçoit la possibilité, il renferme du 
« moins les éléments qui peuvent l'y conduire. 

« Les améliorations durables sont toujours l'ouvrage de 
« l'expérience et du temps. 

« Vous y trouverez d'ailleurs des garanties contre les écarts 
« de l'ambition, tout ce qui est nécessaire pour assurer l'in- 
« dépendance et la dignité des grands corps, et la création 
« des premières places dont les fonctions seront souvent uti- 
« les et toujours nécessaires pour ajouter à la pompe qui 
a doit environner le chef de l'Etat, dans les actes éclatants 
« cle la puissance publique. 

« Il est glorieux pour vous, sénateurs, d'être dans une épo- 
« que aussi mémorable, les interprêtes et les arbitres d'une 
« grande nation, et de concourir a assurer sa prospérité sur 
« des bases inébranlables. 

« S'il était permis de mêler le langage des affections per- 
« sonnelles à la pensée des plus grands intérêts, je vous dirais 
•« qu'en terminant la carrière à laquelle la confiance du Pre- 
« mier Consul et le suffrage de la patrie m'avaient appelé, 
« il est doux pour moi de déposer dans votre sein Fexpr 
■<( sion de mon admiration, de ma reconnaissance, et de mon 



ET i/EmpirK 281 

« respectueux dévouement pour celui que nous ncmmons à 
« juste titre le père et le chef du peuple français. » 



8° Projet de Sénatus-Consulte. 

Nous ne nous attarderons pas à relever, encore moins 
à commenter les formules étudiées mais menteuses que 
le légiste perfide emploie, comme un somptueux man- 
teau, pour couvrir l'ambition effrénée de son Maître 
despotique. Les sénateurs, ses collègues et ses compli- 
ces, n'étaient pas dupes. Le peuple, toujours aveugle, 
s'y laissa tromper. Dans cet art, Cambacérès était passé 
maître. Ses travaux dans les Ateliers Maçonniques 
avaient contribué à développer un talent qui lui était 
naturel. Nous avons cité le texte complet de cette haran- 
gue sénatoriale pour que le lecteur puisse, grâce à des 
documents aussi nombreux que variés, étudier l'âme 
de cet adepte. Pour nous, qui nous plaçons au seul vrai 
point de vue de l'histoire, nous avons ici l'impression 
bien nette que le Frère Ecossais Jean- Jacques Régis- 
Ordre, Frère. \ du F. \ Ecossais Napoléon Bonaparte, 
se sent le cœur bien tranquille. Il n'hésite plus. Il est 
désormais soutenu et couvert par ses Hauts-Supérieurs, 
Ses discours respirent sinon la franchise, du moins le 
calme d'un orateur maître de lui-même. 

Après la harangue très applaudie du second Consul, 
le conseiller d'Etat Portalis, prenant la parole, exposa 
les motifs du projet de sénatus-consulte organique. 

A oici les grandes lignes de ce fameux projet, rédigé 
avec l'aide de Cambacérès, sous l'inspiration du Pre- 
mier Consul. Les « yeux exercés » des Sénateurs y 
devaient reconnaître (( l'empreinte du génie » qui l'avait 
(( tracé ». 

Le Gouvernement de la République est confié à un 
Empereur (le titre de Roi était odieux à Napoléon). 



288 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Bonaparte, Premier Consul actuel de la République, 
prend le titre d'Empereur des Français. 

La dignité impériale est héréditaire dans la descen- 
dance directe, naturelle et légitime de Napoléon Bona- 
parte, de mâle en mâle, et à l'exclusion des femmes et 
de leur descendance. Napoléon peut adopter les enfants 
de ses frères, pourvu qu'ils aient atteint l'âge de dix- 
huit ans accomplis, et que lui-même n'ait point d'enfants 
mâles au moment de l'adoption. 

A défaut d'héritiers naturels ou adoptifs, la dignité 
impériale était dévolue et déférée à Joseph Bonaparte et 
à ses descendants naturels et légitimes; à défaut d'eux, 
elle revenait à Louis Bonaparte. Les deux autres frères 
de Napoléon n'étaient point nommés et, donc, se trou- 
vaient exclus. (( Lucien et Jérôme étaient exclus, écrit 
Henri Martin, pour avoir contracté des mariages contre 
le gré de Napoléon. » Nous ferons cependant remar- 
quer que le futur Empereur s'était réservé le droit, en 
vertu du sénatus-consulte lui-même, d'adopter « les 
enfants ou petits-enfants de ses frères, sans distinc- 
tion ». 

Les titres suivants du projet traitent de la famille 
impériale, de la régence, des grandes dignités de l'Em- 
pire, des Grands-Officiers, du Sénat, du Conseil d'Etat, 
du Corps législatif, du Tribunat, des Collèges électo- 
raux, de la Haute-Cour Impériale, de l'ordre judiciaire. 
Enfin le Titre NYI e et dernier portait : « La pro- 
position suivante sera présentée â l'acceptation du peu- 
ple, dans les formes déterminées par l'arrêté du 20 flo- 
réal, an X : 

« Le peuple vent l'hérédité de la dignité impériale dans la 
u descendance directe, naturelle, légitime et adoptive de Xa- 
(( poléon Bonaparte, et dans la descendance directe, natu- 
u relie et légitime de Joseph Bonaparte et de Louis Bona- 
<( parte, ainsi qu'il est réglé par le sénatus-consult< 
« nique. » 



ET iv EMPIRE 289 

En relisant ce projet nous avons été frappé de l'al- 
lure du style, et du ton et des expressions. Nous avions 
déjà trouvé tout cela. — Où ? — Dans les documents 
Maçonniques. Nous prions nos lecteurs de lire attenti- 
vement les deux titres du projet du sénatus-consulte 
organique : Des Grandes Dignités de l'Empire 
(Titre V), et Des Grands Officiers de l'Empire 
(Titre VI). Qu'ils prennent ensuite en main les Statuts 
du Grand-Orient arrêtés en 1773, et refondus en 1804. 
L'épreuve sera pour eux intéressante et sans réplique. 
Les Grandes Dignités, la longue série des Grands-Offi- 
ciers, leurs titres pompeux, fastueux, excitent la verve 
de l'historien Henri Martin. « Le nouveau trône fut 
« entouré de grands dignitaires affublés de titres pom- 
<( peux et somptueusement rétribués. Il y eut un grand 
<( électeur qui fut (( le prince » Joseph Bonaparte ; un 
« archichancelier d'Empire, qui fut Cambacérès... ; un 
<( archichancelier d'Etat, un connétable... ; un grand 
(( amiral. A côté de ces grandes charges politiques et 
<( militaires reparaissent des charges de cour cà la façon 
8 de l'ancien régime : un grand aumônier, un grand- 
ce chambellan, un grand veneur..., un grarid-écuver, un 
(( grand-maître des cérémonies, un grand-maréchal du 
« palais... » Ces titres fastueux rappellent moins l'An- 
cien Régime que les Régimes Maçonniques du Grand- 
Orient et du Rit Ecossais. 

Le sénatus-consulte, lu au Sénat, fut présenté au 
Conseil d'Etat et fut accepté. Un franc-maçon, Lacé- 
pède, lut sur ce projet un rapport, au nom de la com- 
mission spéciale composée de dix membres, tous francs- 
maçons. Voici leurs 1101115 : François de Neufchâteau, 
Fauché, Rœderer, hecoulteux-Canteleu, Boissy-d' 'An- 
glas, Vernier, Lacépéde, Vaubois, Laplace, Far gués. 

A la suite de ce rapport, le projet de sénatus-consulte 
organique fut voté à l'unanimité, moins trois voix : 
celles (dit-on) de Grégoire, de Garât et de Lanjuinais. 

En même temps qu'il adoptait le projet, le Sénat 



10 



2ÇO LA FRANC-MAÇONNERIE 

décrétait qu'il présenterait en corps, immédiatement 
après la séance, le sénatus-consulte de ce jour à Napo- 
léon Bonaparte, Empereur des Français. 



9 Au Château de Saint-Cloud. 






C'était le 28 floréal, an XII. « Les Sénateurs, écrit 
Henri Martin, coururent à Saint-Cloud. » Le F. \ histo- 
rien veut faire de l'ironie. Mais si le mot n'est pas bien 
méchant, il est encore moins exact. Tout se fit décem- 
ment, sans hâte, avec une gravité majestueuse, et so- 
lennelle. Les scènes tumultueuses de la Révolution 
n'étaient plus de mise. Le Sénat se formant en corps 
prit la route de Saint-Cloud où l'attendait le Premier 
Consul. Le cortège était précédé, suivi et comme en- 
veloppé de brillants escadrons de cavalerie. Le temps 
était merveilleusement beau. Pas un nuage au ciel. Le 
clair soleil de floréal mettait la nature et les hommes en 
rumeur et en fête. Les Parisiens aiment le soleil et les 
spectacles rares. Ils s'étaient massés en curieux sur le 
•passage du cortège. La foule se montrait les deux con- 
suls, Cambacérès et Lebrun. Dès que l'approche du 
Sénat lui eût été annoncée, Napoléon Bonaparte, accom- 
pagné de Joséphine, quitta ses appartements pour 
se rendre dans la grande salle du château. A son arrivée 
le Sénat fut admis â l'audience. 

Bien que tous les détails eussent été réglés d'avance, 
comme pour une représentation scénique, tous les ac- 
teurs étaient émus. 

Napoléon était debout dans une attitude grave jus- 
qu'à la raideur. Près de lui, sa femme était assise, toute 
pale et les yeux mouillés de larmes. Derrière le groupe 
impérial, les membres de la famille et les officiers de la 
maison militaire. 

anbaeérès s'avança vers Bonaparte, lui remit le - 
natus-consulte organique et prit la parole. On dit que 



ET L EMPIRE 291 

l'orateur ne put maîtriser son émotion, et qu'il commença 
d'une voix tremblante : 



« Sire, 

« Le décret que le Sénat vient de rendre, et qu'il s'empresse 
« de présenter à Votre Majesté Impériale, n'est que Texpres- 
« sion authentique d'une volonté déjà manifestée par la na- 
« tion. 

« Ce décret, qui vous défère un nouveau titre, et qui après 
« vous en assure l'hérédité à votre race, n'ajoute rien à vos 
« droits. 

« L'amour et la reconnaissance du peuple Français ont de- 
« puis quatre années confié à Votre Majesté les rênes du 
« gouvernement, et les constitutions de l'Etat se reposaient 
« déjà sur vous du choix d'un successeur. 

« La dénomination plus imposante qui vous est décernée 
« n'est donc qu'un tribut que la nation paie à sa propre di- 
eu gnité, et au besoin qu'elle sent de vous donner chaque 
« jour des témoignages d'un respect et d'un attachement que 
« chaque jour voit augmenter. 

« Eh ! comment le peuple Français pourrait-il trouver des 
« bornes pour sa reconnaissance, lorsque vous n'en mettez 
« aucune à vos soins et à votre sollicitude pour lui ! 

« Comment pourrait-il, conservant le souvenir des maux 
« qu'il a souffert lorsqu'il fut livré à lui-même, penser sans 
<( enthousiasme au bonheur qu'il éprouve depuis que la Pro- 
« vidence lui a inspiré de se jeter dans vos bras ? 

« Les armées étaient vaincues, les finances en désordre, le 
« crédit public anéanti ; les factions se disputaient les restes 
«. de notre antique splendeur; les idées de religion et même 
« de morale s'étaient obscurcies; l'habitude de donner et de 
« reprendre le pouvoir laissait les magistrats sans considéra- 
« tion, et même avait rendu odieuse toute espèce d'autorité. 

« Votre Majesté a paru... La Religion a vu relever ses 
<( autels... Enfin, et c'est là sans doute le plus grand des mi- 
« racles opérés par votre génie, ce peupk, que l'efïenescence 
« civile avait rendu indocile à toute contrainte, ennemi de 
« toute autorité, vous avez su lui faire chérir et respecter 



292 LA FRANC-MAÇONNERIK 

« un pouvoir qui ne s'exerçait que pour sa gloire et son 
a repos. 

« Le peuple Français ne prétend point s'ériger en juge des 
« constitutions des autres Etats. 

« Il n'a point de critiques à faire, point d'exemples à sui- 
« vre ; l'expérience désormais devient sa leçon. 

« Il a, pendant des siècles, goûté les avantages attachés à 
« l'hérédité du pouvoir. 

« Il a fait une épreuve courte, mais pénible, du système 
« contraire. 

« Il rentre, par l'effet d'une délibération libre et réfléchie, 
u dans un sentier conforme à son génie. 

« Il use librement de ses droits pour déléguer à Votre Ma- 
c jesté Impériale une puissance que son intérêt lui défend 
« d'exercer par lui-même. 

<( Il stipule pour les' générations à venir, et, par un pacte 
a solennel, il confie le bonheur de ses neveux à des rejetons 
« de votre race. 

a Ceux-ci imiteront vos vertus. 

« Ceux-là hériteront de notre amour et de notre fidélité. 

« Heureuse la nation qui, après tant de troubles et d'in- 
« certitudes, trouve dans son sein un homme digne d'apaiser 
« la tempête des passions, de concilier tous les intérêts, et de 
« réunir toutes les voix ! 

« Heureux le prince qui tient son pouvoir de la volonté, de 
« la confiance et de l'affection des citoyens ! 

« S'il est dans le principe de notre constitution, et déjà 
« plusieurs exemples semblables ont été donnés, de soumet- 
« tre à la sanction du peuple la partie du décret qui concerne 
« rétablissement d'un gouvernement héréditaire, le Sénat a 
a pensé qu'il devait supplier Votre Majesté Impériale 
« d'agréer que les dispositions organiques reçussent immé- 
« diatement leur exécution, et, pour la gloire comme ; 
« le bonheur de la République, il proclame à l'instant même 
« Napoléon Empereur des Français. » 

Les applaudissements éclatèrent et couvrirent les der- 
niers mois de la harangue sénatoriale. Une joie bruyante 
succéda pendant quelques minutes à l'émotion qui 
étreignait les cœurs. Après une pause, Napoléon fît une 



ET L EMPIRE 293 

courte réponse. Il admirait, aimait et savait pratiquer, 
dans les circonstances solennelles, cette imper atoria bre- 
vitas si vantée par les vieux Romains, qu'il avait pris 
pour modèles. . 

L'Empereur répondit en ces termes : 

a Tout ce qui peut contribuer au bien de la patrie est essen- 
ce tiellement lié à mon bonheur. 

a J'accepte le titre que vous croyez utile à la gloire de la 
« nation. 

« Je soumets à la sanction du peuple la loi de l'hérédité. 
« J'espère que la France ne se repentira jamais des honneurs 
« dont elle environnera ma famille. 

« Dans tous les cas, mon esprit ne sera plus avec ma pos- 
« térité le jour où elle cesserait de mériter l'amour et la 
« confiance de la grande nation. » 

Le Sénat fut ensuite admis à l'audience de Sa Ma- 
jesté l'Impératrice. Cambacérès prit encore la parole et 
prononça le discours suivant : 



« Madame, 

« Nous venons de présenter à votre auguste époux le dé- 
<( cret qui lui donne le titre d'Empereur, et qui, établissant 
« dans sa famille le gouvernement héréditaire, associe les 
« races futures au bonheur de la génération présente. 

« Il reste au Sénat un devoir bien doux à remplir, celui 
« d'offrir à Votre Majesté Impériale l'hommage de son res- 
« pect, et l'expression de la gratitude des Français. 

« Oui, Madame, la renommée publie le bien que vous ne 
« cessez de faire; elle dit que toujours accessible aux mal- 
« heureux, vous n'usez de votre crédit auprès du chef de 
« l'Etat que pour soulager leur infortune, et qu'au plaisir 
« d'obliger Votre Majesté ajoute cette délicatesse aimable, 
'« qui rend la reconnaissance plus douce et le bienfait plus 
( précieux. 

« Cette disposition présage que le nom de l'Impératrice 
( Joséphine sera le signal de la consolation et de l'espérance; 



294 ^A FRANC-MAÇONNKRIE 

« et que, comme les vertus de Napoléon serviront toujours 

« d'exemple à ses successeurs, pour leur apprendre l'art de 

« gouverner les nations, la mémoire vivante de votre bonté 

« apprendra à leurs augustes compagnes que le soin de se-* 

« cher leurs larmes est le moyen le plus sûr de régner sur 

« tous les cœurs. 

« Le Sénat se félicite de saluer le premier Votre Majesté 

« Impériale; et celui qui a l'honneur d'être son organe ose 

« espérer que vous daignerez le compter au nombre de vos 

a plus fidèles serviteurs. » 

Un nouveau Régime était fondé. Beaucoup de ces 
hommes qui acclameront la Restauration, comme ils ac- 
clament aujourd'hui l'Empire, se vantèrent d'avoir 
rendu à jamais impossible le retour des Bourbons. Très 
ners de leur œuvre et d'eux-mêmes, les Sénateurs se re- 
tirèrent par groupes. L'ex-consul Cambacérès fut re- 
tenu au château, et reçut ce jour même le prix de ses 
bons et constants services. Sa Majesté l'Empereur lui 
remit la lettre suivante : 

« Citoyen consul Cambacérès, votre titre va changer, vos 
« fonctions et ma confiance resteront les mêmes. Dans la 
« haute dignité d'Archi-Chancelier de l'Empire dont vous 
« allez être revêtu, vous manifesterez, comme vous l'avez 
« fait dans celle de consul, la sagesse de vos conseils et les 
« talents distingués qui vous ont acquis une part aussi im- 
« portante dans tout ce que je puis avoir fait de bien. 

u Je n'ai donc rien à désirer de vous que la continuation 
« des mêmes sentiments pour l'Etat et pour moi. » 

Archi-Chancelier, prince de Panne, Frère Jean-Jac- 
ques Régis Ordre fut encore nommé par l'Empereur, 
qui ne se fiait qu'à \ui,Grand-Surveillant de la Maçon- 
nerie Française. C'est à ce dernier titre qu'il nous ap- 
partient. 






CHAPITRE IV 

Le Sérénissime Grand-Maître Cambacérès 
et le Grand-Orient 

i° Zèle du Grand-Maître. 

Le prince Archi-Chancelier, que les documents dés; • 
gnent toujours sous le titre de Sérénissime Grand-Maî- 
tre, n'était, nous l'avons déjà dit, que le Grand-Maître 
Adjoint. La Grande-Maîtrise avait été déférée et dé- 
volue au frère de Sa Majesté, Joseph Bonaparte. Nous 
n'avons cependant trouvé nulle part, dans les archives 
de YEqucs a Capitc Gaîeato, que le frère aîné de l'Em- 
pereur ait jamais présidé les tenues solennelles du 
Grand-Orient. Le frère Cambacérès exerçait en réalité 
toutes les fonctions et remplissait toutes les obligations 
de cette « sublime » dignité. 



296 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

Sans doute, au Régime du Grand-Orient il préférait 
le Régime Ecossais; puisqu'il appartenait à ce dernier 
Régime, l'aimer était pour lui un droit, et le préférer, 
un devoir. Néanmoins, il mit tout en œuvre pour rendre 
le Grand-Orient chaque jour plus prospère. Dès l'an- 
née 1806, les nouveaux Statuts du Régime furent im- 
primés et envoyés à toutes les Loges régulièrement 
constituées. Comme la constitution politique de la 
France, la Constitution du Grand-Orient n'avait été 
modifiée que dans les détails. Toutes les innovations 
étaient impérieusement réclamées par les circonstances 
et par les étonnants progrès que faisait le Régime. La 
direction des travaux était confiée à des Officiers, dont 
le nombre était porté à 169, nombre symbolique : 
1 plus 6 plus 9 égale 16, c'est-à-dire, le carré du nombre 
4, le nombre (( parfait » aux yeux des Maçons. 

Avant la « catastrophe », le Grand-Orient possédait 
trois Chambres. Après la Révolution, il eut six Ate- 
liers : 

i° Une Grande-Loge d'Administration; 

2 Une Grande-Loge Symbolique; 

3 Ln Grand-Chapitre ; 

4° Une Grande-Loge de Conseil et d'Appel; 

5° Une Grande-Loge des Grands-Experts; 

6° Un Grand-Directoire des Rits. 

Après la réunion du Rit Ecossais au Grand-Orient, 
la Maçonnerie Française eut, à son sommet, le 33 e de- 
gré. <( création politique », ainsi que l'avouent les cor- 
respondants de YEques a Capite Galeato. 

Cambacêrès, le Sérénissime Grand-Maître, était le 
maçon le mieux désigné pour présider le Régime, et lui 
conférer ce prestige et cet éclat qui attirent les pauvres 
dupes et les retiennent. Intrépide convive, il aimait le 
faste,les banquets, les fêtes, les spectacles, les magni- 
fiques réceptions. Tl s'acquittait avec plaisir de « 



ET l'empire 297 

augustes fonctions ». Il apportait, dans les tenues so- 
lennelles, la bonne grâce, la dignité, le grand air, la dis- 
tinction aisée, l'exquise politesse du gentilhomme. S'il 
abandonnait à d'autres les écrasants détails de l'admi- 
nistration, il suivait d'un œil attentif les progrès de la 
propagande Maçonnique. Plus de douze cents Loges 
se fondèrent sous sa Grande-Maîtrise. 



2 Un voyage dans le Midi. 

En 1807, il ht un voyage dans le Midi, pour aller pré- 
sider à Bordeaux les opérations du Corps Electoral. 
Plusieurs maçons hdèles lui préparèrent les voies. Le 
Grand-Maître n'oublia pas de visiter Montpellier, sa 
ville natale ; Toulouse, la grande cité Maçonnique ; Nar- 
bonne, dont une des Loges lui expédiait ces fameux 
perdreaux de la Clappe, préférés à tous autres. Un cour- 
rier, traversant la France, et courant à franc-étrier, lui 
apportait à Paris ce gibier succulent. 

Le compte-rendu de la Fête de l'Ordre, présidée par 
lui, le 28 e jour du dixième mois de l'année 1807, ren- 
ferme quelques détails intéressants sur ce voyage élec- 
toral et Maçonnique : 

« Le Sérénissime Grand-Maître annonce que Tordre des 
« travaux appelle le compte de semestre à rendre par le 
« Frère Delahaye, Orateur du Grand-Chapitre ; mais 
« qu'avant de lui accorder la parole, il se plaît à rendre lui- 
« même compte au Grand-Orient des hommages qu'il a reçus 
« de tous les Ateliers réguliers, dans le voyage qu'il vient de 
« terminer : le Sérénissime Grand-Maître daigne entrer dans 
« plusieurs détails, pour prouver, dit-il, l'excellent esprit 
« dans lequel le Grand-Orient de France entretient les Ate- 

< liers de son Gouvernement : le Sérénissime Grand-Maître 

< ajoute, avec son aménité et son affabilité ordinaires, qu'il 

< relent une véritable satisfaction de rendre, en ce jour de 

< solennité, cette justice éclatante aux soins, à la sollicitude 



298 IvA FRANC-MAÇONNERIE 

« et aux principes qui dirigent constamment le Grand-Orient 
« de France, pour la plus grande gloire de l'Ordre et le 
« bonheur de l'humanité. 

« Le Sérénissime Grand-Maître annonce, en terminant, 
« qu'il a reçu des députations de tous les Ateliers, que la 
« brièveté de son séjour dans les divers Orients ne lui a pas 
a permis de présider, et que partout il a trouvé amour et 
« fidélité à sa personne, et dévouement sans bornes au Grand- 
« Orient de France. 

« Le Respectable Représentant Rœttiers de Montai eau 
« obtient la parole pour régulariser les applaudissements que 
« chacun était impatient de donner au Sérénissime Grand- 
« Maître ; et, sur la proposition de son Représentant et les 
« conclusions du Frère Orateur, le Grand-Orient arrête qu'il 
« sera écrit, tant aux Ateliers qui ont envoyé des députa- 
« tions au Sérénissime Grand-Maître, qu'à ceux qui ont eu la 
a faveur d'être présidés par lui, pour les féliciter, et charge 
« la Grande-Loge d'Administration de l'exécution. » 



CHAPITRE V 



Essai de reconstitution historique des Grandes 
Fêtes de POrdre. 



Nous venons de faire entendre au lecteur un écho des 
fêtes du Grand-Orient de France. Peut-être aimerait-on 
à jeter un regard à l'intérieur du Temple, à revoir 
un moment ces solennités fameuses, ces splendides réu- 
nions qui réunissaient la Diète Maçonnique, aux deux 
grandes fêtes de l'Ordre. On y voyait accourir et s'y 
presser toutes les illustrations de l'Empire : les maré- 
chaux, les généraux, les hommes d'Etat, les magistrats, 
les hommes de lettres, les artistes, les comédiens, toute 
la nouvelle noblesse, de nombreux représentants de 
l'ancienne, et même des hommes d'Eglise. 

Prenons en main les bulletins du Grand-Orient. Ces 



300 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

brochures, aux couvertures rouges, sortaient des pres- 
ses de l'Ordre, rue de la Poterie, ou de l'imprimerie 
du franc-maçon Poulet, quai des Augustins. 

Pour que notre essai de reconstitution historique 
soit aussi exact que possible, nous veillerons à n'em- 
ployer que les expressions mêmes des Compte-rendus. 
A partir de 1806, un frère, qui portait un des beaux 
noms de France, exerce les fonctions de Secrétaire- 
Général. C'est G. de Bcaumont. Il ne passe aux yeux 
de ses (( vénérables », (( respectables », ou (( illustres )) 
frères, ni pour un savant adepte, ni pour un profond 
philosophe. Il ne fut pas non plus, le lecteur pourra 
s'en convaincre, un maître écrivain. 

« Le vingt-quatrième jour du quatrième mois (24 
juin, l'année Maçonnique commence au mois de mars) 
ou (( le vingt-huitième jour du dixième mois (28 dé- 
<( cembre), le Grand-Orient » formant la Diète Natio- 
nale (( régulièrement convoquée, se réunit fraternelle- 
(( ment sous le point géométrique, connu des seuls 
(( vrais frères, dans .un lieu très éclairé, très régulier et 
(( très fort, où résident le silence, la paix et l'équité, 
(( midi plein. » 

Cette dernière expression ne doit pas être prise à la 
lettre. A sept heures du soir, à neuf heures, à minuit 
moins quelques minutes, à quelque heure que les frères 
se réunissent, il est pour eux midi plein, lorsque leurs 
travaux commencent; il est toujours minuit, lorsqu'ils 
cessent. 

Le Représentant particulier du Sérénissime Grand- 
Maître, le (( Respectable Frère » Rœttiers de Monta- 
leau, est à son fauteuil. Les Grands-Orateurs des di- 
vers Ateliers siègent à leurs places respectives. (( Les 
Présidents des trois grands Ateliers et officiers hono- 
raires décorent l'Orient. Les frères de Paris et les dé- 
putés des Loges de Province ornent leurs colonnes, n 
Tous ont revêtu leurs insignes, suspendu à leur cou leur 






ET I, EMPIRA 3OI 

cordon et ceint leur tablier. « Le Président annonce 
qu'il a ouvert les travaux pour mettre le Grand-Orient 
è. portée de faire les préparatifs pour l'introduction du 
Sérénissime Grand-Maître. » On procède à la nomina- 
tion des frères qui doivent composer la députation (( à 
l'effet de recevoir à son arrivée et conduire au local 
accoutumé le Sérénissime Grand-Maître. » 

Silencieuse et, parfois, longue attente. La députa- 
tion s'est rendue à son poste. Le roulement d'une voi- 
ture. « Des sons harmonieux, symbole de l'hilarité gé- 
« né raie (sic) qu'inspire toujours cet illustre Chef, 
<( sont le signal de l'arrivée du Grand-Maître. » 

Enfin (( au grand désir de tous les Frères, le Séré- 
u nissime Grand-Maître est annoncé et introduit avec 
ce les honneurs dûs à sa Suprême Dignité. » Les 
« Grands-Officiers en exercice composent sa brillante 
« escorte. A la fête de la St-Jean d'Hiver 5807 (1807) 
(( il est accompagné des Très Illustres et Très Révé- 
« rends Frères, le maréchal Masscna, Grand-Conser- 
<( vateuiy et le sénateur Valence, son Grand-Repré- 
« sentant ; suivent les Très Illustres Frères de Lacé- 
<( pède, Grand-Chancelier de la Légion d'honneur; 
« Beurnonville, sénateur; Davous, sénateur, l'un des 
« commandants de la Légion d'honneur; Clément de 
« Ris préteur du Sénat ; d'Aigre feuille, administra- 
« teur du dépôt littéraire; Duvidal, législateur, offi- 
<( cier de la Légion d'honneur; Chasset, sénateur, et 
« Serrurier, maréchal de l'Empire. » 

Parfois, d'illustres personnages se joignaient aux 
Grands-Officiers : les princes cYIsembourg, le prince 
Askéri-Khan. ambassadeur de Perse à Paris; le prince 
de Saxe-JJ z cimar, Horace Vineentini, fondateur de la 
Loge la Vertu Triomphante (Sa Majesté l'Empereur) 
à Rome, le comte Miollis, général de division, gouver- 
neur-général de Rome, protecteur de la Loge sus-nom- 
mée ; Camille Borgia, « digne rejeton de cette illustre 



302 LA FRANC-MAÇONNERIE 

(( famille, dont le nom est fameux dans l'histoire d'Es- 
(( pagne et d'Italie. » 

(( Le Sérénissime Grand-Maître parvient au trône 
(( sous la voûte d'acier, et reçoit de son Représentant 
(( particulier, Rœttiers de Montalcau, le premier mail- 
ce let de l'Ordre. » « Il est placé lui-même au trône 
« ayant (1807) à sa droite le Grand-Conservateur ma- 
« réchal Masséna, et à sa gauche son Grand-Représen- 
(( tant le sénateur général Valence. » Un triple vivat 
retentit en son honneur. 

Dans le Temple, superbement décoré d'après les in- 
dications des Petit-Radel, des Lemot, des Sauvage, des 
P nid lion, des Caries, des Poussin, c'est un éblouisse- 
ment de costumes et d'habits chamarrés de dentelles, 
de galons, de revers de velours. C'est un ruissellement 
de perles et de pierres fines. Les bijoux d'or, les nacres, 
tes brocards, les bandes d'argent étincellent. Les dia- 
mants jettent mille feux. Les dentelles, les blondes éta- 
lent leur richesse. Des cordons de toutes largeurs, de 
toutes couleurs ravissent les yeux. Des fleurs rares 
embaument l'air. Les mains frôlent des porcelaines 
de Sèvres. Les pieds foulent des tapis de Sallandrouze. 
Tous ces (( Illustres » enfants de (( la Veuve » tien- 
nent à faire honneur à leur « auguste » mère, de ses 
magnificences-, qu'ils tiennent un peu d'elle. 

Le plus profond silence règne dans le Temple. Tous 
les yeux sont fixés sur le Grand-Maître. 

« Le Révérend frère Rœttiers de M ont al eau lui rend compte 
« que les Travaux viennent d'être ouverts, en la forme ordi- 
« naire, et que le Secrétaire attend ses ordres pour la lecture 
« de la Planche des derniers Travaux. 

« Cette lecture étant faite, sur l'ordre du Sérénissime 
« Grand-Maître, la planche reçoit la sanction d'usage. » 

Lorsque, durant le cours du semestre écoulé, des va- 
cances se sont produites, ou à l'expiration de leur exer- 
cice triennal, 



ET i/empirk 303 

« le Grand-Maître annonce que l'ordre du jour appelle 
<( la proclamation des Officiers Dignitaires élus ou réélus 
« par la Grande-Loge du Conseil, sur la présentation des trois 
« Grands-Ateliers. En conséquence, il invite les frères Pre- 
k mier et Second Surveillants à proclamer les noms sur leurs 
« colonnes respectives, comme il les proclame lui-même. 

« Sur le signal du Sérénissime Grand-Maître, les applau- 
a dissements les plus unanimes sanctionnent le choix de la 
« Grande-Loge du Conseil. » 

Les frères élus pour la première fois, ou élevés à une 
dignité supérieure, sont invités à se joindre aux dépu- 
tés des Loges des Provinces, admis à la séance, 

« pour prêter avec eux l'obligation voulue. En consé- 
« quence, sur Tordre du Sérénissime Grand-Maître, les frères 
«. Maîtres des Cérémonies les conduisent au trône. 

« Tous ces frères, après avoir prêté leur obligation entre 
« les mains du Sérénissime Grand-Maître, sont proclamés 
« par lui, reconnus et applaudis dans leurs qualités respec- 
« tives. Ces frères remercient par les mêmes batteries, qui 
« sont couvertes avec la plus grande cordialité. 

« Le Sérénissime Grand-Maître annonce que l'ordre des 
a Travaux appelle le compte de semestre à rendre » 

par les orateurs des divers Ateliers. 

La série des lectures et des discours commence. Les 
orateurs se succèdent à la tribune. Lorsque chacun 
d'eux a fini de parler, le Sérénissime Grand-Maître 
donne le signal des applaudissements. 

L'ordre des Travaux étant épuisé, 

« les portes du Temple s'ouvrent. Les Frères Bertin, Lafo- 
« rêt, Lcfcvre, FasqucI, et autres artistes distingués, s'avan- 
ce cent au milieu de l'enceinte. C'est le signal des chants de 
(( victoire et d'allégresse ; la symphonie la plus noble et la 
« plus majestueuse est le prélude des hymnes en l'honneur 
« du Héros Pacificateur. 

« Les chants les plus mâles et les plus harmonieux célèbrent 
« ses hauts faits. Des accents guerriers retentissent en l'hon- 
■« neur du Héros de la France, et des prodiges opérés par son 



i 



304 LA FRANC-MAÇOXNERIE 

« génie, son courage et la valeur des braves, qu'il conduit 
« de victoire en victoire. • 

« Ce concert de louanges, ou plutôt ce récit de faits si glo- 
« rieux pour la France, excite un enthousiasme général, et, 
« sur le signal, donné par le Sérénissime Grand-Maître, reçoit 
« les applaudissements unanimes. 

« Les frères Lajorët, Fasqucl et autres artistes, qui se sont 
« surpassé en cette circonstance solennelle, se -joignent au 
« frère Bertin, qui avait demandé et obtenu la parole pour 
« remercier, et qui dirige leurs batteries, lesquelles sont cou- 
a vertes avec les marques du plaisir qu'ils viennent de faire 
« éprouver. 

« Le concert est fini, que chacun des frères répète encore 
« le refrain chéri : 

Vive Napoléon, nouveau Mars des Français; 
Honneur aux Compagnons de ses brillants succès. 

« Le Sérénissime Grand-Maître annonce qu'il va donner le 
<( mot de semestre ; tous les membres du Grand-Orient for- 
« ment la chaîne. « Le mot circule, et, ayant été reporté 
« dans toute sa pureté au Grand-Maître, par le frère Maître 
« des Cérémonies, la Planche qui le contenait est brûlée. 
« Tous les frères prêtent le serment ordinaire entre les 
<c mains du Sérénissime Grand-Maître, qui les invite à repren- 
« dre leurs places. 

« Le tronc de bienfaisance ayant circulé, le Sérénissime 
« Grand-Maître annonce que les travaux sont suspendus 
« pour passer dans l'ordre ordinaire au Banquet. 

« Les matérieux sont consciencieusement démolis... » « La 
« santé de l'Empereur et Roi, de son auguste Epouse, de 
« toute la famille Impériale a été commandée par le Séré- 
a nissime Grand-Maître, et exécutée par le triple feu de 
« Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna, c'est-à-dire par le feu 
« français, au son d'une harmonie d'autant plus délicieuse 
a qu'elle exécutait l'air analogue : Vive Henri IV. 

« La seconde santé, celle de Sa Majesté le Roi Joseph 
« Bonaparte, est commandée de même et exécutée ave 
« zèle et le respect ordinaires. Une symphonie majestueuse 
« et douce exprime ces sentiments des Maçons français pour 
<( leur Chef Suprême. 

« Le Sérénissime Grand-Maître ayant annoncé que les tra- 



ET L EMPIRE 305 

« vaux étaient suspendus, invite les Frères à reprendre leurs 
« places en reprenant lui-même la sienne. 

« Après quelques instants donné aux doux plaisirs de la 
« réunion fraternelle, un coup de maillet se fait entendre à 
« l'Occident, et le Sérénissime Grand-Maître, en répondant 
« par un autre coup, annonce que les travaux suspendus 
h reprennent vigueur. Tous les frères se lèvent sponta- 
« némcnt pour la santé du Sérénissime Grand-Maître, 
« laquelle a été annoncée dans les formes ordinaires par 
« les Frères premier et deuxième Surveillants. Le Très Révé- 
« rend Frère Regnaud de S aint-J ean-d' Ang ely , Grand-Ora- 
« teur d'honneur du Grand-Orient, en annonçant de même 
« cette précieuse santé, exprime avec l'éloquence qui le carac- 
« térise, les sentiments de tous les Maçons Français, pour le 
« Sérénissime Grand-Maître. 

« Les feux les plus vifs et les plus réguliers, les batteries 
« les plus éclatantes et les plus unanimes, célèbrent, en ce 
« jour solennel, la santé de l'Illustre Chef de l'Ordre, pour 
« l'intérêt et la splendeur duquel il donne tous les jours les 
« preuves les moins équivoques de sa puissante protection. 

« L'orchestre exécute l'air chéri des Maçons : Où peut-on 
« être mieux ? » 

En la Fête de la Saint-Jean d'Hiver 5812 (1812) 
le Grand-Maître trouva des accents (( sublimes ». II 
dit : 

« Si la France était en danger, j'appellerais autour de ma 
« personne tous les enfants de la Veuve ; et, avec ce batail- 
« Ion sacré, en marchant aux factieux, je prouverais au 
« monde entier que l'Empereur n'a pas de plus fidèles sujets 
« que les Maçons Français. » — « Les acclamations géné- 
« raies et les applaudissements sans nombre ont sanctionné 
« et gravé ces paroles dans le cœur de tous les frères. » 

Quelquefois, les frères AHzan-Chaset, de hagarde, Préfet 
du département de Seine-et-Marne, de YBspiney, Directeur 
de la Monnaie, Lelièvre-VUlcttc, Maître des Cérémonies de 
la Grande-Loge d'Administration, Emmanuel Dupaty, le géné- 
ral Lassalîe, et d'autres favoris des muses, « embellissent de 
leurs compositions ces séances mémorables. » 



i 



ï 



306 IA FRANC-MAÇONNERIE 

Mais les jours les plus beaux sont aussi les plus courts. 
« L'aurore vient surprendre les heureux convives. » Le 
Grand-Maître annonce qu'il est minuit. « Les refrains de 
« clôture ont retenti, et le Sérénissime Grand-Maître a fermé 
« les Travaux du Grand-Orient de France en la manière 
ce accoutumée. La députation ordinaire a reconduit jusqu'à sa 
a voiture le Sérénissime Grand-Maître avec les honneurs 
« suprêmes qui lui sont dûs ; et chacun s'est retiré en paix. » 



Notre essai de reconstitution demeurerait incom- 

i 

plet si nous ne faisions entendre un écho des harangues 
enflammées qui retentirent sous les voûtes du grand 
(( Temple » Maçonnique. » Nous regretterions aussi 
d'avoir laissé de côté ces Epitres, ces Odes, ces allégo- 
ries, ces boutades, ces bouts-rimés, qu'inspire une muse 
ignorée du Parnasse antique, la muse Maçonnique. Nos 
extraits permettront aux admirateurs du Grand-Orient 
Impérial, s'il en est encore, et en tout cas, aux lecteurs 
curieux, de se faire une idée exacte de ce genre d'élo- 
quence, qui n'a pas encore trouvé sa place dans nos 
manuels de rhétorique. L'éloquence Parlementaire était 
muette. L'éloquence Maçonnique la remplaça. Les Con- 
ventionnels et les révolutionnaires convertis, et riche- 
ment nantis, retrouvèrent une tribune. Leur enthou- 
siasme est aussi fervent, mais il n'a plus le même objet. 

Les frères de Beaure paire, de Joly. Régnaud 
Saint-Jean d'Angély, Manger et, de Beanmont, Houe! 
DeJahaye, dont les noms sont pour la plupart tombés 
dans un oubli aussi juste que profond, ont laissé à 
nos modernes louveteaux^ leurs futurs émules, des mo- 
dèles de tous les genres d'éloquence, depuis le compli- 
ment, écrit dans le style le plus fleuri, jusqu'à l'oraiï 
funèbre. 

Mais la prose n'a pas suffi à ces ouvriers (( subli- 
- ». qui travaillèrent sous la Grande-Maîtrise du 

Sérénissime frère Jean-Jacques Régis Ordre, prince le 

Panne T a noésie leur prêta ^cs ailes. 



IBBHDBKuaaBaBtata 



i;t empire 307 

Trop modestes, vraiment, les panégyristes et les 
chantres du « Héros de la France », du (( Nouveau 
Mars », de « ses braves Compagnons », ne furent ja- 
mais tentés de réunir ces choses (( charmantes, spiri- 
tuelles », pour en composer une Anthologie. 

Xous ne prétendons point garder pour nous seuls ces 
richesses littéraires. Xous sommes un profane. Xous 
craindrions que quelque adepte, pour qui tout ce qui 
est maçonnique est sacré, l'œil courroucé, et la lèvre dé- 
daigneuse, nous lançât le méprisant : Barbants lias se- 
getes. Aux admirateurs des grands ancêtres nous avons 
voulu donner cette Anthologie. 

Cependant une considération — plus haute — anime 
et soutient* notre zèle. Nos extraits n'offriront pas un 
simple intérêt de curiosité. Ils semblent avoir une cer- 
taine importance au point de vue historique. Xous ver- 
rons dans quelle mesure les adeptes de la Maçonnerie 
possèdent ce tact, cette délicatesse, cette dignité, cette 
élévation que nous admirons dans les belles pages de 
Bossuet, de Fénélon, de Bourdaloue. 

Quoi qu'il en soit, il convient de suivre un ordre. 
Xous donnons le premier rang à la prose. Nous ran- 
geons nos extraits sous les titres suivants : Compli- 
ments au Grand-Maître. — Panégyriques de l'Empe- 
reur. — Apologie de la Maçonnerie. — Eloges funè- 
bres. — Le Roi Joseph. 



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CHAPITRE VI 

Anthologie Maçonnique. 

PREMIERE SECTION. — PROSE. 

Compliments au Grand-Maître. 

Du frère Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, 28 dé- 
cembre 1807. 

« Qui mieux que vous, Sérénissime Grand-Maître, peut 
« être l'organe des sentiments, des cœurs vraiment français 
« et vraiment Maçons ? 

« Vous venez de parcourir une des plus belles parties de 
« cet Empire, heureux en même temps des bienfaits qu'il a 
« reçus et des bienfaits qu'il attend encore de son Souve- 
« rain. 

« On a fait autour de vous retentir dans les cités, dans les 
« villages les noms glorieux de Napoléon, et l'écho des hym- 
« nés d'amour que les Maçons ont fait entendre dans leurs 



3IO LA FRAXC-MAÇOXXKRIE 

« religieux et civiques concerts, semble résonner jusque dans 
« ce Temple. 

« Elle est mémorable aussi pour les Représentants des 
« Révérendes Loges de France, la Fête où ils reçoivent leur 
« Grand-Maître à peine de retour dans la capitale. 

u En allant remplir une des plus importantes fonctions de 
« l'ordre politique, vous avez porté l'espérance au sein des 
« plus riches provinces, des plus importantes cités. 

« Depuis de longues années, vous aviez semé dans ces 
« belles contrées, les bienfaits, les consolations ; tant de villes 
a vous doivent de bons magistrats ; tant de familles vous 
« doivent leur père ou leur appui ; tant de citoyens, un patro- 
« nage généreux ; les villes, les familles, les citoyens ont 
« essayé de s'acquitter, et l'émotion dont vous n'avez pu 
« essayer de vous défendre a prouvé que son cœur les avait 
« entendus. Quand l'idiome profane a manqué d'expressions 
« peur peindre les sentiments qu'on voulait nous transmettre, 
« les Maçons ont fait parler la langue sacrée, et ses termes 
« mystérieux, ses symboliques allégories ont servi à mieux 
« peindre la reconnaissance des peuples envers leur Souve- 
a rain et envers le premier des dépositaires civils de sa 
« confiance. 

« Le Grand-Orient de France, Sérénissime Grand-Maître, 
« s'unit aux sentiments qui vous ont été exprimés, et s'il 
« pouvait les rendre avec plus d'énergie et de vérité, c'est 
« que ses membres approchant plus souvent de votre per- 
« sonne, ont plus d'occasions d'en apprécier la justice. » 

(( Ce morceau d'architecture, écrivait le frère G. de Beau- 
ce mont, Secrétaire-Général, si conforme aux sentiments de 
« l'Assemblée, reçoit, sur Tordre et le signal du Grand- 
ce Maître, les applaudissements les plus unanimes. » 

Discours du Frère Delahaye, prononcé à la même date. 

a La solennité qui nous rassemble ne peut que nous être 
« bien agréable, puisqu'elle est l'heureuse époque h laquelle 
<( nous voyons réunie la grande majorité des Représentants 
« du Graml-< Vient. 

(( Ce qui lui donne un avantage de plus à nos yeux, c'est 






ET i/Empirk 311 

« que c'est presque la seule à laquelle nous puissions jouir 
<( de la faveur de posséder dans notre sein les Grands-Offi- 
« ciers d'Honneur du Grand-Orient. 

« Mais ce qui nous rend cette solennité si belle, si pré- 
« cieuse, c'est qu'elle es.t la seule qui nous procure le bonheur 
<( de voir le Grand-Orient éclairé de la présence infiniment 
<( chère du Sérénissime Grand-Maître. 

« C'est quand nous avons la faveur de travailler sous 
« votre maillet, Sérénissime Grand-Maître, que nous pouvons 
<( dire, que nous disons réellement : « C'est aujourd'hui pour 
« nous un jour de fête. » 

« Si nous n'avons pas souvent cet avantage, nous n'osons 
« pas nous en plaindre : les hautes fonctions auxquelles vous 
« appellent et vos lumières, et le choix du Souverain, vous 
u imposent des obligations dont nous ne pouvons pas désirer 
« de vous distraire, puisqu'elles contribuent au bonheur géné- 
« rai ; mais dans ces moments trop courts que vous voulez 
« bien nous accorder, voyez quel accord, quelle union régnent 
« parmi nous. 

« Composé de Maçons qui obéissent à des Rits différents, 
« le Grand-Orient n'a cependant qu'une volonté, qu'une 
<( âme. 

« Divisés d'opinions sur le cérémonial de nos rits, nous 
« cessons de l'être. au moment où il s'agit de chercher ensem- 
« ble la vérité. 

« Et si nous avons l'air de suivre un chemin différent, nous 
« ne tendons, nous n'arrivons pas moins ensemble au même 
« but. 

« Semblables à deux fleuves qui promenant dans le même 
a lit, sans les confondre, leurs ondes calmes et paisibles, les 
« conduisent ainsi jusqu'à l'océan, où, sans bruit, sans fracas, 
« elles se mêlent à l'immensité des mers, et ne laissent pas 
« même l'idée de leur désunion antérieure ; 

« Les différents rits qu'a reconnus 1e Grand-Orient de 
« France, suivant chacun séparément leurs cérémonies parti- 
« culières, viennent se confondre dans le centre commun des 
« lumières de la Maçonnerie, et ne laissent pas même soup- 
« çonner qu'il est un point de vue sous lequel ils diffèrent 
« l'un de l'autre. 

« Et cette concordance parfaite d'opinions que vous remar- 






312 LA FRANC-MAÇONNERIE 

« quez dans le Grand-Orient, croyez, Sérénissime Grand- 
ce Maître, qu'elle est la même dans chacun de ses Ateliers. 

« Les discussions peuvent y être graves, sérieuses, proton- 
ce des, mais elles n'y sont jamais animées par l'esprit de 
« parti. 

a Xous cherchons la vérité, et nos discussions n'ont d'au- 
u tre but que celui de la trouver. 

« -Tros Ruiulusve fuat, nullo discrimine habebo. 

« Virg. Aeneid. Lib. x. 

« Xous devons être justes ; 
« Xous voulons l'être ; 
« Xous le sommes. 

« Xous pouvons nous tromper ; mais si l'erreur nous abat. 
« jamais la passion ne nous aveugle. 

« C'est vous, Sérénissime Grand-Maître, que nous pre- 
« nons pour modèle. 

« Xous ne voulons pas être indignes du chef qui veut 
« bien nous donner l'exemple. » 



Discours du Frère Houcl, 26 juin 1809. 

« Fidèles au but, fidèles aux emblèmes de notre Ordre, 
« c'est surtout en ce jour que nous aimons à nous considérer 
« comme des ouvriers exécutant avec zèle les ordres d'un 
« architecte habile, lui rendant compte de nos travaux et sol- 
ce licitant de nouvelles instructions. 

« C'est sous ce rapport; Sérénissime Grand-Maître, que 
« nous sommes tentés de nous féliciter de ce que vos impor- 
« tantes occupations, votre haut rang dans l'Etat, ne vous 
« permettent pas de présider nos séances ordinaires ; quel- 
« que avantage que l'Art-Royal en retirât, quelque bonheur 
« qui en résultât pour tous les Membres du Grand-Orient. 
« nous y perdrions, je ne crains pas de le dire, nous cesse- 
« rions d'avoir cette crainte régulatrice qui préside â toutes 
u nos délibérations, tout se ferait de confiance, et sûrs de ne 
« pas nous égarer en suivant notre voie, nous n'aurions plus 
» devant les yeux le désir, le besoin de justifier votre indui- 
te gence, nous serions dispensés de nous dire â chacune de nos 



._ 



ET L'EMPIRE 313 

« délibérations, qu'elles doivent toutes être dignes de notre 
« Chef : sint Consnle dignœ. 

« Ce désir a toujours été présent à notre pensée depuis que 
« le soleil remonte vers l'équateur, comme dans ses phases 
« antérieures ; puisse le compte auquel vous daignez prêter 
« attention, vous en offrir la preuve. » 



Discours du Frère de Beaurepcrire, 26 juillet (?) 1809. 

« Tel, l'astre radieux de lumière, répandant ses plus dou- 
« ces influences et ses bienfaits sur toute la nature, l'éclairé, 
« l'anime, et l'échauffé en tempérant ses feux ; 

« Tel, Sérénissime Grand-Maître, vous répandez sur nous, 
« sans intermédiaire, vos faveurs les pLus chères, et, sur 
« tous les Maçons, votre protection et vos plus doux bien- 
a faits, en les animant du feu le plus pur de la sainte amitié. 

« L'éclat et la majesté que vous donnez en cet instant au 
« Sénat Maçonnique assemblé ; 

« Le cortège imposant des Illustres Frères Grands-Offi- 
« ciers dignitaires qui vous entourent, et dont les talents 
« comme les vertus sont en harmonie avec l'Orient qu'ils 
<c décorent, en faisant une illusion bien douce à nos cœurs 
« et à nos yeux, nous représentent en ce jour de fête, les 
« richesses éblouissantes du céleste séjour, et le bonheur de 
« l'Empyrée. 

a Recevez, avec nos vœux, l'hommage que nous devons à 
« vos vertus et à vos bienfaits. 

a Pardon, Mes Très Révérends-Frères, si j'ai osé mêler 
« ma voix aux accents mélodieux de l'orateur (frère Houel) 
« qui m'a précédé ; 

« Je sens mon insuffisance et je redescends à ma place... » 



Discours du F. G. de Beauuiout, 25 juin 1812. 

« C'est un hommage que nous vous devons, Sérénissime 
« Grand-Maître, et que nous nous plaisons à vous rendre 
« dans ces jours solennels, où nous célébrons sous vos 
« yeux la fête de l'Ordre ! Les lumières que vous répandez 



314 J.A FRANC-MAÇONNERIE 

<( sur nous, votre candeur ( !), la grâce avec laquelle vous pré- 
« sidez nos sublimes travaux, font disparaître l'homme 
« d'Etat, pour ne nous montrer que le parfait Maçon ; vous 
« embrasez nos cœurs de ce feu brûlant qui vivifie, et le 
« sentiment que votre sagesse y fait naître ne peut se 
« payer que par le tribut de la plus tendre reconnaissance 
« que nous vous vouons à jamais. 

« Le jour précieux de votre naissance, vous reçûtes le nom 
« de Jean, qui est aussi le patron des Maçons ; on prévoyait 
a déjà que vous seriez la colonne de l'Ordre Maçonnique. 

« Rien ne se fait au hasard ; vous avez rempli vos des- 
« tins. 

« Qu'il nous soit donc permis, Sérénissime Grand-Maître, 
« de joindre à la solennité de ce jour l'expression du senti- 
« ment qui nous anime : c'est l'hommage de notre respect, 
« de rattachement le plus inviolable, que nous vous offrons 
« pour bouquet. 

« Je laisse au Frère Grand-Orateur à développer avec 
« cette sensibilité qui le caractérise, le sentiment que je ne 
« fais qu'esquisser. » 



Discours du Frère Houcl, même date. 



« Vos cœurs s'élancent vers le trône, Mes Frères ; vous 
« attendez impatiemment la fin de mon discours, parce que 
« vous espérez présenter vos vœux annuels au Sérénissime 
« Grand-Maître, en ce jour qu'une douce habitude vous fait 
« regarder comme celui de sa fête patronale. 

« Vous brûlez de lui témoigner combien, suivant l'expres- 
« sion d'un poète latin, il est doux, lorsque tant d'hommes 
« s'égarent dans les routes incertaines d'une vie agitée, de 
« tenir étroitement embrassée une des colonnes du temple où 
« il prononce les oracles de la sagesse : 

« Nil dulcius est. bene quant munita tenere 
Edita doctrinâ sapientum Templa screnâ. 

« Peu s'en est fallu. Mes Frères, (pie vos espérances ne 
u fussent tr< mpées < u au moins retardées. On a douté si le 



ET L'EMPIRE 315 

•« Prince qui nous gouverne a pour patron saint Jean l'évan- 
<( yélistc, ou saint Jean l'apôtre (sic). 

« Entre le sage du désert et le patriarche de la charité, 
« entre le précurseur du Christ et son disciple bien-aimé, 
« nulle raison ne semblait devoir faire pencher la balance ; ils 
« sont l'un et l'autre les protecteurs de l'Ordre ( !) ; ils sont 
« l'un et l'autre les modèles de son Chef. 

« Mais il faut de puissants motifs pour retarder les plaisirs 
« du cœur, et nous avons senti que nous serions mal accueil- 
ce lis en vous proposant de les différer. Rassurez-vous donc, 
■« Mes Frères, et que l'Orateur qui me succédera à la pro- 
« chaine fête de l'Ordre se console ; il saura donner un nou- 
« vel éclat aux fleurs que nous présentons aujourd'hui, et 
« ranimer l'expression de sentiments toujours renaissants ; 
« il aura encore des bienfaits à célébrer. Les grands desseins 
« de Napoléon accomplis... peut-être son retour... celui de son 
« auguste compagne, lui fourniront une ample matière pour 
réclamer votre attention sans crainte de la fatiguer. 

a De grands souvenirs, de prochaines espérances, voilà ce 
« que nous devons au héros dont la destinée est de tracer la 
« limite de son Empire. Cultivons soigneusement pour lui 
« les lauriers et l'olivier ; mais épuisons en ce jour les roses 
•« pour l'homme de son choix. » 



//. — ELOGE DE SA MAJESTE L'EMPEREUR. 

Discours prononce par le Très Cher Frère de Joly, 
•avocat au Conseil d'Etat et en la Cour de Cassation, 
Orateur du Grand-Orient en sa Grande-Loge d'Admi- 
nistration. 

« Mes Frères, la paix règne parmi le peuple Maçon : il 
« peut se livrer sans inquiétude et sans trouble à cette mis- 
« sion sainte de vivifier toutes les affections, d'éclairer, de 
<( diriger toutes les passions douces si bienfaisantes, qui font 
« le bonheur de l'humanité ou la consolent, dans ses afflic- 
« tions. 

« Mais ! qui donc a placé ce mur d'airain entre nous et 



316 LA FRANC-MAÇOXNERIE 

« ces effroyables tempêtes qui ravagent les contrées lointai- 
« nés ? Quel génie tutélaire a préservé l'arche sacrée de cette 
« désolation commune ? 

« Ah ! mes Frères ! je porte mes regards dans cette 
« enceinte, naguère resplendissante des rayons de gloire de 
« tant de valeureux guerriers ; je cherche les généraux 
« d'Alexandre, ils l'ont suivi ; hier encore ils s'associaient 
a à nos paisibles travaux... ; et déjà l'empire de Darius est 
« détruit, le trône de Sidon relevé. Mais plus sage que le 
« rils de Philippe, leur auguste Chef saura mettre des bornes 
« même à sa fortune. 

a Quel tableau que celui de ses grandes actions ! La France 
« arrachée à l'anarchie ; les ressorts usés de l'antique Monar- 
« chic, retrempés par son génie ; les horreurs de la révo- 
« lution oubliées, ses bienfaits conservés : l'Europe forcée 
« d'être aussi heureuse que la France. 

« Oh ! Henri IV, on admira longtemps comme un beau 
« rêve le projet qui occupa tes dernières années, et ce tom- 
« beau que tu voulais aller creuser à l'ambition autrichienne. 
« au sein même de la Germanie : le plus digne de tes succes- 
« seurs vient de le réaliser. Que dis-je ? il l'a agrandi, et 
« toutes les ambitions ont disparu devant lui. 

u II a délivré pour jamais les peuples du Midi de la crainte 
« des barbares du Nord ; crainte invétérée que quatorze siè- 
« clés d'une supériorité toujours croissante n'avait pu 
« détruire ; crainte qui était devenue une espèce de supersti- 
a tion, une vérité politique fondée sur les monuments de 
« l'histoire. 

« Par lui le génie de la France plane sur les bords de la 
« Yistule et de la Néwa. Qu'on ne dise pas que celui de 
« Pierre l'avait devancé ; nous avons vu avec Swarow, les 
« Russes dégénérés de ce Pierre, l'enfant gâté de la renom- 
ce mée ! 

« Napoléon sera le vrai législateur du Nord : nouvel Odin 
(( il va vivifier ces âmes fortes : et les idées libérales du 
« xix" siècle, du Siècle du Grand Napoléon, vont germer 
« dans ces contrées barbares, OU des Princes assassins ou 
« massacrés ont été nos contemporains. 

« Heureuses ces régions lointaines si, connue l'Italie, elles 



2? i/e;mpire 317 

« voient leurs nouvelles destinées confiées à un Prince de 
« son sang, compagnon de ses victoires. 

« C'est là, c'est dans la Grande-Grèce, c'est dans le Sam- 
« niutn qu'il a envoyé le Titus de sa famille, ce prince aima- 
« ble dont la gloire et les vertus rejaillissent sur le Grand- 
« Orient de France, tout orgueilleux, non des couronnes. 
« mais des qualités vraiment royales de son Chef. 

« Que d'autres essaient d'achever ce tableau, et d'élever 
« leurs chants à la hauteur du sujet : efforts impuissants ! 

« Napoléon a vaincu la renommée ; son nom seul traversera 
« les siècles, quand tous les monuments de sa gloire auront 
« subi la loi du temps. 

« Et vous, Sérénïssime Grand-Maître ! dépositaire de la 
« pensée et du pouvoir du Héros ; vous qu'il a cru assez 
« grand, assez sage pour lui confier la tranquillité de ce vaste 
« Empire, sans le secours d'une force publique ; vous qui, 
« seul et sans le prestige des armes, faites jouir cette seconde 
« Rome de toutes les douceurs de la paix, votre nom sera 
« dans tous les siècles associé à son grand nom : et s'il 
« nous rappelle Auguste et Henri IV, vous nous rappelez à 
« la fois Mécène, Agrippa et Sully. » 

Le Secrétaire-Général écrit : 

« Cette péroraison, comme l'éclair électrique, fait passer 
« dans tous les cœurs les mêmes sentiments d'admiration et 
« de reconnaissance ; toutes les mains sont levées, et atten- 
« dent avec impatience le signal des applaudissements. 

« Mais le Sérénissime Grand-Maître, prenant la parole, 
« dit avec la douceur et l'aménité qui le caractérisent : 
« J'aurais déjà provoqué l'applaudissement si unanimement 
« désiré, sans les choses flatteuses qui me sont péronnelles 
c dans le discours vraiment digne de Maçons français, que 
« vient de prononcer le frère De Joly. Mon Représentant 
« particulier va me suppléer en cette circonstance. » 

Discours du F. de Joly {Saint-Jean d'Bté, 1807). 



« Alexandre étonna le monde par la rapidité de ses con- 
« quêtes ; mais Alexandre laissa perdre le nom de ses braves 



3i8 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



« Macédoniens ; ce Héros ne vit à sa mort que des Perses ou 
« des Grecs, et sa patrie n'existait déjà plus. 

« Plus heureux que ce peuple oublié, la France voit le 
« nom de la Grande Nation s'étendre avec la gloire et la 
« puissance de son Chef ; et, grâce à son génie, la posté- 
« rite, dans ses fastes, distinguera l'époque de l'Univers 
« Français comme elle a signalé celle de YL'nizcrs Romain. 

« A ce nom, l'âme s'élève... Le cœur s'enflamme encore au 
« souvenir de ce Sénat, dont la profonde sagesse le rendit, 
« au bout de cinq siècles, le maitre du monde... Mais cora- 
« bien Napoléon a plus fait en moins d'années, et quelle 
« supériorité dans sa politique ! 

« Il régénère, et Rome opprimait ; il fonde des royaumes, 
« et Rome réduisait les empires en provinces. Rome ne cher- 
ce chait qu'à s'agrandir : les conquêtes du Héros français ne 
« sont pour lui que des remparts éloignés de la Grande- 
ce Nation, les gages de notre sûreté, la récompense de la 
« bravoure, le prix héroïque du courage et de la vertu. 

« C'est ainsi que, fidèle à sa généreuse et sage politique. 
« nous avens vu naguère son génie s'élancer aux rives du 
a Bosphore, soutenir les antiques murailles de Byzance. ren- 
a dre à l'indépendance les descendants de Mahomet... Et cette 
a Asie où vint s'anéantir la puissance romaine, devenir pour 
<c Napoléon un nouveau théâtre de grandeur et de gloire. 

« Parcourons l'ère moderne. Ce n'est qu'après trente-deux 
« campagnes sanglantes que nous voyons Chavlcmagnc sub- 
■« juguer les peuplades du Nord. Une seule marche porte 
« son successeur aux bords de la Yistule. — Et dans cette 
« courte période, le trône de Frédéric a disparu. — Et peut- 
« être l'empire du Czar n'a dû son salut qu'à cette multitude 
« d'obstacles que la nature et le climat ont accumulés, et 
« centre lesquels le courage et le génie sont impuissants. 

« Forcé de suspendre un moment le cours de ses exploits; 
« condamné, pour la première fois, à goûter le repos, le temps 
« n'a pas été perdu pour la gloire : il n'a servi qu'à préparer 
(( des triomphes nouveaux. 

u Les frimas ont à peine disparu, que les murs de Dant- 
<c zick retentissent de nos chants de victoires ; et que du haut 
« de ses tours où il plane fièrement, l'aigle français jette la 
« confusion et la terreur dans les rangs ennemis. 



ET L'EMPIRE 319 

(( Puisse ce dernier prodige de ses armes ! puisse celui qui 
« vient tout récemment de s'opérer aux combats de Spandau, 
« sous les murs, dans les plaines de Heilsberg : prodige plus 
« éclatant encore que tous ceux dont nous avons à nous glo- 
« rifier : puissent-ils enfin dissiper l'esprit de vertige qui 
« s'est emparé de ces nouveaux Philistins, et mettre un 
« terme aux sanglantes catastrophes qui désolent la terre !" 

« Et s'il faut de nouveaux combats, si l'humanité est encore 
« condamnée à gémir, puissent nos vœux, veillant sans cesse 
« sur les destinées du Héros, obtenir du Grand-Etre, qu'il 
« étende une main protectrice sur son Auguste Personne ! 
« puisse enfin Napoléon, après avoir couronné, par une 
« paix durable, ses immortels travaux, jouir longtemps du 
« bonheur de son peuple et de ses bénédictions. 

« Illustre et Sérénissime Grand-Maître, soyez le déposi- 
« taire de nos vœux et l'interprète de nos sentiments : vous, 
« dont l'administration sage et sévère justifie si dignement la 
« confiance du Prince ; vous dont la magistrature rappelle 
« sans cesse le glorieux consulat de Cicéron, de cet homme 
« étonnant qui, loin de la carrière des armes, sut, ainsi que 
« Votre Altesse, s'immortaliser et se fonder, dans la recon- 
<< naissance de ses concitoyens, une renommée d'autant plus 
« durable qu'elle est dégagée de tous les prestiges, de toutes 
« les illusions. » 



Discours du Très Révérend Frère Régnaud de Saint- 
Jcan-d'Angély. (Saint-Jean d'Hiver, 1807). 

a La fête qui nous rassemble, toujours chère aux cœurs 
« éclairés de la vraie lumière, doit recevoir, des circonstances 
u qui l'ont précédée, un intérêt plus vif, un éclat plus impo- 
« sant, une solennité plus auguste. Je ne sais quel senti- 
ce ment de crainte se mêlait, il y a un an, à la joie de cette 
« réunion. 

« Nous formions alors, dans cette enceinte, des vœux dont 
« le Grand Architecte de l'Univers a confié l'accomplisse- 
« ment au Héros de la France, au génie qu'il a créé dans sa 



^.'^lv^^.'g■ 



320 



LA FRAXC-MAÇOXNERIE 



« bienfaisante sagesse, pour être le Régulateur de l'Europe, 
« le Bienfaiteur du monde, l'Organe du Destin. 

« Il était alors éloigné de ses enfants, le père de la patrie ; 
<( il bravait, efltouré de ses guerriers, les fatigues des mar- 
« ches forcées, la rigueur des saisons, les dangers des 
« batailles. 

« Alors il combattait pour la Paix, et aujourd'hui la Paix 
« continentale, conquise par la victoire, jurée par la bonne 
« foi, affermie par une ligue sainte, laisse respirer la terre, 
« console l'humanité et permet l'espoir à l'Univers. 

<( Que nos premières paroles soient donc, mes Frères, un 
« concert de bénédictions, de reconnaissance et d'amour 
« envers Xapoléox. 

« Que le Sérénissime Maître, qui nous préside, recueille 
« à cet Orient et porte aux pieds de son trône cet hommage 
« que nous lui rendons au nom de tous les Maçons français. 

« Que les aînés des guerriers, que tous les chefs donnés 
« par le premier des Monarques à la première des armées, 
a reçoivent et transmettent à leurs compagnons de gloire. 
« les témoignages éclatants de notre vive allégresse de leur 
« retour, de notre fraternelle affection, de notre immortelle 
« gratitude... » 



Discours du Vénérable Frère Delahaye (même datc^. 

« ... Je cherche en vain le mot qui doit rendre mon idée... 
« Xos pères n'ont jamais rien vu qui leur ait pu donner celle 
« qu'inspire Xapoléox, ils n'ont pas eu besoin d'un mot pour 
« exprimer ce dont ils n'avaient pas même l'idée. 

« O vous que Napoléon daigne honorer de sa confiance. 
« veuillez être auprès de lui l'organe de notre amour : por- 
« tez au pied du trône le sentiment de tout le peuple Maçon. 

« Nous jurons dans vos mains, pour nous, pour tous ceux 
« qui sont dignes du nom Maçon, et dont nous sommes les 
« garants, nous jurons tous à l'Empereur : 

(( Amour, obéissance, fidélité. 

'ni mieux que lui mérite, en effet, notre hommage. 
<( notre Adoration... ? 

« Qu'ai- je dit ? Adoration : 






ET. L EMPIRE 321 

« Elle n'est due qu'au Grand-Architecte de l'Univers, à 
« Y Etre Eternel ; 

« Eh ! s'il est vrai que le nom, que la gloire de Napo- 
tt léox sont immortels... ; 

u S'il est vrai que le nom, que la gloire de Napoléon ne 
« périront jamais ; 

« Si notre amour, si l'enthousiasme, qu'il nous inspire, nous 
« le font regarder comme une divinité. 

« Les vives inquiétudes que nous éprouvons continuellement 
« sur son sort, 

a Les vœux ardents, que sans cesse nous adressons au 
<( ciel pour sa conservation, ne nous prouvent que trop que 
« Xapoléox, pour être le chef-d'œuvre de la Nature, n'en est 
« pas moins que nous, hélas ! sujet à la commune loi, et 
« qu'au sein même de sa gloire un coup fatal... 

« Dieu détourne de nous ce malheur affreux !... L'idée 
« seule nous glace d'effroi. 

, « Assez longtemps, tu as abandonné la France à elle- 
« même ; mais puisque tu nous a montré le Héros qui doit 
« rendre à notre patrie le calme et la tranquillité, laisse-lui 
« le temps de consommer son ouvrage. 

a Lorsqu'il aura rempli ses hautes destinées... 

a Lorsque, couvert de lauriers, il viendra jouir au milieu 
« de ses peuples du fruit de ses travaux, et recueillir les 
« élans de l'amour et de la reconnaissance, 

« Donne le bonheur et la paix au Héros qui a tout fait 
« pour donner à son peuple la paix et le bonheur. 

« Et pour preuve du bonheur mutuel du Souverain et de 
« ses peuples, puissions-nous, dans de longues années, réité- 
« rer avec la même effusion de cœur ce vœu, l'expression 
« unanime des sentiments de la France entière : 

« Vive ! Vive l'Empereur ! » 



Discours prononce par le Vénérable Frère de Joly, 
{Fête d'Hiver, 1808). 

« Mes Frères, je vous ai entretenus de l'état de la Maçon- 
« nerie dans ces derniers temps ; l'avenir ne se présente pas 

1 1 



3-22 LA FRAXC-MAÇOXXERIE 

« à nous sous un aspect moins satisfaisant. Us sont loin de 
« nous ces moments de désastre, où nous combattions moins 
« pour notre prospérité que pour notre existence. 

« Assise sur ses antiques bases, la Maçonnerie brille d'un 
a éclat, dont ses Annales, dans les plus beaux âges, n'offrent 
« pas d'exemple. 

« Eh ! à quelles époques, en effet, dans quels lieux a-t-elle 
« réuni tant de moyens de prospérité et de gloire ? Quand 
« a-t-elle reçu une protection plus éclatante des Souverains 
a qui commandent aux nations ? 

« Et quel Souverain est le nôtre ! N'est-ce pas déjà un 
a bienfait de la Providence d'appartenir au siècle de Napo- 
« léon ? 

<( Quand a-t-elle compté de plus fermes appuis ? Et, si 
« j'ose le dire, quand a-t-elle vu plus de grandeurs humaines 
a se confondre sous cette règle inflexible qui nivelle tous les 
« hommes et ne laisse en éminence que leurs vertus ? 

« Nous avons vu siéger parmi ncus la plupart des héros 
a que le Monarque associe à ses périls, et plusieurs des hom- 
a mes d'Etat dont il interroge la sagesse dans ses Conseils. 

« L'Europe entière est couverte de nos innombrables tri- 
u bus : et, si j'en crois mes secrets pressentiments, l'Asie 
« elle-même sera désormais une terre hospitalière pour les 
a enfants d'Hiram. Jeu ai pour garant l'initiation à nos 
« mystères du Ministre qui représente auprès du Grand 
« Napoléon le plus puissant des Souverains dans cette 
« partie du globe : Askeri-Khan, Ambassadeur de Perse, 
« présent à la séance. Et la présence de cet illustre néophyte 
« à \r. solennité de ce jour, est un hcmmage public aux prin- 
ce cipes, à la morale qui sont tout à la fois le bien et la 
« force de notre confédération. 

« Sérénissime Grand-Maître, grâces vous soient rendues 
« de nos brillantes destinées ; elles sont l'ouvrage de votre 
~^e, qui, comme la Providence, embrasse tout ce qui 
« peut contribuer au bonheur de l'humanité. 

« Que votre sollicitude daigne continuer à veiller sur 
(( nous. Assis sur les premières marches du trône, soyez 
u auprès du Monarque l'interprète de nos vœux pour l'accom- 
« plissement de ses grands desseins... 






ET V EMPIRE 323 

III. — APOLOGIE DE LA SAINTE-MAÇONNERIE. 

Discours prononce par Son Excellence le ministre 
d'Etat, Frère Comte Régnaud de Saint-J ean-d' Angély. 

Monseigneur, 

« Sous vos auspices, Sérénissime Grand-Maître, l'antique 
« famille des Maçons a repris en Europe sa place sociale : le 
« lien protecteur de tous les enfants de la Veuve, dont le 
« premier anneau est soudé au pied du trône où vous êtes 
« assis, s'étend sur toutes les parties de l'Europe, se rattache 
« à tous les Empires, se subdivise entre toutes les Cités. 

« Il offre partout un appui tutélaire, un secours bienfai- 
« teur au voyageur errant, au naufragé sans ressource, au 
« pauvre sans consolateur, à l'infortuné sans support. 

« Mais ce n'était pas assez pour la gloire de la Maçonnerie, 
(( pour la renommée de ses Chefs, pour l'avantage de l'huma- 
« ni té. 

« Il semble que tel est le sort des institutions françaises, 
<c nouvelles ou régénérées, non seulement de s'élancer hors des 
a limites de l'Empire, mais de franchir l'enceinte de l'Eu- 
« rope, et d'aller enrichir le monde de ses bienfaits. 

« Un auguste et puissant Monarque a envoyé en France, 
« du fond de l'Asie, un de ses plus nobles sujets, un de ses 
« ministres les plus éclairés, un de ses guerriers les plus 
« distingués. 

u Son Ambassadeur est venu admirer de plus près le Chef 
« glorieux de notre Empire, et porter aux pieds de son trône 
« des paroles d'amitié et de paix, au nom du Sophi, son 
<( maître. 

« Pendant son séjour en cette capitale, il recueille avec 
e l'attention d'un politique, l'habileté d'un sage, la bonté 
« d'un homme, tout ce qui peut être honorable pour son 
« pays, avantageux à sa nation, utile à ses semblables. 

u II a été admis dans nos mystères. Il lui a été donné de voir 
-« briller ces rayons consolateurs, qui ont traversé l'immen- 
« site des espaces et des temps, pour venir du fond de l'Orient 
« éclairer les hommes justes et bienfaisants. 



3 2 4 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



« Par lui cette pure lumière retournera vers son antique 
« berceau : l'Asie recouvrera la pieuse et utile institution dont 
« elle a enrichi nos climats. 

« Un nouveau lien unira les hommes, une clarté morale, 
« commune, éclairera toutes leurs âmes, comme un soleil 
« unique éclaire tous leurs yeux. 

« L'acacia refleurira sur les rives de l'Euphrate, non loin 
« des lieux où surgirent ses premiers rameaux. 

« Ses rejetons transplantés sur leur terre native prêteront 
« leur abri, ses cultivateurs Néophytes offriront leurs secours 
« au voyageur européen, au sein de la Perse immense, dans 
a ses cités célèbres, dans ses villages ignorés, dans ses peu- 
ce plades lointaines, et jusque dans ses déserts. 

« Ces bienfaits. Monseigneur, le Maçon reconnaissant qui 
« en jouira dans d'autres climats, en fera hommage à Votre 
« Altesse, et à l'Art Royal qui fleurit sous vos auspices. 

« Votre nom uni aux noms sacrés, gravés dans l'arche 
« Maçonnique, sera béni dans les pays où l'adepte Persan 
« va bientôt les faire connaître ensemble. » 

Le Secrétaire-Général écrit : 

« Le Sérénissime Grand-Maître, joignant ses félicitations 
« à celles du Grand-Orateur d'Honneur, remet au Très-Cher 
« Frère Askeri-Khan un exemplaire relié avec soin, tant du 
« Tableau-Général que des Statuts de l'Ordre. » 



Discours du Vénérable Frère Houcl 

(Soi ut- Jean d'Eté 1809). 



« Lorsqu'un Orateur, fort de votre indulgente bonté, qu'il 
« a plusieurs fois éprouvée, encouragé par des succès dont 
u il conserve un honorable souvenir, se présente pour \ 
« rendre compte de nos travaux, il paraît à. la tribune avec 
« une noble et respectueuse confiance. 

<( 11 n'en est pas ainsi aujourd'hui. Un Orateur nom eau 
« se trouve placé entre la Diète Maçonnique et son Chef; 
« tiré, depuis peu de temps, des colonnes de ce temple, il 



ET 1/ EMPIRE 



325 



a rcmpt avec effroi un silence que tant de motifs auraient 
« dû lui faire garder. Permettez-lui de se rassurer en se 
(( rappelant qu'il parle, au nom de tous les Maçons Français. 
« à leur protecteur, à leur père commun ; qu'il n'est que dé- 
« positaire de la couronne qu'il doit présenter; mais que les 
u fleurs dont elle se compose ont été recueillies et tressées 
« par des mains plus habiles, après avoir été cultivées avec 
« soin dans toutes les vallées de l'Empire. 

« Oui, Sérénissime Grand-Maître, c'est la Maçonnerie 
« de France toute entière que vous présidez en ce jour. Votre 
« présence vivifiante, votre approbation rémunératrice s'éten- 
« dent d'ici sur vingt mille des Français les plus attachés à 
« leur Souverain, j'ai presque dit, et en parcourant les co- 
te lonnes de ce temple, je crois pouvoir dire, sur vingt mille 
« des Français les plus éclairés et les plus vertueux. 

« Quelle est grande l'institution qui met ainsi les leçons et 
« les exemples en commun, qui tire l'homme privé de l'isole- 
« ment, qui replace, pour un moment, l'homme public dans 
« les rangs ordinaires. Ici le fort touche la limite de sa puis- 
ce sance, ici le faible voit ses meyens se décupler ; la gran- 
it deur même ne nous donne que des frères aînés. La chaîne 
« qui unit les Maçons est électrique, tout ce qui la touche re- 
« çoit ou communique l'étincelle brillante du génie ou le feu 
« sacré de la vertu... 

« Vous avez, en accordant un pension viagère de 1.200 
« francs au Frère Defournelle, âgé de 119 ans, créé un avenir 
« pour ce respectable vieillard; vous avez fait tout ce qui était 
« en vous pour que rien ne troublât sa fin, qu'elle fût le soir 
« d'un beau jour. 

« Xe craignez donc plus de vivre. Vénérable Frère De- 
u foumelle; restez longtemps, sans inquiétude, le cinquan- 
te tième anneau d'une chaîne qui touche au berceau du monde 
« et le lien d'union entre le siècle des lettres, le siècle des 
« sciences et le siècle de la gloire. Trois fois salut, patriarche 
« des Maçons, puissent vos derniers regards se porter sur des 
« hommes qui ressemblent à ceux qui ont illustré l'époque de 
« votre naissance; puissiez-vous, lorsque le Grand-Architecte 
« de l'Univers vous accordera le repos des hommes vertueux. 
« annoncer aux Fénélon, aux Bossuet, aux La Fontaine, aux 



326 LA FRAXC-MAÇOXXKR1E 

« Racine, aux Boileau, aux Fléchier qu'ils ont des succes- 
« seurs dans leur patrie. 

« Vous direz du moins au chancelier d'Aguesseau que ses 
« vertus et son talent nous ont été rendus; vous direz aux 
« Condé, aux Turenne. aux Villars qu'ils ont des héritiers 
« de leur gloire. » 



Harangue du Vénérable Frère M ercadier, Hospitalier- 
Aumônier {même date). 

« S'il m'était permis. Aies Frères, de vous retracer ici le 
« tableau des malheureux Maçons que vous assistez, votre 
« sensibilité serait vivement affectée... Mais vous éprouverez 
« du moins une sorte de consolation en apprenant sur qui 
« votre Hospitalité et votre Commission de bienfaisance ver- 
ce sent des bienfaits;- ici ce sont des vieillards infirmes et 
« plus que septuagénaires dont vous prolongez l'existence; 
« des veuves de Maçons que leurs époux ont laissées dans une 
a vertueuse indigence. Là. des mères de famille, des femmes 
« en couche, qui, par vos seins généreux, recouvreront la 
« santé et conservèrent leurs enfants, dont vous acquittez 
« une partie des mois de nourrice. 

« Des aveugles dont vous adoucissez la triste existence; 
« des voyageurs qui retrouvent une terre hospitalière et les 
« moyens de parvenir au terme de leurs courses. 

« Vous le dirai-je enfin, Mes Frères, plusieurs Maçons 
« qui. après avoir rempli avec zèle et intelligence dans les 
a Ateliers de cet Orient, les fonctions honorables qu'ils de- 
ce vaient à la confiance de leurs frères, sont devenus tout à 
« coup victiriH - - malheurs du temps, et par conséquent, 
« dignes de tout votre intérêt. 

ce Je vous rappellerai, en même temps, mes Frère-, cet 
« orphelin âgé de quinze ans. louveton d'un militaire, mort 
« au champ de l'honneur, dans les premières campagnes de 
ce la Révolution, à l'éducation duquel vous contribuez an- 
ce nueflement; déjà vous recueillez la récompense d.e cette 
« bonne action, puisqu'il se montre de plus en plus digr 
« de votre amitié, et de la préférence qu'il a obtenue. 






l»w 



ET L EMPIRE 327 

« Chaque jour, les enfants de la veuve, que vous soulagez, 
« forment un concert de bénédictions en faveur de leurs gé- 
« néreux protecteurs; chaque jour ils font éclater les senti- 
« ments de reconnaissance dont ils sont pénétrés; je les dé- 
« pose aujourd'hui dans votre sein, Mes Frères, comme un 
« bien qui vous appartient, et je demande pour nos infor- 
« tunés la continuation de vos bienfaits. 

« Ici, Mes Frères, vos regards comme les miens se repor- 
« tent involontairement sur ce vieillard, le frère Defournclle, 
« âgé de 119 ans, dont la présence dans cette enceinte sacrée, 
« provoque votre attendrissement et votre admiration. 

« L'arrêté que vous venez de prendre en sa faveur, est un 
« monument durable du respect que vous portez au mal- 
ce heur et à la vieillesse. Sa langue que les ans entassés sur 
« sa tête n'ont point glacée, vous a articulé les mots d'atta- 
« chement et de reconnaissance. 

« Permettez-moi encore d'être son interprète, en vous pré- 
ce sentant l'expression de la reconnaissance qu'un Maçon 
« presque octogénaire, aussi peu favorisé de la fortune, 
« m'adresse en ce moment : 

LA CESSATION DU MALHEUR 

Première des vertus, céleste humanité ! 

L'égoïsme se borrte à faire ton éloge 

Au sein de l'union et de l'égalité ; 

Où te voit-on régner ? Hélas ! ce n'est qu'en Loge. 

Du sort, qui m'accablait de toute sa rigueur, 

Je cherchais vainement à me rendre vainqueur ; 

On me renouvelait promesse sur promesse, 

On nourrissait de vent ma crédule vieillesse ; 

Des Frères en silence agissent pour mon bien, 

Et le Grand-Orient par eux est mon soutien ! 

Muse reconnaissante embouche la trompette ; 

Il y va de ta gloire à n'être point muette. m 

Vivant, vivant, et semper vivant ! 

Le Secrétaire-Général écrit : 

« Le rapport du Vénérable Frère Mercadier, et cet hom- 






328 



LA FRANC-MAÇOÏsNERlE 



« mage d'un Maçon infortuné et reconnaissant, qui le ter- 
« mine, ont été reçus avec la sensibilité qui caractérise les 
« décisions du Grand-Orient pour les Actes de bienfai- 
« sance. » 

NOTA. — Le Grand-Orient accordait annuellement 
pour les aumônes 5.000 francs au plus, 4.000 francs 
au moins!! 



Discours du Vénérable Frère De Joly, 
(Saint- Je an d'Hiver, 181 2). 



« Monseigneur, 

« L'Art Maçonnique est parvenu, de nos jours, à un de- 
« gré de splendeur que n'obtinrent pas nos devanciers, dans 
« leurs plus beaux moments de ferveur et de gloire. 

« Cette prospérité, cet éclat, ne cherchons pas à nous le 
« dissimuler, nous les devons à la protection bienveillante 
« dont nous couvre l'autorité publique ; — nous les devons 
« au Sérénissime Prince, au Frère Illustre et choisi de nous 
« tous, qui, dépouillant pour nous les dignités politiques, ne 
a reste grand dans cette enceinte que par ses vertus, et vent 
« bien n'y recevoir d'hommages que de notre amour et de 
« notre reconnaissance ; — nous les devons à ce concours 
« glorieux de magistrats, de guerriers, l'honneur et l'appui 
« du trône, qui daignant s'associer à nos travaux, se sont 
<c rendus ainsi les garants de la pureté de nos intentions et 
« de nos vues; — nous les devons à cet empressement hono- 
« rable qui, sans cesse, conduit auprès de nous les hommes 
« célèbres, les sages, les savants, qui viennent dans la capi- 
« taie pour s'instruire, pour connaître tout ce qui paraît di- 
u gne de fixer leurs regards. 

« Tel en ce moment solennel, le prince de Saxe-Wevmar. 
« qui, couvert de lauriers que jeune encore, et sous les yeux 
« du Grand Napoléon, il cueillit aux champs à jamais célè- 
« bres de Wagram et d'Essling, parcourt modestement, pour 
« s'instruire, la terre des sciences et des arts; vient, plus mo- 



ET E EMPIRE 329 

« destement encore, prendre place sur nos colonnes, parta- 
« ger nos travaux, s'éclairer des lumières dont brille le 
« Grand-Orient, pour les reporter ensuite et les fixer un jour 
« dans ses Etats. 

« Mais, mes Frères, que deviendraient ces titres à la pro- 
« tection des Lois, à la bienveillance de ses dépositaires, si 
« nous nous montrions divisés, si nous donnions à la société 
« le spectacle affligeant d'une désunion qui ne fut jamais 
« dans nos cœurs, que pourrait peut-être opérer l'égarement 
« de nos esprits ? 

« Sous prétexte de quelques imperfections, des voix, dans 
« les rits divers, se sont élevées, les unes pour étendre, les 
« autres pour restreindre, toutes pour réclamer des droits. 
« pour revendiquer des prérogatives. 

« Des droits... ! dans une association qui ne doit exister, s'il 
« m'est permis de le dire, que par abstraction, et qui n'existe 
« réellement que par l'effet d'une noble et généreuse tolé- 
« rance. 

« Des Prérogatives... ! parmi des hommes qui ne sont que 
1 de simples missionnaires de paix, de morale, et de fra- 
« ternité; qui, dès lors qu'ils sortiraient de leur paisible obs- 
« curité pour prendre une existence positive, franchiraient 
« leurs limites et présenteraient l'image d'une espèce d'état 
« indépendant dans le sein de l'Etat lui-même. 

« Imprudents ! de mettre ainsi en péril le peu de bien qu'il 
« nous est donné de faire... ! imprudents ! qui ne craignent 
« pas de mettre dans la nécessité douloureuse de nous délais- 
« ser, la main qui nous sert d'égide, et, privés de son appui 
« tutélaire, de retomber dans l'affreux néant où naguère nous 
« gémissions ! ! !... 

« Ah ! mes Frères, que le passé se réveille pour nous 
« comme une lueur salutaire !... étouffons, je vous en con- 
te jure, dans leur germe, des ferments de discorde et de riva- 
« lité qui ne peuvent engendrer que des maux ; rappelons- 
« nous la foi promise d'une union inaltérable pour l'achè- 
te vement du grand-œuvre ; — foi promise, que blesse de part 
« et d'autre, je le dis également pour Benjamin et pour Juda. 
« toutes les prétentions individuelles ; qui ne se maintient 
« pure que par l'abnégation de tous les intérêts personnels. » 



33<D LA FRAXC-MAÇOXXKRIE 

//-. _ ELOGES FUNEBRES. 



Les Frères de Luynes, de la Lande, Carrel, et la femme 
de Scbastiani. (Discours de De Joly, Saint-Jean d'Eté, 

1807). 

« Trois de nos Frères, le Grand-Orateur d'Honneur, le 
« Grand-Aumônier d'Honneur, un de nos Officiers hono- 
u raires, ont quitté leur dépouille mortelle. L'ombre du Ré- 
cc vérend Frère de Luynes, celle du Frère de la Lande, l'om- 
it bre du Cher Frère Carrel, errent dans cette enceinte et 
a nous leur devons le tribut mérité de nos regrets, de notre 
a attachement. 

« Carrel, d'abord premier Surveillant d'un de vos Ateliers 
a et depuis l'an 1802, Officier honoraire, modeste et simple, 
« ami franc, Maçon zélé. Pendant vingt-deux années consé- 
« sécutives, il donna souvent, et toujours il suivit l'exemple 
« de toutes les vertus. 

« De Luynes, dont les qualités civiles, même au milieu de 
« nos troubles politiques, s'embellirent toujours de la prati- 
« que des vertus maçonniques. 

« De la Lande, que les sciences regrettent autant que l'ami- 
« tié; si quelques nuages ont obscurci les derniers jours de 
« cette belle vie, fort de sa propre conscience (et si l'expres- 
(( sion peut nous être permise), pareil aux astres dont il 111e- 
« surait si bien l'immensité, il ne répondit aux clameurs île 
« l'envie qu'en versant des torrents de lumière, même sur 
d ses plus obscurs détracteurs. 

« Pardonnez, Illustre et Sérénissime Grand-Maître. 
« vous tous, Aies Frères, si dans cette auguste enceinte, au 
« centre de la régularité Maçonnique, le nom d'une femme 
a vient se mêler à ceux dent j'ai été forcé de vous entretenir. 
<( Mais ce nom, devenu désormais célèbre par les vertus, par 
« la dignit lui qui l'honore, ce nom s'allie pour jamais 

u au nom glorieux de la ville de Constantin : Sébastiani a 
m soutenu h» antiques murailles; mais presque au n\ 
« instant, ses laurier nt changés en cyprès, et. pour 

son âme sensible, Constantinople n'est plus le théâtre 
es haul mais le tombeau d'une épouse adorée, lob- 



ET L EMPIRE 331 

« jet des regrets de tous ceux qui ont eu le bonheur de la 
« voir et de l'apprécier. 



Eloge funèbre du Maréchal, duc de Montcbello, par 
le Vénérable Frère Houel, {Saint-Jean d'Eté, 1809). 

« Les pertes que le Grand-Orient a faites pendant ce se- 
« mestre sont grandes, sans être nombreuses; que dis-je, les 
« pertes du Grand-Orient, elles sont celles de toute la France, 
« et je ne viens que rouvrir vos plaies, renouveler vos dou- 
« leurs, en vous rappelant que l'Empereur a perdu un de 
« ses plus fidèles compagnons d'armes, l'Etat un de ses plus 
« fermes appuis, la Victoire un de ses plus chers favoris, la 
« Maçonnerie un de ses plus glorieux adeptes; il est nommé. 
« mes Frères, déjà vos regards se tournent vers la blessure 
« mortelle, déjà vos pleurs arrosent la cendre du Frère 
a Maréchal Duc de Montebello, Grand-Aigle de la Légion 
« d'honneur, Colonel général des Suisses, et l'un des Grands- 
ce Administrateurs d'honneur du Grand-Orient de France. 

« Il a versé son sang pour son Prince et pour sa Patrie. 
« Mêlons quelques branches d'acacia aux lauriers qui vont 
« couvrir sa tombe ; que les enfants de la Veuve pleurent 
« aves les fils de Mars; qu'ils pleurent... ou plutôt que leurs 
« regrets pour un héros se changent en espérances pour les 
« jeunes héritiers de sa gloire et de ses vertus, et que la 
« douleur n'étouffe pas les actions de grâce que nous devons 
« au Grand-Archtecte de l'Univers, pour la conservation de 
« ceux de nos Grands-Officiers dont les palmes ne sont pas 
« changées en cyprès. » 



V. — SA MAJESTE LE ROI JOSEPH. 

Discours du Vénérable Frère de Joly 

(Saint-Jean d'Hiver, 1812). 

« Mes Frères, je tromperais votre attente, si je descendais 
« de cette tribune sans avoir rappelé à vos hommages un 



33 2 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



« nom chéri autant que révéré, l'auguste nom du chef de la 
« Maçonnerie en France, Sa Majesté Joseph Napoléon. 

« S'il fut un moment où, trop promptes à s'alarmer, nos 
« âmes furent inquiètes sur sa fortune, bientôt nous l'avons 
« vu, supérieur aux événements comme un nouveau Gédéon. 
« marcher aux Philistins, les disperser, voler avec la rapi- 
« dite de l'éclair à sa capitale, y rentrer moins en conqué- 
« rant qu'en père, au milieu des acclamations des habitants, 
« doublement heureux de posséder leur Roi, et d'avoir 
u échappé encore une fois au joug de leurs odieux oppres- 
se seurs. 

« Laissons le profane vulgaire ne voir, dans cette succes- 
« sion rapide d'événements, qu'un jeu de la fortune, un 
.< exemple des chances journalières de la guerre. 

« Quant à nous, Mes Frères, sachons y reconnaître la main 
« ^oute puissante de la Providence, qui, toujours admirable 
<( dans ses décrets, n'a semblé s'éloigner un moment que pour 
« nous montrer le Monarque dans tout l'éclat de sa vertu ; 
« supérieur aux coups de la fortune et toujours plus digne 
« de commander à un grand peuple. » 






DEUXIEME SECTION 



LA POESIB AU GRAND-ORIBXT. 



L'Empereur. 



a Le Vénérable Frère Général de Lasalle. après avoir de- 
mandé et obtenu la parole, a dit : 

« Sérénissime Grand-Maître, Mes Frères. 

« Après mon Lpitrc à la haine, qui a si bien servi les 
« hautes conceptions de notre Auguste Monarque, je viens 
« d'en faire une à V Amour : veuillez m'accorder votre indul- 
« çence et votre attention. » 

(( Le Vénérable Frère de Lasalle fait lecture de la pièce 
suivante : 






ET h EMPIRE 333 

EPITRE A L'AMOUR 

Amour, fruit noble et pur de l'admiration, 
Tu soumets l'univers au Grand Napoléon. 
La haine Britannique a bien servi sa gloire, 
Le forçant de courir de victoire en victoire, 
Et quand son front voulait se ceindre d'olivier, 
Xe laissant sous sa main que palmes et laurier ; 
Mais c'est toi dont la flamme embrasant son armée 
Par mille exploits nouveaux, surpris la renommée, 
Donnant l'air de la fable à l'authenticité, 
Et fis qu'à peine on croit à la véracité. 

Par toi nos fiers guerriers surmontant tous obstacles 
Entassent en sept jours miracles, sur miracles ; 
Du Wéser à l'Oder poussant les ennemis, 
Marchent comme un torrent; bientôt tout est soumis. 
Joachim, Lasnes, Soult, Bernadotte, Berthier, 
Et mille autres marchant dans un pareil sentier, 
Par leur humanité, comme par leur vaillance, 
Font bénir le Héros, Dieu Donné de la France, 
Et même les vaincus, admirant sa bonté, 
Célèbrent comme nous le Grand Bonaparte (sic). 

Les Saxons subjugués par son vaste génie, 
Lui demandent la paix pour sauver leur patrie ; 
Et son cœur généreux, ouvert à la pitié, 
L'accorde en y joignant sa puissante amitié. 
Le Polonais courbé sous l'affreux despotisme, 
Sent, au bruit de son nom, renaître son civisme : , 
Pour reprendre son rang il a recours à lui. 
Certain de son triomphe, s'il obtient son appui. 

« Un partage odieux vous ôta l'existence ; 

« Mais il ne fut jamais reconnu par la France : 

« Dit le sage Héros ; veuillez briser vos fers, 

u Et vers la liberté les chemins sont ouverts. 

« Un grand peuple est toujours libre quand il veut l'être; 

« C'est par vos actions que je pourrai connaître 

« Vos talents, votre force et votre volonté ; 

« Alors, comptez sur moi pour votre liberté. » 



334 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



Ces braves opprimés, fiers de cette assurance, 
Le cœur rempli d'amour et de reconnaissance, 
De leurs concitoyens vont ranimer l'ardeur; 
Ils s'arment, bénissant leur puissant protecteur. 
Des rives de l'Oder aux bords de la Vistule 
Retentit le grand nom de ce nouvel Hercule ; 
Tout s'unit et quittant leurs malheureux foyers, 
Sur les pas du Héros accourant par milliers, 
Les hardis Polonais respirent la vengeance, 
Viennent se rassembler sous l'aigle de la France. 
Leur zèle pour son chef redoublant leur valeur, 
Ils vont se dérober au joug de l'oppresseur. 

D un saint amour pour lui c'est en ce lieu le temple, 
Et notre Illustre Maître à tous donne l'exemple 
Du zèle le plus pur, de l'admiration : 
Répétons avec lui : « Vive Napoléon ! » 

Saint-Jean-d'Hiver, 1806. 



NAPOLEON ET LES POLONAIS EN 1807. 

Stances, par le Vénérable Frère G. de Beaumont, 
petit-fils de Charlotte Sobicska, Duchesse de Beaumont. 

Sors enfin de ta léthargie, 
Peuple Sarmate, enfant du Nord, 
Et tu verras ta patrie 
Renaître du sein de la mort ! 
Suis aux combats un Dieu terrible ; 
Il peut reconquérir tes droits 
Celui dont le bras invincible 
A la terre dicte des lois. 

Alexandre en vain te menace. 
11 en est temps, brise tes fers ! 
Rappelle ton antique audaee. 
Reprends ton rang dans l'Univers. 



1 



ET Iv EMPIRE 335 



Napoléon, clans sa sagesse, 
Va fixer un terme à tes maux ; 
Mais confiant dans ta promesse, 
Viens triompher sous ses drapeaux. 

Modèle 1 toi sur tes ancêtres ! 
Cazimir et Sobieski, 
Eussent-ils reçu des Maîtres 
Comme fit Poniatowski ? 
Ces deux grands noms, de la Patrie 
Furent les généreux soutiens, 
Ce dernier, clans l'ignominie, 
Porta le poids de tes liens. 

Saisissez le moment propice, 

La gloire embellit l'horizon; 

Baisez la main libératrice 

De l'immortel Napoléon. 

Près de nos cohortes guerrières, 

Braves Polonais, rangez-vous, 

Si vous marchez sous nos bannières," 

Qui peut résister à vos coups ? 

Déjà les bords de la Vistule 
Ont vu nos valeureux soldats, 
Tels que les compagnons d'Hercule 
Agrandir ses vastes Etats. 
Peuples, sortez de l'esclavage 
Et venez combattre avec eux, 
Pour vos femmes, votre héritage, 
Pour vos enfants et pour vos Dieux. 

Divinité, dont je respecte 
Et le courroux et les bienfaits, 
De l'Univers Grand-Architecte, 
Ecoute les vœux que je fais ! 
Dans la Pologne décimée, 
Protège le héros Français ; 
Ordonne... et sa fidèle armée 
Remplira, tes justes décrets. 



336 LA FRANC-MAÇONNERIE 

Envoi 

Descendant du roi magnanime 
Qui jadis reçut ton encens, 
Je cède à l'ardeur magnanime 
En t'inspirant ce que je sens. 
Le Polonais brisant sa chaîne, 
Saura relever ses remparts, 
Du Czar il bravera la haine, 
Aidé du premier des Césars. 



« Le Vénérable Frère de Lagarde, Préfet du Département 
« de Seine-et-Marne, ayant obtenu la parole, chante les cou- 
a plets suivants de sa composition. » (Saint-Jean-d'Hiver 
« 1806). 

CANTIQUE 

Quel joug s'est appesanti t 
Sur ma malheureuse patrie ! 
Tout le globe avait ressenti 
Les secousses de l'anarchie. 
Un héros s'élance des lieux 
Que le Nil arrose et féconde : 
Peuples, c'est l'envoyé des deux, 
C'est le Libérateur du monde. 

Que son cœur sensible est touché. 
IX s maux enfantés par le crime ! 

1 lui tarde d'avoir séché 
Les larmes de chaque victime. 
Wec quel art il sait guérir 
La blessure la plus profonde ' 
Qui pourrait ne pas le chérir ? 
st le Consolateur du monde 



ET I, EMPIRE 



337 



Jaloux de ce bonheur naissant, 
L/ Anglais ose tout entreprendre, 
Des Rois à ce peuple marchand 
Ne rougissent pas de se vendre. 
Napoléon rit des projets 
Où leur coupable espoir se fonde. 
Lâches ! expiez vos forfaits : 
Tremblez, c'est le Vengeur du monde. 

Mais au prix de sanglants succès, 
La gloire à ses yeux est trop chère; 
Dans la victoire c'est la paix, 
La paix seule qu'il considère. 
S'il combat, c'est pour l'obtenir ; 
Ei si la foudre encore gronde, 
C'est qu'il veut enfin devenir 
Le Pacificateur du monde. 

Dans ses pacifiques desseins, 
Admirez quelle prévoyance, 
Voyez comment ses sages mains 
Des Etats règlent la balance. 
Pour assurer notre repos, 
Il rajeunit la Mappemonde; 
C'est, au sein d'un autre chaos, 
Un autre Créateur du monde. » 



LES TRIPLES VŒUX 

« L'Architecte des cieux a droit à notre hommage : 
Honorons après lui son plus parfait ouvrage, 
Un roi cher à nos cœurs, objet de tous nos vœux ; 
Il prouve que son but est de nous rendre heureux... 
C'est lui qui, ranimant mille débris épars. 
Sur leur base ébranlée a raffermi les arts ; 
Lui qui, rajeunissant la vieille monarchie. 
Pour nous donner des lois, détrôna l'anarchie ; 
Lui qui restitua, par ses dons paternels, 
Aux Français leur pays, aux chrétiens leurs autels... 



V 



338 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



Ah ! puisse ce héros, pour l'honneur de notre âge, 
Finir et voir longtemps son immortel ouvrage ! 
Il l'a trop mérité ; car le prix des bienfaits 
Est dans le doux aspect des heureux qu'on a faits ! 
Que puisse aussi le ciel, toujours bon, toujours juste, 
Veiller avec amour sur sa compagne auguste ! 
Pour elle ses sujets offrent partout leurs vœux ; 
La vertu couronnée est l'image des dieux. 
Puisse cet Enfant-Roi, cher à notre tendresse, 
D'un avenir brillant acquitter la promesse ! 
Puisse-t-il sous les yeux du grand Napoléon, 
Hériter de son âme ainsi que de son nom ! 
Que sa valeur, fidèle à sa noble origine, 
D'un voisin orgueilleux consomme la ruine ; 
Que sa race aux Français épargnant bien des maux 
De l'arbre monarchique étende les rameaux ; 
Mais qu'il soit, puisqu'au trône un jour il doit prétendre, 
Tardif pour y monter, tardif pour en descendre. » 

Par le frère Alissan de Chazet. 

AU SERENISSIME GRAND-MAITRE 

Je vous propose la santé 

Des vrais talents, de la prudence, 

De la noblesse sans fierté, 

Et de la douce bienfaisance. 

Mais déjà vous me comprenez : 

L'allégresse devient commune, 

Sans peine vous le devinez, 

Ces quatre santés n'en font qu'une. 

AU GRAND-ORIENT 
Boutade Maçonnique. 



< )n m'a conté que Diogène, 
Philosophe un peu trop hardi, 
Cherchait un homme dans Athène 
Lanterne en main, en plein midi. 



ET I, EMPIRE 339 

Nous sommes l'Athène moderne : 
Chez nous il devrait s'installer ; 
Et le porteur de la lanterne 
Serait forcé de la souffler... 

Dans tous les temps aux vrais Maçons 
Cette Loge à bon droit fut chère ; 
Du culte que nous professons 
C'est le chef-lieu que l'on révère. 
Y trouver plus d'un nom marquant, 
Franchement ne m'étonne guère ; 
On sait que c'est de l'Orient 
Que nous arrive la lumière. 






CHAPITRE VII 

Cambacérès et les Régimes Indépendants. 

i° Les Supérieurs occultes. 

Tandis que le Grand-Orient expédiait des Constitu- 
tions à plus de douze cents Loges et recrutait partout 
des adeptes ; tandis que la JVfaçonnene officielle multi- 
pliait les protestations d'attachement à l'Empire ; tan- 
dis que sa Diète Nationale vouait au (( Héros Pacifi- 
cateur », au (( Dieu Donné pour la Erance », au (( nou- 
veau Créateur du monde », un culte d'adoration, les 
Maçons initiés aux Régimes (( plus avancés », faisaient 
renaître de ses cendres (( l'antique Judée ». 

L' (( antique Judée », c'est la vraie Maçonnerie; c'est 
la dépositaire fidèle des secrets du Pouvoir occulte; 
c'est la gardienne et l'interprète autorisée de (( sa dog- 
matique » ; c'est la mère de la Révolution. 

La correspondance de YBques a Capite Gaîeato avec 



■-ii 1 ; i iV ..i 



34-' 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



les dignitaires des divers Kites Ecossais et les Grands 
Officiers du Grand-Orient, est extrêmement précieuse. 
Ces pages, trop longtemps ensevelies dans i omore, pro- 
jettent un rayon de lumière sur l'histoire du Premier 
Empire, que nous croyons bien connaître et que nous 
connaissons, hélas ! si imparfaitement. 

Les Historiens officiels croient pouvoir expliquer par 
le prodigieux génie de Napoléon, son incroyable for- 
tune et le foudroyant succès de ses armes, comme ils 
tentent d'expliquer, par la disproportion du nombre, 
ses revers et sa chute définitive. Ils détournent obstiné- 
ment les yeux du Temple Maçonnique. A l'exemple de 
Henri Martin, ils ne nous permettent pas de soupçonner 
que la Secte ait alors existé, qu'elle se soit développée, 
qu'elle ait couvert l'Empire de ses établissements, 
qu'elle soit parvenue, à cette époque, à un degré de 
puissance et d'éclat qu'elle n'avait jamais atteint (( de- 
puis 5809 ans ». Quel fut son rôle ? 

Dans cette correspondance nous découvrons la trace 
de Hauts-Supérieurs en relations étroites et constantes 
avec leurs fidèles adeptes de Paris. Les auteurs dé- 
voués à la Maçonnerie paraissent croire et répètent à 
Fenvi que Weishaupt. le fameux chef des Illuminés, 
s'enferma définitivement dans le silence, après sa con- 
damnation par la cour électorale de Bavière et sa fuite 
auprès du prince de Saxe-Cobourg-Gotha. 

Il n'en est rien. 

Weishaupt demeura toujours le vrai chef de la Secte 
qu'il avait fondée et, par elle, l'un des chefs de la Ma- 
çonnerie universelle. 

En 180S. Weishaupt conseille les Maçons dirigeants 
du Grand-Orient de France, dans l'affaire si délicate 
pour eux du Rit Primitif, (il 



I Cela resuite de lettres que nous publions en partie. Voir 
plus loin, p. U'2 à p. -,67. 



ET L'EMPIRE 343 

Un jeune noble, le chevalier tYHunuenseu, expulsé 
de Suède, et protégé par le gouvernement Impérial, 
vient à Paris, et, suivant l'expression du <x Très Illus- 
tre » Frère d'Aigre feuille écrivant à son cousin YEques 
G Capite Galeato, y déploie « un grand caractère di- 
plomatique ». Ce (( jeune maçon » initié aux plus 
(( hauts secrets » sert en réalité d'intermédiaire entre 
les Supérieurs étrangers et leurs agents Français. 

Nous trouvons encore le nom d'un autre adepte, du 
mystérieux docteur Wurtz, un Strasbourgeois, qui a 
fixé sa résidence à Versailles. Il y avait acheté ; pen- 
dant la Révolution, une charmante propriété, qui faisait 
suite à l'Ermitage, et que Pierre Coquet, secrétaire de 
Madame Victoire de France, tante du roi, avait reçue 
de la générosité de Louis XVI. De cet asile, sûr et res- 
pecté, Wurts vit passer sans crainte la tourmente révo- 
lutionnaire. Ses admirateurs lui firent la réputation 
d'un philosophe, ami de la solitude, d'un fervent Mes- 
mérien, d'un savant détaché de toutes les affaires de ce 
monde, et plongé dans la méditation des vérités les plus 
(( sublimes ». Le docteur écrivit de nombreux ouvrages. 
Il fit, notamment, paraître une brochure de quelques 
pages, intitulée : (( Teinture confortatire nerveuse ». 

C'était une composition pharmaceutique de son in- 
vention, dont le solitaire de Versailles exposait les avan- 
tages. Les Loges étaient priées de vanter auprès du 
public les vertus merveilleuses de ce produit, et quel- 
ques frères zélés le vendaient au profit de la (( sainte 
cause ». 

Cet esprit mercantile de la (( bonne, philanthropique 
et auguste » Maçonnerie mériterait d'être étudié à part. 
Quelques années avant la Révolution, vers 1784, par 
l'entremise de Bode, et de son agent à Paris, le frère 
Otto, un maçon Autrichien, le major Hirseh, proposait 
à YEques a Capite Gcilecito, une certaine eau gazeuse, 
que la Maçonnerie d'Allemagne avait accepté de vendre 



344 



LA FRAXC-MACOXXERIE 



au-delà du Rhin et jusque dans les provinces méridio- 
nales de la Russie. 

Docteur Mesmérien, auteur de savants ouvrages, in- 
venteur, // urtz était un des vrais directeurs de la Ma- 
çonnerie universelle. Les chefs de l'Ecossisme recou- 
raient sans cesse à lui. Ses conseils étaient pour eux des 
ordres. 

Les Régimes dont Weishaupt, ll'urtz, d'Harmensen, 
et d'autres Supérieurs que les Correspondants ne nom- 
ment pas ou qu'ils désignent par des signes convention- 
nels, étaient les représentants, ces Régimes, très secrets, 
étaient par leurs principes mêmes, hostiles à l'Empire, 
comme ils avaient été, quelques années auparavant, les 
plus ardents et les plus perfides ennemis de la Monar- 
chie. 

Leurs disciples fidèles, Pyrou, Thory, l'abbé de Ber- 
mond d'Alès {d'Anduzé), ne se lassent pas de répéter à 
ïBqucs a Capitc Galeato — qui les gourmande — que 
« leur dogmatique » n'est point celle du Grand-Orient. 
Par ce mot couvrant « dogmatique », il faut entendre 
la connaissance du (( vrai but )) assigné par la Maçon- 
nerie à ses purs adeptes, c'est-à-dire, la conquête du 
monde au profit de la Secte. 

Le sens que nous donnons à ce mot est le seul qui soit 
conciliable avec le contexte. Une étude minutieuse et 
très attentive d'une multitude de documents, de lettres, 
de constitutions, de discours, de pièces de toute sorte. 
et même d'informes brouillons, nous permet d'assurer 
que notre interprétation peut et doit être acceptée en 
toute sécurité. 



2° Cambaeérès et ses 



Or. chose curieuse : Le Grand-Maître Adjoint de In 
"Maçonnerie officielle en France, Son Altesse le prince 



ET E EMPIRE 



345 



CambacérèSj frère Jean-Jacques Régis Ordre, l'homme 
de confiance de l'Empereur, le fidèle collaborateur que 
Napoléon a choisi comme Grand-Surveillant de la Ma- 
çonnerie, est l'ami des ennemis avoués du Grand- 
Orient, l'ami des ennemis secrets du régime impérial. 
Il est l'ami, le confident, le conseiller, le protecteur 
des Weishaupt, des d'Harmcnsen, des Wurtz, des Pyron, 
de YEques a Capite Galeato, de tous les chefs, de tous 
les agents des Associations plus secrètes, superposées ù. 
la Maçonnerie inférieure — c'est-à-dire au Grand- 
Orient 

Cette attitude est un mystère. Un seul mot l'explique. 
— Quel est ce mot ? — Trahison. Cambacérès a trahi 
l'Empereur. L'accusation est grave. Nous espérons 
montrer qu'elle n'est pas mal fondée. 

3° La Trahison. 



Nous ne prétendons pas avoir trouvé, dans les ar- 
chives de YBques a Capite Galcato, les preuves écrites 
de sourdes menées, de complots, d'entreprises contre le 
régime impérial, dont Cambacérès aurait été l'auteur ou 
dont il se serait fait le complice. Certes, les Chefs des 
Hauts-Régimes Maçonniques sont trop avisés, trop 
prudents, pour laisser après eux des écrits compromet- 
tants. Ordres, projets, plans d'attaque, tout s'y trans- 
met verbalement : Verba volant. 
. Mais les chefs d'accusation ne font point défaut. La 
(( grande trahison » du frère Jean- Jacques Régis Ordre 
est plus facile à porter, devant ,1e tribunal de l'histoire, 
que celle de Louis XVI devant un tribunal, même révo- 
lutionnaire. 

Cambacérès avait assumé la charge de surveiller la 
Franc-Maçonnerie. Tout devait se passer au sein des 
Loges, dans les réunions Capitulaires, dans les séances 
des (( Diètes Nationales », conformément au bon ordre 



346 LA FRANC-MAÇONNERIE 

et aux principes du Gouvernement que la France s'était 
« librement donné ». 

Afin de rendre cette surveillance possible et efficace, 
Sa Majesté l'Empereur avait voulu que les divers Rites 
Maçonniques professés dans toute l'étendue de l'Em- 
pire, se réunissent et se rangeassent désormais sous la 
bannière du Grand-Orient de France. 

Les Constitutions et les Statuts du Grand-Orient de- 
venaient la Charte de la Maçonnerie Française. 

Tous les Régimes Maçonniques, établis en France, 
pouvaient librement reprendre leurs travaux : tous 
avaient le même Grand-Maître; le Grand-Maître devait 
toujours être un sujet de Sa Majesté Impériale. 
X 'étaient reconnues pour Chartes régulières que- celles 
émanées du Grand-Orient de France, ou revêtues de son 
visa. Tant qu'il n'avait point soumis au Grand-Orient 
l'original ou une copie de ses titres, ainsi que les ins- 
tructions relatives au but et à la moralité du Rit, par 
lui professé, tout Régime, quel qu'il fût, était considéré 
comme irrégulier. Défense lui était faite de se réor- 
ganiser, de rouvrir ses anciens Ateliers, d'en établir de 
nouveaux. Le Grand-Orient pouvait et devait réclamer 
le secours de la force publique, pour disperser et, au be- 
soin, punir les membres de ces Associations, qui ose- 
raient tenir des réunions illégales» Tout membre d'un 
Régime ir régulier était irrégulier lui-même. Toute Loge, 
même régulière, qui admettait à ses « travaux » un ma- 
çon irrégulier, pouvait être déclarée irrégulière et con- 
damnée à fermer ses << sublimes Ateliers ». 

Ces règlements avaient souri à Napoléon. Il s'était 
flatté, grâce à ces dispositions draconiennes, de mettre 
sa puissante main sur la Maçonnerie Française, et. par 
elle, sur toutes les Maçonneries étrangères. L'Empe- 
reur ne comprit jamais, ou. pour mieux dire, (car cet 
immense génie paraît avoir été créé pour tout embras- 
. l'Empereur n'étudia jamais sérieusement l'on 



ET L EMPIRE 347 

nisation de cette Société redoutable. Cette négligence 
et cette ignorance contribuèrent à sa perte. 

Ce maître tyrannique, si déliant, eut le tort grave, 
commit la tante irréparable ue traiter avec la Maçon- 
nerie et de se confier à elle. Que n'espérait-il point ? 11 
espéra la dominer. Il rêvait peut-être de constituer 
« deux gendarmeries sacrées » : l'Eglise Romaine, 
pour les catholiques ; la Franc-Maçonnerie, pour les au- 
tres. Mais la Maçonnerie, l'ennemie héréditaire de 
l'Eglise et de l'Etat, la Maçonnerie qui est condamnée 
par l'Eglise et qui devrait l'être par l'Etat, domina 
l'Empereur et renversa son trône. 

L'attitude des divers Régimes est curieuse à obser- 
ver. Les plus secrets cèdent le pas au Grand-Orient de 
France, triomphant, solennel et flagorneur. Ils s'enfon- 
cent dans l'ombre et ne (( travaillent » qu'avec la plus 
extrême réserve. Mais ils (( travaillent ». Tels sont, par 
exemple, les Elus Cohens, les adeptes de rilluminisme 
Bavarois, les Rose-Croix d'Allemagne. 

D'autres s'affichent au grand jour et s'affilient au 
Grand-Orient. On voit leurs adeptes accourir, empres- 
sés, à la « Diète Nationale », comme Grands-Officiers 
d'Honneur ou Grands-Dignitaires. Mais, en réalité, les 
Etablissements auxquels ces adeptes appartiennent s'or- 
ganisent à part, enseignent la « vraie dogmatique », et 
« travaillent » loin de la surveillance du Régime offi- 
ciel. Tels sont les Régimes variés, connus sous la dé- 
nomination générale de Rites Ecossais. Tel fut le Ré- 
gime Primitif. 

Nous venons d'exposer la tactique des Régimes, 
c'est-à-dire des différents Corps Maçonniques. 

Quant aux Frères, pris individuellement, ils parais- 
sent avoir obéi à un même mot d'ordre. Ils demandent 
à faire partie des Loges régulièrement ouvertes. Le 
lecteur n'a pas oublié qu'un même maçon peut être à la 
fois membre de tous les Rits connus — ces Rits profes- 



34« 



LA FRANC-MAÇONNERIE 



seraient-ils les doctrines les plus opposées — car tout 
Régime Régulier appartient au tronc Maçonnique. Un 
Régime ni ne peut, ni ne doit contrôler un autre Ré- 
gime. Il ne doit, ni ne peut juger les rites, le cérémo- 
nial, les mystères de son voisin. Tout établissement 
Maçonnique, « émané » de la puissance « légitime », 
est a un rameau vivant de l'arbre sacré dont les bran- 
(( ches sont destinées à couvrir le monde ». 

Et donc, en principe, un membre de l'un des Régi- 
mes qui avaient refusé de conclure un Concordat avec 
le Grand-Orient était irrégulier. Mais ce frère, sans 
cesser d'appartenir à son Rit, pouvait demander à une 
Loge régulière de l'admettre dans ses Ateliers, afin de 
participer aux travaux de la Maçonnerie officielle. Il 
était même facile à un certain nombre d'adeptes d'un 
Régime — qui voulait demeurer « voilé » et comme en- 
seveli dans le sommeil, — de se réunir ensemble, de 
composer une Loge (( juste et parfaite », de demander 
des lettres-patentes au Grand-Orient, d'établir un Cha- 
pitre, et, loin de tout regard indiscret, de se livrer aux 
travaux de leur Régime, d'enseigner une a dogmati- 
que » contraire à celle du Grand-Orient, sous la pro- 
tection du Grand-Orient lui-même. 

Tous ces frères, soumis à des Supérieurs étrangers, 
fidèles aux Régimes dissidents, mais désormais à l'abri 
des rigueurs du Pouvoir, pouvaient franchir le seuil de 
toutes les Loges ouvertes dans toute l'étendue de l'Em- 
pire. Ils y pouvaient connaître, choisir, éclairer, for- 
mer des disciples. Ils pouvaient les prendre sous leurs 
ailes et les faire monter, des ombres du Régime officiel, 
vers la « pure et bienfaisante lumière » des Régimes 
(( plus scientifiques et plus avancés ». 

Dès lors, comment le Grand-Orient aurait-il pu exer- 
cer sur la Maçonnerie Française une surveillance effi- 
cace ? Comment le « Grand-Surveillant » du Grand- 
Orient de Eranee. le Sérénissime Grand-Maître Cam- 






ET h EMPIRE 349 

bacérès, a-t-il pu répondre des sentiments, des doctri- 
nes, des travaux, de la loyauté, ou, si l'on veut, du loya- 
lisme des ouvriers appelés à <( travailler » dans les 
Ateliers de l'Art-Royal ? 

La tâche était au-dessus des forces de Cambacérès, 
au-dessus des forces de l'homme. Cambacérès le savait 
bien. Quand il promit de surveiller, Cambacérès savait 
qu'il ne pourrait tenir sa promesse. Il savait que sa 
Grande Maîtrise n'était qu'un simulacre. Il savait enfin 
qu'un gouvernement, quel qu'il soit, est réduit à opter 
entre ces deux choses : anéantir toutes les Sociétés Se- 
crètes, s'il veut vivre; ou se résigner à mourir s'il les 
soutient et, même, s'il les tolère. 

Cambacérès a donc trahi l'Empereur, son maître. Il 
l'a trahi, en ne lui révélant pas l'organisation mysté- 
rieuse de ces Sociétés superposées les unes aux autres. 

Cambacérès a trahi l'Empereur, car, ami des Talley- 
rand, des Fouché, des Condorcet, des Mirabeau, des 
Savalette de Langes, de l'Eques a Capite Galeato; fer- 
vent adepte de l'Ecossisme, dont les doctrines, à la veille 
de la Révolution, s'étaient fondues avec celles des 
Philalèthes, du Rit Primitif, du Martinisme et de l'Illu- 
minisme Bavarois, Cambacérès connaît le vrai but: 
substituer les constitutions maçonniques aux constitu- 
tions politiques des Etats; remplacer, par les dogmes 
de la Secte, les dogmes de la Religion révélée. 

Cambacérès a trahi l'Empereur, car il fut le protec- 
teur et, tranchons le mot, l'ami des Chefs Maçons qui 
ont subi Napoléon, mais qui trament sa ruine. Au 
(( sublime héros », sorti de la Maçonnerie pour gravir 
les marches du trône et ceindre le diadème des Césars, 
combien d'irréconciliables Frères eussent redit, s'ils 
eussent pu les connaître, ces deux vers de Hugo : 

Roi, pendant que tu sors joyeux de ma demeure, 
La vieille loyauté sort de mon cœur... 

Cambacérès eût-il dit comme eux? Cet homme qui, 



35° 



LA FRAXC-MAÇOXXERIE 



dans son testament, reconnaît avoir commis des « fautes 
innombrables )) a-t-il personnellement travaillé à la 
chute de l'Empire? Encore une fois, nous déclarons 
n'avoir rien découvert, pas même un commencement de 
preuve, dans la correspondance de l'Eques a Capite 
Galeato. Mais, en notre âme et conscience, nous décla- 
rons : L'ami du Fondateur du Rit Primitif était capa- 
ble de cette suprême trahison. 

Si l'on répugne à cette conclusion, il faut admettre 
que Cambacérès fut trompé par les Hauts-Initiés, ses 
amis. Etant donné la subtile intelligence et le caractère 
de l'homme, il nous paraît, quant à nous, plus logique 
d'opter pour la première hypothèse. 



L'Eques a Capite Galeato tomba malade au commen- 
cement de l'année 1812. Il languit encore deux ans. Les 
dernières lettres reçues par lui portent la date de 181 4. 

Pour compléter cette longue étude documentée sur le 
Grand-Orient de France, il ne nous reste plus qu'à faire 
passer sous les yeux du lecteur des extraits de cette 
vaste correspondance. Ceux qui aiment à se former une 
opinion d'après les documents, et à posséder en main les 
pièces du débat, liront avec un intérêt grandissant ces 
dépêches Maçonniques. Ils retrouveront dans « ces 
planches d'architecture », la manière et l'accent des 
lettres qu'a publiées l'historien Crétineau-Joly. Les chefs 
et les agents de la Haute- Vente sont les disciples immé- 
diats et les dignes successeurs des Maçons de 1804. 



DOCUMENTS 






Extraits de la Correspondance 



Lettres du Frère Pyron. — O. •. de Paris. 



Le 18" j. du 1" m. 5807. 



(A YEques) 

s.-, s. 



S. . T.-. V.-. M. 



J'éprouve une satisfaction bien vive à vous adresser, pour 
votre vénérable Loge du Rit Primitif en France, la délibéra- 
tion ci-jointe de la Révérende Loge Ecossaise, Rit ancien 
accepté de Saint Napoléon à l'Orient de Paris ; en la plaçant 
sous les yeux de ses membres, daignez y placer de même les 
assurances de ma plus haute considération. 

L'Illustre frère à' Aigre feuille m'a donné connaissance de 
deux passages de l'une de vos Planches qui méritent quelques 
développements. 

Le Rit ancien accepté a, comme tous les Rites d'une dogma- 
tique différente, ses chefs. Les qualifications, qu'ils prennent, 
ne sont relatives qu'au Rit, et ne s'appliquent en aucune 
manière aux autres Rites. 

Frédéric II a bien eu l'intention de soumettre à l'exercice 
de sa souveraineté le Rit Moderne, dont vous connaissez 



12 



354 documents 

comme moi la science, et qu'il ne faut pas confondre avec la 
Maçonnerie renouvelée, et avec le Régime rectifié. 

Dans les Iles de l'Amérique française et anglaise, et dans 
les états-unis (sic), on regarde les chefs du Rit ancien 
accepté (les Souverains grands inspecteurs généraux du 33 e 
degré) comme Souverains grands inspecteurs du Rit moderne ; 
et nos diplômes ou lettres de créance nous attribuent cette 
inspection générale ; mais les membres du Suprême Conseil 
de France n'ont point réclamé cette puissance sur le Rit 
moderne, connu ici (au Grand-Orient) sous le nom de Rit 
Français, qui n'est ni primitif, ni renouvelé, ni rectifié, et dont 
la doctrine n'est à proprement parler qu'un amas de connais- 
sances superficielles de la science des autres Rites. 

Les décrets du 33 e degré, que vous connaissez, Vénérable 
Maître, et ceux qu'il lui arrivera, dans sa profonde sagesse, 
de rendre par la suite, n'ont et n'auront d'autre -application 
qu'au Rit ancien accepté ; et quelque (sic) soit la Puissance 
Symbolique et dogmatique, ou administrative des autres 
Rites, nous la respecterons, et nous vénérons toujours celle 
qui mérite nos vénérations. Là se borne notre pensée : ce n'est 
point une profession de foi, c'est un développement des gran- 
des Constitutions de notre Puissance, comme Rit ancien 
accepté. 

Le Rit ancien, Vénérable Maître, est mixte, c'est-à-dire 
qu'il est symbolique, moraliste, chevaleresque, avec quelques 
éléments des Sciences Philosophiques, Hermétiques, etc., etc. 
Il a aussi dans le Nec plus ultra les deux montants et le 
dernier Echelon (mais couvert) de Dresde, Echelon qui ne 
vous est >pas étranger, d'après les désignations de votre carac- 
téristique en la planche que vous avez daigné me faire, et 
dans laquelle il n'y a rien, qui me soit applicable ni recon- 
naissant (sic), que mon nom... 

... Il faut vous l'observer, Vénérable Maître, rien n'est 
aussi détestable que les Constitutions du Grand-Orient, c'est 
un corps absolument nul. Il est composé d'un député de chaque 
Loge et Chapitre, au nombre de plus de 700. Ils y sont quel- 
quefois de 3 à 409 ; et comme les officiers du Grand-Orient, 
prenant part aux délibérations, sont à peine au nombre de 80, | 
ils sont pressés par les députés toujours en grande majorité 
effrayante par la composition sociale, parce qu'un député de 



DOCUMENTS 



355 



Loge ou Chapitre, devant être domicilié à Paris, la représen- 
tation repose sur des hommes qui ne sont pas connus de leurs 
commettants, et que l'intrigue indique. . 

Dans mon affaire, on y avait appelé tous les aboyeurs du 
Palais de justice, des colporteurs de cordons, de bijoux, et 
enfin ce qu'on appelle les marchands et les brocanteurs de 
Maçonnerie. On y avait introduit des gens qui ne sont pas 
même maçons. Entrait qui voulait sans diplôme, ni même 
sans être tuillé, parce qu'il était question de prononcer con- 
tre un des chefs les plus marquants du Rit ancien, contre 
celui surtout qui avait planté dans le Grand-Orient la ban- 
nière Ecossaise..., ou plutôt contre le Rit auquel on faisait le 
procès... 

Ce n'est que depuis ce temps que j'ai constitué le Grand- 
Orient d'Italie, et je trouve ma récompense de cette opéra- 
tion, Vénérable Maître, dans le jugement que vous portez de 
ses Constitutions. J'ai l'espérance qu'elles vous intéresseront 
plus particulièrement un jour peu éloigné, ainsi que votre 
sublime Atelier, et ce sera pour moi une double récompense, 
puisque je vous serai uni par un double lien. 

Le Très Illustre frère d'Aigrcfenillc guidé par sa grande 
amitié pour moi, et par l'estime qu'il me porte d'une manière 
rare, veut bien vous envoyer ma supplique. Quelque (sic) soit 
la portion de science à laquelle vous vouliez m'appeler, Véné- 
rable-Maître, je serai infiniment flatté, et les frères Thory, 
à! H arme ns en, Montaleau et Bacon de la Chevalerie, que vous 
y avez élevés précédemment, ne me dépasseront jamais de 
zèle, ni de reconnaissance. 

Agréez, T. Illustre . •. Illustre . \ Illustre . \ Vénérable Mai- 
tre, l'expression d'un sentiment profond d'amour et de respect 
pour vous, et pour votre 9 fois Sublime Atelier. 

Pyron. 



Paris, 8 mai 1807. 



(A YEques) 



J'ai reçu, avec un sentiment de reconnaissance difficile A 
exprimer, votre planche du 20 avril, à laquelle votre bonté 
a joint mon Diplôme de membre du Rit Primitif, et la notion 




i-'M ~5 



DOCUMENTS 



357 



générale sur son caractère et son objet. J'ai donné la plus 
grande attention au dernier paragraphe de la page 46, et je 
n'oublierai jamais que c'est à vous, Très Illustre frère, que 
je dois d'avoir monté l'échelon de la troisième Division, dont 
la science fait souvent mon étude particulière. 

Il ne me resterait plus rien à désirer si les frères instruits 
pouvaient cesser d'être voilés pour moi en éclairant quelques 
notions que j'ai acquises, et me faire (sic) parcourir les diffé- 
rents degrés qui composent les 3 classes. J'ambitionne de me 
rendre digne de la faveur que je viens d'obtenir, et ce n'est 
qu'en me livrant à l'étude que je puis y arriver. 

Xe considérez point, Illustre Vénérable Maître, comme un 
laconisme réfléchi, mon silence sur la dénomination des grades 
ou des séries des Rites, que j'ai énoncés à la suite de ma 
supplique et des autres degrés qui n'en font point partie. Je 
m'empresserai d'y suppléer incessamment. J'ignorais cette 
formalité comme chose nécessaire. 

Mes qualités civiles, dans le tableau ostensible, sont celles 
d'Ancien Agent Général, et Ancien Intendant des Domaines 
et bcis appanagés. Quant aux qualités Maçonniques, elles sont 
celles que j'ai prises comme Secrétaire du Saint-Empire : 

1" membre du Suprême Conseil, pour la France, des Souve- 
rains-Inspecteurs-Généraux du 33 e et dernier degré du Rit 
ancien accepté ; 

_ Comme membre du Rit Ecossais d'h. r. d. m. (d'Hcro- 
dom) dans le G. \ O. \ d'Italie, dont je suis l'un des premiers 
Grands Dignitaires ; 

3 Comme membre du Rit Ecossais d'h. r. d. m. (d'Hcro- 
dom) de Kihvinning; 

4° Comme membre de la Révérende Mère Loge Ecossaise 
de France et du Souverain Chapitre Métropolitain de Saint- 
Alexandre d'Ecosse et Contrat Social Réunis ; 

5 Comme pourvu des hauts degrés de plusieurs autres 
Rits, etc., etc.. etc.. 

Ma réponse, Très Illustre Frère, à la Très Révérende Loge 
du Rit Primitif vous dira que je sais apprécier le Rit Pri- 
mitif ; et la définition de la 3 e division ne pouvait m'échapper, 
lorsqu'on y parle des Mages, Théosophes. 

Il eût été difficile de répondre à ce que vous avez dit sur 



358 DOCUMENTS 

le Chapitre Métropolitain (du Grand-Orient), qui vient encore 
de se mettre en grande dépense pour s'approprier quelques 
cendres du Phœnix, afin d'échaffauder une nouvelle compila- 
tion de ces sciences mystiques dont il a dérobé à chaque 
Rit le morceau qui lui a le plus convenu, pour en faire une 
communion générale dont lui seul est chef et grand légataire ; 
comme si un Rit composé de pièces et de lambeaux, avoué par 
les voleurs et méconnu par les volés, est un Rit régulier et 
conventionnel. 

Je ne pouvais que gagner, Très Vénérable Maître, en vous 
donnant des détails sur cette monstruosité du Grand-Orient 
en France, à mon égard. Beaucoup de Loges du Xord et de 
l'Ouest ont fait comme celle de N... Le Représentant Parti- 
culier Montaleau eut même le courage de faire inscrire sa 
protestation contre la délibération. — Mais cette affaire ne 
m'était pas personnelle : j'étais le page que l'on fouettait pour 
les fautes de son maître. — L'on me considérait comme 
l'un des chefs les plus ardents du Rit ancien accepté, et il 
fallait avoir ma tête pour paralyser celle des autres. Les 
Ecossais ont péri dans la tranchée, de peur, et non les armes 
à la main... je suis calme. 

Le Rit ancien accepté est en pleine possession de son état. 
Mais, Très Illustre Frère, le degré 33 e n'est pas ce que vous 
pensez. Le Dcus meumque jus, qu'il a pour légende, aurait 
dû vous l'apprendre et explique ce que c'est que ce degré. 
L'autorité déléguée à ce 33 e degré est étrangère aux autres 
Rits quels qu'ils soient, et leurs tribunaux ne pourraient s'en 
constituer juges par la raison qu'une communion mystique n'a 
rien à voir dans une autre communion, étrangère, et qui, 
loin de la troubler, la considère comme une communion étran- 
gère à elle-même. 

La délégation de la Puissance porte en même temps la 
constitution des Suprêmes Conseils pour le Rit dans chaque 
état et empire, sur les deux hémisphères, et tous les Suprê- 
mes Conseils en activité, notamment dans les Iles de l'Amé- 
rique française et anglaise, et dans les états-unis, ne peuvent 
méconnaître la Puissance à laquelle ils doivent leur existence. 

Chaque Kit. enfin ne sortant pas le cercle de ses préroga- 
tives et attributions particulières, n'a rien à redouter. — S'il 
était question d'un Congrès, tel que celui de Wilhelmsbad 



DOCUMENTS 



359 



auquel vous avez été député, et dans lequel les Mages, les 
Théosophes, ont été si bien accueillis, il pourrait arriver que 
d'autres Rits voudraient connaître l'institution du 33 e degré. 
Mais son existence et sa dogmatique ne seraient ni repous- 
sées, ni compromises. 

Le Livre d'Or a été envoyé au Chapitre du Rit Moderne, 
parce que le Rit ancien s'est uni au Grand-Orient, en France, 
et parce que, quoique bien différents en Dogmatique, ils sont 
attachés au même tronc. De plus cet envoi était nécessaire,, 
parce qu'il est un avis, et un préservatif contre le trafic hon- 
teux des grades, et cette profusion criminelle que l'on en fait. 
Les Chefs du Rit ancien accepté ont dit : Les hauts degrés 
de notre Rit ne seront conférés que de cette manière, et par 
telle autorité ; si dans les Chapitres, qui ne sont pas de notre 
Rit, il se présente un pourvu de nos degrés, nous vous indi- 
quons le moyen de reconnaître s'il les a obtenus réguliè- 
rement. 

Ils ont dit ensuite aux Chapitres du Rit ancien : Vous ne 
reconnaîtrez point et vous n'admettrez point, comme pourvu 
de l'un de nos hauts degrés, celui qui ne vous en présentera 
pas le Diplôme revêtu des formes que nous vous indiquons. — 
Tel est l'objet du décret du 27 novembre inséré au Livre 
d'Or... 

Les titres et caractères déployés, Très Illustre frère, dans 
la première planche, que j'ai eu la haute faveur de recevoir 
de vous, vous ont signalé pour moi, et j'ai pensé pouvoir 
fixer mon regard vers l'Aréopage, bien convaincu que vous 
recevriez avec bonté les émanations d'un adepte qui cherche 
la lumière scientifique, partout où il peut s'approcher d'elle, 
et qui, livré à la contemplation, à la théorie, et à la pratique 
dans la mesure de ses facultés intellectuelles, a toujours fait 
des vœux pour arriver au dernier Echelon, sans avoir encore 
l'acte de son Batême (sic). 

— Quant aux deux montants, nous sommes, vous et moi. 
de la même famille. La sévérité de mes principes me rassure 
sur toute espèce d'indiscrétion de ma part, parce que j'ai dû 
mettre ma confiance dans l'énumération de vos dignités : la 
notion générale, qui pour tout autre pouvait être une science 
occulte, m'a fait recueillir avec respect votre précepte : Oui 
aures habet audiendi audiat. 



^ 



360 DOCUMENTS 

Quant à votre étonnement de ee que de grands personnages, 
qui ont exploré votre titre, ont fait l'observation que vous 
êtes des Maçons du Rit anglais et parfait écossais, je vous 
répondrai, Très Vénérable Maître, que tous ceux qui siègent, 
sur les bancs lumineux, ne peuvent inscrire sur leur Ban- 
nière : Lux ex tenebris : beaucoup de maçons ne sont 
maçons que dans les banquets et dans les Loges d'Adoption. 
Placez-les à la porte du Temple ; à peine trouveront-ils l'Ate- 
lier. — L'ancienne Judée est en divorce permanent avec la 
Judée moderne. 

Je pense comme vous, Très Illustre frère, qu'il serait bien 
difficile, dans une Assemblée Générale de la grande famille, 
de déterminer les préséances de chaque Rit, et j'ajoute que. 
dans un Congrès ou Convent, beaucoup de Rites hémé- 
phères {sic) n'auraient pas même, lors de l'appel, l'entrée du 
Portique, parce que l'intrigue, la vanité, et la soif de l'argent 
ont fait de la Maçonnerie un chaos qu'il n'appartient pas à 
tout le monde de tuilier, mais les free and acceptai masons 
(Rit de l'Eques) ne s'y trompent pas, et ils savent accorder et 
présenter dans la grande procession le n° 1 à celui qui doit 
primer le n° 2. 

Je pense encore comme vous que nos institutions maçonni- 
ques et scientifiques, dans toute l'acception de ce dernier mot, 
se maintiendront à l'infini, toutes les fois que les différents 
rameaux de la Maçonnerie s'empresseront d'avoir pour Ban- 
nière une Maçonnerie tout à la fois Symbolique et Politique, 
sœur intime de la Politique gouvernementale qui leur donne 
l'hospitalité : les Gouvernements doivent protéger les Maçons, 
parce que leurs meilleurs amis sont et doivent être dans les 
Loges : et la Maçonnerie doit se resserrer auprès des Gouver- 
nements, parce qu'avec leur aide et leur bienveillance, elle 
reviendra à sa première institution symbolique : la bienfai- 
sance et l'hospitalité. Celle des Sciences occultes est impé- 
rissable. 

Je crois. Très Illustre frère, avoir répondu a votre conver- 
sation amicale. Daignez encore recevoir mes réponses avec la 
conviction de la pureté de mes Principes, et soyez persuadé 
que, si vous vous chargez un jour de mon éducation dans 
le Rit Primitif, vous ne désavouerez jamais votre initié. 

Pyrôn. 



DOCUMENTS 



36l 



(A. VEques) 

Orient de Paris, le 9 septembre 1808. 

Le 24 mai dernier, je vous ai écrit et remis au Très 
Illustre frère d'Aigrefeuille une très longue planche, sur 
laquelle je n'ai pas eu de réponse. Depuis ce temps, je n'ai 
pas cessé de m'occupèr auprès du Grand-Orient d'Italie, du 
Rit Primitif, et j'ai eu avec lui, à cet égard, une correspon- 
dance très active. La Bannière (offerte par la Loge de YBques) 
perdue dans les Bureaux des diligences, a été retrouvée, et 
a été inaugurée le 23 août. Le même jour, le Grand-Orient a 
nommé une commission de deux membres, pour surveiller 
l'exécution et l'envoi de celle qu'il a voté d'offrir à la Révé- 
rende Loge de N... 

Quant au visa des Constitutions, je n'ai pas été aussi heu- 
reux dans mes négociations. Le Grand-Orient et ses divers 
Ateliers ont arrêté, à diverses reprises, de les viser, mais ils 
ont observé qu'on ne pouvait viser des chiffres et des colonnes 
mystérieuses : sans connaître s'il lui convient et appartient 
de les viser, on m'a demandé, dans différentes lettres, de vous 
prier d'en donner la traduction, ou la quintessence. 

D'après des instructions, que j'ai reçues de l'Illustre frère 
d'Aigrefeuille, j'ai observé que ces colonnes mystérieuses 
tenant à la dogmatique intérieure du Rit, il était impossible 
de satisfaire à cette demande ; que la constitution reposait 
essentiellement dans la colonne française, et que d'ailleurs le 
visa n'était en quelque sorte qu'un acte de Police Maçonnique, 
insignifiant par lui-même, parce que la consistance et la pros- 
périté d'un Rit n'était pas dépendante du visa d'un autre 
Rit; j'ai fait passer le duplicata du visa du Grand-Orient de 
france, mais celui d'italie a pensé que son opinion était indé- 
pendante et n'appartient qu'à lui. Le même jour, 23 août, le 
Grand-Orient, après avoir inauguré la Bannière, a arrêté de 
vous faire une adresse flatteuse, fraternelle, affectueuse et 
remplie de respect et de dévotion pour le Rit Primitif, et dans 
laquelle il vous demandera cette traduction ou quintessence, 
et vous sollicitera pour l'établissement d'une Loge du Rit à 
Milan. J'ai demandé, d'après les conseils de l'Illustre frère 
d'Aigrefeuille, de me renvoyer la copie officielle des Consti- 
tutions, en annonçant que le Rit Primitif se bornera à son 
affiliation. Tel est l'état des choses. 



362 DOCUMENTS 

Je ne dois point vous taire, Très Illustre Vénérable Maître, 
que j'ai su, par la correspondance secrète, qu'un membre du 
Rit dans l'ancienne Souabe s'est opposé mystérieusement au 
visa; qu'un membre de la Secte de Bav.- (1) a fortement agi 
pour qu'on obtienne de vous la traduction des colonnes. Et, 
enfin, on met en doute si la Révérende Première Loge du Rit 
Primitif a pu, sans le consentement de ses Sup. maj. \ et même 
min.*., demander le visa d'un autre Rit. Je vous confie cette 
opinion et vous demande vos instructions sur ce que je dois 
continuer de faire. 

Quant à moi, Très Illustre Vénérable Maître, je pense 
aussi qu'il faudrait se borner à l'affiliation comme un chaî- 
non de plus, car, s'il s'agissait, par exemple, au Grand-Orient 
d'Italie, de faire viser par un autre Rit quelconque ses Consti- 
tutions, comme homologation, je me livrerais à cet égard aux 
représentations les plus fortes, fondé sur ce que les différents 
Systèmes de la Franche-Maçonnerie sont indépendants hs 
uns des autres, quoique émanant tous du même tronc, et 
c'est à ceux qui veulent en suivre le culte, de choisir celui 
qui est le plus analogue à leurs conceptions. 

Agréez, Très Illustre Vénérable Maître, les sublimes hon- 
neurs qui vous sont dûs. 

Le F.-. Pyrox. 

(A. Y Eq ues) 

Paris, 29 décembre 1808. 

Ne m'en voulez point, je vous en supplie, si je ne vous ai 
pas répondu plus tôt. L'Illustre frère à* Aigre feuille vous dira 
que depuis plus de deux mois je suis entièrement tourmenté 
par la maladie de ma femme qui m'est chère à tous égards. 

Le Secrétaire-Général du Grand-Orient d'italie m'avait 
annoncé la lettre que vous désirez, et que j'étais bien éloigné 
de déconseiller, puisqu'elle vous est agréable et que, de plus, 
j'ai l'honneur d'appartenir au Rit Primitif. Il m'a annoncé 



(l) On verra, d'après deux autres lettres que nous citons plus 
loin, que ce membre de la « Secte de Bavière > n'était autre que 
Weishnupt. (X. de l'A.) 



DOCUMENTS 



363 



aussi la Bannière qui est faite ; mais ce retard doit d'autant 
moins vous affecter qu'ils sont aussi en retard vis-à-vis de 
Monseigneur (Cambacérès) et du Grand-Orient de France, 
d'une manière impardonnable, si ce n'est qu'ils sont fort 
occupés d'une très grande fête, pour célébrer leur affiliation 
au Grand-Orient de France. Cette correspondance devait être 
indispensablement signée par des personnes qui ont accom- 
pagné le Vice-Roy dans se c tournées, et qui à peine rentrent 
à Milan. J'ai recommandé le renvoi des copies des Consti- 
tutions ou le visa comme correspondance et affiliation. Il ne 
m'a été fait d'autre réponse sinon que l'on aurait égard à mes 
observations. 

J'ai bien aperçu qu'ils auraient été jaloux d'avoir à Milan 
une Loge de ce Rit (Primitif), et qu'ils n'ont regardé que 
comme un refus ce que je leur ai dit à cet égard. Ils ont néan- 
moins parmi eux un membre du Rit Primitif auquel, encore 
bien qu'il ne veuille pas se faire reconnaître, j'ai fait des 
représentations vigoureuses, et je soupçonne que je l'ai 
vaincu, m'ayant fait annoncer une lettre de lui à ce sujet, 
qui néanmoins ne m'est pas encore parvenue. — Je passe à 
l'ensemble de votre lettre du 2j septembre. 

Si je ne vous ai pas donné la lettre de Trévise et de 
Vicense, c'est qu'elle est en italien, et indéchiffrable. Mais ce 
ne sont que des Maçons symboliques. — Il y a bien en Italie 
des membres du Régime Rectifié à Wilhelmsbad, que vous 
avez formé en IX e Province (au Couvent de Wilhelmsbad), 
mais je n'ai pu obtenir d'eux leur consentement pour les faire 
connaître. Ils sont dans une réserve excessive. L'un d'eux est 
cependant mon ami intime, et je ne désespère pas de voir 
l'italie, comme IX e Province se reformer en directoire, pré- 
fecture, etc.. 

Mon intention, Très Illustre Vénérable Maître, n'avait pas 
été en vous indiquant quelques candidats, de vous demander 
de les élever en masse. Je m'étais borné à consulter vos dis- 
positions, avant de donner suite à mon idée. C'était peut-être 
un moyen assuré de vaincre la résistance. Mais cette résis- 
tance a été cause, que je n'y ai point donné de suite, et, comme 
l'un d'eux sait que je dois vous en parler, j'attends que cela 
revienne d'eux-mêmes, et qu'ils tiennent ce que nous leur 
demandons. 



364 DOCUMENTS 

Par le mot a voilé », que j'ai appliqué à l'auteur du livre 
que je vous envoie, j'ai voulu dire qu'il est très mystérieux, 
caché, voilé sur les sociétés et sciences maçonniques, philoso- 
phiques, etc., qu'il professe. 

La Bannière (du Rit Primitif offerte au Grand-Orient 
d'Italie) sortant du pouvoir inquisitorial de la douane de 
France eût été fourragée en Piémont, et la nature de cette 
Bannière et ses inscriptions auraient pu être considérées par 
ces Messieurs Douaniers comme signe conspirateur : ce qui 
nous eût causé des embarras. J'ai fait plomber la caisse, au 
moyen de quoi elle était inouvrable. Mais ces Messieurs ne 
donnent pas pour rien leur plomb, leur ficelle et leur toile 
cirée ; et voilà pourquoi M. d'Aigrefeuille vous a porté en 
dépense les frais de douane. Aucun courrier, ni voyageur ne 
se serait chargé d'une caisse longue de plus de 4 pieds, sur 
8 pouces de diamètre. Cette caisse enfin n'annonçait par 
aucune inscription qu'elle renfermait une Bannière Maçonni- 
que. Si elle a été retenue à Lyon, c'est que Messieurs Bocro- 
fon, directeurs des diligences de Lyon pour l'italie, d'après 
ce qu'ils m'ont écrit, ne font d'envoi pour l'italie que lors- 
qu'ils ont de quoi fréter sur une voiture entière. 

Par le mot Secte de B... j'ai entendu IV... (1). Vous devez 
bien penser que je ferai encore, s'il est nécessaire, de nou- 
veaux efforts, pour un visa quelconque dans votre seul, et 
dans notre intérêt. 

A l'égard du concours de Sup. Maj., je vous ai répété fidèle- 
ment ce qui m'a été dit, et écrit. 

Agréez. Très Illustre Vénérable Maître, les sublimes hon- 
neurs oui veus sont dûs. et avec lesquels j*ai l'honneur 
d'être... 

Le F. \ Pvrox. 



(i) On a vu plus haut lettre du 8 septembre 1S08) « qu'un 
membre de ia Secte de Bav.\ » avait fortement agi pour que le 
Grand-Orient de France obtînt de YEques la traduction de ses 
colonnes hiéroglvphiques. On voit ici que Pyron révèle mainte- 
nant à VEques l'initiale (W) du nom de cet Illuminé bavarois. 
Plus tard, il lui donnera le nom presque entier du redouté 
Weishaupt. (N. de l'A. | 



366 DOCUMENTS 

La lettre du F. \ Pyron dont la fin est reproduite ci- 
dessus en photogravure était du 29 décembre 1808. 
C'est seulement dans une lettre du 3 décembre 1809 
(dont nous reproduisons un fragment ci-après) que 
Pyron s'est décidé à écrire Weis = pt et non plus 1J\ 

L'autre mot resté au bout de la plume se reporte énygrna- 
tiquement à \Yeis = pt. — Je l'ai combattu utilement, en ce 
que Pcnn n'étant pas Sup. \ Màj., il ne dépendait pas de vous 
de donner la Clef (1) ; ce langage lui étoit trop familier pour 
ne pas se rendre dans une controverse qui ne peut s'écrire, ni 
se chiffrer. 

Ainsi qu'on le voit, il n'est plus à douter qu'il soit 
question ci-dessus de Weishaupt, et l'on observe cepen- 
dant que son nom n'est pas encore écrit en toutes lettres. 
Il nous faut constater ici que Pyron prenait de grandes 
précautions dès qu'il s'agissait de Weishaupt î Et l'on 
est amené à se demander quelle pouvait être l'extraor- 
dinaire importance du rôle joué à ce moment dans la 
Fr. \ Mac. \ du Premier Empire, par ce Weishaupt 
qu'on supposait à l'écart du mouvement maçonnique de- 
puis le procès de l'Illuminisme, en 1786 î... 



(A YEques) 

A Paris, le 2 mai 1809. 

J'ai pensé, Illustre Vénérable Maître, que vous serez flatté 
de recevoir au nom du Grand-Orient d'Italie, comme Protec- 
teur en France du Rit Primitif, la Bannière, 2 médailles en 
argent, 2 en bronze, dont le Grand-Orient d'Italie fait hom- 
mage au Rit Primitif. Ces différents objets sont accompagnés 
d'une planche, en italien, qui contient l'expression de sa véné- 
ration pour le Rit. 



(1) On a vu plus haut, p. 67-71, la comédie jouée par VEqi 
sous le nom de Pcnn. (N. de l'A.) 



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3 68 



DOCUMENTS 



J'ai pensé, Illustre Vénérable Maître, que vous serez flatté 
de recevoir cet hommage de la main même de l'Illustre Pro- 
tecteur, et la remise en sera faite, par son Altesse Sérénis- 
sime au Très-Illustre- frère d'Aigrefeuille, votre ministre 
près de sa personne, pour vous en faire la transmission. 

La planche du Rit Primitif remplit selon mci toutes nos 
vues, et je pense plus que jamais qu'un visa, on ne peut plus 
insignifiant, n'est pas à comparer au dépôt dans les archives 
du Grand-Orient d'Italie de la copie des Constitutions, et, si 
vous avez en ma manière de voir (que j'ai eu déjà l'honneur 
de vous développer dans ma dernière) un peu de confiance, 
vous abandonneriez ce visa. 

L'Illustre frère d'Aigrefeuille insistait pour demander que 
Ton renvoie les copies que l'on ne vise pas ; je suis bien loin 
de partager cette opinion, puisque je considère comme une 
chose précieuse le dépôt qui en est fait, et qui n'existerait 
plus, si on retirait les copies. 

La personne, qui avait le plus insisté pour la traduction, a 
traversé Paris ces jours-ci (i). J'ai eu avec elle une conversa- 
tion fort étendue, dans laquelle elle est convenue que vous ne 
pouviez, ni ne deviez donner cette traduction. Elle tient un 
peu à un des systèmes du Rit Primitif, et vous aurez une idée 
de l'étendue de ses connaissances par son signe caractéris- 
tique que voici. /'ttN . ' . 

Vous remarquerez, Très-Illustre Maître, que le Grand- 
Orient d'italie ambitionne plus que jamais de pouvoir profes- 
ser le Rit Primitif. Ce Rit n'étant point connu en Italie, ne 
vous serait-il pas possible de former un établissement provi- 
soire sous la condition de le faire régulariser aussitôt que 
les circonstances* le permettront, ou d'en faire arriver la 
demande par vous à qui de droit ? 

Je savais bien, en écrivant les mots Supérieurs Majeurs 
que je m'écartais ; mais vous avez dû comprendre que les 
Supérieurs majeurs étant voilés pour moi, je me complaisais 
à vous dire que vous m'en teniez lieu. Xe considérez point 
cette dénomination comme une cajolerie ; des honneurs ex 



(\) Il est infiniment probable que ce mystérieux personn; 
n'était autre que Weishaupt. (N. de l'A. t. 






DOCUMENTS • 369 

sifs ne blessent point celui auquel on les rend par un senti- 
ment de vénération, et lorsque l'expression est écrite avec 
ce sentiment elle est pardonnable. 

Vous me demandez, Très Illustre Vénérable Maître, mon 
opinion sur la demande qui vous a été faite par un chef de 
bataillon prétendant avoir le 31 e degré, et (par) un autre s'inti- 
tulant Rose-Croix. 

Si celui qui prétend avoir été élevé au 31° degré a reçu 
le grade régulièrement par un tribunal constitué régulière- 
ment, il peut arriver au 32 e . Mais il ne peut l'obtenir que du 
Suprême Conseil : les extraits du Livre d'Or, que j'ai eu 
l'honneur de vous adresser, y sont formels. 

Le Rose-Croix. \, s'il est du Rit français, et par consé- 
quent Rose-Croix.-, de Judée, n'est pas promu au 18" degré 
Rose-Croix. \ du Rit ancien accepté, et. avant de pouvoir 
aller plus loin, il faut qu'il appartienne au Rit, en recevant 
les degrés antérieurs. Ces faits sont faciles à vérifier par le 
diplôme du 31 e degré et par le Bref du Rose-Croix. \, oui 
constatent l'autorité Maçonnique dont ils sont émanés. 

J'ignore quel est le voyageur qui se prétend avoir été 
élevé au Consistoire. Vous avez, dans le premier extrait, du 
Livre d'Or, qui contient l'acte d'élévation de Son Altesse à 
la dignité de Très Puissant Souverain et Commandeur, le 
nom des membres du Consistoire. S'il n'y est pas dénomme, 
il vous trompe, et son Diplôme est faux. Il y a beaucoup de 
marchands de maçonnerie, qui donnent ce qu'ils n'ont pas le 
choix de donner, et qui attrapent, avec zèle et ferveur, l'argent 
des dupes qu'ils font. 

Un Maçon fort zélé, quelque soit son Rit, est toujours très 
recommandable ; mais je pense bien comme vous qu'il faut 
être avare des degrés. Le commerce honteux qui s'en fait dans 
le Rit français est cause du grand avilissement, dans lequel il 
tombe chaque jour. Il y a aussi de grandes précautions à 
prendre, car, en général, les Maçons modernes, c'est-à-dire, les 
Maçons français, sont les ennemis bien prononcés des autres 
Rit. s, dont ils sont perpétuellement les détracteurs. 

... Je vous donnerai incessamment les noms de quelques 
maçons à Milan, très distingués, et que vous avez dû connaî- 
tre. Je puis vous indiquer dès à présent M. de Brème, ministre 
de l'Intérieur, et M. Oppiani, peintre de Sa Majesté ; ils 



3JO DOCUMENTS 

appartiennent à l'Ancienne Grande-Loge de Milan. Celui dont 
je devais avoir la lettre est celui dont vous avez la caracté- 
ristique ci-contre (§)•"• (i)-J e dois le revoir sous 15 jours, et 
m'enfermer 24 heures avec lui, pour des objets importants, 
et, s'il y a quelque chose qui puisse, selon moi, intéresser le 
Rit Primitif, je vous en informerai. 

Nous venons d'établir à Xaples un Suprême Conseil du 
33 e degré et un Grand Consistoire. Ils doivent s'installer au 
moment où je vous en parle, et le Rit Ancien accepté va se 
promener dans les Etats. Vous voyez qu'il prospère. Je ne 
désespère pas de faire maç. \ le Saint Père, car j'ai envoyé 
des instructions dogmatiques à Rome, et un 33 e degré qui y 
est dans le moment, en espère beaucoup (2). 

Agréez, Très Illustre Vénérable Maître, et Conservateur 
du Magnanime Chapitre de la Table Ronde, les sublimes hon- 
neurs qui vous sont dûs. 

Pyrox. 

Vos pouvoirs pour ma représentation près le Grand-Orient 
d'italie ont été visés et me reviendront incessamment. J'y 
ferai honneur. Je vous joins ci copie de mon acte de présen- 
tation, à Monseigneur, de la Bannière, des médailles. 

A Son Altesse Sérénissime, l'Archichancelier, 
Protecteur en France du Rit Primitif. 

Monseigneur, 

Il ne suffisait pas à votre philanthropie de protéger les dif- 
férents systèmes de la Maçonnerie, et de poser les Bazes {sic) 
du Grand Œuvre, qui doit la rappeler à son Institution 
primith e, Votre Altesse Sérénissime a voulu encore porter 
ses regards sur un Système Particulier, dont les plus pro- 
fondes méditations se dirigent sans cesse vers la spiritualité, 
vers tout ce qui peut épurer la morale, et rendre l'homme 
parfait. 



(1) Plus haut, dans la même lettre, il est déjà question de ce 

Supérieur Inconnu très mystérieux — Weishaupt. plus que pro- 
bablement. (N. de l'A.) 

Le même vain espoir sera caressé quelques années plus tard 
parla Haute Vente. ^X. delA.i 



DOCUMENTS 



3/r 



C'est ainsi, Monseigneur, que Votre Altesse Sérénissime 
a daigné accepter le titre de Protecteur, en France, du Rit 
Primitif, qui, dans le calme, et dans le silence, adore son 
Dieu, bénit son Souverain, honore le malheur, et lui porte 
les secours dûs à l'humanité souffrante. 

Le Grand-Orient d'Italie s'est empressé d'affilier le Rit 
Primitif, d'en accepter la Bannière, qui occupe dans son 
Temple une place distinguée. Il me charge de présenter en son 
nom, au Rit Primitif : i° deux médailles en argent et deux 
en bronze, qu'il a fait frapper en commémoration de l'affilia- 
tion réciproque du Grand-Orient de France et du Grand- 
Orient d'Italie ; 2° la Bannière du Grand-Orient d'Italie dont 
il fait hommage au Rit Primitif, et une adresse qui contient 
l'expression de sa vénératon pour le Rit Primitif. 

C'est de la main de son Protecteur que le Rit Primitif 
doit s'enorgueillir de recevoir tout ce qui peut ajouter à sa 
gloire, comme à son bonheur. 

Daignez, Monseigneur, agréer, que je dépose entre les mains 
de votre Altesse Sérénissime, les dons précieux pour une 
réunion de Maçons, que vous avez accueillis, dont j'ai l'hon- 
neur de faire partie, et qui ne cessent de bénir le jour où vous 
les avez jugés dignes de votre personne. Il sera beau pour 
eux de consigner, dans leurs Annales, que ces dons leur sont 
arrivés comme une marque • particulière de votre affection 
pour le Rit Primitif. 

Pyron 



Lettres du Chevalier cPHarmensen. 

DEMANDE D'AFFILIATION. 

Le frère d'Harmcnscn soussigné, 

A la Très Révérende Loge des P... (Rit Primitif), 
Orient de N.., T. T. T. S. S. S. T. T. T. P. P. P. 
et T. T. T. J. J. J. F. F. F. 



Jaloux de participer aux augustes travaux de la Révérende 
Loge des P... (Rit Primitif), Orient de N... ; espérant plus 



2>7 2 



DOCUMENTS 



encore de votre indulgente bonté et de mon zèle, que des 
connaissances Maçonniques que je possède, puisque que je 
n'ose croire à leur concordance à vos lumières, je viens avec 
une confiance fraternelle et soumise, supplier la Révérende 
Loge des P..., « Rit Primitif », de me faire participer, si elle 
m'en croit digne, au bonheur inappréciable de m'admettre dans 
son sein, et de diriger sur moi une portion des Instructions 
sublimes que je désire avec ardeur, sincérité et confiance, en 
m'affiliant à son Rit, et m'admettant au nombre de ses mem- 
bres, jurant et promettant de garder en tout temps et de me 
soumettre aux règlements de la Révérende Première Loge. 



Agréez, etc. 



d'Harmensen. 



Pour qu'il soit au fait des allusions, des saillies spi- 
rituelles, et même des coups de griffes et des coups de 
dents, que le lecteur remarquera dans la correspondance 
échangée entre l'Eques a Capite Galeato et le jeune 
chevalier d'Harmensen, quelques explications nous ont 
paru indispensables. 

Nous avons déjà raconté, ailleurs (pages 22, 23, 58 
à 61), que ce jeune adepte avait été lancé par le Grand- 
Orient contre le puissant fondateur du Rit Primitif, 
dont les Maçons Parisiens, aussi insuffisants que pleins 
de suffisance, aussi ignorants que fiers de leurs pom- 
pons et de leurs cordons, ne connaissaient pas même 
l'existence. Ceci était vrai du moins de la plupart d'en- 
tre eux. Le frère Charles d'Aigre feuille, homme d'un 
caractère assez léger, espérait jouer un bon tour à son 
cousin, YEqitcs a Capite Galeato, en persuadant au bril- 
lant chevalier Suédois de demander au Conservateur 
du Rit Primitif de l'agréger à son « mirlifique » 
Régime. (Voir ci-contre une des demandes d'agréga- 
tion adressées à VBques par d'Harmensen.) 



DOCUMENTS 



373 



Paris, le 12 e jour du 5 e mois de l'an de la V. \ L. '. 5806. 



NOMS, 
PRENOMS, 

LIEU DE NAISSANCE 

ET RÉSIDENCE, 

RELIGION 

ET DOMICILE 

Jean- Etienne- 
Juste d'Harmen- 
sen — né à Paris, 
\ le 20 mars 1779. 
— Dans la reli- 
gion Luthérien- 
ne de la Confes- 
sion d'Augs- 
bourg. 



Domicilié 
. quant à présent 
à Paris, rue Mont- 
martre, n" 1 13. 



QUALITES 
CIVILES 



Ancien noble 
indigène des 
Etats de Pologne; 
membre des 
Etats de Suède 
siégeant à la Diè- 
te ; ci-devant 
gentilhomme de 
cour du roi de 
Suède régnant, 
Gustave IV. 



Maintenant sans 
aucune place. 



QUALITES 
MAÇONNIQUES 

DANS LES DIVERS R1TS 



Chevalier du Phénix du Rit 
français, du Phénix du Rit 
Adhoniramite. 

R.\ + d'Héiv. de Kilw. 
(Réunion). Membre du Trib.". 
de G.-. I.". I.-. Cade, attaché 
au Souv.'. Ch.\ Metr.-. de la 
R.\ M == Ecc.\ de France 
(du Rit Ecossais). 

Sage vrai maçon. - Ch er . 



de l'Iris, de la clef d'Or. — 
Général des Argonautes. 1 , et 
Chev.-. de la T.-. d'Or. — 
L'un des 12 uniques de ce S. - . 
Ch.-. avec le caractéristique 

Philosophe Hermétique, 
52"" grade du Rit anglais pur. 

Gr.\ Insp. - . gén al .\ de la 
maçonnerie ancienne et mo- 
derne 3) me degré; 

Proies des Chev. - . du 
St-Sepulcre, en Palestine, par 
la puissance du S. - , représen- 
tant X. X. X. du S •. G.-. Mé- 
tropolitain de St.*. 3 e ch 1 '"'. 

Du Chap.-. des IV. S.\K.\ 
de Berlin. 

Sublime Philosophe. Souv. - . 
Pontif.-. 

Et pourvu d'autres grades, 
que la volonté de mes maîtres 
tient cachés sous un sceau 
terrible, imposant efc majes- 
tueux. 



Certifié véritable. Paris, le 12 e jour du 5 e mois de l'an de 
la V. . L.*. 5806. 



d'Harmensen 



, 



374 



DOCUMENTS 



D'Harmensen expédia une demande d'agrégation 
assez sommaire. Celle que nous avons reproduite ci-' 
dessus fut envoyée un peu plus tard. Voici la pre-i 
mière : 



Demande d'agrégation a la Révérende Loge des P..., 
(du Rit Primitif) a e'Orient de X... 
par 
J ean-Btienne-Juste d'Harmensen, gentilhomme Suédois, An- 
cien noble indigène de Pologne, et ci-devant gentilhomme 
de cour du Roi de Suède régnant, Gustave IV. 

Né à Paris, à la Maison du Consulat général de Suède, enj 
France, le 20 mars de l'an 1779; 

— fils de M. d'Harmensen, Consul général de Suède 
en France, chev. de Tordre de Wasa 

— gentilhomme Suédois, noble indigène des Etats| 

de Pologne, domicilié à.... 

maintenant à Paris. 

>ï< de tous les grades d'un grand nombre de Rits. 



J.-E.-J. d'HARMENSEN. 



Paris, 28 mai 1806. 



Le vieux Maçon flaira le piège. A cette demande, 
présentée sous une forme aussi insolite, il répondit. 
son cousin, qui l'avait transmise, sur le ton du plus 
gai badinage. Mais quelques épines; aux pointes t 
acérées, se cachaient sous les fleurs. Le chevalier d'Har- 
mensen, à qui le frère d'Aigre feuille avait commun i 
la réponse, sortit de l'ombre. Les premières letti 
échangées de part et d'autre, offrent un simple inte 
de curiosité. Celles que nous publions sont au contraire 
d'une importance qui n'échappera pas au lecteur. L'e: 



KHOMHnEN 






DOCUMENTS 



375 



lence d'Arrière-Loges très-cachées, — de (( Hauts Or- 
dres Secrets » infiniment supérieurs aux Maçonneries 
vulgaires et mi-apparentes — s'y avère de la plus écla- 
tante façon. 

On remarquera tout d'abord, dans la première de 
ces lettres; que YBqucs y appelle d'Harmensen un 
« sylphe », un esprit (( domicilié... dans la moyenne 
région de l'air », d'après le vocabulaire kabbaliste. 
Sous une forme badine et voilée, mais qui dans sa pen- 
sée pouvait et devait être comprise, le vieux Maître 
veut faire entendre à son jeune correspondant qu'il l'a 
dès l'abord pénétré dans son caractère et son rôle de 
messager et d'espion. En effet, les « Douze Sylphes » 
étaient les adeptes encore novices d'un Rit philoso- 
phique dirigé — naturellement — contre la Religion, 
peu connu mais fort couru, avant la Révolution : La 
Clef de la Maçonnerie. Mais' ni d'Harmensen, ni d'Ai- 
grefeuill'e ne comprirent les allusions : ils n'avaient pas 
cette a clef » !... 






(De l'Eques a Capite Galeato.) 

X..., le 12 juin 1806. Le F. - , de Ch... au sylphe d'Harmen- 
sen, domicilié à ... dans la moyenne région de l'air. 

Très Volatil et Très Sublime F. \, 

Non, votre gentillesse, que vous nommez torts, ne pouvait 
pas me rester inconnue; j'en étais parfaitement convaincu, 
avant que vous ayez cru nécessaire d'en faire l'aveu. J'avais 
démêlé à merveille que mon cher parent, à qui je n'en veux 
pas plus de mal pour cela, me faisait l'espièglerie de me tâter 
en tous sens, et, pour le bien de la chose et par activité de 
zèle Maçonnique, essayait diverses sondes, pour me faire ex- 
pliquer. 

S'il y avait eu du charlatanisme dans mon fait, la décou- 






376 DOCUMENTS 

verte, que j'avais faite, de l'allure de mon cousin, -m'aurait 
engagé de tenir mon jeu serré. 

Mais, comme il n'y avait pas plus de charlatanisme que 
de mystère dans le Rit Primitif, et que dans toute occasion, 
notamment dans celle qui nous occupe, il m'a donné des preu- 
ves de son obligeante amitié, j'ai feint, sans répugnance, 
d'abonder dans son sens ; je me suis prêté à cet innocent ba- 
dinage, et j'ai tâché de répondre à ses lettres, sous tous les 
rôles dont il s'est amusé à s'envelopper comme le mercure 
galant. 

Peut-être voudrez-vous soutenir la gageure, et vous dé- 
fendre de votre qualification ; mais ce serait bien en vain. 
Vous êtes certainement dix fois plus sylphe, que je ne suis 
un sage, un philosophe, comme il vous plaît de me considé- 
rer. Peur ne pas marchander à deux fois, il faut que tout de 
bon je vous pousse dans vos retranchements, en spécifiant la 
preuve démonstrative de votre essence. 

i° Dans votre lettre du 7 mai, vous vous annoncez comme 
membre du Chapitre Métropolitain de Saint-Alexandre 
d'Ecosse, et connaissant tout ce qu'il professe; et l'un de nos 
frères, qui a bien voulu se charger de faire cette recherene. 
n'a trouvé aucune trace de votre existence, ni dans le tableau 
du Chapitre, ni dans celui très récent de la Loge, ni dans les 
signatures manuscrites d'une lettre encore plus récente. X'est- 
il pas évident que vous êtes un être idéal, impalpable, dont le 
nom même se refuse à l'impression ? 

2 Votre nom ressemble si fort au surnom, dont ma famille 
s'est honorée pendant longtemps, comme décorée d'un titre 
acquit par ses valeureux services, ce surnom bien connu de 
mon cousin d'Aigrefeuille, et qu'il a altéré très peu pour le 
déguiser ; votre nom enfin joint à vos connaissances, votre 
zèle, votre style, vos recherches, vos voyages, etc., etc., toute 
cette ressemblance, ou plutôt cette identité avec mes circons- 
tances : tout ne mentre-t-il pas que vous n'êtes pas un homme, 
comme tant d'autres ? ou plutôt, n'est-il pas manifeste que le 
sublime frère d'Aigrefeuille, par un essor de son imagina- 
ti; 11. et sous une légère variante du nom de d'Arm... en 
d'Harmensen. s'est fait un jeu d'exposer mon génie à mon 
esprit, ou mon esprit à mon génie ? 



documents 377 

3° Enfin, ce qui achèvera de vous dévoiler, c'est le mode de 
votre demande d'agrégation à la Loge des P.... Certainement 
le frère d'Aigrefeuille s'est fait scrupule de vous faire trop 
ressembler à lui et aux autres frères, en vous faisant faire 
une demande circonstancière, comme la leur. N'est-il pas évi- 
dent qu'un être qui exprime une demande quelconque en ter- 
mes aussi substantiels, et qui d'ailleurs n'a ni caractère, ni 
religion, ni domicile, ne peut être qu'un être aérien ? Puis, tous 
ces grades, sans en désigner aucun, cette croix, qui, tout au 
plus, veut dire qu'on n'appartient point à l'hiérarchie noire, ces 
traits d'encre en zigue-zague, au-dessus de la signature, et 
ces très petits monogrammes en manière d'abraxas, qui sont 
au-dessous, tout cela sent son farfadet de deux cents lieues 
loin 

Au surplus, sylphe, salamandre ou génie, il n'importe ; 
vous, n'êtes pas le premier et vous ne serez pas le dernier, 
j'espère, avec qui il m'est permis de conférer de vive voix 
ou par écrit. Je vais donc répondre à vos lettres, à peu près 
comme si vous étiez un homme. 

Très Sublime et Très Digne Frère, 

En me disant que vous êtes son intime ami, qu'il vous con- 
naît à fond, et qu'il se rend votre caution, mon cher cousin 
d'Aigrefeuille vous donne un brevet indélébile d'homme d'es- 
prit, aimable, et de bonne compagnie. Si à ces qualités, infini- 
niment plus importantes que le vulgaire des penseurs ne le 
croit, vous joignez les connaissances que le début un peu pin- 
darique de votre lettre, et quelques passages des deux sem- 
blent annoncer, vous êtes sans contredit du petit nombre des 
êtres privilégiés que la bonté paternelle de l'Eternel place au 
milieu du monde, pour que leurs instructions, prudemment 
disséminées, leur exemple surtout, et même l'influence de leur 
atmosphère, ralentissent la rapidité du torrent invisible qui 
entraîne les générations dans les abîmes de la corruption et 
des ténèbres. 

Cultivez avec soin les vraies données que vous avez re- 
cueillies ; vos lettres en contiennent plus que l'on n'en sau- 
rait glaner dans les amphigouris scientifiques de beaucoup de 
Loges et de Régimes. Et puisque vous dîtes que vous êtes 



3/8 DOCUMENTS 

jeune, agréez que mon âge vous donne, ou plutôt vous rap- 
pelle un conseil précieux : votre travail personnel et soutenu 
vous sera mille, dix mille fois plus profitable que tous les sen- 
timents des prétendus sages ; et. comme le disait très bien 
votre compatriote Emm. Schew. (Emmanuel Schweden- 
borg...) : « Si bonus sum, quœ vera sunt ex ipso bono possum 
scirc. et quœ non scio possum reeipere... » 



Lettre du Chevalier d'Harmensen à l'Eq. 
(de Juin 1806). 

Je ne suis ni sylphe, ni salamandre, ni génie. Très Cher 
Frère. Je n'habite point la moyenne région de l'air, mais 
bien ce globe préparatoire. Je ne suis point volatil, mais 
homme, pour mes péchés, et peut-être pour les vôtres. Votre 
très aimable et très spirituelle épître m'a été remise par le 
F. \ d'Aigrefeuille : il m'est aussi agréable que facile d'y ré- 
pondre. 

Je ne me serais guère douté, à la vérité, que ce pût être 
pour les éclaircissements que vous me demandez, et, qu'après 
40 années de représentation, nous vinssions à rencuveller en 
réalité la scène de M. de l'Empyrée et de M. Baliveau. Piron 
vous en voudrait de tout son cœur, s'il pouvait revenir dans 
ce bas monde, et la muse anonyme de Kimper me paraît moins 
plaisante que ma transformation en génie aérien. Cependant, 
comme tout ce qui sort de votre plume est assaisonné de sel 
et de grâces, je m'applaudis d'avoir été l'objet d'une méj 
sans laquelle, peut-être, je n'aurais pu sortir de la lutte éta 
blie avec tous les honneurs du combat. 

Je commencerai par vous déclarer (et j'appuierai ce que je 
vais avancer de l'authenticité du mysticisme auguste dont je 
me sers dans toutes mes correspondances maç. \ comme 
Chev. *. de la Toison d'Or, et représentant des grades de la 
Sagesse vers les Orients du Xord de l'Europe, et dont, par 
humilité je n'avais pas voulu vous donner la représentation), 
je déclarerai donc, dis-je. qu'il y a erreur ou bien oubli, de 
part et d'autre. 

Pour répondre d'abord à votre première inculpation de 
n'être point sur le tableau des membres du Chapitre Métro- 






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an 



DOCUMENTS 379 

politain de St.*. A. \ d'Ecosse, j'aurai l'honneur de vous dire, 
ou, plutôt, de vous répéter, que non seulement je suis mem- 
bre de ce S.'. Ch. \ M.*., mais qu'encore je suis pourvu de 
ses plus hauts grades ; Que si l'erreur consiste dans le ta- 
bleau, j'en suis très fâché, mais que la vérité est telle que je 
l'avance, et que pour vous ôter à cet égard toute sorte de 
soupçons, 'je joins ici l'attestation des membres composant 
l'Académie des Sages et le Tribunal des Grands Inquisiteurs 
Inspecteurs Com. \ — Quant à l'heureuse fatalité qui met de 
la ressemblance entre le nom de d'Arm... et le mien, je ne 
saurais que m'en féliciter beaucoup, quoique ce dernier soit 
infiniment moins beau et moins connu ; mais, pardonnez-le 
moi, mon Très Cher Frère, je ne puis en changer les lettres, 
et tel qu'il est, il faut s'en contenter, et me le laisser porter 
in statu quo. comme l'ont fait mes pères. 

Je viens maintenant au mode dont je me suis servi pour la 
demande d'aggrégation à la Loge des P... — Le frère cî'Ai- 
grefeuille a satisfait à tout ce que vous demandiez ; j'ai ré- 
pondu à ce que j'ai pu répondre. 

J'ignore ce que vous entendez, Mon T. \ C. \ F. \, par le 
mot Caractère. Si cela doit signifier existence Politique, ou 
je me trompe fort, ou j'ai dû mettre : « Ancien noble indigène 
des Etats de Pologne, membre des Etats de Suède siégeant à 
la Diète, et ci-devant gentilhomme de cour du roi de Suède 
régnant Gustave IV. » En voilà plus qu'il n'en faut pour vous 
convaincre que je ne suis point né dans les airs, ou dans le 
feu, et que je suis très véritablement habitant de cette pla- 
nète. 

L'article de la religion me surprend encore davantage, car 
étant entré, il y a plusieurs années, dans un ordre d'une très 
haute importance, on s'informa bien de ma croyance, mais 
non de ma religion. Puisque je me suis fait fort cependant 
de vous contenter sur tous les points, je vous dirai que mes 
ancêtres ont tous professé le Luthérianisme de la Confession 
d'Augsbourg. Je n'en dirai point davantage sur cet article. 

Le domicile mériterait une plus longue dissertation, car, 
n'en ayant peint, il faut bien vous dire pourquoi. Lorsque 
j'occupais la place de gentilhomme de cour du roi de Suède, 
mon domicile était à Stockolm ; il y était encore alors que 
sans exercer cette place, j'en ai conservé le titre ; mais les 



380 DOCUMENTS 

événements politiques me l'ayant fait abandonner, pour res- 
ter en France, où j'ai ma fortune, et n'y étant que momenta- 
nément cependant et sous la protection du Gouvernement 
Impérial, qui me fait la grâce de m'y protéger, ne sachant 
d'ailleurs ce que je deviendrai dans l'avenir, quoique décidé à 
ne jamais retourner en Suède, je n'ai dans ce moment aucune 
espèce de domicile, à moins qu'il ne vous plaise d'honorer de j 
ce nom un appartement que j'occupe, quand je suis ici, et qui j 
reste vide, quand je suis absent, rue Montmartre, n° 113. 

Lorsque j'ai mis : de tous les grades de plusieurs Rites, j'ai I 
cru suffisant de spécifier ma qualité incontestable de Maçon,, 
puisqu'elle est appuyée des plus hauts grades de la Sublime 
Académie des Sages de S. \ Alexandre d'Ecos. . 

Comme d'ailleurs je tais très peu de cas d'une multitude 
de grades que j'ai reçus en divers temps, que j'ai toujours 
cru. que je crois encore, et que je croirai toujours que la Ma- 
çonnerie est dans le fait et non dans les formes, je n'attache 
pas à beaucoup près à ces simagrées l'importance que je vois 
avec peine mettre par vous à de semblables dehors. J'étais, 
je crois, plus qu'en mesure, d'après le sens que renfermaient 
mes lettres, et je doute que ceux qui s'arrogent tant de titres 
pompeux, que j'ai comme eux, et dont je me moque, comme 
je fais aussi d'eux, eussent écrit aussi clairement une pro- 
fession de foi qui ne pouvait être équivoque. 

Pour vous donner l'assurance de ce que j'étais, avant d'en- 
trer à SU". Alex. '. d'Ecos. \, je me bornerai à vous dire que 
la Mac. ". dans toutes ses branches m'est connue ; que je suis 
membre depuis huit ans de plusieurs Chap. \ Métrop. \ de 
K...s, des Chev. \ du St.-. Sé...re, en Palestine, de la Stricte- 
Observance, de Ch.\ Herm. •. dont le dernier et $2 e grade se 
nomme Phil. \ Herm.-.; d'un Rit Ecc. \ Ang. \, dont le faite 
est le ch. :. du Phénix; du Rit français, autrement dit Rit bleu, 
dont le plus haut grade est un autre Chev.-. du Phénix. 26 e ; 
membre du Consistoire du 32 e degré du P.*. de R. \ S \ Rit 
ancien et accepté ; du Rite Adhoniramite. dont Le dernier 
grade est Chev.-. R. \ ^ 12°; que j'ai, en outre, beaucoup 
d'autres grades, complément de plusieurs autres Rits, dont il 
ne m'est permis, ni possible de parler, que délié de tous mes 
serments Maçonniques par les plus Hauts Ordres Secrel 
Je suis par les Supérieurs inconnus médiats (et non immé- 



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382 DOCUMENTS 

diats) en état de connaître, par mon seul désir, ce que je veux 
savoir ; que je n'ignore point quels sont vos travaux en tous 
genres ; que c'est par le désir d'acquérir des lumières nou- 
velles et précieuses que je vous ai demandé vos enseigne- 
ments, ayant aperçu dans votre correspondance tout ce qui 
peut inspirer l'intérêt et le justifier. 

Voilà un très court aperçu de tout ce que je puis vous dire. 
Je pourrais me parer encore d'une série plus insignifiante, si 
je voulais allonger la courroie ; elle n'est déjà que trop lon- 
gue ; et je me tais. 

Quant aux prétendus zigue-zagues de ma signature, je ne 
me rappelle pas d'en avoir jamais fait. J'ai pu mettre une 
flèche, dessus ou avant mon nom. Si cette marque ne vous 
est point connue, j'en suis fâché ; c'est une flèche ; voilà 
tout. 

J'ai fait probablement suivre mon nom de ces signes : 
~\\ r qui signifient V. \ M. \, vrai Maçon, et ensuite de 
ceux-ci : YfL-TJl/ . Le premier est le signe du Zodiaque 
du Capricorne : comme il ne peut y avoir que 12 chevaliers 
de la Toison d'Or, et que chacun a pour signe indélébile et 
distinctif un des 12 signes zodiacaux, celui qui m'a été donné 
accompagne toujours ma signature. La lettre H, qui suit, est 
l'initiale de mon nom, et vous savez ce que c'est que la croix. 

Peut-être ai-je encore fait suivre cela des lettres S. \ P. \ 
\S \t >^ ce c l m signifie : Subi.-. Phil. \, Souv. \ Pont. - , et 

Souv. \ Prê. \ 

Voilà l'explication de tous les signes zigue-zagues, qui vous 
tiennent si fort à cœur, mon Très Cher Frère... 

Je ne dois plus avoir rien à dire, quant à ma justification. 
Vous demandez le nom des gens, que je connais, dans et hors 
la Maçonnerie, capables de mériter votre attention. Je ne par- 
lerai point de ceux que j'ai connus hors de France, ceux-là 
étant trop éloignés de vous. Mais il y a, dissémines, clans 
ce gwnd et bel Empire, des gens dont la moralité sainte est 
honorée par moi comme elle le mérite. 

Je citerai d'abord M. Fiquct, de Marseille, qui, par une pra- 
tique de 30 années dans le magnétisme animal, s'est rendu par 
cette \ s un état de perfection morale admirable. 









DOCUMENTS 



;«3 



Je pourrais citer le Docteur La Motte, mort depuis six 
mois, et d'autres vivants. 

Mais je me bornerai dans la Mac. \ à vous recommander 
surtout le docteur Wurtz, de Strasbourg, maintenant fixé à 
Versailles. J'ai connu peu de frères et peu d'hommes aussi in- 
téressants, et par lui-même et par les adeptes que l'on ren- 
contre parfois chez lui. 

Comme au surplus, tout ce que je pourrais ajouter sur des 
individus, qui n'ont aucun désir d'appartenir à aucune Loge, 
deviendrait inutile, je me borne non plus à solliciter mon 
aggrégation à la Loge des Ph. Rit Primitif, puisque je ne 
pourrais en recueillir aucun fruit, d'après vos documents,, 
mais à honorer infiniment cette Loge respectable et son ver- 
tueux Yen. \ Il m'importe peu, quelque gloire que j'en reti- 
rasse, de me voir porté sur un tableau de plus ou de moins. 
J'aurais fait tout, au contraire, pour mériter et recueillir ses 
instructions, mais d'après votre propre aveu, Mon Très Cher 
Frère, cela étant impossible, prenez toutes mes ouvertures 
comme non avenues. Elles me laisseront toujours d'agréables 
souvenirs, puisqu'elles m'auront mis à même de me recom- 
mander au Révérend Frère de Ch... 

C'est une jouissance de plus pour moi que de l'honorer en 
foi et vérité, et c'en sera toujours une aussi de lui être, lors- 
que j'en trouverai l'occasion, bon à quelque chose. 



Agréez. 



D'HarmexsEx 



uin 1806. 



UBqucs a Capite Galcato au Chevalier é'Harmciiscu. 



Il ne serait pas très surprenant que, provincial, cam- 
pagnard, et encore balancé dans les rêves délirants que ma 
maladie m'a laissés, j'eusse attaché quelque réalité à l'idée 
fantastique de votre existence aérienne ; mais il n'est pas 
aussi facile de concevoir comment deux hommes de cour, 
pleins d'esprit et d'instruction, ont pu ne pas démêler de prime 
abord, que je me jouais dans cette plaisanterie, pour dire, 
ainsi, comme sous le masque, ce que je ne voulais pas énon- 
cer à visage découvert... 



384 DOCUMENTS 

Trêve de badinage, puisque l'essai m'en a si complètement 
mal réussi. 

Permettez-moi, cependant, Très Illustre Frère, que, pour 
cette fois, et sans autre suite nécessaire, j'aie l'honneur de vous 
exposer le vrai sens de quelques expressions accolées à ma 
plaisanterie, et qui paraissent vous avoir induit à erreur. Je 
prendrai votre lettre pour base de mes remarques. 

Assurément, dès que vous avez dit que vous étiez du Cha- 
pitre Métropolitain de St-Alexandre d'Ecosse, je n'ai pas 
même songé à en douter, et je m'estimerais bien peu moi- 
même, si votre simple parole n'avait pas droit de me con- 
vaincre de la réalité du fait. Mais une fois posé qu'il fallait 
vous trouver sylphe, j'ai dû tirer parti de tout ce qui pour- 
rait servir à étayer ma fable. L'attestation de l'Académie des 
Souv. \ et du Tribunal des Grands I. \ I. •.. C. \, que j'honore 
l'un et d'autre infiniment, ne sauraient rien ajouter à la haute 
considération que j'étais disposé à avoir pour vous sur votre 
simple assertion. 

Je verrais avec beaucoup de peine que mon badinage sur l^s 
noms vous ait blessé, tandis que — et je ne dirai pas ceci 
«ans quelque rougeur — partant des éloges exagérés que vous 
trouviez bon de faire de moi, et ne les prenant pas cepen- 
dant pour argent comptant quant à ma personne, je feignis 
de vous identifier avec moi, pour vous offrir ainsi l'hommage 
le plus délicat et le plus flatteur, dont je fusse capable. 

Le mot caractère est généralement usité, en . 
dans l'acception que vous lui donnez. D'ailleurs, par une es- 
pèce de pressentiment obscur, j'avais pris la précaution, de 
mettre dans un passage de ma lettre du 1 1 juin, au Révérend 
Frère d'Aigrefeuille : « l'Etat en profession, rang ou carac- 
tère actuel ». de sorte qu'il n'aurait pas dû rester' d'équivoque. 
Vos qualifications étant précédées des adjectifs ancit 11 et 
ci-devant semblaient rendre indispensable de coarcter celles 
d'aujourd'hui, d'à présent, comme l'ont fait les autres frères. 
Au reste, toutes les qualifications possibles. Maçonniques ou 
profanes, sont parfaitement indifférentes à la Révérende Pre- 
mière Uoge, quant à elle : mais elle pense que les frères, qui 
défirent d'être sur son tableau, veulent sans doute y être dé- 
signés par ee qu'ils sont, et île manière à n'être point pris 
pour d'autres frères, d'un nom pareil ou approchant, — On a 



DOCUMENTS 



38; 



toujours un domicile de droit, et, soit pour un passeport, ou 
pour quelque autre affaire que ce soit,, il faut faire mention 
d'un domicile quelconque, ou du moins en met le dernier do- 
micile connu. Cependant, si vous l'eussiez mieux aimé, on 
aurait pu remplacer la mention du domicile par les mots : En 
voyage. 

On a dû s'informer de votre croyance, lorsque l'on vous a 
admis dans un ordre d'une haute importance, parce qu'on vou- 
lait vous imposer un CARACTERE ; mais dans les simples 
Loges préparatoires, dédiées à Saint-Jean, il est à propos de 
savoir que l'en Ne Fait Pas Profession Constante d'Athéisme. 
Et, pour cela, il suffit d'être né et instruit dans une des Reli- 
gions approuvées. Pour être agréé à la Révérende Première 
Loge, il suffisait que vous fussiez reconnu comme Maçon ; 
mais pour vous classer, c'est-à-dire, vous mettre au rang ana- 
logue à vos connaissances, il fallait une indication prise d'un 
grade connu : assurément, c'était bien peu exiger que de l'at- 
tendre de vous-même. « Tous les Grades » est trop vague ; 
et, je le répète, ce n'est point pour la Révérende Première 
Loge, que l'on fait cette demande, mais pour désigner cor- 
rectement le Frère dont il s'agit. 

Vous avez pu voir, dans une lettre adressée, je crois, à 
M. de Thory, le cas précis que je fais des grades, des titres 
pompeux, et des dehors-; ainsi les sentiments, que vous voulez 
bien concevoir, à cet égard, sont sans objet. 

Je n'ai aucun doute sur le peu de facilité, que j'ai à m'ex- 
primer clairement ; j'ai eu, au contraire, tout à fait lieu de 
croire, que plusieurs Révérends Frères ne m'ont point com- 
pris. Mais ce n'était pas là un motif pour vous moquer de 
moi. Il va là d'autant moins de générosité à cela de votre 
part, que si j'avais le goût et le loisir d'user de représailles, 
en outre de tous vos autres avantages, il est probable, selon 
l'ordre naturel, que vous ririez bien, puisque vous ririez le 
dernier. 

Tous les grades que vous nommez, et je présume la plupart 
de ceux que vous ne nommez pas, ne sont Que de la Crème 
fouettée, passez-moi le mot. Je passe, de mon côté, à pied 
joint, sur l'efficacité de votre Saint Désir, et plus encore sur 
l'espèce d'éloge indirect que vous me donnez, comme par ré- 
miniscence. 



l ) 



386 DOCUMENTS 

J'allais oublier de vous prier de me dire, ou de dire au 
Révérend Frère d'Aigrefeuillc, qui aura la bonté de me le 
transmettre, à quel Chapitre Métropolitain de la Stricte- 
Observance vous appartenez, et quel grade vous y avez. 

Par égard pour vous et pour mon parent, je n'ai pas dû. 
vous parler avec sévérité des Hiéroglyphes, dont vous parez 
ves signatures ; je me suis contenté de les effleurer bien légè- 
rement, en feignant de les prendre pour de petits abraxas 

J'ai eu l'honneur de voir M. le Chev. de Fabri, à Malte, 
sur la place des Ch ors , où, en attendant mon départ, il eut la 
bonté de m'entretenir de ses merveilleuses découvertes, à ce 
qu'il me semble, dans les propriétés du Zodiaque. Si ma mé- 
moire ne me fait pas illusion, M. de Fabri doit être consé- 
quemment plein d'une vénération toute particulière pour le 
Souv. Pontife du signe indélébile, dont le culte est le plus 
généralement répandu à Paris et partout, à en juger du moins 
par le nombre incalculable de ses prêtres, décorés de la thiare 
(sic) caractéristique de leur sacerdoce. 

Si vous voulez parler de M. François Fiquet, marchand de 
liqueurs, sur le port à Marseille, j'ai eu L'honneur de le voir^ 
et même de faire chez lui, en présence de MM. de Seimandy 
et de Paul, ce que le vulgaire appellerait un tour de force en 
Magnétisme, dont il pourrait vous parler, s'il en a conservé 
le souvenir. 

Je connais aussi, mais seulement par ouï-dire, le docteur 
Wurtz, médecin clinique, autant qu'il m'en souvient. 

Je présume que le docteur La Motte était celui que j'ai vu 
diriger des traitements du célèbre Mesmer. 

La Révérende Première Loge eût sans doute été flattée 
honorée, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire dans ni". 
cédente, de vous compter au nembre de ses membres : elle 
n'avait ni sollicité, ni ambitionné cette faveur. File s'en verra 
aujourd'hui privée sans se plaindre. Comme elle n'a pas 1 
prétention de donner des instructions, des enseignements d 
quelque intérêt, elle n'a pas l'indiscrétion d'en demander, pour 
en retirer seule l'avantage ; et, quoiqu'un frère aussi instruit j 
que vous, Très Sublime Frère, eût pu lui être extrêmement 
utile autant qu'honorable, sa délicatesse ne lui permettra pal 
d'insister sur une acquisition, dont tout le lucre serait pour 
elle, vans avoir rien à offrir en compensation ou en échange. 



: 



DOCUMENTS 



387 



Ce que je dis pour la Rév. \ Première Loge, je le dis, à plus 
forte raison, pour moi-même. 

Lorsqu'il vous a plu de me faire l'honneur de m'écrire, j'ai 
dû avoir celui de vous répondre. 

Aujourd'hui vous souhaitez que toutes vos ouvertures soient 
comme non avenues ; vous serez satisfait. 

Il me restera néanmoins une douce impression des heureux 
pensers, auxquels vous m'avez donné lieu de me livrer ; et je 
me féliciterai, dans tous les temps, d'avoir l'avantage d'être 
connu de vous, et, de l'espoir que je conserve d'être quelque- 
fois présent à vos méditations. Dans l'état de dénuement, de 
toute espèce, qui m'environne, à cette extrémité de l'Empire, 
je ne puis vous témoigner ma sensibilité à vos offres infiniment 
obligeantes, que par l'expression de ma plus vive reconnais- 
sance.... 

Je ne me proposais pas, Monsieur, d'écrire avec autant de 
prolixité. Mon ami fidèle en a disposé autrement. J'ai écrit 
sous sa dictée, et, quoique je m'aperçoive très bien qu'il a 
omis — à dessein — quelques articles, je ne vous en dois pas 
moins d'excuses de cette insignifiante collection de mots. 

Agréez, Monsieur, Très Illustre, Très Cher et Très Sublime 

Frère, l'hommage de mon dévouement. 

Ch. 

Lettre du Chevalier d'Harmensen à i'Bques a C a pi te Galeato. 



Paris, ce 12 juillet 1806. 

Au Très Révérend et Très Digne Frère de Ch.... 

J'attendais votre réponse avec impatience, Mon Très Digne 
Frère ; je l'ai reçue avec joie, je l'ai lue avec douleur. Dans 
quelque circonstance de la vie que ce puisse être, j'aimerai 
toujours mieux passer pour un sot que pour un ingrat. Xe 
serais-je point tel, si je méconnaissais les bonnes dispositions, 
en ma faveur, que vos premières lettres semblaient annoncer, 
et que, dans votre dernière même, vous voulez bien me dire 
avoir conçues. S'il ne s'agissait que de se tenir pour battu, je 
ne tenterais plus de justification ; mais il y a eu erreur ou 
mécompte, quant aux sentiments. J'abandonne mon esprit aux 
étrivières, que le vôtre lui donne. Mais mon cœur doit sortir 



\88 



DOCUMENTS 



tout entier de cette lutte, et vous lui rendrez justice, je n'eu 
doute point, lorsque vous le jugerez ce qu'il est. 

Je conviens d'abord, et avant toute chose, de ma méprise, 
quant à la plaisanterie aérienne : mon esprit trop littéral 
n'avait pas saisi le but qui avait dicté tant de choses aussi 
flatteuses. Mais, encore une fois, condamne-t-on les gens à 
mort parce qu'ils ne sont que des imbéciles ? La majeure 
partie des gnomes, très gnomes, qui peuplent cette hémisphère, 
en disparaîtrait, à coup sûr ; je serais de la partie, et ferais 
le voyage en bonne compagnie. Je me tiens pour battu, mais 
non pour coupable 

Mais ce point une fois éclairci, je dois être pardonné, sur- 
tout lorsque vous serez bien assuré que, dès que j'ai eu l'hon- 
neur d'entrer en correspondance avec vous, l'intérêt le plus 
senti, la vénération la plus entière, et un pressentiment aussi 
impérieux qu'involontaire, par conséquent inspiré, ont été mes 
guides. Sans toutes ces raisons. Mon Très Cher Frère, me 
serais-je mis en avant ? 

Peut-être, et votre lettre semble me le faire pressentir, 
supposez-vous la curiosité mon seul motif. Alors, vous seriez 
dans l'erreur. Ecoutez ma profession de foi, et jugez. 

Tout ce qui tient aux connaissances de la Maçon. \ civile, 
s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, m'est tellement connu. 
que je le dis avec vérité et sans vanité, rien ne peut plus 
m'être révélé de ce qui existe, qui ne soit déjà connu de moi. 
Peut-être les grades, énoncés dans ma dernière lettre, vous 
en feraient douter, et je ne puis me méprendre à cet égard, en 
relisant le passage suivant : « Tous les grades que vous nom- 
mez, et, je présume, une partie de ceux que vous ne nommez 
point ne sont que de la crème fouettée. » 

Mais, quel était mon but en vous les spécifiant ? De vous 
prouver seulement que j'étais Maçon, et de plusieurs Rits. 
non que ces Rits énoncés fussent importants, et je ne ci 
pas l'avoir dit. 

En nommant les grades de Philosophe Hermétique. 52, et 
de Chevalier de la Toison d'Or. 12, je voulais seulement vous 
faire connaître que je tenais à la Mac.-. Hermétique. Et, 
certes, j'ai été reçu en Allemagne, dans des Chap \ de cet 
Ordre, qui, déjà, avaient recueilli d'abondantes et préciei 
moissons. 



DOCUMENTS 



389 



En France, où rien ne mûrit, quoique le soleil soit plus 
chaud, je ne trouve que des fruits verts et déjà pourris. 

Voilà pour l'Hermétisme. Quant au Grade de Comman- 
deur Profès des Chevaliers du Saint-Sépulcre, en Palestine, 
que je tiens d'un représentant immédiat de Son Altesse 
Royale, Monseigneur le duc de Sudermanie, grade dont, au 
surplus, je ne fais aucun cas, et dont j'ai abandonné depuis 
longtemps l'exercice, il venait du Chap. \ Métrop. • de Stoc- 
kolm. Je le reçus en Allemagne, il y a 9 ans, et je ne l'ai 
spécifié que pour vous montrer que je tenais aussi à ce Rite. 

Je ne fais pas plus de cas du Grade de Grand-Inspecteur 
Général de la Mac. \ ancienne et moderne du i>û degré en 
France, où je viens d'être élevé avec le F. \ d'Aigrefeuille. 
Mais il n'en fallait pas davantage, ce me semble, pour vous 
prouver incontestablement que j'étais Maçon. 

J'aurais pu, et je n'ai pas dû en dire davantage : ne vous 
méprenez pas, Mon Cher Frère, au sens de cette phrase : elle 
veut seulement signifier, que ne pouvant conférer avec vous 
de vive voix, je n'ai pu en écrire que ce que j'ai fait. 

Je ne doute peint, d'ailleurs, de l'étendue de vos connais- 
sances en tout genre : un passage de votre lettre, à M. de 
Montalcau, me prouve cependant que vous ne les approuvez 
pas toutes. Je vous prie donc d'oublier cette phrase, après 
l'avoir lue, et de croire que je ne Professe rien, que je ne 
puisse avouer au R. \ F. -, Ch. C'est la vérité. 

Je sais que, si je l'avais voulu, j'aurais pu me faire mieux 
venir en spécifiant beaucoup d'autres Grades, que j'ai reçus 
par communication : tels sont certains du Régime Rec- 
tifié ^ %< £< ►£<. Mais, quoique je les connaisse, ils ne m'ont 
point été conférés régulièrement. Dès lors, j'aurais mauvaise 
grâce à m'en parer, quoique, par une faveur, particulière et qui 
a peu d'exemples, j'aie été admis en Loge, comme visiteur, 
•dans des travaux de ce Régime. 

Je ne tiens en rien à la Spiritualité comme Maçonnerie, 
mais j'ai connu beaucoup de Spiritualistes, et très avancés, 
qui n'étaient point maçons, et qui même ne voulaient pas en- 
tendre parler de Maçonnerie, sous aucun rapport. 

Les biens que l'E s'est plu à répandre sur ses enfants, 

sont dans la nature ; donc, ils sont communs à tous ; donc, 
tous peuvent arriver à leur connaissance, s'ils en sont Dignes. 



3Ç0 DOCUMENTS , 

Mais, pour y atteindre plus tôt, et avec moins de recherches 
et de peine, j'ai toujours demandé, avec ferveur et humilité, 
les enseignements des Maîtres habiles : c'était à ce titre que 
je sollicitais vos bontés. En avouant que le Rit Primitif 
m'était tout à fait inconnu, je demandais à le connaître, et 
mon ardeur était mon seul titre, puisque je n'appartiens à 
aucun Rit Qui Conduise à Celui-là, et je crois ce que j'ai tou- 
jours dit. 

Le Frère Bacon de ta Chevalerie, envers qui j'ai usé de 
même sorte, relativement au Rit Cohen (i), qu'il professe, m'a 
traité avec plus d'indulgence. Mais vous l'eussiez fait comme 
lui, si nous nous étions trouvés plus rapprochés, et si la dis- 
tance et les malentendus des lettres ne m'avaient fait perdre 
dans votre esprit, alors que je croyais faire ce qui m'était 
possible, pour, au contraire, y gagner. 

Peut-être me t&aitiez-vous un peu durement, Mon Très 
Révérend Frère, en me reprochant ce que je croyais devoir 
dire. Il me paraissait importun et indiscret, d'insister davan- 
tage sur des communications que vous sembliez ne pas vou- 
loir faire : la phrase suivante de votre première lettre était 
claire : « En un mot, je ne prévois pas que votre association 
à la Loge puisse vous être de quelque utilité », et plus loin : 
« Elle ne peut, en ce moment, vous procurer ni communica- 
tion, ni correspondance, ni adresses. » 

J'ai cru voir, par cela, de l'éloignement, de votre part, et le 
désir que mes instances cessassent ; c'est . donc, seulement, 
par discrétion, que, dans ma dernière, je retirai mes ouver- 
tures à cet égard : il eût été, au contraire, il serait encore bien 
doux pour moi de les voir couronnées d'un heureux succès. 

Je me borne donc, pressé que je suis par d'importantes oc- 
cupations, qui ne me permettent pas, comme je le désirer 
de m' étendre aujourd'hui davantage, à vous prier si dans ma 
correspondance il y avait des choses qui puissent vous dé- 
plaire, et qui certainement sont à mille lieues de mon cœur 
et de ma pensée, d'anéantir tout ce qui est fait, et de vous en 
tenir immuablement à ce qui suit : 



(0 Celui créé par le Juif Martinès do Pasqually et devenu. .. 
L. Cl. de Saint-Martin, le Martinisme. (X. de l'A.) 









DOCUMENTS 



391 



Que personne n'honore et vénère plus vos vertus, vos con- 
naissances et les mystères élevés que vous professez, que 
moi ; que personne ne désire plus de vous appeler son maître, 
et, si cette faveur m'est interdite, au moins me restera-t-il 
toujours l'heureux souvenir de vous avoir transmis un tribut 
d'hommage, de sentiment et de respect, qui restera à jamais 
gravé dans mon cœur. Puisse le vôtre me conserver l'intérêt 
que j'ai toujours désiré vous inspirer, et puissiez-vous croire 
que je suis digne de votre confiance, comme je crois l'être de 
votre estime. 

Agréez ces assurances, Mon Très Cher Frère, et croyez 
au dévouement et à l'attachement éternel de votre dévoué F. \ 

D'HarmensEx. 

Je joins ici tout ce que je puis fournir. Je désire avec ar- 
deur que cela suffise. Mon zèle et votre cœur compléteront 
l'œuvre, si elle est possible. 



L'Equcs a Capite Galcato au Chevalier d'Harmensen. 



X..., le 23 juillet 1806. 
Très Révérend Frère, 

Je ne puis me défendre de quelque regret, de ce que vous 
persistez à supposer en moi des connaissances, que je suis* 
bien loin de mériter, de posséder, et de savoir exprimer. J'ai un 
égal regret de me trouver loin de vous, puisque, ainsi que 
vous le pressentez, en nous expliquant de vive voix nous nous 
serions sans doute et mieux et plus tôt entendus ; et, puisque 
vous êtes en état de connaître par votre seul désir tout ce 
que vous voulez savoir, et que rien de ce qui existe ne peut 
plus vous être révélé, j'aurais infiniment gagné à mériter vos 
bontés et votre confiance. En un mot, n'étant jusqu'ici, comme 
je ne cesse de le dire, que tout au plus un chercheur, j'aurais 
enfin, avec votre aide, trouvé à saisir quelque chose. 

C'était donc à moi de devenir votre disciple et non à m'éri- 
ger, sans titre, en maître de qui que ce soit. La voie de la 
correspondance, au contraire, infidèle autant qu'inexacte, sem- 



39 2 



DOCUMENTS 



ble avoir transposé nos rôles, puisque, en effet, malgré tout 
ce que j'ai pu dire aux Frères de la Chev..., d'Aig.., de Thory, 
et à vous-même, Très Révérend Frère, vous persistez à croire, 
ou du moins vous paraissez croire que je possède de hautes 
connaissances, etc. D'un autre côté, telle est l'infidélité des 
communications épistolaires, que vous n'avez vu d'abord dans 
ma lettre, d'une longueur notable, qu'une méprise sans objet ; 
ensuite, «sur ma réclamation, vous avez bien voulu y recon- 
naître une plaisanterie passable ; tandis que si vous eussiez 
eu l'idée de la lire dans l'esprit où elle est écrite, en dépit de 
la maladresse de l'expression, et dans le sens de certains gra- 
des peu connus que professent même des profanes, tant en 
Allemagne qu'en France, vous y auriez peut-être vu distinc- 
tement tout autre chose qu'une méprise, prétexte d'une plai- 
santerie, et qu'une plaisanterie, voile de ce que je ne devais 
pas énoncer à visage découvert. 

Mais cette digression me fait perdre de vue ce que je dois 
répondre à votre lettre, et, premièrement, peur ne pas l'ou- 
blier, rendez-moi la justice de croire que je n'ai pas été plus 
mortifié de ce qui pouvait paraître désobligeant, dans votre 
dépêche précédente, que je n'ai été disposé à tirer vanité de 
ce que et celle-là, et les premières, et la dernière du 12 juillet, 
peuvent renfermer de trop flatteur, je deis même dire de 
déplacé à mon égard. Quelle que scit l'opinion que les autres 
savent, peuvent ou veulent prendre ou donner de moi, je ne 
partage point du tout leur illusion, sur mon compte : et me 
présentant fréquemment à l'Etalon, je sais que je ne suis 
haut que de quelques pieds, pouces et lignes : ni plus ni 
moins. 

J'ajoute avec plaisir qu'il m'aurait été extrêmement pré- 
cieux et doux de faire et de cultiver, personnellement et de 
vive voix, votre connaissance ; et que votre Allure, passez- 
moi l'expression, m'a inspiré pour vous le plus vif intérêt ; 
que je souhaite ardemment votre bonheur, et qu'il m'est tout- 
à-fait pénible de ce qu'il n'est pas à mon pouvoir d'y con- 
tribuer. 

N'attribuez ceci, ni à ma mauvaise volonté, ni comme une 

défaite. Pensez plutôt que j'habite une des provinces de 

cette france, où vous avez trouvé que ritn ne mûrit, quoique 
le soleil soit plus chaud, etc. 






. 



■'■'■■■" ■■t-'l"-"-- 



documents 393 

On n'a hésité d'adhérer à votre demande en affiliation, que 
parce que vous paraissez avoir accolé ensemble la demande 
du diplôme et celle des enseignements. Or la Révérende Pre- 
mière Loge, n'ayant à sa disposition, en ce moment, aucune 
sorte d'instruction, elle a dû à elle-même, autant qu'à vous, de 
vous en prévenir, parce qu'elle ne se dissimulait pas qu'il 
n'était d'aucun intérêt pour vous, de voir votre nom figurer 
sur un tableau de plus, comme vous le dites très bien, dans 
une de vos lettres. 

Vous revenez à la charge, Très Révérend Frère. Il est indu- 
bitable que la R. \ P.*. Loge s'honorera, comme j'ai déjà eu 
l'honneur de vous le dire, de placer sur son tableau le nom 
d'un Frère aussi zélé, aussi instruit ; elle recevra, avec re- 
connaissance, les documents et mémoires instructifs, dont 
votre bienveillance et vos loisirs vous permettront de la gra- 
tifier. 

Mais il faut bien que je le répète, puisque cela est ainsi : 
La R.\ P.\ Loge n'a pas à sa disposition. En ce Moment, un 
petit discours qui, en peu de pages, donne une idée générale 
du Rit ; elle ne peut. En ce Moment, vous procurer ni Com- 
munications, ni correspondances, ni adresses. 

Toute ma correspondance avec les Frères de Paris ayant 
passé sous vos yeux, il semble qu'à cet égard, je ne vous ap- 
prends rien de nouveau. Si cette pénurie ne vous rebute pas, 
tant mieux ; le marché de notre association est léonin, et tout 
à notre avantage. Mais du moins, il n'y aura pas de surprise, 
et vous l'aurez bien voulu. Néanmoins, si, quand vous aurez 
été convaincu par vous-même que le Rit que professe la 
R. •. P.*. Loge, est presque moins que rien, ainsi que je crois 
l'avoir dit et répété, il vous fâche d'être en société, non seu- 
lement de gnomes, mais d'automates, vous n'aurez qu'à par- 
ler ; la R. \ P. \ Loge impassible, sans colère comme sans 
joie, rayera votre nom sur les tableaux ostensibles et laissera 
votre place vacante. 

Résumant : tenez pour assuré que vous serez affilié inces- 
samment, et que vous serez ensuite, non instruit, mais informé 
de tout ce qui concerne la R. \ P. \ Loge, à mesure que l'oc- 
casion s'en présentera, d'une part ; et, d'autre part, si voyant 
positivement que vous vous êtes fait une idée haute et fausse 
du Rit ; que le nom d'un frère aussi éclairé, aussi décoré, est 



394 documents 

hors de place, parmi des frères qui font profession de ne 
rien savoir, vous voulez vous en séparer, cela vous sera ac- 
cordé. Mais vous aurez la générosité de ne rien dire, pour 
que d'autres puissent, comme vous, y être attrapés... 

Je suis tout à fait étonné que vous ayez été admis aux 
travaux du Régime Rectifié, du moins si c'est au-delà du 
3 e grade. Je pense que vous savez que, au Convent de \\ il- 
helmsbad, j'étais seul représentant de la III" Province de ce 
Régime. Dans une autre occasion j'ai été député par un Cha- 
pitre auprès de Mgr le duc de Sudermanie, et je n'ai point 
ignoré l'anecdote du Baron de Blumenfeld 

Dans les sentiers de la Spiritualité, il faut marcher comme 
font les mulets dans les sentiers de nos montagnes, ou comme 
les renards sur la glace, c'est-à-dire, avec infiniment de pré- 
caution, car les erreurs sont, en ce genre, aussi multipliées 
que funestes. La Maçonnerie est au moins une perte de temps 
utile pour les spiritualistes décidés et avancés ; mais elle est 
très profitable à d'autres, dont elle modère l'impétuosité et 
dirige la marche. 

Permettez-moi, Très Révérend Frère, de vous rappeler le 
Multi vocatij pauci vero eleeti. Ainsi, les connaissances ne 
sont pas, comme vous le dites, le bien de tous, s'ils en sont 
dignes; iL faut encore, pour y prétendre, être Capable, être 
Elu. 

Les communications, surtout mutuelles, surtout verbales 
et en présence, hâtent les progrès, quand on va bien ; mais 
elles sont nulles, pour le moins, quand elles sont hors d'à- 
propos. Celles par correspondance, surtout, rencontrent rare- 
ment celui qui écrit et celui qui lit, montés sur le même 
diapason : alors, c'est temps perdu pour l'un et l'autre. 

Je vous félicite d'avoir inspiré un juste intérêt au Très? 
Révérend Frère Bacon de la Chevalerie. Je le reconnais pour 
Maître dans la carrière du Rit C. (Cohen), peu connu, et 
qui doit rester tel; avec les connaissances variées et multi- 
pliées, que vous 1 .1 ce que vous pourrez acquérir, 
auprè> de cet Illustre Substitut Universel, etc., je suis à me 
demander de nouveau : Qu'attend doue le Sublime Frcré 
é'Harmensen pour bâtir? 

lui attendant, à plus juste titre moi-même, je recevrai, si 
- le permettez, vos compliments pour des complimenta, 



.lL..l.l^>^.. l .L.,L„,l... 



DOCUMENTS 395 

Te ne cesserai de répéter que nous n'avons tous, dignes ou 
non, qu'un seul Docteur et Maître; et nous sommes tous 
frères; qu'il me sera toujours infiniment précieux d'être con- 
servé dans votre souvenir, ainsi que de vous renouveler l'ex- 
pression de mon dévouement à jamais. 

Votre dévoué..., Ch. 



Lettre du Chevalier d'Harmcnsen à l'Eqaes a Capitc Galeato. 

Le Sublime Frère d'Aigrefeuille a bien voulu me remettre, 
Très Digne Frère, votre lettre du 23 juillet. Le temps ne me 
permettant pas de répondre à tout ce qu'elle contient, je me 
bornerai à vous témoigner ma bien sincère reconnaissance 
sur l'intérêt que vous voulez bien prendre au désir très ardent, 
que j'ai d'itre affilié à la R. \ Prem. \ Loge, et je le répète, 
et le répéterai toujours, mes efforts tendront à m'en rendre 
digne. 

Vous avez la bonté de me présenter à cette R. \ Prem. \ 
Loge: c'est asez pour que je doive espérer un plein succès. 

J'ai toutes sortes de regrets d'avoir été obligé de clôturer 
la série de quelques grades par les mots qui la terminent; 
mais il m'était aussi impossible de les omettre qu'il m'eût été 
impossible de les spécifier. Au surplus, j'ai oublié une dou- 
zaine de grades, dont je me suis souvenu depuis, comme 
Chev. '. du Soleil, de la Lumière, etc., etc. Ils n'ajouteraient 
pas plus à mon zèle, qu'ils ne prouveraient mes connaissances ; 
ainsi je les omets, persuadé de vous avoir déjà trop ennuyé 
par une récapitulation aussi fatigante qu'insignifiante. 

Lorsque j'ai été admis comme visiteur, (et cela par grâce 
spéciale), dans une Loge du Rit Rectifié, les travaux se te- 
naient seulement au deuxième grade. Je n'ai point été témoin 
de ceux du troisième, ni par conséquent, d'autres plus élevés; 
mais j'ai recueilli, par la confiance de frères distingués, des 
notions assez détaillées sur ce Rit, et, jamais sur aucun point 
ma discrétion mise à l'épreuve n'a trahi mes devoirs. Voilà, 
mon Très Révérend Frère, ce qui souvent m'a valu des Ensei- 
gnements variés et utiles, en outre que, tenant par mes Supé- 
rieurs à une infinité de Régimes (je ne donne maintenant cette 



30 



DOCUMENTS 



acception qu'à des connaissances sérieuses), j'ai pu, par la, 
savoir des choses qui restent, et resteront ignorées d'une 
infinité de Frères, qui n'ont pas les mêmes avantages. 

Malgré cela, je conviens, et confesse que mon avancement 
dans la Spiritualité ne pourra venir qu'à l'aide d'une main 
secourable, et, si je ne suis pas encore parfaitement digne, au 
moins ma bonne volonté fera foi, dans le temps, que, dès 
que je l'ai pu, j'ai voulu me mettre dans la véritable" voie 
droite. 

C'est vous, Mon Tr. \ Rév. \ Fr. ., qui m'en ouvrirez la 
barrière. Obligé de terminer ici ma lettre, je ne puis cepen- 
dant accéder à un point de la vôtre. Vous voulez que je dimi- 
nue, et l'opinion que j'ai conçue du Rit Primitif, et de son 
digne Vénér. \ à l'Orient de N... ! 

Cela ne se peut et voici pourquoi : J'honore, dans le Rit. 
son but, où la Vertu domine, où l'Erreur est détruite, où la 

Vérité doit triompher, où les louanges à l'E ne sont point 

stériles, et par où ses bienfaits le sont encore moins. J'honore 
dans le F. \ de Ch. ., celui qui joint à l'expérience, au savoir, 
et à l'esprit, l'exercice de toutes les vertus, et celui qui, à 
juste titre, en recueille les fruits. Voilà ce que malgré tous 
et votre modestie, vous ne pouvez m'empêcher de respecter 
et de vénérer. Toute discussion, à cet égard, serait inutile. 
Passez-moi mon respect pour vous, ma vénération pour vos 
vertus, et je passerai condamnation sur tout ce qui vous plaira 
d'ailleurs. Mais sur ce chapitre, point de composition : voilà 
mon dernier mot. 

Je finis. Mon Très Révérend Frère, par me recommander 
de nouveau à vos bontés, et à vous prier de vouloir bien sui- 
vre ma demande, afin que je puisse en recevoir les patentes, 
et me glorifier à mes propres yeux, d'appartenir à un Rit qui 
est moins que Rien. 

Je vous enverrai le Mémoire que vous me demandez, dès 
que j'aurai le temps de le faire, et certes, je le prendrai sur 
d'autres soins, le plus tôt que je pourrai. 

Recevez, Très Sublime, et Très Révérend Frère, l'invio- 
lable et immuable assurance de mon tendre respect et de mon 
entier dévouement. 



Paris, 7 août 1806. 



d'Harmkxskw 






DOCUMENTS 



397 



UBqucs a Capitc Gaicato au Chevalier d'Harmensen. 



N..., le 21 août 1806. 

Votre départ pour l'Allemagne paraissant prochain, je me 
suis hâté de vous faire expédier, et de diriger vers vous le 
Diplôme de votre affiliation à la R. \ Pr. \ L. '., dans tous les 
degrés du Rit Primitif. Au-dessous de votre signature, les 
Frères de Paris mettront: Vu à l'Or.-, de Paris, la (date de 
l'Ere Vulgaire) et, à la suite, la ou les signatures d'un ou 
de plusieurs Frères du Rit Primitif. 

Nous n'attachons pas à ce Diplôme plus de mérite qu'il 
ne faut ; mais vous avez insisté à le désirer : le voilà. 

Il n'est pas aussi facile de vous satisfaire, quant à l'autre 
demande, j'ai déjà eu l'honneur de vous en dire les raisons 
jusqu'à satiété. Ce que nous ne pouvons pas faire, d'autres 
peuvent vous l'accorder, et la R. \ P.*. Log. \ vous met en 
mesure, par son Diplôme, autant qu'il dépend d'elle. 

Vous rencontrerez en France, en Allemagne, et ailleurs, 
trois sortes de maçons communicatifs : 

Les premiers, et ce sera les plus empressés, ayant attrapé, 
par ci, par là, quelques notions sur le Rit, feindront de vous 
instruire, pour tirer au contraire de vous des notions cer- 
taines, etc. Je ne ferai pas l'injure à votre, prudence, votre 
esprit, votre expérience, de vous prévenir, en détail, contre 
cette sorte d'escroquerie. 

Vous verrez aussi des Frères, qui ne doivent ou qui ne veu- 
lent pas se donner à connaître comme appartenant au Rit Pri- 
mitif, et de ceux-ci, il y en a dans tous les Régimes. De grâce, 
ne les pressez pas, n'exigez pas qu'ils s'expliquent sur leur 
qualité; et, sans vous mettre en frais de communications, 
puisque votre Diplôme atteste ce que vous êtes, recevez leurs 
enseignements, s'ils vous conviennent, en les appréciant 
d'après les justes idées que la correspondance a pu vous faire 
concevoir. 

Enfin, vous rencontrerez des Frères qui prouveront, d'une 
manière indubitable, qu'ils sont des nôtres: avec ceux-là, 
la confiance étant mutuelle, et sans hésitation, vous complé- 
terez tout ce qui vous manque, sur le compte du Rit Primitif. 
Alors, vous verrez, ainsi que je n'ai cessé de le dire, qu'en 
total, ce n'est pas grand'chose... 



398 DOCUMENTS 

Agréez, Très Révérend Frère, l'expression de ma joie de 
ce que votre association à la R. '. Prem. \ L. •. me donne un 
petit droit de plus de vous demander la faveur d'être présent 
à vos souvenirs, et de vous persuader de la perpétuité de 
mon dévouement. 

Si vos courses vous rapprochent de quelques personnes que 
je vais vous nommer, obligez-moi de leur dire que leur sou- 
venir, que je me plais à conserver, m'est infiniment précieux. 
Peut-être mon nom profane ne sera pas présent à tous, et 
je ne dois pas dire les noms d'Ordre sous lesquels ils me 
reconnaîtraient peut-être. Au surplus, tout ce qui importe 
en ceci est que leur connaissance puisse vous être utile. 

M. de Beyerlé, ancien président à Nancy; MM. Jean et 
Bernard de Turkeim, rue Brûlée, à Strasbourg, ainsi que 
M. Blessig, président des Luthériens : M. de Roskampff, 
ancien bourgmestre à Heilbrùnn ; M. le baron de Gleichen, 
à Ratisbonne ; le baron de Waechter à Stutgard ; le baron de 
"Waldenfelds, à Wetzlar; le docteur Falc, à (1) ; le Comte 

Zapary, à Presbourg; M. Fischer, chirurgien, etc., à Vienne 
Autriche ; le Prince de Carclath, en Silésie ; M. Egleff, en 
Suède; M. Christ. Bode, à Weimar ou Hambourg; M. 1711- 
man, conseiller ; M. de Wcelner, conseiller à Berlin ; M. Lava- 
ter, à Zurick; M. Brooks, à Hammersmith, près Londres; 
M. Caerni, médecin, à Edimbourg; MM. Tiéman et Wuka- 
sowich, en Russie, etc., etc., etc.. 



Le Chevalier d'Harmensen à l'Eques a Capitc Galcato. 

Paris, ce 28... 1806. 

J'étais, hier, chez le F.-. d'Aigre feuille, lorsqu'il reçut le 
paquet contenant toutes les planches de la Log. \ des Ph \ 
de X..., et la lettre aimable qui les accompagnait, Très Digne 
Frère. 

J'ai, cependant, des torts envers vous. Ils pourraient rester 



(1) En blanc, dans le manuscrit de VEqucs, photograve ci- 
contre. (N. de l'A. ) 






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400 



DOCUMENTS 



toujours ignorés, si je n'aimais mieux vous en instruire. Mais 
aussi, vous connaîtrez mon excuse, et, peut-être m'en appré- 
cierez-vous d'autant. 

Il faut reprendre l'affaire, dès le commencement. J'avais 
abandonné, depuis mon retour à Paris, l'exercice de la Mac. \ 
en France, parce que j'étais pénétré (et je le suis tous les 
jours davantage) de sa nullité. La Mac. \ veut non seulement 
du mystère, mais surtout des hommes recueillis et fervents 
qui attachent aux révélations qu'ils obtiennent toute l'impor- 
tance qu'elles méritent, et, qui, pénétrés de respect pour leur 
Ordre, d'amitié pour leurs Frères, et d'intérêt pour l'huma- 
nité, se vouent avec une sorte d'enthousiasme à ce même 
Ordre. 

Oserai- je le dire. Mon Très Digne Frère, la nation fran- 
çaise, si aimable d'ailleurs, si pleine d'esprit et de grâces, 
quant aux rapports sociaux, apporte en général une si grande 
légèreté dans tout ce qu'elle fait, que les choses les plus 
sérieuses deviennent, pour ainsi dire visibles, dès qu'elle veut 
se mêler de semblables pratiques. Aussi la Mac. \ n'est-elle 
réellement ce qu'elle EST, qu'en Allemagne, et dans quelques 
contrées du Xord. Là, ces esprits, penseurs et réfléchis, justes 
appréciateurs du bon, se livrent avec respect, assiduité et zèle, 
à la culture de ce vaste champ, ouvert à tous par la grâce 
d'en haut : champ si fécond, lorsqu'il est travaillé par des 
mains laborieuses, si plein de ronces, et d'épines, lorsqu'on 
laisse étouffer la semence par les végétations inutiles. 

Pour terminer cette digression, déjà trop prolongée, et en 
revenir à moi, j'étais donc, comme je viens de le dire, éloigné 
de toute pratique maç. \ Tout est de mode, à Paris, depuis les 
pompons, jusqu'à la maç.-., et depuis l'opéra-comique, jus- 
qu'au sentiment. Les Loges se sont donc ouvertes; les grands 
personnages y ont apporté les plaques et les cordons qu'ils 
ont reçus de tous les pays, et. dans cette confusion de décora- 
tions (car les Maçons de Paris n'en manquent pas) on a peine 
à distinguer ce qui est civil de ces brimborions auxquels 
Messieurs les serviteurs du Grand-Orient attachent un si 
grand prix. Bientôt on n'a plus entendu parler que de Maç. \. 
et depuis les o- ran ds de l'Empire jusqu'aux commis de Bureau 
tout s'est précipité en masse dans les Loges. 

Celle de Saint- Alexandre d'Ecosse, croyant apercevoir eu 
moi quelque instruction, me fit entrer dan- son sein. et. je 



DOCUMENTS 4 or 

dois le dire à sa louange, tous les grades me furent accordés 
à l'instant, et porté au faîte, sans aucune contribution pécu- 
niaire, j'acceptai. La composition de cette Mère Loge, ré- 
chauffée d'Avignon, comme vous l'avez plaisamment dit, dans- 
une de vos dépêches, m'engage à me réunir à elle. Presque 
toutes les réunions Mac.'., à Paris, sont telles que l'on doit 
se trouver heureux, en sortant, de retrouver son mouchoir et 
sa tabatière dans la poche où on les tient. 

Saint- Alexandre est composé de gens honnêtes et décents 
qui, s'ils sont sans moyens, ne sont pas au moins sans égard 
et sans politesse. Je dirai plus: cette Loge doit être distin- 
guée de la plupart des autres (car, au royaume des aveugles, 
les borgnes sont des rois), parce qu'au moins le Rit, qu'elle 
professe, tend à un qui, pour être presque idéal, quant à la 
réussite, n'en est pas moins un. Le comble de ce majestueux: 
édifice (car, dans notre modestie, nous n'hésitons pas à lui 
donner ce nom pompeux) est le Chap. . de la Toison d'Or, 
que cette Loge si instruite, à ce qu'elle dit, doit aux bonté? 
du F. *. d'Aigrefeuille, qui l'a constituée. 

Dans les grades de ce Chap. '., après une analyse assez bien 
raisonnée des métaux, nous engageons les néophytes à mettre 
en œuvre les procédés si clairs, que nous ont transmis les 
philosophes hermét. -, ; et tout notre savoir se réduit à les 
instruire que nous croyons à la possibilité du grand œuvre; 
qu'à la vérité nous ignorons la matière et le feu, mais, qu'à 
cela près, nous sommes très savants : que les lumières ne sont 
que chez nous; qu'on les chercherait en vain ailleurs, et qu'ils 
doivent bénir, à jamais, le jour heureux où nous leur avons 
transmis un aussi rare secret. Nous voilà donc ainsi foyer 
des foyers, recevant de partout les noms de Très-Puissants ; 
Très Sages, Très Illustres, -et nous les jetant nous-mêmes 
fort sottement à la tête les uns des autres. 

Jugez maintenant, Mon Tr. \ C. \ F. \, de notre puissance, 
de notre sagesse, et de notre illustration. 

Il faut en venir maintenant à ma condamnation, puis, 
ensuite, à ma justification ; après ce détail, je serai connu de 
vous, comme si vous m'aviez suivi dès le commencement de 
ma carrière; vous apprécierez aussi le F.-. d'Aigrefeuille à 
sa juste valeur, et vous verrez en quelles mains sont vos 
pleins pouvoirs. Je reviens maintenant à mon sujet: 

J'avouerai qu'en entrant dans la Mère Loge d'un Rit Ecos- 



402 



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sais, presque inconnu en france, je crus trouver par cela 
même un moyen d'y porter la véritable maç. \, et, à l'abri de 
la réputation de cette Loge, de sa scission presque habituelle 
avec le Grand-Orient, d'en faire un tabernacle de science. 
Voilà quel était mon but; le frère d'Aigrefeuille le sait. 

Ces vues ne seraient point impossibles, si la Loge était 
autrement composée. Mais quoique ses membres soient de 
fort honnêtes gens, ils ne sont aptes, ni dignes de hautes con- 
naissances. M Thon-, Vénérable et aterçata du Chap \ es 
un furet Maçonnique, qui tâche de chercher à amener à 
Saint- Alexandre toutes sortes de lumières, mais, seulement, 
par orgueil, et non par zèle. Lorsque donc il eut appris qu'il 
existait à X... une Loge du Rit Primitif (Rit aussi inconnu de 
lui que de moi), il n'hésita point à vous écrire, Mon Très 
Digne Frère, que sans doute vous professiez le même Rit que 
nous et que nous étions des aigles. 

Votre réponse le mit dans le plus grand embarras ; il ne sut 
que dire et vint me trouver pour blanchir son linge sale, ou 
plutôt pour lui en donner du neuf. N'ayant point l'avantage 
de vous connaître alors, ne connaissant point la sublimité 
de vos mystères, que j'ai découverts depuis, je fis sa lettre, 
que vous avez reçue, et j'en remis le brouillon au F.-. Thory, 
qui ne sut pas même le copier, car il mit l'abbé le Roy, au 
lieu de Larry, qui était à Toulon en 1785. et Surd, au lieu 
de Swed..., abbréviation de Swedenborg. 

J'étais bien résolu de voir venir, et, si, comme je commen- 
çais à m'en douter, la réponse me confirmait dans l'opinion 
que je concevais de vous et de votre Régime, j'étais toujours 
à temps de tout arrêter, puisque l'on ne pouvait rien faire 
sans moi. Cette réponse reçue, je fus trouver le F.-. d'Aigre- 
feuille. Je lui dis que votre but n'était plus un mystère pour 
moi, mais qu'il était trop beau, trop grand, trop saint, pour 
souffrir qu'il pût être prostitué. 

La délicatesse si connue de ce cher F.-, applaudit à la 
nilonne - >ncert. quoique avec peine, nous déterminâmes 

le 1\\ Thory, empêché par sa nullité, de poursuivre son désir 
d'affiliation à votre Rit. C'est donc au F.-. d'Aigrefeuille et 
à moi, que vous devez faire d'abord le reproche d'avoir voulu 
vous sonder. Mais c'est à lui et à moi aussi. Très Digne 
ie vous devez avoir obligation d'avoir détourne des 
profanes de pénétrer votre Saint Régime. 









MÉ. l flii ll | l i.Hii 1 'i i V ' 



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403 



Si j'ai eu tort de prêter ma plume au F.-. Thory, j'ai suf- 
fisamment réparé ce tort, en empêchant ce vénérable de se 
faire passer pour croyant à une Sublimité dont il ne peut 
être le disciple, et, je le dis avec regret, je ne connais per- 
sonne dans notre resplendissante Mère Loge qui puisse y par- 
venir. Mais j'en connais hors de cette Loge et même hors de 
la Maçonnerie. Voilà ce que me dicte la bonne foi, et le 
profond respect que m'inspire (sic) vos vertus. Vous appré- 
cierez — je n'en doute point — la conduite du Ch. \ F.*. 
d'Aigre feuille : elle est d'autant plus noble et plus désinté- 
ressée que, curieux comme tous les chercheurs*, et jaloux 
comme Président du Chap. \ de la Toison d'Or, de voir la 
Loge pourvue de lumières, il a mis tout en œuvre pour 
arrêter le F.-. Thory dans sa course indiscrète. Le F.-. d'Ai- 
grefeuille est le seul d'entre nous qui possède des connais- 
sances hermétiques, et c'est à lui, comme je l'ai dit plus haut, 
que nous devons ce Chap. \ des 12, dont il était membre à 
Montpellier, depuis trente-trois ans, et membre travaillant. 
Voilà, Très Digne Frère, votre fondé de procuration. Jugez 

si elle est en bonnes mains. Quant à moi, ma tâche est finie 

Je vous salue, Très Révérend, Très Digne F. :., non seule- 
ment avec t.-. h.-, q. •. v. :. s.', d. \ (1), mais avec un tendre 
respect qui, j'espère, vous agréera davantage. 

d'HarmênsEx. 



Lettre du Même au Même. 

Paris, ce 4 septembre 1806. 

Lorsque l'on s'est servi d'expressions fortes, pour exprimer 
un désir ardent, il est pénible de n'en point trouver qui suffi- 
sent au sentiment de gratitude et de reconnaissance, que l'on 
ressent; il est doublement malheureux de ne p'ouvoir les 
peindre, lorsqu'on les éprouve avec ardeur. En comblant la 
mesure, en m'accordant plus que je ne demandais, vous avez 



(1) C'est à dire : « tous les honneurs qui vous sont dûs 
(X. de l'A.) 



404 



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usé de votre puissance de bonté, vous avez voulu suivre 
l'exemple du G. E. qui nous dispense plus de biens que nous 
ne méritons, afin de nous mettre à même d'être plus tôt 
dignes de ceux qu'il nous réserve. Depuis longtemps, je 
m'empressais de vous chérir, de vous honorer, Très Digne 
Frère, mais aujourd'hui, il me faut joindre, à ces sentiments, 
ceux de la gratitude; ils ne gâteront rien, j'espère, à ce qui 
était. 

Peut-être auriez-vous raison de me reprocher d'avoir at- 
tendu si longtemps à vous faire parvenir ce témoignage de 
sensibilité, mais une fièvre assez forte me servira d'excuse; 
vos bontés charitables me pardonneront. 

Permettez-moi quelques observations sur votre lettre et 
ce qu'elle contient : la commenter, c'est commenter mes obli- 
gations. 

Parmi les personnes dont votre soigneuse bienveillance veut 
bien me donner les adresses en Allemagne, afin d'y puiser ce 
que j'aimerais bien mieux puiser chez vous, il en est plu- 
sieurs que je connais, ou au moins de réputation: tels sont, 
par exemple, le Professeur-Docteur Lavater, à Zurich et le 
Baron de Gleichen, à Ratisbonne. Ce dernier m'est beaucoup 
plus connu, quoique je n'ai jamais eu l'honneur de le voir, 
qu'une infinité de gens que je vois très souvent. Je regret- 
terai bien de ne pouvoir vous en donner des nouvelles. Mais 
je ne crois pas visiter, cette année, cette partie de l'Alle- 
magne. 

Vos indications, T. \ Rév. \ F. \, s'étendent assez pour que 
j'ose espérer, en quelque endroit que j'aille, d'y rencontrer 
lum 

Comme je ne veux avoir rien à me reprocher, vis-à-vis de 
vous, je vais répondre au paragraphe de votre lettre, où vous 
paraissez étonné qu'ayant reçu d'un représentant du duc 
de..., le grade de Coin. P., je n'aie pas été admis de droit à 
tous les grades du Régime Rectifié. 

Vous n'ignorez point, Tr.\ Ch. \ Fr. \, qu'il existe en 
Suède trois sortes de Mac.-.; que celle à laquelle appartient 
grade, ci-dessus mentionné, est à l'épi... comme tant 
d'autres, et qu'elle ne vaut pas mieux: que, d'ailleurs, il 
LSte que deux Rectifications (au moins à ma connais- 
sance): (iue toutes deux sont fautives, en ce qu'elles ne sont 
point dans Je centre de l'unité, qui renferme, de toute ancien- 



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405 



neté, ce qui est bien, sans accroissement, perfectionnement, 
ni décroissance; parce que tout fut ainsi établi pour le mieux 
des mi eux. 

Dans la Rectification de Suède, qui tient éminemment près 
à celle d'un certain lieu d'Allemagne, les Com. P. ne sont 
point admis et pour bonnes raisons; pour moi, je n'aurais 
pas voulu, plus que vous ne l'eussiez fait à ma place, y pren- 
dre part, et je me rappelle' un paragraphe de votre deuxième 
lettre à M. de Montaleau, qui me suffit à cet égard. 

Vous savez d'ailleurs qu'aucune rectification n'admet de 
Gr. *. Maît. \ Et quand celui (1) dont je parle m'aurait donné 
de sa propre main un bref, portant tout ce qu'il aurait voulu 
y mettre de chimérique, et d'admirable, une seule ligne de 
votre précieux et à jamais cher Diplôme d'aggrégation à la 
R. '. Prem.-. L.\ du Rit Primitif, m'aurait mieux servi et, 
surtout plus honoré. Qu'il me soit permis, à cette occasion, 
T.-. S. - , et T.-. D. ■. F.-., de vous dire une vérité, que je 
n'aurais jamais pu connaître et découvrir, sans l'envoi de la 
Copie de votre Titre d'installation ; tant il est vrai que, de 
loin, et par écrit, il est difficile de se bien approfondir, sur- 
tout lorsque la Sagesse dicte une juste retenue- envers des 
personnes que l'on ne connaît pas assez — et vous étiez dans 
ce cas vis-à-vis de moi — non point que vos lum. \ ne l'em- 
portent de beaucoup sur les miennes — puisque je me fais 
gloire de vous rendre foi et hommage — mais encore pour le 
peu que je sais, ne l'aurais-je pas dit. 

D'abord, Mon T.-. Ch. \ F. \, votre Rév. \ Prem.-. L. \ 
est la seule en fronce, régulièrement constituée. Marseil. \ 
Strasb. \ et autres, ne sont et ne seront probablement que de 
bien petites filles, alors que vous seriez grand'mère. Il est 
même étonnant pour moi d'avoir vu un pareil titre, qui réunit 
toute la puissance constitutive, tandis que les autres n'ont 
reçu l'existence que d'une émanation, dont le droit est trop 
petit pour régulariser rien. Mon Maît. :. (2) en a été frappé et 
m'a dit: J'en ai vu plusieurs en France, mais jamais d'aussi 
entier. 

Au surplus, cette perle va être enfouie dans un fumier, et 



(r) Le duc de Sudermanie. (N. de l'A.) 

(2) Qui ? Encore un Supérieur Inconnu ? (N. de l'A.) 



406 



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vous savez mieux que moi que les pourceaux qui se vautrent 
sur le fumier, ne sont point des lapidaires, et que, par con- 
séquent, la perle est plus en sûreté que ne le serait un crottin 
de cheval. 

Par conséquent, aussi, la faveur que vous m'avez accordée 
est si précieuse et si excellente, que je ne saurais assez vous 
en remercier. 

Mais, oserais-je seulement vous demander pourquoi, dans 
la couronne qui décore le haut de mon bref (je ne parle pas 
des autres papiers où se trouve cette marque), mais, seule- 
ment, sur mon agrégation, pourquoi, dis-je, elle ne renferme 
point un signe quelconque, OPH, que je croirais devoir être 
une guitare, entourée de certains caractères mystérieux, ou 
peut-être un serpent se fermant lui-même. 

Pardonnez, T. - . Rév. \ F. - ., si je vous fais cette question, 
mais je ne crois pas diminuer l'intérêt, que vous me témoi- 
gnez, en vous traçant ce peu de mots. Au surplus, accablé 
d'affaires civiles, je n'ai que le temps de griffonner cet in- 
forme brouillon maç. \ ; mes idées affaiblies par la fièvre, et 
distraites par des intérêts majeurs et pressants, ne sont pas 
trop concordantes, ni en ordre. Pardonnez-moi donc ce dif- 
forme imbroglio. 

Je le ferme cependant, avant de le remettre au F. \ d'Ai- 
gref. \, car depuis que j'ai vu le Titre Constitutif et que j'ai 
résolu de vous en dire mon avis, je n'ai pas cru et je ne crois 
pas pouvoir lui laisser parcourir ce bavardage, tout insigni- 
fiant qu'il est; et cela pour m'épargner des questions aux- 
quelles je ne puis, ni ne veux, ni ne dois répondre, malgré 
ma sincère et véritable amitié pour lui, dont les fruits me 
sont si précieux, puisque c'est à lui que je dois vos bontés et 
votre connaissance. 

\ euillez bien aussi me répondre sous couvert, parce que, 
probablement je serais parti et qu'alors, c'est le seul moyen 
de ne pas laisser courir à vos pensées les chances que. par- 
fois, la négligence pardonnable d'un instant peut occa- 
sionner. 

A vous à jamais, et à jamais Eternelle gratitude. 
\ i tre tout dévoué. 



n'ÏT\RMi:xsi;.\ 



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407 



L'Bqucs a Capite Galeato au Chevalier d'Harmensen. 

X..., 22 novembre 1806. 

Indépendamment des motifs d'affaires et de santé, j'étais 
disposé à différer d'avoir l'honneur de vous écrire, jusqu'à 
ce que j'eusse reçu les mémoires, dont vous avez promis de 
gratifier la Rév. \ Prem. \ L. \, touchant le But général et 
particulier des Sociétés Maçonniques, et l'origine de ces Asso- 
ciations. 

Ce projet, de ma part, n'était cependant pas tellement subor- 
donné à l'envoi de vos Mémoires, que je ne dusse point désor- 
mais faire une panse d'A... qu'après avoir reçu ce fruit de 
vos conceptions. 

Je saisis donc, avec plaisir, l'occasion de me rappeler à 
votre souvenir, et d'effleurer quelques objets de votre lettre 
du 4 septembre, en même que je m'acquitte de la commission 
que la R. \ Prem.'. L. \ m'a donnée de vous adresser un 
exemplaire d'un petit écrit sur le Rit Primitif, dont j'ai eu 
l'honneur de vous parler il y a longtemps. Après l'avoir par- 
couru vous jugerez si j'avais raison de le regretter vis-à-vis 
des Frères, à qui j'aurais voulu transmettre une idée générale 
du Rit. (Ceci est photogravé à la p. 408. — .X. de l'A.) 

Le docteur, Sénateur et Matérialiste Diethelm Lavater, à 
Zurich, est un Frère très instruit, de la Stricte Observance, 
et mon collègue à Wilhelmsbad. S'il ne se rappelle pas mon 
nom profane, dites-lui que j'étais le seul représentant de la 
3 e Province, et, pendant nombre de séances, assis immédiate- 
ment à côté de lui. Son frère, Gaspard Lavater, auteur de la 
physiognomonie, et qui, à ce qu'il me semble, a terminé sa car- 
rière temporelle, possédait un genre d'instruction bien sublime. 
S'il est encore conservé pour le bon exemple et l'instruction de 
ses frères, il se ressouviendra peut-être des deux heures déli- 
cieuses que j'ai passées, seul avec lui, sous les portiques de 
Wilhelmsbad. 

Le baron de Gleichen n'aura peut-être pas perdu le souve- 
nir d'un de ses cinq collègues aux Archives du Régime des 
Philalèthes. S'il a -eu occasion de voir un extrait que j'avais 
fait des correspondances Philâléthiques, il y aura vu que je 
rendais un hommage senti à ses vertu*, ses connaissances, et 







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409 



l'étendue de ses lumières. C'est un des frères dont il est le 
plus intéressant de mériter l'amitié et la confiance. 

Tout ce que vous me faites l'honneur de me dire, au sujet 
de votre Grade Suédois, élude la difficulté, mais ne la résoud 
pas. Je m'étais, peut-être, mal expliqué : j'y reviens. Mon opi- 
nion est toujours que, si vous eussiez été initié dans les Hauts 
Grades Suédois, par un véritable Représentant de S.'. Alt.". 
Rov. \, vous auriez été en mesure d'expliquer au Q ubbme 
F. - . d'Aigr. quelque chose, que j'ai placé à dessein dans ma 
lettre du 17 août, dans la pensée que tous lui en donneriez 
l'interprétation. Au surplus, ccmrae ceci n'importe, ni à vous, 
ni à moi, n'en parlons plus (1). 

Vous me dites bien des choses en termes détournés, avec 
des réticences, sans doute pour que je ne l'entende pas ; a 
la bonne heure. Mais vous m'obligeriez beaucoup de me dési- 
gner nettement le paragraphe de ma deuxième lettre à M. de 
Montaleau, qui vous a suffi, etc. Je voudrais aussi que vous 
voulussiez bien m'indiquer le point radieux du Titre d'instal- 
lation, qui vous a découvert une vérité, que ma correspon- 
dance sans doute ne vous avait pas donné lieu de pressentir. 
Je souhaiterais surtout de savoir (si ce n'est pas trop indis- 
cret), quel est votre Maître, qui n'a pas vu en france, de titre 
aussi entier que le nôtre... 

Quant aux Loges de Marseille, Strasbourg; et autres, sans 
les juger avec trop de sévérité, j'oserais penser qu'elles éma- 
nent de branches un peu plus secondaires que celle à laquelle 
nous appartenons. 

La couronne, qui décore le haut de votre brevet, est le tim- 
bre général de toutes les planches émanées de la R. \ P. \ L \ 
Votre oph. jeté presque imperceptiblement entre les lignes, 
et comme un trait de plume insignifiant, ne m'est point 
échappé. Permettez-moi de vous dire que c'est, sans doute, 
comme Pontife zodiacal que, prenant intérêt à la couronne, 
vous voudriez qu'elle fût escortée de la constellation que 
vous nommez guitare, et que nous appelons lyre. 

Xotre Rit n'est ni ophique. ni orphique ; et notre cou- 



(0 Ceci parait masquer des arcanes si profonds que VEques ne 
voulait y faire que des allusions discrètes. (N. de l'A.) 



1 



4io 



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ronne n'est point celle d'Ariadne ; le nombre des étoiles de 
la Couronne Boréale, différant de celui des grenades qui déco- 
rent la nôtre, démontre cette vérité. En un mot, notre cou- 
ronne n'est point du tout scientifique ; elle est 'purement sen- 
timentale : le myrthe et les grenades ont de tout temps été 
l'emblème de l'union sociale et fraternelle des membres de 
l'Ordre, ou de ceux d'une Loge. Et le nombre de sept, en outre 
de ce qu'il est en soi Maçonnique, se réfère spécialement à 
mon respectable père et ses six fils, premiers fondateurs de 
la Loge, et formant ainsi une Loge juste et parfaite, bien 
intéressante aux yeux de tous les Maçons sensibles. Croyez, 
T. \ Ch. •. F. •., que je vous rends la justice de croire qu'elle 
le sera aux vôtres ; et que désormais vous estimerez notre cou- 
ronne autant que si elle était environnée de toutes les lyres et 
de tous les serpents de l'univers. 

Je manquerais, Très Digne Frère, aux sentiments d'estime 
et d'amitié que je vous ai voués, si je dissimulais une petite 
inadvertance qui vous est échappée, que je n'attribue ni à 
votre cœur, ni à votre esprit, et dent je fais tout l'honneur 
à la hâte de. vos affaires, ou à votre fièvre. En scellant votre 
lettre, contre votre usage, vous avez peut-être désobligé le 
R '. F. . d'Aigrefeuille, qui est si plein d'estime et d'amitié 
pour vous. Je sais qu'il est des vérités sacrées, qu'il faut taire, 
et ne point exposer à la profanation. Mais votre lettre n'en 
contenait pas. et j'oserais presque croire que vous auriez pu 
montrer votre lettre à bien des personnes sans vous compro- 
mettre. Ne voyez-vous pas les merveilles de l'univers expo- 
sées à tous les veux, sans fixer I'attextiox que du très petit 
nombre ! 

Votre précaution n'a peut-être produit d'autre effet que 
de me mettre dans la nécessité de vous imiter, de faire fer- 
menter un instant la curiosité de votre ami, et lui faire penser 
que vous étiez plus réservé avec lui qu'avec moi, qui lui dois 
cependant votre connaissance et les sentiments, que vous 
voulez bien m'acçorder. 



\ aie et ama. 



\ être Dévoué Frère. 



Ch. 






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411 



Lettres du F*. Bacon de la Chevalerie. 



Extrait du Supplément au Tableau des Frères initiés ou 
affiliés au Rit Primitif : 

N ' 49 : Bacon de la Chevalerie, ancien officier-général, né 
et domicilié à Paris. Décoré de tous les grades de divers Rits, 
notamment, Grand-Inspecteur du 32' degré du Rit Ecossais, 
dit ancien et accepté; Rose-Croix £< ©, Substitut Universel 
du Grand-Maître des E. C, depuis 3766 ; Grand-Officier 
d'Honneur honoraire au Grand-Orient de France ; Assoc. 
III. io-ii mai 1806. 2 e , 3 e , 4". Député des Hauts Atteliers de 
la Souveraine Grande Loge des P. auprès des Hauts Ateliers 
du Grand-Orient de France, et représentant du Rit Primitif, 
ayant séance au Grand Directoire des Rites. 



L'Equcs a Capite Galeato au F. •. Bacon de la Chevalerù 



X..., le 28 avril 1805. 

Très Révérend Frère et Digne Maître R. R. 

Vous m'avez témoigné tant de bonté et d'amitié, pendant 
mon séjour à Paris, que je me flatte d'avoir encore une petite 
place dans votre souvenir. Vous avez été l'un des premiers 
coopératcurs d'une nouvelle organisation Maçonnique. Je ne 
peux mieux m'adresser qu'à vous, Très Révérend Frère, pour 
obtenir des notions justes à cet égard ; à vous, qui avez 
parcouru, à très peu près, tous les cercles de la science, et 
qui. en m'initiant à quelques-uns, m'avez appris combien la 
multitude de grades et le vulgaire des M.*, étaient étrangers 
à la vraie M. \ 

Je ne dois pas vous laisser ignerer, Tr. \ Rév. \ F. •., que 
les voyages et d'heureuses circonstances ont aussi favorisé 
mes frères ; et que, tenant chacun à divers Rits ou Régimes, 
tenant même anciennement au Grand-Orient de France par 
les. grades symboliques et par tous les grades rouges, nous 
tenions en corps à des Maîtres, qui, peut-être, avaient avec 



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-M- ? 



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vous, Très Digne Maître, plus d'un rapport, mais qui se 
complaisaient à rester inconnus à la multitude. 

Les événements, qui ont compromis notre existence person- 
nelle, et absorbé la majeure partie de nos biens temporels, ont 
aussi livré à la spoliation nos Diplômes, nos décorations, nos 
archives Mac.'., et surtout coupé le fil de nos Correspon- 
dances. C'est en cherchant à recueillir quelques débris épars, 
échappés à la destruction, et les traces de nos anciennes liai- 
sons, que nous avons vu les plans du G.'. O.'. de France daas 
son nouveau mode. Nous ne saurions abjurer nos rapports avec 
des maîtres, dont nous sommes contents, et qu'il est de notre 
devoir de chercher, jusqu'à ce que nous les ayons retrouvés. 

Avez la bonté de juger dans votre sagesse, Tr.\ Rév. \ Fr.\, 
si nous avons bien entendu la déclaration, que le G.'. Or.', de 
France a faite ; qu'il s'unit à tous les frères de quelque Rit 
qu'ils soient ; 

Si sous les auspices de cette union, nos Loges peuvent pré- 
tendre à fraterniser avec celles qui tiennent immédiatement 
au G.-. Or.-, de France, à la charge seulement de verser dans 
la caisse dudit G.'. Or.'., à titre d'hommage, soit en une fois, 
soit annuellement, une prestation convenue, ainsi que l'hono- 
raire des brevets et certificats des frères, qui désireraient 
d'en avoir : 

Si ces données ont votre approbation et votre appui. Tr. \ 
Rév.-. F.-., il sera temps de convenir des autres modes et 
peints de contact. 

J'écris, par ce même courrier, une planche tracée au T.-. 
Rév. \ F. ■. de Montaleau qui, probablement, n'aura pas ignoré 
la part qu'un de mes frères et moi avons prise aux travaux 
des Philalèthes. 

J'ose espérer, Tr.'. Rév.-. F. \, que, quelle que soit votre 
opinion, vous aurez la bonté de m'en faire part très in< 
samment. 

J ai l'honneur d'être, par tous les nombres mystérieux, et 
avec 1 attachement respectueux que je me plais à vous devoir. 
lr •'■ R év. *. F. \ et digne Maître R. \ R. .. votre très honoré! 
et Très obéissant serviteur et dévoué Frère. 



Cn. aîné. 



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413- 



Le Frère Bacon de la Chevalerie à l'Bques a Capite Galeato. 



A l'Or. •. de Paris, le 20 janvier 1806. 
Tr.\ Ch.-. Fr.-., 

Je vois par votre lettre du 15 juin dernier, qui ne m'a été 
remise que depuis peu de jours, que vous n'aviez point encore 
reçu la mienne du 23 de ce même mois, par laquelle je vous 
répondais à la fois aux deux lettres que vous aviez adressées, 
le 28 avril précédent, au F. \ Rcettiers de Montaleau et à 
moi. 

Je vais donc succinctement vous retracer ce que contenait 
ma réponse. 

Je ne vous dissimulais point, T.-. Ch. \ F.-., le plaisir 
extrême et la reconnaissance que m'avait causé (sic) le témoi- 
gnage flatteur de votre souvenir, et la satisfaction que je 
ressentais de vous voir de nouveau reprendre les travaux 
Maçonniques, que je n'ai, moi-même, jamais abandonnés, et 
auxquels je dois la constante fermeté qui m'a soutenu calme 
à travers les tempêtes révolutionnaires et les revers multi- 
pliés qui m'ont personnellement accablé. 

Je vous disais que le G. \ Or. \ de France avait cru de sa 
sagesse d'ouvrir son accès et son sein à tous les Rits, que 
lorsque les Directoires Ecossais se représenteraient, ce 
qu'ils n'ont point encore fait, on les laisserait jouir, sans dif- 
ficulté, des avantages de leur Traité primitif ; qu'à l'égard 
des autres Rits, lorsqu'ils se feraient connaître sous L'éten- 
dard d'une composition morale, telle que nous devons tous la 
désirer, je ne doutais pas de l'accueil fraternel que le G. \ Or. \ 
serait disposé à leur faire. s 

Il a nommé un Consistoire pour prendre connaissance des 
diverses demandes de ce genre ; les membres en sont classés 
par districts ; chaque district est composé de cinq frères. J'ai 
été destiné à faire nombre dans celui des grades les plus émi- 
nents et les moins connus. Je ne suis cependant point Phila- 
lèthe, mais je suis, comme vous le savez, Substitut Universel, 
pour la partie Septentrionale, du Rcv. \ Ordre des Elus Coën. \ 
(Rit extrêmement peu connu). (Sic.) 

Les Loges, auxquelles vous tenez, peuvent donc former 
leurs demandes, nommer des Députés auprès du Grand- 



414 



DOCUMENTS 



Orient, et leur donner des instructions auxquelles ils seront 
tenus de se conformer, et qui soutiendront vos propositions. 
Vous ne devez pas douter. Tr. \ Ch \ F. \, du zèle que je 
mettrai à favoriser la réunion de Frères si estimables et d'an- 
ciens Maçons au Corps Central de la Maçonnerie Fran- 
çaise. 

Le Frère d'Aigrefeuille, a-t-on dit. est déjà investi de pou- 
voirs. Si les Rits, auxquels vous ou d'autres Frères tiennent, 
ont une descendance multipliée, il faudra multiplier aussi les 
représentants, car un seul membre du Grand-Orient ne peut 
exercer que cinq députations symboliques et autant de chapi- 
trales... 

Voilà, T. . Ch. '. F.-., tous les renseignements que je puis 
vous donner. Quant à des conseils, je ne m'en permettrai 
peint : ma profession de foi est connue ; vous savez aussi 
juequ'à quel point de lumières m'ont conduit mes travaux et 
mes sacrifices. 

T'ai toujours cru qu'il était important qu'un centre com- 
mun entourât le faisceau Maçonnique : que. sous son enve- 
loppe, chacun pût parvenir aux progrès, qu'un travail constant 
doit nécessairement procurer. C'est sous ces bannières qu'a été 
le le G. - . Or.- de France et, qu'à l'aide du zèle d'excel- 
lents Frères, il s'est maintenu jusqu'à ce jour, et j'espère qu'il 
maintiendra de longues années encore, si le bon esprit, 
qui le guide, se soutient, et. surtout, s'il se renferme toujours 
dans les bornes des grades symboliques, et des quatre on 

supérieurs de la Maçonnerie qu'il a adoptés 

Mon grand âge et ma ruine totale, toute ma fortune exis- 
tante à Saint-Domingue, ont borné mes fonctions, au G \ O." 
de France, au titre de G. \ Officier d'Honneur Honoraire. 
Mon adresse personnelle est. rue Guisarde, faubourg Saint- 
Germain, n" 14. 

Bacon de la Chevalerie. S S 
Du même au même. 



A l'Or.-, de Paris, le 6 e jour du 6' mol- 58 

et Ch. \ Fr. •. d'Aigrefeuille ne m'a rien la 
votre correspondance avec lui. touchant la réunion 



DOCUMENTS 



415 



pr< jetée entre le Rit Primitif et le G. \ O. \ de France. Tout 
ce qu'il vous a mandé, sur ce point, a toujours été concerté 
entre ce Révérend Frère, le Frère de Montaleau, et moi, 

Si, comme autrefois, j 'eusses joui de quelque influence au 
G. \ O. •.. dès longtemps vous auriez obtenu la satisfaction 
désirée ; mais je suis au rang de ces vieux animaux domes- 
tiques, qui ne sont plus bons à rien, et qu'on laisse vivre par 
charité. 

Je vois avec peine les délais qu'une administration, lente et 
hérissée de formes, vous fait éprouver. Je crains même que 
la représentation exigée du Titre Constitutif de la R. \ Loge 
des Ph... ne vous cause quelque embarras. Surtout, d'après la 
spoliation de vos Diplômes. Archives, Correspondances M. \ 
que vous m'avez annoncée par vos lettres intéressantes du 
28 avril et 15 juin 5805. 

Mais comme il n'est pas permis. Très Cher et Bien Aimé 
Frère, à quiconque vous connaît, de douter de la vérité des 
faits allégués par vous, et que la contexture de votre Consti- 
tution première ne peut être entièrement sortie de votre 
mémoire, je ne vois aucune difficulté à ce que vous en traciez, 
de mémoire, une expédition que vous et rcs estimables 
Frères certifierez conforme à la pièce originale, et, dès lors, 
toutes les difficultés me paraissent devoir être levées. 

Le Frère d'Aigre feuille, qui réunit à toutes les qualités 
sociales et Maçonniques l'avantage de vous appartenir, qui 
est précieux à mon cœur, a désiré que je vous fisse part de 
mon opinion : la voilà. Et c'est un plaisir pour moi d'avoir 
cette nouvelle occasion de vous assurer des sentiments tendres 
et fraternels que vous a voués peur la vie, Tr. \ Ch. \ et Bien 
Aimé Frère, 

Votre serviteur, ami et frère 

Bacox de la Chevalerie. 
L'Equcs a Capitc Galeato au F.-. Bacon de la Chevalerie. 



X..., le 16 août 1806. 
F.-. Ch... au Tr.:. Rév. •. Tr.\ Subi.-, et T.-, 
111.-. Frère et Maître Bacon de la Chevalerie. 

Le Rév. \ et Ch. \ frère d'Aigrefeuille est entré tout à fait 






416 



DOCUMENTS 



dans les vues de la Rév. \ Loge des Ph..., et du Rit Primitif., 
qu'elle professe, lorsqu'il vous a communiqué toute ma corres- 
pondance avec lui, touchant l'aggrégation du Rit Primitif 
au G. •. O. •. de France, et il m'a fait un cadeau précieux, 
lorsqu'il m'a procuré la marque d'intérêt, de souvenir, et de 
bonté constante, dont la lettre, que vous m'aviez fait l'hon- 
neur de m'écrire le 6 du courant, est un témoignage irréfra- 
gable. 

La Révérende Loge a été en effet complètement spoliée, 
mais par un effet précieux du hasard, par des soins et au 
prix de quelques sacrifices, elle a été réintégrée, depuis quel- 
ques mois, de son Titre Constitutif. Les copies en ont été 
faites en mai, et seraient depuis longtemps à Paris, sans 
des idées conçues, peut-être légèrement, par quelques Ph.... 
sur la dénomination textuelle et caractéristique de Rit Primi- 
tif, qu'il leur a paru que l'on voulait leur enlever. 

Au surplus si, demain, les autres membres du Conseil de la 
Rév.-. Loge sont, comme je le pense, du même sentiment que 
moi, les copies des Constitutions partiront par le prochain 
courrier, qui est lundi. Alors le Chapitre Métropolitain de 
l'O. '. de Paris, qui ne s'est qualifié de Rit Primitif, que posté- 
rieurement aux lettres que j'ai écrites relativement à ce Rit. 
reconnaîtra sans doute s'il appartient au même Rit que la 
Rév.* Première Loge, et qui, de lui ou de nous doit conserver 
la dénomination pure de Rit Primitif — si l'on n'a pas déci- 
dément l'intention d'en imposer aux autres et à soi-même sur 
les vraies relations Maçonniques. 

Je suis du moins bien sûr que — si vous êtes consulté, 
comme on vous le doit à toute sorte d'égards — vous n'hésite- 
rez pas un moment à apprécier les justes droits d'un établisse- 
ment qui sera toujours flatté de ce qu'il vous est agréable 
(1 être compté au nombre de ses membres. Agréez l'expression 
des sentiments tendres, fraternels, et respectueux, que je 
conserverai toujours pour vous. Mon Bien-Aimé Frère et 
Très Révérend Maître R. >ï< S. 



Votre... Cn. 



. II. -il ■■•■■■■■■■■■■■ »■' 



■:l...i.u....i^ i,,,,,^,,!,^,^^»: ■■■■^JM.'v.UitHArMii 



DOCUMENTS 417 

Bacon de la Chevalerie au F. -, Equcs a Capitc Galeato. 



Mon B. 



A l'O.-. de Paris, le 8-ll.\ 06.-. 
A. •; et Vénérable.-. F.'..' 



Le 27 août dernier, le F.-. d'Aigrefeuille eut la complai- 
sance de me remettre votre aimable PI.'., du 16 du même 
mois ; ce même F. \ s'est chargé de vous prévenir que la 
demande de la R. \ Log. \ des Ph... en aggrégation au G. \ 
Or. •. avait été admise, unâ voce, le 27 septembre dernier, par 
le Directoire des Rits. 

Je vous annonce qu'avec moins d'unanimité — 41 voix con- 
tre 21 — majorité, 15 — et en conséquence de l'admission du 
Directoire, le Gr. \ Or.-., dans sa séance d'hier, 10.'., a con- 
firmé la décision du Directoire : le Rit Primitif est donc, sans 
retour, affilié au G. \ Or. \ de France. :. 

La compétence du Directoire ayant été jugée ne pouvoir 
s'étendre jusqu'à l'admission des Loges et Chapitres particu- 
liers, la R. •. L. '. des Ph... sera mise sous les yeux de la 
Grande. \ L. \ Symbolique, dans sa première séance qui aura 
lieu le 2i e .-. j.\ de ce mois, et son Chapitre, sous ceux du 
Grand-Chapitre général qui tiendra le jour suivant, mercredi 
22. -. — de l'Administration desquels les demandes dépendent. 

Le Tableau, que vous avez adressé au G. \ O. \, sera aug- 
menté des signatures des FF. \ d'Aigrefeuille, de Montaleau. 
Harmensen, de la mienne. Ainsi vous aurez, à cette époque 
satisfaction complète. 

Nous n'avons pas pu éviter ces longueurs ; le G.-. Or.-. 
s'abîme dans les formes. Il est dirigé par des hommes de Loi, 
qui jouent tout leur jeu, corroborés par la terrible influence, 
dont ils nous ont accablés dans les temps malheureux. 

C'est vous dire. B.\ A.-, et V.\ Fr.\, combien peu je vous 
ai été utile dans cette affaire. \ Je suis pauvre et vieux, et 
c'est par pitié qu'on daigne m' ouvrir les portes du G.\ O. \. 
oïl je ne me permets pas de porter la parole, et où l'on se 
permet au contraire de fréquentes insultes, protégées par les 
présidents. 

Voilà la considération que me valent cinquante-neuf années 
de profession maçonnique, 76 ans d'existence, et, surtout, ma 
ruine totale.-. 



14 



4i8 



DOCUMENTS 



Xe croyez cependant pas que mon caractère ait faibli : ni 
ma tête non plus. Mon âme les soutient, et le temps n'est peut- 
être pas éloigné où je ferai sentir à la canaille qui, profitant 
du malheur des temps, s'est introduite dans un Temple quelle 
inonde de souillures, tout le mépris qu'elle )n'inspire, et 
qu'elle a lieu d'attendre de tous les bons et vrais Maçons.-. 

Je vous ai déjà exprimé toute ma sensibilité à l'aggréga- 
tion. dont m"a honoré la R. \ Loge des Ph..., et aux témoi- 
gnages de sa confiance. Je ferai, dans le peu de jours qui me 
restent à passer parmi les hommes, tout ce qui dépendra de 
moi pour justifier son choix et vous donner à vous-même. 
Tr. •. Yen. \ et B.*. A.-. Fr. \. les preuves du plus tendre et 
plus fraternel attachement. 

Bacox de la Chevalerie.-. 

P. S. \ — Malgré les vérités fâcheuses, qui viennent d'échap- 
per à ma plume, je dois vous dire qu'il existe au G. \ O \ un 
grand nombre de maçons éclairés, honnêtes et vertueux ; 
mais (comme partout) la modestie et le silence sont leur 
partage, et ils laissent aller les choses, pour conserver leur 
tranquillité. 



L'Eques a Capite Galeato au F. ■ Bacon de la Cheval. 



X..., 19 novembre 1S06. 

Mon Bien Aimé Frère et Très Révérend 
Maître R. * *. 

Agréez l'expression de ma gratitude pour l'intérêt que vous 
avez bien voulu mettre au succès du traité entre le G.'. O.'. 
de France et la R. \ L. \ des Ph..., et celle de toute ma sensi- 
bilité pour les suites pénibles que vous fait éprouver la diiïé- 
fenec de votre situation. Je suis d'autant mieux en mesure de 
ipprécier, que je les éprouve clans ce petit coin du monde, 
et d'autant plus sensiblement que je vis au milieu d'une poi- 
gnée de gens, dont une partie se rit de ma détresse, et l'autre 
se rengorge de posséder les biens inr - - qui m'étaient 
destinés. Les mêmes individus, qui se trouvaient honorés 



II... !■•■■■■■■■■■■■■-■■ 



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DOCUMENTS 



419 



d'avoir accès dans la maison de mon père, croient me faire 
grâce en m'admettant quelquefois chez eux. 

Enfin, passons la truelle sur des malheurs, qu'il n'a pas 
dépendu de nous d'éviter, et cherchons notre dédommage- 
ment dans les hautes et sublimes contemplations, que l'on ne 
petit pas nous enlever, ni peut-être partager avec nous. 

A cette occasion, permettez-moi de vous inviter, Tr.\ Rév. \ 
M.'., à prendre, avec réflexion et d'avance, des mesures cer- 
taines, pour que les documents précieux, qui sont en vos 
mains, ne soient exposés en aucun cas, à tomber jamais en 
des mains indignes et profanatrices. 

La Rév.-. Prem. •. L. \ vous prie d'agréer un exemplaire 
«d'un petit discours, qui donne une notion générale du Rit 
Primitif. Vous le recevrez avec cette lettre, ou très incessam- 
ment, par la médiation du Rév. - . F. \ d'Aigrefeuille. 

Ce discours fut remis à la R. \ Prem.-. L. \ par le Commis- 
saire Installateur, comme écrit classique du Rit. Il fut réim- 
primé en 1790, et précédé du Tableau de la Loge. Tous les 
exemplaires avaient été brûlés ou enlevés, pendant les temps 
orageux. Le hasard ou la cupidité ont heureusement conservé 
un ballot en feuilles, que nous avons récupéré, et nous avons 
joint aux exemplaires une note manuscrite des nouvelles 
acquisitions que la R. \ Pr. \ L. \ a faites, cette année. 

Si je ne me méprends point, T. R. M., vous entendrez 
dans ce discours certaines choses, dans lesquelles beaucoup de 
fiers Maçons ne trouveraient pas le sens commun. En tout 
état de cause, nous souhaitons qu'il vous soit un témoignage 
de notre considération et de notre attachement. Xos autres 
frères de Paris en recevront aussi, et le liront, chacun selon 
la couleur de ses lunettes. 

Vous remarquerez, au tableau manuscrit, la qualification 
que l'on vous y donne de député des Hauts Ateliers... etc. Si 
vous agréez cette qualité, et qu'il y ait lieu de l'exercer au 
G. - . O. •. — ce que j'ignore complètement — nous en expé- 
dierons le diplôme. 

Mes sentiments tendres, fraternels et respectueux vous 
sont toujours dévoués. Mon B. A. et Tr. Rév. Maître R >5<>ï<. 



Ch. 



420 DOCUMENTS 

Le F. \ Bacon de la Chevalerie à l'Eques a Capite Galeato r 

Orient de Paris, le 58-26; 07. 
Mon B.\ A.\ et T.-. V.\ F.-., 

Xe me condamnez pas, mais plaignez-moi bien plutôt, du 
long et trop long silence que j'ai gardé sur votre planche 
chérie du 19 novembre 1806, et sur l'excellente esquisse qu'elle 
m'annonçait, et qui, en effet, m'a été remise par le Ch. \ et 
R. \ F. \ d'Aigrefeuille, quelque temps après la réception de 
votre planche, avec l'erreur que l'exemplaire, qui est dans 
mes mains était destinée au Ch. \ F.-, de Bondi qui, vrai- 
semblablement, aura été pourvu de celui qui m'était adressé. 
Je me suis plusieurs fois présenté chez lui pour lui en pré- 
senter le contre-échange, mais il s'est trouvé presque toujours 
à la campagne, et les autres fois, absent. Je me suis enfin 
déterminé à garder le trésor que je possédais. 

Je l'ai médité plusieurs fois, T. \ C. \ F. \, et y suis, tou- 
jours, revenu avec plaisir. J'ai vu que, dans les développe- 
ments graduels, que produit cet écrit, il ne laisse rien à désirer 
au M -. instruit et néanmoins ne compromet point les mystè- 
res les plus graves et les plus importants. J'en ai porté cer- 
tains traits sur mes lèvres avec respect. J'ai vu, enfin, avec 
délices, dominer, dans ce précieux ouvrage, le principe vul- 
gaire et sacré de l'amour des hommes, duquel dérive la bien- 
faisance obligatoire, en faveur de l'humanité en général et de 
la fraternité particulièrement. 

En parcourant le tableau des Membres de la Rév. \ L. \ des 
Ph.... j'ai donné de nouveaux regrets à la perte de l'excellent 
F. -. marquis de Marnesia qui. si l'on conserve dans les lieux 
qu'il habite le droit et le pouvoir d'observer les vicissitudes 
mondaines, jouit sans doute de quelque satisfaction de la 
destinée de sa petite-fille, portée au trône électoral de Bade, 
et de son gendre. M. de Beauharnais. au Sénat de l'Empire 
français. Sic voluere fata. Du reste, ori ne peut s'empêcher, 
en admirant sa composition, de regretter que tant de dignes 
frères ne soient pas réunis, et que les travaux des quatre 
Chapitres ne soient pas en pleine activité. 

A cet égard, je me suis rendu compte, au premier Chapitre, 
des abréviations de lier.-, et de Kil. \, mais je n'ai pu me 



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if-M-rf--" — iirni l tiiVin.Hîrr t - vm ■■ . :L\:<<s< ^ 



DOCUMENTS 



421 



rappeler la terminaison de Old. •. Vous me ferez plaisir de 
me la donner, à moins que ce ne soit Oldensée. 

Quant au Supplément, vous ne pouvez pas douter, T. \ C. \ 
F. - ., que je ne reçoive avec une vive reconnaissance, et que 
je n'accepte, avec respect, la Députation des Hauts Ateliers 
de la Souveraine G.'. L. *. des Ph. \ auprès des Hauts Ate- 
liers du G. \ O. •. de F. \, près duquel la R. \ L. \ des Ph. \ m'a 
déjà accordé la faveur de me nommer représentant du Rit 
Primitif, qui m'a donné le droit de séance au G. \ Directoire 
des Rites, ou la non activité du Directoire Ecossais et le 
Silence Absolu des Elus C. \ toujours agissants sous la 
plus grande réserve, En Exécution Des Ordres Suprêmes 
du Souverain Maître . •. LE G.-. Z.\ IV. \ /.*. (1). 

J'ai remarqué quelques erreurs et fait des observations sur 
le Tableau supplémentaire. Je vous les soumets : 

i° Je ne suis point né à Paris, mais à Lyon ; 

2° Le F.', de Montaleau est premier représentant particu- 
lier du Gr. . Maître. Le F.' de Valence a succédé au F.-, de 
Grasse-Tilly, en qualité de second représentant particulier. 
11 existe en outre un Grand-Représentant : celui-ci a la repré- 
sentation générale aux Assemblées du G. - . O.'. ; 

3 Le F. \ abbé d'Alez-Bermond-d'Anduse n'a point été 
G. - . Orateur, nî G.'. Secrétaire Général ; il a été simple- 
ment G. . Officier d'Honneur, et n'est plus porté sur le 
Tableau, par égard pour l'ancien ministre des Cultes, qui 
s'était ridiculement annoncé pour ne le présenter à aucune 
place de son ordre tant qu'il figurerait dans les Loges de 
F.-. M.-.; 

4° J'ai observé que quatre des membres supplémentaires 
portent le titre de l'un des douze uniques Chevaliers de la 
Toison d'Or, et je vous avoue franchement que mon instruc- 
tion ne va pas jusqu'à connaître ce titre Mac. \, à moins qu'il 
ne soit inhérent à celui de G.-. Inspecteur du 33 e degré, auquel 






(1) Malgré de minutieuses études, nous n'avons pu découvrira 
quel Supérieur Inconnu des Élus Cohens il est fait allusion par le 
F.-. Bacon. VEques l'interrogea lk-dessus, mais ne reçut pas de 
réponse. (M. de l'A.) 



422 DOCUMENTS 

je n'ai pas été admis, quoique l'on me l'eût offert et que je 
l'eusses accepté. Mais ce n'est pas le plus poignant des affronts 
que j'ai éprouvé {sic) au R. \ G.*. Or. - , de France, dans la 
Fondation duquel j'ai été le principal Coopérateur, que j'ai 
présidé pendant seize ans, dont dix comme G. \ Orateur, et 
six, comme G. \ Représentant unique du G. \ Maître. \, et que 
je sois le seul des Fondateurs du G. - . O. \ qui en soit resté 
membre depuis trente-six ans, date de son établissement dû 
à mes seins soutenus, pendant six années consécutives, et à 
130 Mille Liv. de sacrifices que me coûte l'Art Royal. 

C'est aux tribulations, aux angoisses qui m'ont éprouvé 
depuis quatre ans, et qui se sont cumulées, depuis dix mois, 
que vous devez mon trop long silence; quand on est bien 
tourmenté, on se donne des torts ; l'Amitié n'en souffre pas. 
mais tous les ressorts expansifs sont paralysés. Je ne vous 
ennuierai pas de ces détails révoltants. Je me plais cepen- 
dant à vous dire que le Ch. \ et R. \ F.-. d'Aigrefeuille les 
connaît, que son amitié m'a consolé, soutenu et, peut-être, 
empêché de commettre quelque grande faute, oui grande et 
très grande, car si j 'eusses été contraint de jeter le manche 
après la cognée, l'éclat en eût été terrible, et, peut-être irré- 
médiable. Je suis encore sous le coup. Je ne sais ce qui en 
arrivera, mais je me sens plus de force en vous écrivant: c'est 
une consolation, je le sens, de confier ses peines à un homme 
honnête, à un bon F. \, Bon, par nature et par principe. 

Je vous ai pris bien dû temps, C. \ F. \, et je finis par 
vous demander une faveur, celle d'obtenir l'union au Rit 
Primitif du F. \ de Joly, avocat au Conseil, Vénérable. \ de la 
R. •. L. *. d'Anacréon, Orient de Paris, et G.-. Secrétaire de la 
G. •. L. \ d'Administration du G. \ O. \ de France. C'est 
un homme doué de beaucoup d'esprit ; il fut très avant lancé 
dans les affaires publiques. Je crois qu'il a succédé à D'Anton 
(sic) ou à son successeur — également avocat au Conseil — • 
tous deux morts sur l'échafaud — au Ministère de la Justice : 
il s'en est tiré plus heureusement. Votre Cousin et R. \ F. \ 
d'Aigrefeuille lui a trouvé des qualités qui lui font estimer, 
et je présume qu'il verra avec plaisir le succès de ma demande 

Le F.-, de Joly me paraît jeuir aussi de l'estime du 
G. •. Maître. \ Le Sérénissime F. \ Archichancelier. 

Je vous prie d'être mon interprète auprès de la R. . L. \ des 



lÉWMlilnil'^iiiiiiliiii nia ft i i n'Jr 



DOCUMENTS 



4^3 



Ph. •. et de dire aux C.-C. \ FF.-., qui la composent que j'atta- 
che un prix infini au discours qu'ils ont bien voulu me confier ; 
il n'a pas peu concouru à corroborer mon zèle Maçonnique. \ 
auquel on porte ici de vigoureuses et fréquentes atteintes 
Mais il entre des contrepoids dans la balance. Je le sens en 
vous communiquant mes diverses sensations et lorsque je 
vous renouvelle l'assurance de mes tendres sentiments pour 
vous, T. \ C. •. F. •.. Ils seront aussi constants que fraternels. 

Bacon de la Chevalerie, ^ ©. 



Lettres du F.', abbé d'Alès-Bermond d'Anduse. 



Nous faisons précéder les Extraits de la Correspon- 
dance de TEques a Capite Galeato, avec l'abbé d'Alès, 
de deux fragments qui nous ont paru utiles au lecteur. 
Le premier document se rapporte au fameux Weishaupt ; 
le second explique fort naturellement les relations qui 
s'établirent entre les deux correspondants. 



Extrait d'une lettre de l'Bques... au Frère Rœttiers 
de Montaleau. 

, N..., 12 mai 1806. 

... Je vois avec autant de surprise, et encore plus de tris- 
tesse, que, dans la volubilité de la composition, vous avez 
écrit : toute Loge qui se tient isolée est pour ce seul fait dan- 
gereuse. 

De bonne foi, T. R. F., est-ce dans les loges isolées que 
s'est tramée l'Atroce Conspiration de Philippe et de Robes- 
pierre ? — Est-ce des loges isolées qu'étaient sortis ces hom- 
mes marquants qui, réunis à l'Hôtel de Ville, soufflèrent la 
révolte, la dévastation, l'assassinat ? Et n'est-ce pas des 
Loges liées, co-et-sub - ordonnées que le Monstre Weishaupt 



i 



424 DOCUMENTS 

avait établi ses leçons d'épreuve, et fait préparer ses horribles 
Principes ? ... (i). 



Fragment d'une lettre de l'Equcs... au Frère d'Aigrcfculllc. 

X..., le 14 août 1806. 

... In Mo temporc que M. l'abbé d'Alez était à Madrid, 
quelques frères du Rit Primitif, qui avaient des affaires dans 
la même ville, ayant entendu parler du zèle et des lumières 
de M. l'abbé d'Alez, se proposèrent de faire sa connaissance, 
et de l'associer au Rit, si cela pouvait mutuellement leur con- 
venir. J'ignore la suite qu'a pu avoir cette première partie de 
l'épisode. Lorsque, sur les avances que vous aviez fait faire 
par le Vénérable F. de Thory, il fut question d'associer une 
partie de votre Société Secrète à la R. \ Prem. \ Loge, ou au 
Rit Primitif, et que je demandai un Tableau détaillé et un 
Mémoire, je pensais que l'abbé d'Alez serait sur le Tableau, 
et même qu'il serait le rédacteur du Mémoire, d'où j'espérais 
pouvoir reconnaître si nos frères avaient abouti à lui... 

Vous fîtes votre retraite avec beaucoup de politesse, sans 
doute, mais il n'en fallut pas moins renoncer aux espérances 
que nous avions d'abord conçues. Brisons donc là-dessus. 

Cependant, j'oserais désirer de M. d'Alez, sous vos aus- 
pices, qu'il voulût bien dans ses moments de loisir, s'occuper 
d'un Mémoire, dont à raison de ses lumières, de son esprit, de 
son état, il est plus en mesure que personne de remplir le but 
avec succès. 

Il s'agirait d'examiner, d'abord, si deux Bulles contre les 
F.-. M*'., l'une de Clément XII et l'autre de Benoit XIY. sont 
authentiques ; 2°, si, étant reconnues vraies, elles mettent, 
soit les prêtres, soit les gens du monde, dans le cas de s'abs- 
tenir de la Maçonnerie. J'ai vu autrefois ces Bulles, à la 



(1) Voir p. 362-^07 les lettres de 1808 et 1809 qui ont trait 
aux relations de Weishaupt avec le G.-. 0.\ de Fiance, à cette 
époque. Quelle comédie YEques jouait-il là en face de l'initié 
inférieur Montaleau ?... (X. de l'A.) 



DOCUMENTS 425 

suite d'un petit livre, où Ton prétendait dévoiler le secret des 
F. •. M. •., et je les regardai comme apocryphes. L'Histoire du 
Jacobinisme par Baruel en fait mention, à ce qu'il me sem- 
ble ; mais je suis sûr qu'elles sont citées dans de prétendus 
Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique du xviii* 
siècle. 

Ceux de mes frères, qui ont été en Espagne ou ont lu ces 
ouvrages, ne veulent plus entendre parler de la Loge et de 
M.. .rie. Si donc tous les hommes timorés, qui, au bout du 
compte, sont pourtant les plus honnêtes gens, nous quittent, 
serons-nous bien flattés, vous et moi, de n'être en société 
qu'avec ceux qui n'on ni foi, ni loi ? (1). 

Dans le cas où M. l'abbé d'Alez accepterait de vous la 
mission de rassurer les F.-. M.*, sur l'effet des Bulles, dont 
s'agit, il pourrait tout d'un temps repousser les traits acérés 
que divers auteurs — surtout les deux que j'ai cités — ont 
lancé contre les pauvres F.-. M.-., en leur imputant les hor- 
reurs de la Révolution, dont, assurément, je les crois, pour le 
moins, très innocents, du moins comme maçons (2). 

Cet article-là n'est point indifférent — je ne sais à Paris — 
mais en beaucoup de villes de province, où bien des hommes 
estimables, qui même n'abjureraient pas la Maçonnerie par 
principe de conscience, s'en abstiennent à raison des imputa- 
tions odieuses, avancées par l'auteur du Jacobinisme, et par 
celui des Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique 
du xvm e siècle. 

De sorte que si, à votre considération, M. l'abbé d'Alez 
éclaircit cette affaire, d'une manière victorieuse, il aura bien 
mérité de la chose Maçonnique, et mention honorable doit en 
être faite par tout le monde « Eclairé par 3 Fois 3. » 

Le simple rapprochement de ces pièces est singuliè- 
rement éloquent et instructif. Dans cette partie de notre 
étude, nous nous sommes imposé l'obligation d'apporter 



(1) Il n'est pas besoin de faire remarquer l'extrême importance 
de ces lignes. (N. de l'A.) 

(2) Quand YEques dit-il ce qu'il pense ? Ici, ou p. 423, lors- 
qu'il parle des Loges « sub-ordonnées au Monstre Weishaupt » ? 



426 DOCUMENTS 

les documents et de recueillir les aveux. Au lecteur 
impartial de lire, de méditer, et de porter un jugement 
qui ne saurait contredire les conclusions de notre vaste 
enquête. Et maintenant, venons à M. l'abbé d'Alès. 



Le F. \ d'Alès'Benuond d'Anduse à l'Equcs... 

Paris, 9 octobre 1806. (E. '. V. \) 

Rue de Joubert, n° 33. 

Grâces à votre tout aimable et honoré cousin, Notre Très 
Sublime Président d'Aigrefeuille, me voici enfin, Très Cher, 
Très Digne, Très Révérend Frère. Et, tel est l'effet de la 
fraternité que je vais vous écrire, pour la première fois,, 
comme si c'était la mille et unième fois de ma vie. 

Je vous dois des remerciements pour votre bienveillante 
amitié si gracieusement offerte ; au lieu de vous les adresser, 
je vous gronderais presque, et tout de bon — si je l'osais. 
Vous avez — entendez-vous — trop haute opinion de mes 
faibles lumières. Vous paraissez attendre de moi les fruits 
du talent, quand je n'ai que des efforts à vous offrir. Tels 
qu'ils sont, je suis prêt à les consacrer au bien de l'Ordre et 
de mes frères ; trop heureux, s'ils peuvent être de quelque 
utilité ! 

Si, toutefois, un zèle sans bornes, une discrétion à toute 
épreuve, un cœur droit et ferme dans la Recherche de la 
vérité, attirent la considération et la méritent — oh ! alors, je 
dois avoir la vôtre toute entière. La mienne vous est acquise, 
dès longtemps, à toutes sortes d'égards — surtout par la pu- 
reté, de vos principes. — J'ai été vivement touché de l'ex- 
pression franche et vigoureuse de votre âme brûlante, qui se 
peint tout entière dans vos lettres. 

Pénétré d'un respect involontaire pour le Rit primitif, que 
je suppose devoir remplir son titre, présenté par vous, sans 
me mettre en garde contre le Charlatanisme — si commun 
parmi nous — j'ai désiré, sans doute, le connaître ; mais avec 




w 






428 DOCUMENTS 

cette modération qui doit toujours accompagner les désirs 
du Sage. 

Tenant pour maxime inviolable le « fcstina lente » qu'il 
prescrit, je me suis vu arrêté par le « omnia tempus habent », 
qu'il ordonne également ; parce qu'avant d'enfanter il faut 
concevoir. 

Telle a toujours été la marche sûre de l'homme homme, et 
du Mac. \ vrai Mac. •'. 

D'après ces données, T.'. R.\ F.-. — que vous jugerez être 
ma mesure exacte — je vous adresse, avec confiance, le Mé- 
moire exigé par vos Statuts, pour être admis pleinement et 
sans réserve dans le Rit que vous professez. 

Son titre seul a fait fermenter ma tête et germer en moi 
des idées qui — sans vous, je l'avoue — n'auraient jamais vu 
le jour. Car — sans être apathique — j'ai adopté depuis lon- 
gues années la méthode de Socratc. Donnant beaucoup à la 
réflexion, je prends difficilement la plume. Elle coule toute- 
fois pour vous aujourd'hui avec «ce charme inexprimable qui 
ne vient que du cœur : aussi, j'ose compter d'avance sur toute 
la réciprocité du vôtre — et dont mon collègue Thory est 
également digne. 

Soyez bien persuadé qu'il n'y a jamais eu d'isolement ni 
de retraite formelle de notre part. Mais un mauvais génie a 
traversé, malgré nous, le plus louable des desseins, celui d'unir 
votre Rit aux Travaux intérieurs de la Mère L. \ Ecossaise. 
Spectateur tranquille et non passif du prurit ardent et des 
sollicitations d'un jeune frère (d'Harmensen), dont M. Thory 
et moi ne saurions imiter la bouillante activité, j'ai voulu at- 
tendre du temps et de vous-même, T.-. C. \ F.'., l'offre qui 
me flatte aujourd'hui. En y accédant, vous voyez combien, sur 
votre parole, j'y attache de prix. 

Cette offre flatteuse est pour le moment toute gratuite de 
votre part. Mais un jour viendra peut-être, où — si vous le 
voulez — je pourrai, à mon tour, payer cette faveur avec 
usure. Car Si, Si, Si, Si enfin pour trancher le mot. mon Mé- 
moire n'atteint pas le vrai but du Rit que vous professée, et 
que la doctrine des Bssénicns et des Thérapeutes n'en cons- 
titue pas la base, je reprendrai alors mes premiers errements 
en sous-œuvre, et vous dirai rondement : « Vous êtes donc 



DOCUMENTS 



429 



Côp. '. du Rit Egyp. "., qui a été légalement constitué et pro- 
fessé à l'O.'. de Lyon, et je sais bien par qui. » (1). 

Du reste, que cela soit ou non, j'aspire en regardant le ciel 
•et SUIS.... 

par etc., etc., etc. Tout à vous 

A.-B. 

P.-S. — Je n'ai pas perdu de vue les Questions importantes 
•que vous m'avez faites, par l'entremise de*notre Cher d'Ai- 
gre feuille, et, dont vous attendez la réponse au nom de la 
fraternité et de la Religion (2). 

Mais pour être traitées avec l'étendue et la précision 
■qu'exige une matière, aussi délicate qu'importante, il me faut 
un temps convenable, dont je n'ai pu disposer encore. En 
attendant que je prenne la plume pour la plus grande gloire 
<de Dieu, tranquiliser la conscience timorée de nos bons frè- 
res, arrêter leurs doutes et fixer leur opinion, je vous dirai 
pour eux sommairement, et dans toute la vérité de mon cœur : 

Il existe deux Bulles ou Rescrits Apostoliques contre la 
.Société de Liberi Muratori ou Francs-Maçons. 

La première est de Clément XII, donnée à Rome l'an de 
J.-C. 1738, le 4 des Kalendes de Mai, et de son pontificat le 
huitième: Elle commence par ces mots: a In emineiiti Apos- 
tolatûs specnlo. » 

La deuxième, commençant ainsi : « Providas Romanorum 
Pontificum... leges » est de Benoit XIV, en 175 1, le 15 des 
Kalendes de juin, et de son pontificat la oazième. 

Ces bulles, lues et publiées à Rome seulement, où le pape 
exerce la double puissance spirituelle et temporelle, peuvent 
alarmer la conscience des ultramontains qui croient à son 
infaillibilité et qui de plus sont ses sujets. 

Mais il n'en est pas de même de nous, Français. 

Par l'article 3 de nos Libertés de l'Eglise Gallicane, qui 
n'ont jamais cessé d'être en vigueur, et par la décision du 
Concile Œcuménique de Constance, en 1414, Session 5 e , qui 



(1) C'est-à-dire que l'abbé d'Alès prend YEques pour un suc- 
cesseur du Grand Cophte Cagliostro. (N. de l'A.) 

(2) Ceci est positivement un comble. (N. de l'A.) 



! 



430 DOCUMENTS 

en confirme la doctrine et la maxime de tout temps établie : 
Nous ne reconnaissons en France aucunes Bulles, qu'elles 
n'aient été examinées, lues, publiées et enregistrées. 

Les deux Bulles, dont s'agit, n'ont subi aucune de ces for- 
mes voulues par nos Lois Ecclésiastiques ; elles sont donc et 
ont toujours été comme non avenues pour la France — sur- 
tout ces Sociétés étant, non-seulement tolérées, mais approu- 
vées et protégées par le gouvernement et Chef de l'Empire. 

Je vais plus loin : d'après la permission expresse du gou- 
vernement, ces deux Bulles fussent-elles lues et publiées, elles 
ne sauraient frapper en masse des individus innocents, faus- 
sement outragés, calomniés, et suspects d'hérésie, sans pleine 
et entière connaissance du prétendu crime qu'on leur impute. 
Car V excommunication majeure étant la plus grande peine que 
l'Eglise puisse infliger, d'après le Concile de Maux (sic), 
Ch. 2, q. 3, Sess. 41, rapporté par Gratien : a L'anatJième 
« qui nous condamne à une mort éternelle ne doit être ém- 
it ployé que pour punir un péché mortel. » C'est la doctrine 
de tous les théologiens et de tous les casuistes : il faut que le 
péché soit notoire : « Quand le péché n'est pas évident, dit 
Origcne, dans sa 20 e Homélie, nous ne pouvons chasser per- 
sonne de l'Eglise, de peur que ne voulant arracher (que) 
l'ivraie, nous arrachions le bon grain. » C'est ce qui fait 'dire 
à Saint Augustin, Liv. 3, Chap. 4. contre Parménien : « Il ne 
faut employer la sévérité des Censures que quand le Crime 
est si notoire que tout le monde l'a en horreur, de manière 
qu'il ne se trouve personne qui prenne la défense du coupa- 
ble. » Il est encore de principe incontestable qu'il ne suffit 
pas que le péché soit mortel et notoire, pour mériter l'excom- 
munication, il faut de plus qu'il soit joint à la contumace et à 
la révolte contre l'Eglise. C'est ce que J.-C. nous enseigne : 
(Math. 18) il ne veut pas que nous retranchions notre frère 
de notre communion et que nous le regardions comme un 
païen et un publicain. à moins qu'il n'ait refusé d'écouter 
l'Eglise. Si, donc, dit le célèbre Gerson, dans son Livre de la 
Vie Spirituelle. Lect. 4, Coroll. 14 : « Votre frère est tou- 
u jours prêt d'écouter l'Eglise, pourquoi le retranchec-vous 
« de votre Communion connue un pa'ien et un publicain? » 

En appliquant ces principes certains à notre Société, per- 
mise par le Gouvernement, et dont le perfectionnement de 









DOCUMENTS 



431 



toutes les vertus morales et sociales fait la base, — où est le 
.pécha mortel, sa notoriété, et la contumace ? 

L'Excommunication lancée par deux papes, prévenus, et 
sans connaissance de cause, est donc injuste envers Ta So- 
ciété en général, et tous ses membres en particulier. C'est la 
doctrine commune des Théologiens et des Casuistes, fondée 
sur le Canon Si qui s, tiré d'Origène : a Si quelqu'un, dit ce 
« Père, chap. 24, Ques. 3, Can. 41, est chassé de l'Eglise par 
a un jugement injuste des Supérieurs Ecclésiastiques; s'il 
« n'en est pas lui-même sorti auparavant, c'est-à-dire, s'il ne 
<( s'est pas conduit d'une manière qui l'en retranche, le juge- 
« ment injuste des hommes, qui lé chassent, \\c lui nuit en 
« aucune manière. Ainsi, arrive-t-il souvent que celui qu'on 
« chasse est toujours dans l'Eglise, et que celui qui punit au- 
« dedans, en est effectivement séparé. » Saint Augustin dit 
la même chose, dans l'endroit cité par Gratien, Chap. 11, 
Ques. 3, Can. 87 : « Si quelqu'un est injustement frappé 
a d'anathème, celui qui fait cette injure se fait plus de tort 
« qu'il n'en fait à celui qui la reçoit; car l'Esprit-Saint, qui 
<( habite dans les Sts, et par qui chacun est lié ou délié, ne 
« punit personne injustement. » (1). 

Ainsi, le Chrétien, qui ne cherche à servir Dieu qu'en 
Esprit et en vérité — par une conduite pratiquement certaine 

— doit plus craindre le moindre péché qu'une Censure injuste 

— telle qu'elle puisse être. 

Ainsi, donc, les Maçons qui, forts du témoignage de leur 
conscience, de la pureté des principes vertueux que leur So- 
ciété professe, n'oseraient toutefois — à l'exemple des PHA- 
RISIENS, les Avouer Publiquement, de peur d'être chassés 
de la Synagogue, seraient alors convaincus — d'après l'apôtre 
saint Jean — de mentir à leur conscience, et de PREFERER 
la gloire, qu'ils tirent des hommes, à Celle qu'ils doivent à 
Dieu. 



, (1) Voir p. 432, immédiatement après ceci, la reproduction en 
photogravure de ce passage capital de la lettre du F. v abbé d'Alès. 
(N. de l'A.) 



DOCUMENTS 



433> 



Demande d'Aggrégation. 

A rO.\ de Paris, le 9 e jour du 8 e Mois 5806. 

Le F. \ Jean-Joseph-Henry-Augustin d'Alès-Bermond d'An- 
duse, 

i tr St. •. en exercice de la T. \ R. \ Mère Loge Ecossaise de 
France, 

I er St.-. de la Sup. \ Ace. des S.-. V.-. M.-., 

Grand Chancelier du Grand.-. Sup.-. et Souv. \ Tribunal 
des G.G. -. I.I.-. I.I.\ C.Comm. -. y attachés 

A la R. -. Loge Première du Rit Primitif en france, 
régulièrement constituée à l'O. \ de N... sous le titre distinctif 

des Ph. 
T.T.-. D.D. -. et T.T.-. R.R.-. F.F.-. 

Jaloux de parvenir au complément des connaissances Ma- 
çonniques, et fier d'en voir tripler enfin l'heureuse moisson, 
après 27 ans d'études et de recherches, je vous adresse avec 
toute la confiance qu'inspirent vos lumières profonde (sic) r 
mon mémoire pour obtenir mon aggrégation au Rit que vous 
professez. Désirant de compter au plus tôt parmi vous, j'ose 
espérer que votre indulgente amitié pour moi sera aussi éten- 
due que ma reconnaissance pour vous éternelle et sans bor- 
nes. 

C'est dans ces sentiments fraternels, dont je vous prie 
d'agréer l'expression, que j'ai la faveur d'être 

T.T.-. D.D.-. et T.T.-. R.R.-. F.F.-: 

Votre tout dévoué et affectioné (sic) F. \, 

M. d'Aeès-Bermond d'Andusë, ©. 



434 



DOCUMENTS 



NOMS 

PRENOMS 

AGE 

D'Alès (Ber- 
mondd'Anduse). 
Né au Château 
<ie Boisse, en 
Languedoc, le 
23 décemb. 1757. 

De la Religion 
C. Apostolique 
Romaine. 

Domicilié à 
Paris, et y de- 
meurant, rue de 
Joubert, n° ^^. 



QUALITES 
CIVILES 



Avant la Ré- 
volution : Vicaire 
G al de Bayeux 
et Ch n e Comte 
de Vienne. 

Actuellement, 
Vicaire g al hon re 
d'Arras. 



TITRES MAÇONNIQUES 



Rit français 

G<i. - . Officier d'Honneur du 
Gd.-. Or.-, de France etGi.\ 
Secrétaire Général de la 
Chambre d'Administration. 

Rit Ancien et Accepté 



Souv.\ G d .\ Insp.\ G al .\ 

Membre du Sup.\ Conseil du 
^y Degré en France. 

Rit Ecossais d'Avignon. 
Tous les grades de ce Rit. 

Grades Philosophiques y 
attachés. 



Vrai Maçon 

V.'. Mac.*, dans la voie 
droite. 

Ch er .\ de l'Iris. 

Ch er .\ de la Clef d'or. 

V.-. Ch er .-. des Argonautes 
et Chev.\ de la Toison d'or. 



M. d'Alès-Bermond d'Axdusë, ^k- -±U- 



L'Eques a Capite Galeato au F.\ d'Alcz. 



N..., le 22 novembre 1806. 

Quid rétribuant à mon aimable et cher cousin d'Aigrefeuille, 
pour tous les biens qu'il me procure, au nombre desquels 
sans doute, je dois placer, en première ligne, T.C.T.D.T.R.Fr. 
votre estime honorable, et votre bienveillante amitié ? 

Vous étiez le maître — dès le début — de m'en donner une 



DOCUMENTS 



435 



preuve. Car pourquoi ne me grondiez-vous pas, si vous en 
aviez envie ? En vérité je suis grondablc par tant de facètes 
(sic), que je dois me trouver heureux que l'on m'en laisse 
quelqu'une sans correction. 

En attendant, je saute à cloche-pied par-dessus vos ex- 
pressions, trop indulgentes pour moi ; et je n'ai rien à dire 
sur la nature du Rit Primitif, que je cultive depuis tant d'an- 

4 

nées. Le petit Mémoire, dont la R. \ L. \ i re a la faveur de 
vous adresser un exemplaire, vous fera rabattre sans doute, 
de l'opinion que vous vous étiez formée de ce Régime. Celle 
que vous en concevrez — après l'avoir lu — m'intéressera 

bien plus vivement, si vous daignez me la faire connaître 

En attendant paisiblement l'effet bienveillant de vos au- 
thentiques promesses, je suis en tous.... et par tous les. etc.,. 
possibles, entièrement à vous. 

Ch. 



Post-scriptum (de l'Eques au F.\ abbé d'Alcs), 



Votre note rapide, sur les Bulles, me paraissait toute pro- 
pre à rappeler à nos Frères effarouchés. Un prêtre éclairé 
— qui l'a vue — m'a dit, plusieurs fois de suite : C'est bien 
fait ; c'est bien fait ; on a tiré tout le parti possible du sujet. 
Mais il a ajouté que cela ne suffisait pas, et qu'il y trouvait le 
même inconvénient qu'à certaines propositions de Quesnel. 
qui — vraies en soi — ne sont condamnées que eu égard aux 
conséquences qui en dérivent. Un autre prêtre, de nos Frères, 
a dit assez brusquement, que c'était sur de pareils îaisonne- 
ments que les Prêtres Constitutionnels basaient ienr dissi- 
dence, etc. De sorte que, mortifié de voir l'opinion d'un frère 
que je fais profession d'aimer et de respecter, mise ainsi en 
parallèle, je me suis interdit de la communiquei à d'autres. 

J'ai dû vous informer du fait pour que, si ves loisirs vous 
permettent — et que vous jugiez à propos — de vous occuper 
du même objet, d'une manière plus développée, vous évitiez 
de donner prise à de telles objections. 

Au reste, il me paraît que — sans se casser la tête en er- 
gotismes — le G. \ O. \ de France pourrait solliciter et ob- 









43^ 



DOCUMENTS 



tenir du pape le rapport des Bulles — comme données sur 
exposé erroné — ou comme non applicables aux pauvres M. \ 
d'aujourd'hui. 

L'Histoire du Jacobinisme et Les Mémoires pour servir à 
l'Histoire du xvm e siècle méritent et permettent que l'on re^ 
pousse vigoureusement les traits qu'ils ont lancé contre l'Or- 
dre. Vous ne sauriez imaginer combien ces sottises ont fait 
d'impression sur l'esprit de beaucoup d'honnêtes gens, que 
nous serions très aises de voir parmi nous. 



FIN 






^ù::^2iiïi>^-A^t\:i^i'ïmh : r mmmm^mi 



TABLES 






., 



TABLE DES MATIERES 



TE RIT PRIMITIF 

I. — UEques a Capitc Galeato, sa famille, 

ses grades ••..•• 3 

IL — Une Loge en famille. — Le Rit Pri- 
mitif. — L T ne esquisse d'architecture 
maçonnique 9 

III. — Composition de la Révérende Loge. ... 21 

IV. — Portrait de Y Boucs a Capite Galeato . . 27 

V. — Ruses et Fourberies. UEques aux pri- 
ses avec le Grand-Orient. Les « Actes 
constitutifs )) 35 

VI. — L'Eques a Capite Galeato, le f. \ Mar- 
quis Savalette* de Langes, et... Falc 
« Chef de tous les Juifs .......... 73 

VIL — Kabbale, Martinisme et Anarchie 117 

VIII. — Comment YEques écrit l'histoire 121 

IX. — L'Ennemi de la Religion et de la Mo- 
narchie, des prêtres et des rois. ...... 149 



LA FRANC-MAÇONNERIE ET EA ROYAUTÉ 



I. — Les Origines de la Grande-Loge. — Les 

Trois Premiers Grands-Maîtres 157 

IL — La Grande Maîtrise du comte de Cler- 
mont : 
i° Le Nouveau Grand-Maître 163 



— 440 — 

2° Le désordre et l'anarchie 164 

3 Les Mères-Loges. 165 

4 Rupture avec la Grande-Loge de Lon- 
dres 165 

5 Le Substitut Lacorne. 167 

6° La Faction Lacorne. — Les deux Gran- 
des-Loges rivales 168 

III. — La paix est rétablie. 

i° Le Duc de Chartres 171 

2° Réconciliation 172 

3 Préparation d'une Grande-Loge Natio- 
nale 172 

4 Les Députés à Paris. 173 

IV. — Les Séances de la Grande-Loge Natio- 

nale 175 

V. — Les Constitutions du G. \ O. \ de France 

i° Le Titre des Statuts 189 

2 Division des Statuts. 190 

3 Le Chapitre Premier 190 

4 Le Chapitre Deuxième- • 199 

5 Le Chapitre Troisième 200 

6° Le Chapitre Quatrième. 201 

VI. — Nouveau Schisme : 

i° Le Grand-Orient excommunié 206 

2 Le Grand-Orient et le duc de Chartres. 206 
3 Décadence de l'Ancienne Grande-Loge. 209 
4 Dernier coup porté à l'Ancienne Grande- 
Loge 214 

VII. — Rang occupé par le G. \ O. \ de France 
dans la Hiérarchie des Régimes Ma- 
çonniques : 

i° Orgueil et prétentions du G. \ O. " 217 

2° L'opinion des Maîtres 219 

VIII. — L'Utilité du G.-. O. •. 

i° Comment la Société Secrète sut s'en 

servir 22Q 

2° Le Rôle des Adeptes plus avancés. . . . 230 

IX- — Le demi-sommeil du G.*. O. \ 

1" La Démission du G. \ M. \ 225 

2° Le G. •. M. \ fantôme 236 

3 L'échafaud 237 



44i 



X. — Le Réveil (1795) 

i° Rœttiers de Montaleau 239 

2 Reprise des Travaux. 243 

3 Réconciliation 244 



LA FRANC-MAÇONNERIE ET h EMPIRE 

I. — Napoléon Bonaparte et le Grand-Orient 

1 ° Les Régimes Ecossais 249 

2 Un point d'histoire fort obscur- ..... 250 

II. — Les Régimes Ecossais et le Grand-Orient 

i° Une levée de boucliers Maçonniques.. 255 

2 Accord et Désaccord • • 256 

III. — Cambacérès. 

i° La famille 261 

2 La ville natale 262 

3 La carrière civile et politique. 265 

4 Frère Jean- Jacques Régis Ordre 268 

5° Cambacérès et Bonaparte. 273 

6° Les Grands-Corps de l'Etat et Camba- 
cérès 278 

7 Discours de Cambacérès au Sénat. .... 284 

8° Projet de Sénatus-Consulte- • . 287 

9 Au Château de Saint-Cloud 290 

IV. — Le Sérénissime Grand-Maître Camba- 

cérès et le Grand Orient : 

1 ° Zèle du Grand-Maître 295 

2 Un voyage dans le Midi 297 

V. — Essai de reconstitution historique des 

Grandes Fêtes de l'Ordre 299 

VI. — Anthologie Maçonnique.. — Première 
Section. — Prose. 

1 ° Compliments au Grand-Maître 309 

2 Eloge de Sa Majesté l'Empereur 315 

3 Apologie de la Sainte-Maçonnerie-... 323 

4 Eloges funèbres 330 

4 Sa Majesté le roi Joseph 331 

Deuxième Section: La Poésie au G.*. O. \ 

i° L'Empereur. Epitre à l'Amour 333 

Napoléon et les Polonais en 1807 334 



442 



VIL 



2° Cantique 336 

3 Les Triples vœux . 337 

4 Au Sérénissime Grand-Maître 338 

5 Au Grand-Orient. 338 

— Cambacérès et les Régimes Indépendants. 

i° Les Supérieurs Occultes 341 

2 Cambacérès et ses amis 344 

3 La trahison 345 



documents 



Lettres du f . \ 
Lettres du f. 
Lettres du f . ■ 
Lettres du f. 



Pyran 353 

chevalier d'Harmensen. 371 

Bacon de la Chevalerie. 411 
\ abbé d'Alès Bermond 



d'Anduze 423 






■ 



*-— — - 






1™" 



TABLE DES GRAVURES 






Hors texte : Portrait de l'Eques a Capite Galeato 

(( Esquisse d'Architecture », du Rit Primitif... 17 

« Coronam ne Vellito » 22 

Lettre du F. \ Rœttiers de Montaleau 41 

Un fragment du (( Titre Constitutif ». 67 

Traduction en clair des chiffres de la colonne de 

droite du (( Titre Constitutif » 70 

Les fiches du F. \ marquis Savalette de Langes 75 

Tieman et Gleichen (?) yy et 79 

De Grainville, Champoléon, comte de Luzignan 

abbé Fournier, abbé Bulet, Léman, etc 81 

Beyerlé, Birgen, Cagliostro, prince de Carolath. . 83 

Docteur Falc 85 

Duchanteau, Fredericstein 87 

Baron de Gleichen 89 

Garner, prince Louis héréditaire Darmstadt 91 

Frédéric, prince de Hesse Darmstadt, Chrétien, 

prince de Hesse Darmstadt 93 

D'Heckh, Kœrner, Kukumur, 95 

Lavater 97 

Lioi, baron de Leuwenstein 99 

Mosseder, prince de Nassau Usingen 101 

Otto, de Roskampf, Schrepfer, Schrœder 103 

Scherer, baron de Staal 105 

Baron de Steuben, de Toux de Salvertes 107 

Tieman 109 

Baron de Waldenfelds ni 

Waechter 113 

Lettre de Pyron à l'Eques. 356 

Lettre de Pyron à l'Eques 365 

Lettre de Pyron à l'Eques 367 

Lettre de l'Eques à d'Harmensen. 399 

Lettre de l'Eques à d'Harmensen. 408 

Lettre du F. \ abbé d'Alès à l'Eques 427 

Lettre du F. \ abbé d'Alès à l'Eques 432 



TABLE ALPHABETIQUE 

DES PERSONNAGES NOMMÉS DANS CET OUVRAGE 



A 

Abel 115 

Abraham 2 ïQ 

Aguilar (Charles d"' 24 

Aigrefeuille .Charles d' . 4. 6, 7. 19, 42, 47. 301. 

343. 40 i 422 

Alhisson 

Aies [Abbé d") 47. 254, 421. 423 et suiv. 

Alissan de Chazet 305. 338 

Anderson 120. 218 

Antin [Duc d" 150 et suiv. 214 

Askéri-Khan Prince 301. 322 



B 

Bacon de la Chevalerie. 18. 37. 42. 47. 106. 176, 

180. 230. 232. 300. 304. 411 

Barbaroux 270 

Barboux 223 

Barlay 22a 

Bauchesne 106 

Bauclas [de] 173. 100 

Bauer 80. 82 

Baumes François' 264 

Baure Banquier 164 

nmoni Ghev. G. de] i2. 50, 300, 313, 334 

imont Chev. Phil. de) 100 

Beaurepaire de N 306, 313 

Bégnicourt Ricard de] 

ier Me 278 

tin 

Beurnonville 50. &H 

M erlé 82. 12'i. 398 

H iM'lll 






— .... ,,; > *!...-. J&: ■.■•■..-..■ 



— 445 — 

Blaine (Marie) 264 

Blessig 398 

Blumenield (Baron de) 394 

Bode (Illuminé) 3, 124, 149, 343 

Bode (Christian) • • 398 

Boissy d'Anglas 289 

Bonaparte (Napoléon) 249 et suiv. 

Bonaparte (Joseph) 257 

Bonicel (Jacques dit Galantini) 264 

Bonnout 224 

Borgïa (Camille) 301 

Bouf f andeau 124 

Boulay (de la Meurthe) 278 

Bourdinière (Jacques de la) 196 

Bourlette (Victoire) 263 

Bourrely (Jacques, dit Paul) 264 

Brème (de) 182 

Bréqueville (Marquis de) : . . . . 182 

Bréval (Hue de) 194 

Brooks 82, 398 

Brunet 223 

Bruneteau 176, 195 

Brunswick (Duc Ferdinand de... Eques a Victo- 
ria) 149, 167, 217, 231 

Brunswick (Prince Ferdinand de) 112, 114 

Bulet (Abbé) 80, 82 

Buzançois (Comte de) 173, 179 



Caerni 82, 



Çag'ar 



398 
24 
429 



Cagliostro 13, 82, 106, 

Cambacérès (Prince) 4, 218, 261 et suiv. 

344 et suiv. 

Carion-Nisas 279 

Caries 302 

Carnot 277, 279 

Carolath (Prince de) 82, 398 

Carrel 330 

Carrot • • 279 

Caseuil le Jeune 178 

Castillon (de Montpellier) 82 

Castillon (de Berlin) 82: 



— 44^ 



Cavour • • 

Ch... (Anne vicomt. d'A....) 5, 7, 9, 31. 

Ch... François d'A... marquis de) Eques a Captif 
Galeato 

Qfc...(d'A... chev... de) • • 

Ch... (d'A... baron de) • • 

Ch... (Abbé René de... d'A...) 

Ch... (Guillaume d'A... chev. de) 

Ch...( Gabriel d'A... chev... de) • • 

Chabaud-Latour • • 

Chabot 

Ch al touillé (Nicolas) 

Chaillon de Jonville 168, 

Challan • • 

Ghampeaux (Chev... de) • • 173, 

Champoléon 80, 

Chapelot • • 

Chartres (Duc de) 86, 171 et suiv. 207. 

Chasset • • 

Chassiron 

Chaumont (Chev. de) 

Clauzel (Baron des) 

Clavel (Historien) 235, 250, 255. 

•Clément de Ris • • 

Clermont (Comte de) 163 et suiv. 

Clermont-Tonnerre (Marquis de) 173. 

Cocula 

Comte (André) 

Comte (Louise) 

Comte (Philippe) 

•Condor» vt Marquis de) 

Conti (Prince de) 

Costas 

Cros (Pierre) 

("urée 



152 
42 



21 

21 

21 

21 

21 

27S 

279 

236 

179 

27t) 

196 

S2 

160 

236 

301 

279 

86 

m 

258 
301 
170 
181 
124 
264 
264 
264 
2oo 
loo, 
270 
200, 
27S 



D 



DalkeH (ou Delkeit, Lord) 130 

Danton £70, *22 

Darnouester ou dUarnwester, Lord) 131, 158 

E>atessea 1 ro 

DaubertiE lo» 

Davous o>01 



^ 1-L.ùm 






— 447 — 

Defournelle 325 

Delaître 279- 

Delahaye 297, 306 et suiv. 

Delort (Françoise) 264 

Delort (Suzanne) 264 

Delpierre 279 

Dcrwent-Water (Lord) 131, 157 

Désaguliers'(ou des Aguliers) 129, 218 

I testours (Chevalier Giraud) 173, 181 

Dietrich (Strasbourg) 3 

Dittt'urt (baron de) 149 

Dournay 84 

Dubin 42 

Dubois (Préfet) 50' 

Duchanteau (Touzay) 86, 90, 92, 106 

Ducoudray 198 

Dufay (Chevalier) 196 

Dupaty 305 

Duret 170 

liuveyrier 271 > 

Duvidal .279, 301 



Eggleff (ou Eccleff), 80, 84, 30g 

Espiney (de 1') 305 



Fabre (de l'Aude) 50 

Pabri (Chevalier de) 386 

Falc (Prince des Juifs) 73, 110, 114, 398 

Farge (Rolin de la) 24 

Fargues 289 

Fasquel 303 

Faure 279 

Favard 279 

Félis (.Pierre) 262' 

Figarut (Pierre) 264 

loquet (Marseille) 382, 386 

Fischer 398 

Fitz-James (Marquis de) 173, 181 

*'oissy 42 



- 448 - 

Fontanes 4 

Fouché 4, 274, 289 

Fournier (Abbé) 80, 84 

Frauger (Ghev. de) 198 

Frédéric II (Roi de Prusse) 7, 353 

Fréville 279 

Frolich 86 



G. Z. W. J. (Souv. Maître Cohen) 421 

Gages (Marquis de) 212 

Gallois 279 

Gamon 272 

Garât 289 

Gardane 195 

Gavazzi 152 

Gébelin (Court de) 150 

Génin (Charles) 197 

Gerbier (de Werschamp) 178, 195, 214 

Gillet 279 

Giraud (Docteur) 24, 126 

Gleichen (Baron de) . . .78, 84, 88, 100, 124, 398, 404, 407 

Gorce (Merle de la) 

Gouillard , 177, 197 

Goupil de Préf eln 282 

Grainville (de) 80 

Grasse-Tilly (Comte de) 7, 249. 255. 421 

Gratman 90 

Grégoire (Evêquej , 280 

Grenier 279 

Guainard 196 

Guérine (Suzanne) 262 

Guillotin (Docteur) 173, 198, 23(î 

Guyot L2| 



H 

Hadde (Milord, ou Haddo) 224| 

Haies de; 

HarmenseD :CMe\. V) 22, 56, 60, 218, 343, 37i 

Harville Comte d') 5Q 

Haugwitz IV.) 



— 449 ~ 

Hauterive (Duroy d') 82 

Hay 224 

Heckh (Profess... d') ■< 94, 102 

Héguerty (d') 158 

Hérault 178 

Hesse-Darmstadt (Christian, prince de) 92 

Hesse-Darmstadt (Louis, prince de) 90 

Hesse-Darmstadt (Frédéric, prince de) 92, 102 

Hesse-Cassel (Charles, Duc de...Eques a Leone ré- 
surgente) 124, 149, 231 

Hirsch (Major) 343 

Hohenlohe (Prince de) 94 

Hotchan 94 

Houel 306, 312 

Houghton (Chev....) 224 

Hundt (Baron de) 80 100 

I 

Isembourg (Prince d') 301 

J 

Jagny (Comte de) 178 

Jajubert 279 

Jeayème 223 

Joly (de) 42, 317 et suiv. 422 

Jossot (Abbé) ..173, 198 

Joubert (Cons. d'Etat) 50 

Joubert de la Bourdinière 178 

K 

Koch 279 

Kellerman (Maréchal) 257 

Kœrner (Docteur) 94 

Ku Kumur 94, 112 

L 

Labady . 173, 213 

Lacépède 274, 289, 301 



l 5 



ES 



450 



Lacorne 107, 1(38 

Lacretelle 272 

La Croix 173 

Lafferre 124 

Laforêt 303 

Lagarde .Préfet) 303, 336 

La Harpe 272 

La Marque (1* Américain) 173, 199 

Lamballe (Princesse de) 31 

Lamotte .Docteur) 382, 386 

Lande (De la) 176, 194, 330 

Lanjuinais 280 

La Place 289 

Larry (Abbé de) 402 

Lassalle Général 50, 305. 332 

La Tûur-du-Pin-Montauban 

Launey Cheval... de; 181 

Lauzun 'Duc de] 173. 180 

Lavator [Sénateur) 94, 398, 404, 407 

Lavator Gaspard) 94, 407 

Lebrun (Consul) 275 

•ulteux-Canteleu • 289 

Lefèvre 303 

Lelièvre-Villette 305 

Le Lorrain 173 

Léman 80, 9a 114 

Lemot 302 

Léonard (Abbé) 24 

Leroy 161, 195 

Lespinasse-Lanjeac (Comte de) 194 

Léveillé 170 

Levin (Comte de) 224 

Leuwenstein 98 

Lewenhœch 98 

Lezay-Marnésia [Marquis de) 24, 420 

Lioi 08 

Loubière Suzanne] 264 

Lourie Chevalier de la) 198 

Lucadou Antoine] 198 

Lucas de Boulainvilliers (Abbé) L73 

Luxembourg Duc de] 172 et suiv. 179 

Luxembourg Ghev... de) lit. 173. 180 

ïai> aes Duc de 330 

«nte de) 80, 98 












■ 



45i 

M 



Maistre (Comte Joseph de) 6 

Manteufel (Comte de) 100 

Marat 270 

Mariette (Guillaume) 195 

Martin (Henri-Historien) 3, 159, 206, 274, 289, 290 

Martin 178 

Martinez de Pasqualis (ou Pasqualy) 71, 80 

Maskeline (Chevalier de) 158 

Masséna (Maréchal) 301 

Matheus 223, 226 

Maugeret , 239 et suiv. 306 

Mazaurigue (Jeanne) 263 

Mazère (Bernard) 196 

Mazzini 152 

Melville (Comte de) 224 

Mercadier 326 

Méry-d'Arcy (de) 177, 194 

Mesmer 24, 386 

Miétau 100 

Miollis (Général) 301 

Mirabeau 3 

Montaigu (Duc de) 129 

Montebello (Maréchal Lanes, Duc de) v. . 331 

Morin 176, 195 

Mosseder (Docteur) 100 

Murdoch 222 



N 



Narboud (de) 174 

Neufchateau (François de) 282 

Neuvied (Comte de) 86 

Nubius 152 



o 



Oppiani 369 

Ossun (Comte d') 173, 181 

Otto 102, 343 

Oughton (Chevalier) 224 



— 45 2 — 
p 

Packault 178 

Pajot 42, 53 

Paul (de) 386 

Pen (Chevalier) 44, 67, 366 

Peny 170 

Périgny (Comte de) 174, 181 

Perrin 279 

Petit-Radel 125, 302 

Piccolo-Tigre • 152 

Pignatelli (Prince de) 173, 181 

Pingre (Abbé) 174, 197 

Poilet 214 

Poncet (Pierre) 262 

Poulet 300 

Poussin (Tapissier) 302 

Prost de Larry 174 

Prudhon 302 

Pyron 6, 18, 47 139, 198, 250, 256, 342, 363 et suiv. 



R 



Rampsow (Chev. de) 

Raymond (Abbé) 174 

Regnard , 177 

Regnaud (de St- Jean-d' Ange ly ).. .305, 309 et suiv. 

Richard , 178 

Richard (François) 195, 306 

Richelieu (Maréchal de) SI 

Richer-Seriziy , , 272 

Robespierre 270 

Rochefoucault (Comte de la) 232 

Rœderer 289 

Rœttiers de Montaleau 4, 37, 39, 40, 42, 45, 53, 218, 

23(5, 239 et suiv 421 

Knhan-Guémenée (Prince de) 84, 173, 180 

Ros (Comte de) 24 

Ros (Baron de) 174, 197 

Roslin (Sainclair de) 224 

Rouault (Vicomte de) 181 

Rouyer (Général) 30 

Rozier (Abbé) 174, 197 



MUWBBfliBBfflHBBBBBB^HB^ 



— 453 — 

s 

Sahuc 279 

Saint (Antoine-Félix de) 198 

Saint-Furcy (Basile de) 198 

Saint-Martin (Marquis de) 12, 82, 88 

Saisseval (Marquis de) 174, 198 

Salfi 139 

Salis (Baron de) 196 

Salzmann 86 

Savalette de Langes (Marquis de) 3, 24, 31, 52, 75, 

84, 125, 174, 194, 213, 227, 231 

Saxe (Maréchal de) L63 

Saxe-Cobourg-Gotha (Duc de) 342 

Saxe-Weimar (Prince de) 301, 328 

Sauvage 302 

Schemetau -. 80 

Schœnbourg (Prince de) 90 

Schaerer (de Strasbourg) 80, 104 

Schuing (?) 104 

Sébastiani (Général) 330 

Ségur (Comte de) 4, 50 

Seigneley (Marquis de) 174, 180 

Seimandy (de) 386 

Serrurier (Comte) 50, 301 

Schraeder 102, 110 

Siéyès , 273 

Siméon 279 

Spense 104 

Srœphfer 80, 98, 102 

Staal (Baron de) 106 

Steuben (Baron de) 106 

Stroganoff (Comte de) 174, 195 

Sudermanie (Duc de) 218, 389, 394, 405 

Swedenborg 378 

Szapary (Comte de) 24, 398 



Taillepied de Bondi 24, 420 

Talleyrand 3, 4, 274 

Théaulon (ou Théolon) 178, 197 

Thoux (ou Toux de Salverte) 106 

Tiéman 76, 398 

Tirnau 108 



— 454 — 

Thory 42, 47, 49, 50, 53, 220, 402 

Tour-du Pin-Montauban (Marquis de la) 174 

Toussainct (Baron de) 174, 176, 194, 207 

Touzart (Chevalier de) 174 

Treilhard 278 

Trémoille (Duc delà) 174, 18a 

Triest (Baron de) 80, 108 

Turkeim (Bernard de) 108, 39& 

Turkeim (Jean de) 108, 39a 

u 

Ullman (de) 398- 

Usingen (Prince de Nassau) 88 



Valence (Cyrus de) 50, 301, 421 

Valencey 110 ; 

Varenne de Béost (de) 174, 194 

Vaubois 289 

Verchand (La) 262 et suiv, 

Vernon (Abbé) 24 

Vernier 289 

Vesson (Jean) 262 et suiv. 

Vincentini 301 

Vœlner (de) 398- 

Voltaire 142 



w 

Wachter (ou Wœcter, Waechter, Baron de) 88, 110, 

112, 149, 39S 

Wakenfeldt (ou Waldenfelds) ..88, 100, 102, 110, 39» 

Weiler 80 

Weishaupt 162, 342, 362, 364, 366, 423 

Westhall (Milord) 224 

Willerraoz (Eques ab Eremo) 124, 149, 174, 231 

Wuckasowich (de) 398 

Wurtz 104, 343, 383 



Zinnendorff 80 

Zuirleim 80. 110 



174 



08 



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II. RUE MOLIÈRE, II 
PARIS 



"... 51 

1900 4 



rt 



M 



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